DE L OEIL CONSIDÉRÉ COMME INSTRUMENT DE REFRACTION
SECTION Ir(!.
REFRACTION STATIQUE ET REFRACTION DYNAMIQUE.
§ I. De l'œil considéré comme une chambre obscure.
1. — L'œil, dans ses rapports avec les rayons lumineux qui viennent tomber sur sa face antérieure ou transparente (cornée), représente la chambre obscure des cabinels de physique. Les objets éloignés, ou qui envoient vers lui des rayons parallèles, se peignent sur cet écran en figures renversées, géométriquement semblables à ces objets.
Dans la chambre obscure des cabinets de physique, un mince faisceau lumineux cylindrique, qui se promènerait sur le contour de l'objet A B, lig. r, en ayant toujours pour base le petit trou circulaire 0, dessinerait, par son prolongement, sur la paroi opposée à l'orifice 0, une image b a semblable à A D, mais évidemment renversée par rapport à cet objet.
L'œil dans lequel la pupille serait excès- F|S-
sivement resserrée, ressemblerait absolument â celle chambre obscure tout à fait simple. On sail, en outre, qu'en élargissant l'orifice 0 et y plaçant une lentille, dont la longueur focale égalerait la largeur de la chambre noire, eu obtient encore le même effet, mais avec plus de lumière. (Voir la chambre noire des photographes.)
On démontre l'idenliié de l'œil et de la chambre obscure, au moyen d'un œil de lapin albinos. Sur cet œil frais, les objets qui forment le paysage placé en avant se peignent renversés sur l'hémisphère postérieur.
D10PTIUQUE PHYSIOLOGIQUE.
On observe alors que tous les points de celte image hémisphérique présentent une netteté sensiblement égale.
Dans la figure n, o représente la projection horizontule d'un 01 traversant par son axe vertical l'oeil de lapin albinos; A étant une lumière qu'on transporte successivement en B, C, D' (K D'étant parallèle au plan de la cornée), l'image de la flamme se peint, à chaque déplacement de la lumière, en a, F'g- "• b, c, d, c'est-à-dire
constamment dans le plan vertical passant par A , B , C , D et le (il de suspension.
D'autre part, si l'on fixe le regard sur un point de mire précis, et sans s'en écarter un seul instant, on remarque qu'on a la notion très nette de la position d'un point mobile bien visible, qu'un assistant promènerait dans le champ périphérique de la vision. On ne perd ce point mobile de vue, du côté externe, que presque absolument dans le plan même delà circonférence de la cornée; du côté interne, on le suit seulement jusqu'aux limites opposées par la protubérance nasale. On conclut de ces observations et expériences que :
2. — Le champ visuel périphérique atteint, pour un seul œil, une étendue à très peu près égale à une demi-sphère; en d'autres termes, tous les points de la réline font partie de la surface focale de l'appareil dioptrique.
o. — Si tout l'hémisphère visible se peint nettement sur l'écran rétinien, il n'y a pourtant, dans toute cette étendue, qu'un point sur lequel se fixe, à un moment donné, l'attention du regard. Ce point, situé au polo de la surface rétinienne, est le centre d'un emplacement objectivement remarquable et caractérisé par des dispositions anatomiques notables. On le nomme macula lulca, tache jaune. En cet endroit, les vaisseaux deviennent invisibles, mais les cellules nerveuses, bâtonnets et cônes, y montrent un développement remarquable; en son centre est un petit espace (fovea centralis) encore plus remarquable, et caractérisé par l'amincissement extrême de toutes les couches de la réline, à l'exception de la couche des bâtonnets.
Cette proposition a été démontrée par M. Dondcrs. Ce physiologiste a fait voir, au moyen de l'ophtlialmoscope :
RÉFRACTION STATIQUE ET RÉFRACTION DYNAMIQUE
1" Que si le sujet en observation reçoit l'ordre de fixer son attention sur le trou du miroir ophlhalmoscopique, la tache jaune se présente toujours pour recevoir l'image de cet orifice.
2° Que si, pendant celte observation ophthalmoscopiquc, on rail fixer au sujet la flamme d'une bougie qu'un assistant promène, l'image de la petite flamme demeure toujours sur la macula.
g II. Valeur réfringente des différents éléments de l'œil.
D'après les paragraphes \ et 2. l'œil, dans son effet intégral, peut donc être comparé ù une lentille collective de nos cabinets de physique, perfectionnée, eu égard à la netteté de ses résultats. Dans le fail, cependant, et en décomposant l'œil, on approcherait davantage de la réalité des choses en considérant cet organe comme composé de deux lentilles collectives, très voisines l'une de l'autre et dont les effets s'ajouteraient.
Les rayons lumineux qui, d'un point éloigné, viennent frapper l'œil, rencontrent en effet une première surface, la cornée, qui agit sur eux comme une lentille collective, les réfractant en convergence sur un point» situé en arrière d'elle.
MM. Listing, Helmhollz, Donders ont démontré que, eu égard à la presque identité du pouvoir réfringent propre de l'humeur aqueuse et de la substance de la cornée (voir la table, page vi) :
4. — La cornée, considérée comme simple surface de séparation enlre l'air, dont l'indice de réfraction = 1, et l'humeur aqueuse, dont l'indice de réfraction = 1,54, représente une lenlille collective de 50 millimètres environ de longueur focale principale postérieure.
Considérée en elle-même et suspendue dans l'air, cette même membrane représenterait une lenlille dispersive de 8 mètres environ de longueur focale, e'est-à-dire, en fait, nulle. Suivant les mêmes physiciens, et eu égard à la presque identité du pouvoir réfringent de l'humeur aqueuse et de l'humeur vitrée,
o. — Le cristallin représenterait une deuxième lentille collective de 4-5 millimètres environ de longueur focale principale, suspendue dans un milieu homogène, ou enlre deux milieux de môme pouvoir réfringent , — 1,54.°
6. Premier œil schématique de Listing. — Le système dioptriquedel'œil serait ainsi con-
I Lk"
Fig. m.
Figure représentait! cet œil.
»C Longueur focale antérieure de là cornée S3.89
•?' C ld. postérieure de la cornée 31. CD'
/ " L ld. postérieure de la lentille H.tili
Q V Longueur focale postérieure de l'œil entier .... 2â;S3
C F ld. antérieure de l"u:il entier fi.'JO
slitué par l'action, combinée par addition, de ces deux réfraction* successives. Les rayons parallèles qui eussent été réunis par la coi nce
Fig. rv.
V» DIOPIRIQUE PHYSIOLOGIQUE.
à 50 millimètres de sa face antérieure, éprouvent de la part du cristallin une seconde réfraction, qui les réunit sur la face postérieure ou couche des bâtonnets de la réline.
Dans ce système, le centre optique de l'ensemble ou île l'œil entier, ou deuxième point nodal K" de la fig. m, est situé àun 1/2 ou à 3/4de millimètres en avant de la face postérieure du cristallin, ou à 15 millimètres de la rétine (•15n"D47).
Simplifiant encore ces résultats numériques, Listing construit un œil schématique sur les bases suivantes :
7. Deuxième œil schématique de Listing ou œil réduit. — L'œil peut être représenté par une simple surface œ:i réduit de Listing. sphérique, séparant l'air d'un milieu
réfringent ayant l'indice de réfraction de l'eau distillée, et pour rayon Smml2; le foyer principal d'une telle lentille est à lomra47 en arriére de son centre, ou à 20mm59 de sa surface antérieure.