EXOPIITHALMOS OU HERNIE DE L'OEIL
iluimaine. On comprend, d'après cela, la nécessilé de faire précéder l une ponction exploratrice toute opération ayant pour objet l'ablaition des tumeurs molles de la cavité orbitaire.
M. Hulkea publié l'observation suivante, qui offre symptomatiquenment beaucoup d'analogie avec l'espèce d'affection que nous venons ilde décrire.
Obs. 72. — Tumeur hydatique déterminant une proptose extrême (1). — Me trouwant à la campagne, en avril 1862, on nie pria de voir un jeune garçon qui, depuis .linéiques mois, avait une saillie croissante de l'œil gauclie. La cornée de cet œil fut lirouvée par moi d'un pouce plus en avant que celle de l'œil droit; cette saillie élait si ^considérable que l'œil semblait situé tout à fait au-devant de l'orbite. Lorsqu'on essayait iiie le repousser à sa place, on senlail une forte résistance. Le déplacement n'avait pas «seulement lieu en avant, mais aussi en haut; la paupière supérieure était tellement rrefoulée par l'œil qu'on apercevait, à travers elle, la forme de la cornée. La paupière (inférieure était abaissée, mais non renversée en debors, et séparée du globe oculaire ppar une tumeur solide, légèrement élastique, à fluctuation obscure, arrondie, lisse, faisant saillie entre l'œil et le bord inférieur de l'orbite, et s'étendant aussi en haut le long tiiu bord externe. En pressant fortement, on arrivait à sentir distinctement le bord orbi- Itaire, au-dessus duquel passait le gonflement. La peau avait sa coloration naturelle, et i l'on pouvait la faire glisser sur la tumeur : il n'y avait pas d'œdème. Les mouvements de I 'œil en bas et en debors sont abolis ; il y a une légère perception quantitative de la lunmière. L'enfant, qui jouissait auparavant d'une bonne santé, est devenu pâle et faible. LLa saillie du globe oculaire a commencé, il y a sept mois; elle s'est accompagnée de wiolenle douleur dans l'orbite et de diplopie. Après quatre mois, la douleur avait cessé, limais la saillie oculaire avait augmenté.
Les contours arrondis, unis, de la tumeur, et la fluctuation, indiquaient qu'il s'agisssait d'une collection de liquide. Quelle en élait la nature? un abcès ou un kyste hyda- ! tique ? La soudaineté avec laquelle le mal avait débuté, et l'intensité de la douleur, indiquaient un abcès; niais s'il en eût été ainsi, tant de mois n'auraient pu se passer sans qqu'il vint pointer au dehors, et à l'époque où je l'ai vu, on aurait dû trouver quelque oœdème des parties environnantes, quelque adhérence de la peau. L'absence de symptônmes inflammatoires qui écartait l'idée d'un abcès rendait, au contraire, probable l'exisllence d'un kyste hydatique. Je m'arrêtai à celle supposition sans cependant pouvoir .affirmer qu'elle fûl juste. — Avril 21. En explorant la tumeur avec une aiguille cannnelée, il s'échappa de la tumeur un liquide incolore tel qu'il n'en sort que d'une bydalide. On pratiqua alors, à travers la paupière inférieure, parallèlement à son bord adhérent, une incision par laquelle sortirent plusieurs drachmes du même fluide, eet l'on put faire glisser le doigt dans l'orbite, derrière l'œil, où. il pénétra dans une Marge cavité à surface unie. On sentit en haut le nerf optique entouré par les muscles et refoulé contre la voûte orbitaire. On ne découvrit aucun kyste distinct. Un morceau fcje charpie fut placé dans la cavité et l'on maintint la plaie ouverte. Le globe oculaire javait un peu reculé.
Le, lendemain, les paupières étaient œdémaliées; il y avait de la céphalalgie et de la fièvre. Au bout de deux jours, on enleva la charpie, et la plaie suppura abondamment jusqu'à la fin de la semaine. Vers celle époque, en changeant un cataplasme, on trouva un kyste hydatique qui, après quelques jours de macération dans l'alcool, offrait à peu i près le volume d'un œufde poulette. La cavité se ferma alors promplemenL Lorsque je ■revis ce garçon, en décembre 1862, l'œil avait repris sa position normale et la liberté de ses mouvements. Il ne pouvait que reconnaître incomplètement de gros objets, tels que le doigt. L'incision ayant porté sur le bord adhérent de la paupière, celle-ci n'était nullement tiraillée par la cicatrice, qui était à peine visible.
(1) IIiîi-ke. Ophlh. Hosp. Rep. 1863, Vol. IV, p. 91.
MALADIES DE LA CAPSULE DE L'OEIL
§ II. Exophthalmos anémique.
Syn. — Goitre exoplitlialmique. — Bronchocùle vasculairc et cxoplithalmos. Warburton Bcgbic— Exophl lialinos cardio-thyroïdien. De Gruefc. — Cachexie exoplitlialmique. Withusen, — Maladie de Basedow. — Maladie de Graves.
L'exophthalmos anémique doit aux cas nombreux qui en ont été récemment observés, d'avoir été très scrupuleusement étudié dans ces dernières années. Il y a donc opportunité à ajouter de nouveaux détails à l'histoire qui en a été donnée précédemment (t. I, p. 438).
La maladie présente trois symptômes principaux, dont la réunion constitue une espèce morbide digne de recevoir une dénomination spécifique. Ces symptômes sont : l'exoplilhalmos ou la propulsion des globes oculaires en avant, le goitre et les battements du cœur.
1. L'exophthalmos existe le plus souvent des deux côtés, tantôt très prononcé, d'autres fois peu manifeste; il s'accompagne d'un certain embarras des mouvements du globe, qui éprouve de la difficulté à se fixer dans la direction que le regard voudrait lui imprimer, embarras qui donne lieu à du larmoiement. D'autre part, il est un premier indice caractéristique et palhognomonique de cette affection, indiqué par M. de Graefe (1) et digne de toute l'attention : c'est la suspension des relations sympathiques qui existent entre les mouvements de rotation verticale du globe de l'œil et les mouvements d'élévation et d'abaissement de la paupière supérieure. Dans la rotation en bas du globe oculaire spécialement, la paupière reste immobile, symptôme qui n'existe pas dans l'exophlhalmos ordinaire et qui dépendrait, dit-il, de l'action nerveuse du grand sympathique, dont des filaments, suivant Mùller, se distribuent à la paupière. La diminution de la mobilité est symétrique dans toutes les directions, particularité qui sert à différencier la maladie de l'exophthalmos simple, tel que celui développé par une tumeur, une exostose.
Toutefois, on a observé la diplopie et un strabisme divergent de l'un ou de l'autre œil. Le centre de rotation de l'œil est déplacé en avant. La mobilité latérale est un peu affaiblie, ce qui donne lieu à un regard fixe et à une expression singulière de la physionomie. Quelquefois l'exorbilisme est tel qu'il empêche les paupières de se fermer pendant le sommeil. M. de Graefe croit qu'il est déterminé tout d'abord par la congestion du système veineux, dont l'hypertrophie du tissu adipeux est aussi le résultat (2).
2. Le goitre qui accompagne l'exophthalmos, en suit toutes les phases d'augmentation ou de diminution : il est ordinairement plus I
(!) Deutsche Klinik, 1864, no 1G; Klinische Monatsbl. 186i, S. 183, et Brit. Med. Journ. 1864, Sept. 17, p. U.
(2) Archiv fûr Ophth. 1857, B. III, Abth. 2, S. 278.
EXOPIITHALMOS OU HERNIE DE l'oEII,.
■développé du côté droit, et est le siège de mouvements d'expansion, Jde battements, analogues à ceux qu'offre une poche anévrysmale. (On y perçoit des bruits de souffle continu, avec renforcements sysloiliques. L'anatomie pathologique a démontré que la tumeur est bien tune simple hypertrophie générale du corps thyroïde. Quand la maladie doit se terminer par la guérison, le goitre peut disparaître, sans cque l'exorbitisme cesse entièrement, et réciproquement ; presque toujjours cependant la tumeur thyroïdienne laisse des traces persistantes.
o. En général, le premier symptôme dont les malades se plaignent (part du cœur; ils accusent, tout au début, des battements violents, Ibruyanls, allant parfois jusqu'à soulever la poitrine et à se faire enttendre à dislance, sans voussure de la région précordiale. Ces balteimenls peuvent retentir dans les artères du cou et des globes oculaires, tel s'accompagnent d'ordinaire de céphalalgie et d'une altération marquée du caractère, qui devient chagrin et souvent violent : tous ces •signes augmentent, en même temps que les yeux se remplissent de I larmes, sous l'influence des émotions morales. On constate un bruit i de souffle systolique à la base du cœur, se prolongeant dans les vaisseaux du cou ; les artères thyroïdiennes bondissent à chaque pulsation du cœur, mais, en même temps, le pouls radial reste petit et faible. Il n'y apoint de bruitde souffle dans les artères numérales et crurales. Selon M. Trousseau (1), dans le goitre exophthalmique, il n'y a pas ordinairement d'hypertrophie cardiaque, bien que celle-ci puisse 'exister quelquefois d'une façon passagère. Dans les huit cas observés par M. de Graefe, il n'existait ni hypertrophie du cœur, ni altération des valvules.
&. Les troubles de la menstruation, la suppression ou l'irrégularité des règles existent chez toutes les femmes affectées de la maladie : quelquefois il y a, en même temps, accroissement du volume, induration et abaissement de l'utérus. La grossesse apporte toujours un amendement considérable des symptômes, qui d'ordinaire reparaissent avec leur intensité première, après l'accouchement.
5. Chez beaucoup de malades, il existe des troubles de la digestion, des vomissements aqueux fréquents et des altérations graves de la cornée, évidemment déterminées par le peu de protection que l'œil reçoit des paupières et par la diminution de l'humectation des membranes externes. La faculté visuelle nechange pas, aussi longtemps que la cornée n'est pas altérée ; mais, chez certains malades, le contact continuel de l'air avec celte membrane, que les paupières ne recouvrent plus, y donne lieu à des inflammations et à des opacités qui compromettent gravement l'acte de la vision. L'ophlhalmoscope
(I) Rapport présenté ù PAcad. de méd. de Paris. — ld. Séance du 13 juillet 18G2.