III. XXXV
•ADAPTATION D UN OEIL ARTIFICIEL
ainsi les cils et la muqueuse dans un élat permanent d'irritation qui a pour résultat presque inévitable le trichiasis ou l'entropion.
» A ces états, que complique encore l'action des courants d'air et des corpuscules poussiéreux s'introduisanl sous les paupières, vient s'ajouter celui qui résulte de l'action de la lumière, sur des moignons auxquels certains états anormaux de leurs parties internes donnent une grande sensibilité. C'est ici que la thérapeutique et la prophylaxie de l'œil artificiel se manifestent le plus favorablement, en amenant, par sa protection et le rétablissement des fonctions lacrymales, la disparition instantanée de ces diverses affections.
» Dans les cas d'entropion, la pression qu'exerce la section palpébrale inférieure de l'émail sur la muqueuse conjonclivale, redresse la paupière correspondante par une action mécanique spontanée, et le trichiasis disparait avec la même promptitude par le simple effet propulsif de sa convexité.
» Un autre fait digne de remarque, c'est qu'au bout de quelque temps de l'usage d'une coque artificielle, les granulations palpébrales s'aplatissent, prennent un ton moins vif et souvent disparaissent complètement.
» Employée par segments de diverses formes, la coque d'émail joue parfaitement le rôle d'isolateur, pour empêcher le contact des paupières avec le globe de l'œil, dans les cas de cautérisations profondes ou de débridements d'adhérences partielles et isolées. M. Boissonneau exprime la croyance que des coques sclérolicales, présentant à leur centre une large ouverture, dans laquelle passerait la cornée de l'œil naturel, offriraient pour quelques maladies le moyen d'appliquer exactement les topiques et de les maintenir â demeure; méthode qui conduirait probablement à de bons résultats dans les cas de granulations. »
Débouta signalé également (1) l'utilité des coques, pour mettre des moignons, non encore privés de sensibilité, à l'abri de l'influence de la lumière. Souvent il arrive, dit-il, dans les ophthalmies externes qui amènent la destruction de la cornée, que celle partie n'est pas complètement désorganisée et laisse pénétrer encore quelques rayons lumineux à l'intérieur de l'œil. La rétine n'étant pas paralysée, les malades perçoivent un reste d'impression quantitative de la lumière, et l'observation clinique démontre que cette impression sensorielle incomplète réagit sur la vision de l'œil sain, de façon souvent à donner lieu à des troubles de la vue dont la cause est la plupart du temps méconnue. La coque d'émail est alors une sorte d'écran, qui s'oppose à l'entrée de la lumière, et pare ainsi du même coup à l'infirmité et à
11) Restauration de l'organe de la vision. (Bull, de thérnp. 1862, t. LX1II, pp. 417-529 ; 1865, t. XLIV, p. 188, et Dubl. Quart- Journ. of Med. Science, Aug. 1863, p. 67).
ADAPTATION D'UN OEIL ARTIFICIEL
la difformité, de façon qu'au bout d'un certain temps, les malades accusent une amélioration de leur vue.
Obs. 234 (•!). — Perte de l'œil droit; globe peu atrophié; staphylôme de l'iris et de la cornée; impression sensorielle de cet organe gênant la fonction de l'œil sain. — Adaptation d'un œil artificiel; amélioration rapide de la vue. — Marie G*'*, âgée de 19 ans, est admise, en mai 1S62, dans le service des femmes de l'hôpital des Cliniques, pour un staphylôme de l'iris et de la cornée. La perle de l'œil remonte à deux mois; elle a été provoquée par une violente oplilhalmie interne. Bien que la fonction visuelle soit complètement abolie et ne permette plus à la malade de distinguer -aucun objet avec cet organe, elle perçoit encore une impression qualitative, et peut indiquer de quel côlé la lumière pénètre dans la salle. Ce reste d'impression sensorielle suffit pour gêner l'exercice de l'oeil sain ; mais la malade n'en a pas connaissance encore, puisqu'elle n'a pas repris ses travaux. Elle s?est présenlée à l'hôpital seulement pour se faire enlever sa tumeur, opération indispensable, lui a-l-on dit, pour qu'on puisse lui poser un œil artificiel.
Le globe oculaire était peu atrophié, et de plus, la cornée, complètement désorganisée, présentait un staphylôme très étendu, à la surface duquel on remarquait trois points moins solidement cicatrisés, par lesquels l'iris faisait hernie. De plus, l'ouverture palpébrale était sur un plan horizontal inférieur à celle de l'œil sain ; ce qui arrive toujours lorsque, pendant le cours de l'ophlhalmie, l'œil a acquis un développement qui dépasse son volume normal. Pour répondre à ces particularités, il fallut une pièce qui ne put exercer sur le staphylôme, comme sur les autres parties du globe, qu'une pression légère et régulière, et ménager même dans la partie de la pièce qui devait correspondre au staphylôme, une concavité destinée à recevoir celle saillie cornéenne, afin de prévenir toute cause d'inflammation du bulbe oculaire.
La malade supporta la pièce sans aucune gêne, et au bout de quelques jours, lorsqu'elle y fut complètement habituée, assura qu'elle était plus à son aise avec son œil artificiel. Ce qui la frappait davantage et dont elle ne pouvait se rendre compte, était l'amélioration qui se produisit dans la vue de l'œil sain.
Obs. 235 (2). — Destruction incomplète de la cornée. — Troubles fonctionnels de la vue de l'œil sain, réclamant la séquestration de la malade pendant huit années. — Application d'une pièce artificielle; guérison rapide. — Madame X***, pareille de l'une de nos célébrités médicales, à la suite d'une oplilhalmie intense, perdit l'œil droit, en 1848. Quoique la vue fùtabolie, comme la cornée n'élail pas entièrement désorganisée, l'impression sensorielle persista assez pour troubler la fonction de l'œil resté sain. Lie plus, cet organe était si sensible à l'action du vent, du froid et de l'humidité, que, malgré l'emploi de lunettes bleues très foncées, elle souffrait au point qu'elle finit par se confiner dans son appartement. Tous les moyens employés restèrent sans effet, et elle se croyait atteinte d'un mal incurable. Enfin, après une réclusion de huit années, dans une obscurité presque complète, elle se décida à venir consulter M. Desmarres, qui, ne trouvant aucune inflammation du globe oculaire détruit, lui conseilla d'essayer l'emploi d'un œil arliliciel. L'œil n'avait perdu qu'un cinquième de son volume, de sorte que la cornée, non complètement désorganisée, étant demeurée très sensible, la pièce prothélique dut être construite de manière à éviter tout contact avec celle partie. Après quelques tâtonnements, on arriva à fabriquer une coque d'émail que la malade put porter et qu'elle garda d'abord une heure, puis deux. Enfin le cinquième jour, elle conserva sa pièce toute la journée. Sous l'influence de l'action de cette sorte d'écran, les accidents cessèrent très promptement, et la santé et le moral ne lardèrent pas à revenir ce qu'ils étaient autrefois.
(1) Dehout. Loc. cit. I. XLII1, p. 418.
(2) Ibid. Id. p. 149.