VERRES A CATARACTE
Donders), que l'ablation du cristallin supprime complètement la faculté d'accommodation, il est cependant certain que la faculté de voir distinctement sans lunettes à des dislances variables peut exister à un degré considérable cbez certains opérés de cataracte, et que celte faculté est susceptible de perfectionnement, résultat que ne peut qu'entraver l'usage prématuré de verres d'un forl numéro. Comme exemple de la faculté de voir à diverses dislances, qui persiste quelquefois ù la suite de la perte du cristallin, je puis citer le cas d'un gentleman qui m'a été mentionné par le professeur Allen Tliom'son. Ce gentleman avait été atteint de cataracte aux deux yeux à une époque peu avancée delà vie. Il avait été opéré par extraction d'un seul côté par feu M. Alexander, il y a environ vingt à vingt-cinq ans. Avec un verre n° 4, il a une acuité de vision étonnante, nonseulement pour une personne dans sa position, mais même comparativement aux personnes les mieux douées à cet égard. Faisant toujours usage du même verre, autant que se le rappelle le professeur Thomson, il jouit au même degré que qui que ce soit de la possibilité de voir avec clarté et précision les objets rapprochés et ceux qui sont éloignés. Pour montrer quelle était la perfection de sa vue, il écrivit au professeur Thomson une longue lettre en si petits caractères, que celui-ci fut obligé de faire usage d'une forte loupe pour pouvoir la lire. Le professeur Thomson a fréquemment vu ce gentleman lire à une courte distance les plus petits caractères d'un livre, et les grosses lettres des titres à la distance de la largeur de l'appartement, ou bien les caractères des affiches ou les enseignes des boutiques d'un côté à l'autre d'une large rue. Il n'y avait pas à douter que sa vision à des distances variées ne fût aussi parfaite et aussi précise que chez les personnes qui ont conservé la faculté d'accommodation. La pupille subissait de très grands changements, elle se dilatait pour la vision éloignée et se contractait fortement pour la vision rapprochée. C'est un fait bien connu qu'un œil sain peut voir distinctement (mais non parfaitement) dans une longueur considérable tous les objets, sans qu'il survienne de changement dans l'accommodation (1). Cela est encore plus frappant, ainsi que le fait observer M. de Graefe (2) et ainsi que le confirme le cas que nous venons de rapporter, chez les sujets qui ont été opérés de la cataracte dans leur jeunesse et qui ont eu soin de ne pas employer de verres d'un fort numéro. Ceux qui sont dans ce cas, bien qu'ils ne possèdent en réalité aucune trace d'accommodation, peuvent cependant avoir une vision distincte s'étendant sur une large échelle (3).
7. Lorsque l'opéré retourne à son domicile, qui souvent est très distant du lieu où il a été opéré avec succès, on le munit d'ordinaire de verres bi-convexes de 4 1/2 pouces de foyer pour regarder .l'es objets éloignés, et de verres de 2 1/2 pour les objets rapprochés. L'expérience démontre que ces verres ne sont pas toujours ceux qui conviennent le mieux; parfois il en faut de plus forts, d'autres rois de plus faibles. Malgré l'agrément qu'il y a pour l'opéré à pouvoir contempler les objets et à les voir presque parfaitement à l'aide de ses lunettes, Il faut lui recommander de ne se servir de celles-ci au début que peu de temps chaque jour, et seulement pendant de courts instants de suite, un quart d'heure ou une demi-heure, par exemple. On lui dira que, lorsque son œil sera complètement remis de l'excès de sensibilité et d'irritabilité qui est la conséquence de l'opération, et qu'il aura acquis toute la faculté de s'adapter, qui est possible a la suite de la perle du cristallin, il pourra porter habituellement les verres destines a la vision éloignée et ceux pour la vision rapprochée chaque fois qu'il en aura besoin pour lire, ccrirG etc
8. il arrive assez fréquemment que, quelques mois, voire un ou deux ans après l'usage habituel de ses lunettes, l'opéré revienne trouver son opérateur pour accuser quelque* défauts dans ses verres. Un de ces défauts consiste- en ceci que voyant parfailen ei l le objets éloignas et pouvant lire facilement, il ne peut cependant b.en distingue leso s qui sont à ses pieds, ce qui l'expose à trébucher en descendant un esc lier On em li rait certainement.! cet inconvénient au moyen d'une troisième pairede lunetlesmum de verres tenant le milieu entre 2 1/2 et 41/2; mais le conseil le plUs simple à, dtf nner nu sujet pour lui permettre de voir à ses pieds, c'est d'attirer ses lunettes un pouce ou deux en avant, ce qui équivaut à l'usage d'une paire d'un foyer plus court.
(1) Physiolo(?y or Vision, p. 14V London 1841.
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1833, l. XXIX, p. 147.)
CATARACTE
9. On pourrait supposer que, lorsque le no 4 1/2 convient pour lu vue distante, le n° 2 l/2doit suffire pourla vue rapprochée ou vice versa; ces n0!sont,en effet, ceux qui soiU généralement employés, mais rien n'est plus irrationnel. Un de mes malades, par exemple, a besoin du n° 2 1/2 pour lire, et c'est avec un verre convexe ri" 10, qu'il aperçoille mieux les objets éloignés. En réalité, il y a peu de malades qui, lorsqu'on les examine avec soin, présentent une correspondance exacte entre les verres qui leur sont nécessaires pour la vue distante cl pour la vue rapprochée. Il arrive parfois, au grand désappointement du patient et de l'opérateur que, bien que le résultat opératoire paraisse aussi parfait que possible, néanmoins les verres ne procurent pas l'amélioration ordinaire. Quel que soit celui qu'on choisisse, hi-convexe, piano-convexe, ménisque, l'opéré ne parvient pas à lire couramment et facilement. Lorsque les choses se passent ainsi, on doit naturellement songer à l'astigmatisme. Si l'œil armé d'un verre 2 1/2 ne parvient pas à discerner avec la même netteté les barres horizontales et les verticales, c'est que la cornée n'est point symétrique autour de son axe. En faisant tourner au-devant de l'œil un disque présentant une fente étroite, on peut reconnaître l'élat de la réfraction dans les différents plans méridiens. Dans ces cas, au lieu d'un verre ordinaire à cataracte, on fera usage d'un verre cylindrico convexe qui compensera les différences de réfraction.
10. Quelques personnes qui n'ont été opérées que d'un œil ne veulent point porter les lunettes ordinaires à deux branches; elles prennent un verre isolé pour lire et un autre pour voir de loin, et le tiennent de la main devant l'œil, comme on fait d'une loupe. Quelques-unes se passent même de l'anneau dans lequel on enchâsse ordinairement une loupe ; leurs verres sont percés d'un trou près du bord, et elles les portent à l'aide d'un cordon passé autour du cou. D'autres ont des lunettes ordinaires, si ce n'est que la portion qui passe sur la racine du nez ne présente pas de courbure verticale. D'un côté est enchâssé un verre 2 1/2, de l'autre, un verre 41/J2,de sorte qu'elles n'ont qu'à changer leurs lunettes de côté, pour avoir successivement devant leur œil le verre le plus fort ou le plus faible, suivant qu'elles désirent lire ou se promener.
11. Un autre expédient, auquel on a aussi recours, c'est d'avoir dans chaque anneau de la lunette deux moitiés de lentilles : la moitié supérieure est du n° 4 1/2 et l'inférieure du 21/2; les artistes emploient souvent, ainsi réunies, des lunettes de foyer différent, lorsque, devenus presbytes, il leur faut pour peindre voir leur toile et leur modèle. M. H..., respectable procureur, à Glasgow, que j'ai opéré de la cataracte, porte des lunettes ainsi disposées; la moitié supérieure de chaque verre est du n° 4 1/2, la moitié inférieure du 2 1/2. En regardant par la moitié inférieure, il lit et écrit; par la supérieure, il voit les clients qui entrent dans son cabinet de consultation et les objets éloignés. On appelle ces sortes de lunettes des verres à la Franklin, du nom du philosophe qui en fit le premier usage. « Franklin, dit M. Donders, était un peu myope et avait une accommodation faible ; il lui fallait, pour voir à distance, des verres négatifs, et pour voir de près, des verres positifs. Or, comme pour voir de près, on regarde par la moitié inférieure des verres, et, par la moitié supérieure, pour voir de loin, il réunit ensemble le moitié d'un verre négatif et la moitié d'un verre positif, la moitié négative placée en haut, et la positive en bas, et, de cette façon, il remédiait fort bien à son manque d'accommodation On a essayé, récemment de remplir le but que s'était proposé Frane-
klin, en creusant la partie supérieure des verres de lunettes du côté opposé à celui qui regarde l'œil, suivant un autre rayon que la parlic inférieure. Ces verres se préparent à Paris, sous le nom de verres à double foyer Chaque fois que j'ai indiqué la différence de foyer que je voulais pour, les moitiés supérieure et inférieure, on a toujours exactement rempli mes désirs, soit que je demandasse seulement un foyer jiégatir pour le haut et un autre différent pour le bas; soit, au contraire, un foyer négatif en haut et un foyer posilir en bas. Ces lunettes atteignaient en général fort bien leur but. Il est indispensable qu'on les pince à une hauteur convenable pour qu'en regardant au loin les rayons lumineux n'arrivent à l'œil qu'après avoir traversé la moitié supérieure du jver.r'l'.0U la ,ll0lli(î '"Prieure, lorsqu'il s'agit de la vision rapprochée. Il faut aussi que la différence dans la direction de la vision soit déterminée plutôt par le déplacement des yeux que par celui de la tôle. Lorsque la pupille se trouve en face de la limite qui sépare les deux moulés, la vision est naturellement très confuse (1). »
(I) On the Anomalies of Accommodation ami Réfraction of Ihc Eye, p. 158. London, 1864.