TRICHIAS1S ET ENTROPION OU RENVERSEMENT DES PAUPIÈRES EN DEDANS
liant, j'ai toujours pratiqué une incision assez profonde, d'une commissure à l'autre, et j'ai implanté dans cette solution de continuité la totalité du bord libre du lambeau réparateur; de celle manière l'œil est complètement masqué, et, au lieu de deux ou trois brides isolées qui, après l'opération, s'allongent outre mesure et ne résistent pas aux rétractions, on a une longue surface adhésive qui abrite l'œil et qui s'oppose, même dans les grands lambeaux disséqués, à la rétraction inodulaire. » C'est ce qui est arrivé dans l'observation suivante :
Obs. 43 (1). — Une femme des environs de Palerme portait un volumineux épilhélioma qui avait détruit la moitié externe de la paupière supérieure de l'oeil gauche, ainsi qu'une partie de la peau de la tempe, la totalité de la paupière inférieure etplus de la moitié de la joue; le globe était sain et les fonctions visuelles à l'étal normal. Renvoyée comme incurable des salles de chirurgie de l'hôpilal civil de Palerme, la malade a élé reçue dans la clinique ophthalmique de la Facullé, le 15 décembre 1863. Après avoir enlevé le cancroïde, M. Furnari a rempli ainsi l'énorme brèche qui restait après l'opération :
La paupière supérieure fut restaurée par le glissement d'un lambeau cutané pris audessous du sourcil et du front, et placé, à l'aide de deux points de suture détachée, au bord vertical de la portion saine de celte paupière ; deux incisions, dont l'une partant de la commissure interne el l'autre de la région lemporo-malaire externe que le cancroïde avait respectée, se réunirent à angle aigu au bord inférieur de la mâchoire inférieure. La dissection de cet énorme lambeau, depuis sa base jusqu'à son sommet, fut considérablement gênée par des hémorrhagies qui obligèrent à lier plusieurs arlères.
Le lambeau ainsi disséqué et ne conservant d'autre élément de vitalité que sa petite attache à la partie inférieure de la mâchoire, fui forlemenl liré de bas en haut et greffé par sa base dans une incision semi-lunaire pratiquée au-dessous du sourcil; six points de suture entortillée fixèrent le lambeau d'une extrémité à l'autre ; les bords lalérauxdu triangle furent rapprochés aux parties voisines par douze points de suture entrecoupée. Application déglace pendant quatre jours. Il n'y eut ni fièvre, ni érysipèle, ni mortification partielle du tissu, et, quinze jours après l'opération, les surfaces incisées et transplantées étaient complètement soudées ; les douleurs atroces qui tourmentaient la malade cessèrent après l'opération, et jusqu'à présent, après un intervalle de dix mois, aucune crainte de reproduction de l'épilhélioma ne s'est manifestée.
11 est évident qu'un lambeau sain el trôs-étendu, pris dans une région éloignée et remplaçant la déperdition de substance occasionnée par l'ablation de la tumeur, a produit dans la plaie de soustraction une modification de nutrition el de structure qui a éloigné les craintes de la répullulalion du cancroïde. Dans quelques mois, on fera une incision horizontale pour mettre à découvert le globe de l'œil et la paupière supérieure restaurée ; cependant, pour éviter définitivement toule espèce de rétraction, on devra avoir soin de laisser encore, pendant quelque temps, deux ou trois brides verticales, qui continueront à maintenir l'antagonisme entre les lambeaux.
SECTION XXXVI
TRICHIASIS ET D1STICHIASIS. (P. 297.)
SECTION XXXVII
ENTROPION OU RENVERSEMENT DES PAUriÈRES EN DEDANS, (p. 307.)
On rencontre parfois des cas de conjonctivite, accompagnés du
(1) FunriARi. Cuil. de l'Acad. de méd. de Paris, séance du 8 nov. 18G4.
MALADIES DU SOURCIL ET DES PAUPIÈRES
renversement en dedans de deux ou trois cils de la paupière supérieure ou de l'inférieure* près de l'angle externe de l'œil. Il y a lieu de supposer que cela est généralement dû aux frottements que le malade exécute avec sa main sur l'œil enflammé; parfois aussi, cependant, c'est l'inversion des cils qui a provoqué l'inflammation. Il faut toujours, dans ces cas, avoir soin de ramener les cils à leur place, au moyen d'une sonde passée sous la paupière, et leur faire ainsi reprendre promplement leur position normale (1).
Quant à la cure radicale de ces affections, devenues chroniques, elle a pour but de détruire les cils (2) ou de leur rendre leur direction physiologique. La destruction des cils est un mauvais moyen, qu'on doit réserver pour les cas où tous les autres ont échoué; des bords ciliaires qui en sont dépourvus font subir au globe un contact pénible qu'il faut, autant que possible, lui épargner.
Quand le bord tarsien est sain, on peut essayer de déplacer les bulbes: pour cela, on enlève une tranche de peau, parallèlement aux cils déviés, on dissèque ensuite celle qui recouvre le cartilage et qui renferme les bulbes, pour la transporter plus haut, de façon à lui faire recouvrir la perle de substance d'abord pratiquée, sur laquelle on la fixe par des points de suture (o).
La portion ciliaire de l'orbiculaire peut être enlevée, sans excision des téguments, pour opérer le redressement des cils. La seule objection qu'on puisse faire à cette opération, dit M. Taylor, c'est qu'elle exige une petite dissection et qu'elle est assez longue à praliquer(4).
Les procédés suivants, que nous décrirons avec soin, out fait faire à la cure radicale de l'enlropion et du trichiasis un progrès véritable.
1. Procédé de M. Anarjnostakis (5). L'auteur le décrit ainsi : « I. Dans les cas de trichiasis part ici (paupière supérieure), la plus sûre ainsi que la plus simple de toutes les mélhodesest l'amputation partielle des téguments ; seulement, elle a l'inconvénient de raccourcir la lèvre externe du bord palpébral et, partant, de favoriser la formation del'enlropion, ou bien de l'augmenter s'il a déjà commencé. En effet, il est souvent arrivé de trouver, après la cicatrisation, un grand nombre de cils en contact avec le globe, à la place de quelques cils qu'on avait voulu écarter. Pour éviter cet inconvénient, je comprends les
(1) SmEATFEiLD. Oplith. IIosp. Rcp. 1860-61, Vol. III, p. 8, et 1864, Vol. IV, p. 105.
(2) Ciumpouillon. Incision du bord libre, en parcourant la ligne des ouvertures des glandes de Méïbomius dans toute l'étendue occupée par les cils anormaux, et en pénétrant ù 3 niillim. de profondeur ; puis cautérisation avec l'acide nitrique. (Gaz. des Hop. 1864, p. 595).— Deiioudaix. Enlèvement des bulbes, de dedans en dehors, par une sorte d'énucléation pratiquée au sein des tissus. (Presse médicale belge, 1861, 29 décembre, et Ann. d'Oculist. 1862, t. XLV1I, p. 285.)
(5) Streatfeild. Loc. cit.
(4) Ophih. Hosp. Rcp. 1859-60. Vol. II. p. 187.
(5) Annales d'Oculistique, 1857, t. XXXV11I, p. 5.