‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource]Chapitre 134 sur 251 · TUMEURS INTRA-ORBITAIP.ES · texte numérisé non relu

TUMEURS INTRA-ORBITAIP.ES

blant à un œil artificiel qui coiffait la partie antérieure de la tumeur. A partir du bord circulaire de celte coquille, on remarquait les muscles oculaires couvrant d'une couche épaisse la masse entière; ils étaient hypertrophiés, au point que les droits et les obliques présentaient le volume des muscles sterno et omo-hyoïdiens. L'élévateur de la paupière avait le même sort, et l'orbiculaire présentait presque la force du sphincter anal. Les nerfs étaient également beaucoup plus épais ; on y trouvait des rameaux gros comme la branche récurrente du pneumo-gastrique.

A la surface concave de la coquille oculaire, on apercevait un cordon blanc, long de 3 millimètres : c'était le nerf optique qui se perdait brusquement ensuite dans la masse de la tumeur. Celle dernière, débarrassée de son enveloppe musculaire, était elliptique, longue de 16 et large de 13 centimètres, ayant sa plus longue dimension dirigée en avant; elle était recouverte d'une membrane blanche, fibreuse, qui ressemblait ù la sclérotique.

L'intérieur de la tumeur fit voir des cloisons nombreuses, qui prenaient leurs racines dans la membrane d'enveloppe et formaient des compartiments nombreux. Les uns contenaient du tissu graisseux, les autres une matière glaireuse ressemblant à celle des kystes mélicériques, d'autres un amas de cellules à queues, d'autres un détritus difforme ou du sang fraîchement épanché. Bref, il m'a été impossible de classer celle tumeur dans une catégorie de néoplasme bien déterminée; une chose était seulement certaine : c'est que la tumeur s'élail développée au-dessous du nerf optique, el que le névrilème distendu et épaissi de ce nerf était venu former la membrane d'enveloppe, ainsi que les cloisons internes.

La guérison se fit sans accident; la peau s'attacha au périoste de la cavilé orbilaire, qui à son tour se rapetissa de manière à mesurer transversalement plus de 30 centimètres en moins.

Obs. 79. — Tumeur squirho -cancéreuse du nerf optique (1). — Au commencement de l'année 1855, on m'a présenté, à l'Institut ophlhalmique de Varsovie, un enfant campagnard, âgé de 4 ans, d'une constitution robuste, bien portant, bien nourri, el cependant atteint d'une exophlhalmie considérable de l'œil gauche, que ses parents attribuaient à une forte contusion qu'il s'élail faite à la tempe quatre à cinq mois auparavant. Le globe de l'œil proéminait considérablement, bien qu'il fût encore assez bien recouvert par les paupières. 11 était poussé en avant, ne louchait nullement, el conservait une mobilité parfaile. Entre l'œil el le bord orbilaire, on ne senlail ni dureté, ni fluctuation; seulement, le tissu cellulaire était plus saillant et présentait un peu plus d'élasticité. La vue était assez bien conservée : de près comme de loin, l'enfant distinguait une main, une montre, etc.; la pupille conservait aussi ses dimensions et sa mobilité normales. Le fond de l'œil, examiné à l'ophlhalmoscope, montrait, à travers des milieux bien transparents, un aspecl normal; seulement, les ramifications de la veine centrale étant plus dilatées, présentaient une pulsation évidente, quand on exerçait une pression sur l'œil au moyen du doigt. L'enfant, bien qu'assez gai, se plaignait cependant de temps en temps de douleurs au front et à la tempe gauche. Ces douleurs, qui étaient devenues, au bout de deux semaines, beaucoup plus forles, finirent par priver le jeune malade du repos de la nuit el par réagir considérablement sur son état général ; on remarqua aussi que l'œil devenait de plus en plus saillant. Alors la conjonctive rougil, se gonfla, et les paupières cessèrent de recouvrir le globe. Peu après, la cornée devint opaque, au point de ne plus permettre de reconnaître la pupille; et l'œil qui, quelque temps auparavant, présentait de la photophobie, devint tout à fail insensible à la lumière, tandis que l'autre œil devenail le siège d'une irritation sympathique.

Il était donc évident qu'il y avait derrière le globe une tumeur comprimant le nerf optique, lequel n'était pas particulièrement affecté, puisque la vision avait persisté très longtemps malgré la propulsion considérable de l'œil. Je demeurai également convaincu que celte tumeur n'était adhérente ni au globe, ni à l'orbite, car, dans ce cas, elle eûl exercé une influence fâcheuse sur les mouvements de l'œil, ce qui n'existait nullement. L'absence d'une pulsation anévrismatique et des signes que Ton provoque dans les tumeurs érecliles par la compression des carotides, ainsi que celle de toute dureté, de

(1) V. Szokalski. Annales d'Oculistique, 1861, l. XLVF, p. 4-3.

TUMEURS SOLIDES DE LINTÉRIEUn DE l'oUMTE.

loute crépitation, de toute fluctuation dans la région péri-globairc, me fit penser que j'avais affaire à une tumeur enkystée qui se développait directement derrière le globe à côté du nerf optique, entre les muscles droits.

Prenant alors en considération et la santé du malade, et l'impossibilité de conserver son œil, j'entrepris immédiatement l'extirpation du contenu de l'orbite. Ayant élargi la fente oculaire par une incision horizontale sur la tempe et écarté convenablement les deux paupières, je séparai, par une autre Incision circulaire et profonde, le globe de l'œil des parois de l'orbite; mais le doigt introduit immédiatement dans le fond de la plaie trouva derrière ce globe un corps dur, bosselé et mobile. Ce corps, ayant été séparé soigneusement des tissus environnants par des incisions rasant les parois de l'orbite, fut saisi à l'aide d'un fort crochet, attiré en avant, puis détaché entièrement, d'un coup de ciseaux, du sommet de l'orbite. L'hémorrhagie, assez considérable, fut facilement arrêtée par un morceau de glace introduit dans l'orbite et qu'on y avait laissé pendant deux minutes. (Ce moyen m'a déjà plus d'une fois rendu des services signalés clans des circon- : stances analogues.)

L'examen de la pièce excisée m'a montré ce qui suit : Le globe de l'œil était tout à fait | sain ; mais derrière lui, à un centimètre à peu près, on voyait, sur le nerf optique, une i tumeur arrondie, bosselée et allongée dans le sens transversal, grosse comme une ave- I line, que le nerf traversait en en suivant la petite dimension. La surface de celte tumeur I tombait d'aplomb sur la direction du nerf, à peu près comme celle d'une perle enfilée sur i un cordon. La gaîne névrilémalique du nerf passait directement sur la tumeur, où elle •se montrait plus forte et plus adhérente. La substance de cette tumeur était dure, griîsâtre, fibreuse et criant sous le couteau ; elle présentait sous le microscope des aréoles i réticulaires, au milieu desquelles on apercevait des amas de cellules à queue ayant un ou I plusieurs noyaux. Mais ce qu'il y avait de plus curieux, c'était, au milieu de ces cellules, I la disposition des éléments nerveux, disposition que l'on apercevait parfaitement sur les t tranches minces formées dans le sens du nerf optique et allant à travers la tumeur. Les '. tuyaux nerveux qui composent le nerf optique sont, comme on lésait, rassemblés en (faisceaux séparés entre eux parles cloisons qui proviennent des prolongements de la : gaine névrilémateuse vers l'axe du nerf. Or, quand on suivait ces faisceaux dans les l tranches indiquées, on remarquait bien qu'ils s'écartaient en forme d'éventail, en se perdant insensiblement au milieu de la lumeur, tandis que, plus loin, ils reparaissaient de r nouveau dans celte masse, se rapprochaient, s'engageaient dans le nerf du côlé de l'œil e et prenaient vers lui leurs cours. Ces faisceaux nerveux, éloignés les uns des autres par i la masse croissante de la tumeur, qui prenait indubitablement sa source dans les cloisons cnévrilématiques, avaient élé enfin détruits et rompus lorsque celle masse s'élail développée oulre mesure.

Il était aussi hors de doute que celte masse était d'une nature squirho-cancéreuse, et ; qu'en pullulant elle avait dû étouffer la fibre nerveuse et interrompre peu à peu les rapp ports de la rétine avec le cerveau. Mais il importe de remarquer que, pendant longtemps a au moins, elle n'a pas dû gêner ce rapport et que la vue a pu ainsi se conserver jusqu'au J dernier moment, malgré la propulsion considérable du globe oculaire. Le déplacement

latéral des tuyaux nerveux ne nuisait donc pas beaucoup à leur fonction conductrice, I puisque cette fonction n'a élé interrompue que du moment où ces tuyaux ont été brisés

et détruits par la croissance de la lumeur.

) Bien que le nerf optique fût coupé le plus profondément possible vers le sommet de l'orbite, on a pu cependant constater sur sa tranche une teinte grisâtre, indiquant qu'une ifusée de la matière fibro-squirheuse s'étendait plus profondément encore vers le cerveau. Celte fâcheuse circonstance me fit prévoir le résultat peu favorable de l'opération ; car il était à présumer que la tumeur allait répulluler plus tôt ou plus lard. Je crus aussitôt qu'il était de mon devoir de prévenir les parents du petit malade. Les événements comme on va le voir dans la suite, n'ont que trop prouvé la vérité de ce pronostic.

L'œil cxlirpé avec la lumeur me fil voir la cornée opaque, ainsi qu'une matière caillée, ramassée en abondance dans la chambre antérieure. Quant au cristallin, au corps vitre et aux membranes, ils ne présentaient aucune anomalie. Mais puisque tel œil avait uu être exlirpé à cause de la dégénérescence du nerf optique, il a fallu examiner soigneusement la rétine, bien qu'elle ne présentai pas, à l'inspection ophthalmoscopique, d'anomalies saillantes. Dans ce but, je divisai le globe en deux moitiés par une section circu-

!.:iG

Page 1