VERRES A CATARACTE. (P. S
1. Il y a un grand nombre de différences sous le rapport de la faculté visuelle conservée après l'extraction du cristallin, ainsi que sous celui de l'amélioration que produisent les verres convexes. Ceci dépend de la conformation originelle de l'œil emmétrope, myope ou hypermétrope. Lorsque le cristallin est enlevé, l'œil devient fortement hypermétrope, de sorte que le foyer des rayons lumineux réfractés tombe loin derrière la rétine. Les objets très éloignés sont ceux que le sujet voit le mieux, ceux qui sont rapprochés ne sont vus que très imparfaitement. Exemples : Mmc W. lit beaucoup mieux avec des verres convexes n° 2 qu'avec des verres n° 2 1/2. Mmc R. ne peut lire qu'en combinant l'usage d'un verre 4 4/2 avec un 2 1/2, ce qui équivaut à un 4 1/2. Une autre dame, très myope, lit avec un verre 2 1/2 tenu à 1 1/2 ou 2 pouces devant son œil. Elle voit mieux les objets éloignés sans lunettes, qu'elle ne le faisait avant d'avoir subi l'extraction et alors qu'elle n'avait pas encore la cataracte.
2. Les verres bi-convexes sont les plus employés, mais ils ne procurent pas toujours les avantages qu'on en attend, les ménisques ou les piano-convexes conviennent mieux. J'ai connu un sujet qui lisait avec des ménisques et qui ne pouvait pas le faire avec des verres bi-convexes. Mme P. ne pouvait lire qu'en ajoutant à un verre convexe un diaphragme présentant une ouverture d'une ligne de diamètre.
3. Les verres des lunettes à cataracte sont en général beaucoup trop larges et conséquemment lourds et gênants. De petits verres piano-convexes, ou des ménisques, bien qu'on puisse leur adresser des reproches sous le rapport des aberrations de sphéricité et de réfrangibilité plus marquée (1), rendent dans la praLique plus de services que les verres bi-convexes. Leur diamètre ne doit pas dépasser trois quarts de pouce, et ils doivent être enchâssés dans un petit cercle de bois noir large de un quart de pouce environ. Les verres ordinaires, outre que leur grand diamètre les rend trop pesanls, laissent pénétrer dans l'œil plus de lumière qu'il n'est nécessaire, et produisent par conséquent de l'éblouissement, de sorte que souvent le sujet ne peut pas lire commodément, ni même pas du tout, à moins qu'on ne lui donne un plus petit verre, ou que l'on adapte un diaphragme à leur grand. Beaucoup d'opérés qui ne peuvent pas lire avec des verres ordinaires arrivent à le faire lorsqu'on noircit ceux-ci de façon à ne laisser à leur contre qu'une ouverture de une à trois lignes de diamètre. On dispose parfois sur le porle-verre des lunettes un diaphragme rendu mobile à l'aide d'une charnière: il est situé derrière la lentille contre laquelle on peut l'appliquer lorsque le sujet veut s'en servir ou dont on peut l'écarter dans le cas contraire. Le noircissement de la portion périphérique du verre, qui est un moyen beaucoup plus simple que le diaphragme mobile, s'exécute aisément à l'aide d'un vernis noir, ou avec du papier ou une étoffe noire, dont on coupe un disque que l'on colle sur la surface du verre qui correspond à l'œil.
4. Les deux verres d'une paire de lunettes à cataracte doivent avoir la même longueur focale, à moins que les deux yeux de l'opéré ne diffèrent l'un de l'autre. Les marchands de lunettes sont parfois si négligents et si stupides que j'ai vu vendre à un de mes opérés, pour lire, des lunettes dont le foyer des deux verres différait de plus d'un demipouce.
5. L'opticien doit mesurer avec un compas la distance qui existe entre les deux pupilles du sujet, et faire son porle-verre de telle façon que le centre des verres corresponde au centre des pupilles : la différence est très'grandc d'une personne à une autre. La plus grande distance que j'aie constatée entre des. pupilles est de deux pouces trois quarts. Un fabricant, à qui je m'adressai a Londres, pour obtenir des lunettes pour colle dame, m écrivit que, de tous les porte-verres qu'il avait jusqu'alors fabriqués, le plus large n avait que deux pouces et demi : c'étaient des lunelles ordinaires faites pour le signor Lablache, dont la renommée aussi bien que la figure sont bien connues du public.
b. Bien qu'il faille reconnaître, d'après des autorités qu'on ne saurait discuter (Young.
(1) Bm:wsTKn's Optics, p. 32t. London, 1851.