DIAGNOSTIC, SYMPTÔMES, CAUSES, PRONOSTIC, ETC. H
riées, dit M. Lecorché (1), à qui nous empruntons ces détails : elles consisteraient dans l'action directe de l'humeur aqueuse, saturée de sucre, sur la trame du cristallin (Hasner) ; dans la fermentation de ce même liquide (Ruele, Canstatt, 1854, t. III); dans l'appauvrissement des sucs nourriciers (Lohmeyer); dans un dépôt de sels de chaux qui se ferait dans la lentille (Cohen). « En présence d'idées théoriques aussi diverses, ajoute M. Lecorché (2), je me demande si l'on ne pourrait pas plutôt, considérant les perles considérables que subit tout malade glucosurique, rapprocher cette espèce de cataracte de celles qu'on produit à volonté, chez les batraciens, en leur enlevant la partie aqueuse du sang par des purgatifs salins énergiques. (Cl. Bernard.) »
La cataracte diabétique est une variété de la cataracte molle; son invasion est tantôt lente, tantôt rapide, précédée ou non de symptômes amblyopiques. Ordinairement on remarque des stries à la face postérieure du cristallin, allant de la périphérie au centre, pour envahir plus ou moins rapidement, selon la marche du diabète luimême, la lentille tout entière, sur laquelle continuent à se remarquer les stries initiales tranchant sur la teinte générale de l'opacité. En général, les malades recherchent la lumière directe, ce qui s'explique par la coïncidence fréquente de l'amblyopie. Quand la cataracte est complète, la lentille est ordinairement volumineuse et comme soufflée, uniformément blanchâtre, teinte de bleu, poussant en avant l'iris avec lequel elle s'est mise en contact. Ce n'est qu'exceptionnellement que ces sortes de cataractes sont dures ; MM. Guersant et deGraefe en ont néanmoins rapporté des exemples.
M. Lecorché dit n'avoir trouvé, dans ces cataractes, ni de ces amas de chaux dont parle Cohen, ni de la glucose, mais seulement les altérations ordinaires à toute cataracte molle ou demi-molle, c'est-àdire la granulation des cellules et des tubes de l'humeur de Morgagni, des granules élémentaires qui les réunissaient par groupes plus ou moins difficiles à dissocier, la disparition du noyau de ces tubes et de ces cellules. Au milieu de ces éléments altères, on voyait çà et là des granulations et des cellules graisseuses volumineuses.
Une des particularités qui distinguent le plus la cataracte diabétique des autres espèces de cataracte est, sans contredit, son mode rapide de développement, si rapide qu'en quelques semaines et souvent en quelques jours, elle est devenue complète.
L'opération en doit être subordonnée à une foule de conditions, dans lesquelles son opportunité même, en présence de la fin plus ou moins prochaine des malades, dont elle est l'un des signes précur-
(1) Lecorché. De la cataracte diabétique (Arch. gén. de médecine, 1861, t. I, pp. 572, 725, et t. II, p. U).
(2) Loc. cit., p. 380.
CATARACTE
scurs, mérite d'être examinée. Il faut surtout tenir compte des conditions spéciales dans lesquelles se trouvent les malades, au point de vue des diverses complications qui sont leur partage trop ordinaire : albuminurie, amblyopie, etc., et faire choix d'un procédé opératoire, en rapport avec les inductions tirées de l'état général du sujet. Ainsi, l'extraction à lambeau est presque toujours, dans ces circonstances, suivie d'une inflammation destructive de l'œil, soit parla mortification du lambeau, la suppuration de la cornée ou l'inflammation de l'iris (1). Aussi y a-t-on généralement préféré l'extraction linéaire, avec ou sans irideclomie ; les succès presque constants obtenus par MM. Sloeber, de Graefe et la plupart des opérateurs, ne laissent aucun doute à cet égard. La cataracte, molle ou demi-molle, s'échappe facilement par la plaie linéaire, qui se cicatrise rapidement, et la guérison est ordinairement parfaite.
Obs. 253. — Calaracle et diabète. Extraction par incision linéaire. Succès (i). — Rosalie Sellz, âgée de vingt-trois ans, de Wantzenau (Bas-Rhin), affectée de diabète depuis plusieurs mois, entre à la clinique d'ophlhalmologie de Strasbourg le 18 février 1856. Elle présente tous les signes d'un diabète arrivé à un degré avancé. La quantité de glucose contenue dans son urine est considérable, la maigreur extrême. Depuis plusieurs mois déjà, la vue avait progressivement diminué, et aujourd'hui la malade ne dislingue que le jour de la nuit. A l'examen des yeux, on trouve ces organes bien conformés extérieurement; les iris bleus, poussés en avant, se contractent lentement. Les cristallins sont opaques, volumineux, et présentent tous les caractères des cataractes molles. Le cas étant très-favorable à l'extraction linéaire, M. Sloeber se décide à recourir à ce procédé. Le 21 février, la pupille de l'œil droit ayant été fortement dilatée, il procède à l'opération ainsi qu'il suit : La malade élant couchée sur un lit, les paupières écartées par un aide, il fixa l'œil à sa partie interne au moyen d'une pince tenue de la main droite, et enfonça de la main gauche un kéralolomeà travers la cornée jusque dans la capsule du cristallin. La ponction est faite du côté externe de la cornée, un peu en dedans de la partie qui correspond au bord pupillaire de l'iris ; le tranchant du couteau est dirigé en bas. La lame, après avoir pénétré assez avant pour ouvrir la capsule et faire à la cornée une incision de sept à huit millimètres, fut retirée. L'humeur aqueuse et une petite quantité de matière cristalline s'échappèrent immédiatement. L'opérateur saisit ensuite la curelle de David, pressa légèrement sur la sclérotique ù sa jonction avec le bord externe de la cornée, de manière à entr'ouvrir les lèvres de la plaie, et l'on vil immédiatement la matière cristalline s'échapper parla plaie sous forme d'une gelée molle, et la pupille devenir complètement nette. L'œil fut fermé au moyen de deux bandelettes de taffetas gommé, et des compresses froides y furent appliquées pendant six heures. Aucun symptôme morbide ne se manifesta. Le lendemain, l'œil ne présenta aucun signe d irritation'. Il fut tenu fermé encore pendant deux jours, pûfs mis a l'abri d'une lumière très-vive pnr le moyen de lunettes à verres bleus. La vue élail très-bonne cl la guérison s'est maintenue. La malade fut évacuée sur la clinique interne pour être traitée du dia bete. Elle n'y resta que quelques jours et demanda à rentrer chez elle. Au mois de décembre, sa vue étail toujours fort bonne, mais le diabète n'avait pas été guéri. La matière cristalline fut remise à M. Hepp, qui n'y trouva aucune trace de glucose.
Obs. 254. — Calaracle et diabète (3). — Jane B., âgée de 39 ans, atteinte de diabète depuis 1859, et de cataracte depuis le milieu de l'année 1860. Le 17 août 1861, l'au-
(1) Omis un cas opéré par Wallon, les choses allèrent bien, quoique l'iris parut comme appliqué conlrc la cornée. (Mal. Tim. nn.l Gaz. 1859, Nov. 12, p. 477j.
(2) STOEBBR. Annales d'OculUtique, 18!>7, t. XXXVIII, p. 15. (ô) Swair. Ophlh. Hosp. l\cp., 18G0-18GI. Vol. III, p. 551.