PRINCIPES FONDAMENTAUX DE L'OPHTHALMOSCOPIE
51. — L'œil est, comme on sait, une chambre obscure, fermée en avant par un appareil dioptrique absolument comparable à une lentille collective ( 1 ).
Sur le fond de cet œil formant écran, les objets extérieurs éclairés dessinent une image nette et renversée de leur propre figure; — tous ceux du moins qui sont à la distance pour laquelle l'œil est accommodé. Pour cette distance, ces objets vus nettement, d'une part, et la réline d'autre part, sont, par rapport au centre optique, dans la situation réciproque des foyers conjugués des lentilles. Or, il suit de cette loi de réciprocité, qui relie les foyers conjugués, que, si l'un est l'image de l'autre, réciproquement, ce second est l'image du premier.
Si donc l'œil, par un procédé ou par un autre, était éclairé et l'extérieur au contraire obscur, les parties qui composent les surfaces profondes de l'œil, comme vaisseaux, interstices pigmentaires, objets colorés quelconques, formeraient au dehors, dans l'air, et à la distance pour laquelle l'œil est accommodé, des images réelles et renversées qu'on pourrait recevoir sur un écran, si l'on connaissait cette distance pour laquelle l'œil est accommodé.
On peut même dire que ces images existent constamment, le pigment intérieur de l'œil n'absorbant pas complètement la lumière qui y pénètre. Mais, vu leur excessivement faible intensité, par rapport à la lumière diffuse de l'extérieur, ces images ne sont réellement que théoriques. En fait, cependant, on peut dire que chacun a devant soi l'image aérienne de sa propre rétine.
Cela posé, que reste-l-il à faire pour s'emparer de cette image? Premièrement : éclairer l'œil intérieur, en laissant autour de lui l'espace relativement obscur. Secondement, se placer sur le chemin de l'image aérienne du fond de l'œil, pour recevoir les rayons qui la forment.
DIOPTIUQUE PHYSIOLOGIQUE.
Deux propositions difficiles à concilier, car, d'après les lois de la dioptrique, pour se trouver sur le chemin des rayons qui sortent d'un œil, il faut se placer, en même temps, sur la roule de ceux qui y pénètrent. De sorte que les termes de la question semblent impliquer contradiction. C'est même cette contradiction qui a si longtemps retardé la réalisation de l'ophthalmoscopie, en laissant penser qu'il ne sortait aucun rayon de l'œil. Mais la pupille n'apparaît noire que parce que, dans les circonstances ordinaires, l'extérieur de l'œil est beaucoup plus éclairé que l'intérieur, et secondement, que si on l'éclairé avec une lumière artificielle même éclatante, on est toujours, par la nature même des choses, en dehors du chemin suivi par cette lumière à sa sortie.
§ I. Éclairage de l'œil. — Position de l'observateur.
52. — La première indication à remplir est donc d'éclairer l'œil à l'intérieur, tout en se réservant la faculté de se placer sur la direction des rayons entrants et sortants, sans les intercepter par la présence de son propre corps (1).
On y parvient très aisément au moyen d'un miroir réflecteur qui dévie, vers l'œil à observer, la lumière émanée d'une source quelconque, placée latéralement en arrière. L'observateur, placé derrière le miroir, et plongeant son regard à travers une lacune laissée transparente en un point de son étendue, se met ainsi facilement sur la direction même du faisceau pénétrant, et, par conséquent, des faisceaux émergents. (Voir pour plus de clarté, s'il en est besoin, la fig. xxm, (36).)
§ II. Rapports de l'observateur avec les rayons émergeant de l'œil observé.
Mais il ne suffit pas de s'être mis sur le trajet des rayons émergents, pour percevoir l'image, il faut encore connaître ou le lieu de l'image, c'est-à-dire la distance pour laquelle l'œil est accommodé, ou, ce qui revient au même, le degré de convergence ou de divergence des rayons émergents. Or, cette donnée nous manque, dans le cas général.
Supposons, pour fixer nos idées, que les rayons émergents soient parallèles, c'est-à-dire que l'image aérienne du fond de l'œil soit à l'infini.
Si l'observateur a la possibilité de réunir, spontanément el sans effort, les rayons parallèles sur sa rétine, le problème est résolu; il aura une image nette du fond de l'œil du
(1) Quelques-unes desnolions contenues dons cesporographesse trouvent déjà dansle Précis (Tophthahno>icopie, deti\. Liebreicb, placé en lêlc de notre tome 11. Bien que faisant ainsi double emploi, nu moins en apparence, nous les avons maintenues ici, pour ne pas décomplclcr le travail de notre collaborateur. auteurs.)
PRINCIPES FONDAMENTAUX DE l'oPUTIIALMOSCOPIE.
sujet observé, il verra (une faible étendue, il est vrai), mais enfin il verra le fond même de l'œil Seulement, il raul pour cela deux conditions : d° Que le sujet ait, comme nous l'avons supposé, son accommodation entièrement relâchée, et 2° que l'observateur l'ail également Or, si le premier cas est réalisé par l'inattention du sujet observé, il est difficile que l'observateur puisse regarder, c'est-à-dire, voir avec attention, à une distance nécessairement restreinte, en relâchant toute son accommodation. Supposons donc, ce qui est le cas commun, que l'observateur regarde de la dislance ordinaire pour les objets de petite dimension, à savoir, d'une distance de 8 à 12 pouces :
i. PROCÉDÉ DIT DE L'IMAGE DROITE.
S4. — L'observateur étant en présence de rayons parallèles , comment les appropriera-t-il à sa vue accommodée pour une courte distance? Bien simplement : si l'on place sur le chemin de ces rayons une lentille dispersive de 8 pouces de longueur focale , ces rayons vonten émerger avec la divergence qu'ils auraient s'ils parlaient d'une distance de 8 pouces (57).
Le fond A de l'œil observé o, vu à travers la lentille dispersive L, est vu en F, foyer de cette lentille.
Un Observa- o Olîil ohservé accommodé pour l'h
le système dioplrique de rœil. — A Un p teUr ClUi Se pla- rétinien, au foyer exact de la lentille t. * ' foyer F. — o' ÔEil observateur.
cerait en O et
qui accommoderait pour la distance F, verrait donc en ce point F l'image virtuelle et droite du point A. Tel est le procédé dit de fimage droite. Chacun sait, en effet, qu'en regardant au loin (c'est-àdire avec des rayons parallèles) à travers un verre concave ou dispersif, on voit les objets rapprochés et droits. (Voir, figure xx, la construction de l'image.)
Voilà pour les rayons émergents parallèles, ou l'image à l'infini.
Sera-t-il plus difficile de s'approprier les rayons, s'ils sortent de l'œil observé à l'état de divergence (cas rare, qui sera examiné au chapitre de l'hypermétropie), ou à l'état de convergence, ce qui est le cas général? Aucunement.
II. Hayons émergents divergents. — Si la lentille négative L a eu le pouvoir de faire diverger de F les rayons incidents parallèles de la figure, les rayons, déjà divergents à l'incidence, rendus encore plus divergents par celte lentille, paraîtront partir d'un point situé plus près d'elle, à savoir entre F et la lentille L. L'observateur pourra donc encore parfaitement s'approprier l'image A avec la lentille F, ou sera, au plus, obligé d'en choisir une un peu plus faible.
III. — Si, au contraire, les rayons sortent convergents, la lentille L devra être plus forte que pour les rayons parallèles, puisqu'elle devra, par une première portion de son action, les amener d'abord au parallélisme, puis, par une seconde portion, les faire diverger du point F (42).
orïzon. — l Lentille idéale qui représente A Un point visible quelconque sur l'écran L Une lentille dispcrsive de
DIOPTIUQUE PHYSIOLOGIQUE.
L;ijig. xx montre la marche des rayons dans celte circonstance. pû étant le diamètre vertical de la papille optique, p'û'en est l'image renversée, formée a une dislance finie. Maintenant, ou interpose la lentille dispersive L, de foyer f';
si l'on applique ici la 'règle pratique du (47), on voit que le rayon parallèle à l'axe et passant par û', offre, après la réfraction, la direction F<5"; d'autre part, le rayon qui, pour aller for-
t-,g. xx. mer l'image û', pas-
serait, avant la réfraction, par o, y passe encore après l'interposition de la lentille; il n'est pas dévié.
S" se trouve donc à l'intersection de ces deux dernières lignes, û" p", renversée par rapport à p' û' est donc droite par rapport à p û.