CHAPITRE XXIII
"PUPILLE ARTIFICIELLE
(T. II, p. 847.)
SECTION VI
1. La méthode de déplacement de la pupille par l'enclavement d'une partie de l'iris dans une plaie pratiquée à la cornée (iridoenkléisis) était depuis longtemps abandonnée, lorsque, par une très ingénieuse modification apportée aux anciens procédés, M. Critchetl est venu la remettre en faveur, sous le nom ù'iridesis (de tptç, iris, et dzuîq, lien).' Celte modification consiste à maintenir au dehors, au moyen d'une anse de soie fine, la portion d'iris dont on a provoqué la hernie. L'opération, ainsi modifiée, se pratique de la manière suivante :
Le patient, chloroformé, est couché, la face en haut et les pieds dirigés vers la lumière, sur une table-lit placée obliquement en regard de la fenêtre, de façon à ce que la tète de l'aide, qui doit être assis en face de l'opéré, n'intercepte pas le jour. L'opérateur se place derrière la tète du patient et l'aide s'assied sur le bord droit du lit, sa face regardant celle du malade. Ces dispositions prises, on procède à l'iridesis.
Premier temps. — Les paupières étant bien écartées au moyen du dilatateur à ressort et à vis, et l'œil convenablement fixé à l'aide d'une pince à griffes, un couteau-aiguille est introduit, soit dans la cornée, à sa partie la plus périphérique (Critchetl), soil dans la sclérotique (Pagenslecher et Berlin), de manière à y pratiquer une incision tout juste suffisante pour y faire passer le crochet ou la pince qui devront aller saisir l'iris. Cela fait, une anse de fil de soie très fin (un nœud relâché dont on a préparé quelques-uns à l'avance) est déposée mouillée sur l'œil, de façon à entourer la petite incision qui vient d'être faite et à présenter les deux bouts à droite et à gauche de l'aide qui sera appelé à serrer le nœud.
Deuxième temps. — ]| a pour objet de faire sortir l'iris et de serrer l'anse de soie sur la portion herniée de celte membrane. Pour cela, l'opérateur introduit dans la chambre antérieure, en le passant
au centre de l'anse du fil, soit la pince-canule, soit le crochet de Tyrrell, selon qu'il désire que la marge de la pupille agrandie soit maintenue dans l'œil ou en soit fixée au dehors : dans le premier cas la pince-canule saisit l'iris à égale dislance de son bord pupillaire et de son bord ciliaire, ou quelquefois, si cela est possible, plus près de ce dernier; dans le second, le crochet, introduit à plat et de la même façon, va accrocher la pupille; pour s'en saisir, il faut tourner légèrement en arrière le bec du crochet, puis le remettre à plat dès que la pupille est prise, afin d'éviter de blesser la capsule du cristallin. Dans l'un et l'autre cas, l'iris est attiré au dehors dans une étendue convenable, et l'aide, qui a eu soin de s'emparer des deux bouts du fil de soie, au moyen de deux pinces plates, n'a plus qu'à serrer le nœud, mais de façon à ce que celui-ci soit appliqué soigneusement sur l'œil. On coupe alors les bouts du fil, non toutefois sans y laisser une certaine longueur, et l'opération est terminée. L'iris contracte des adhérences permanentes dans le point où il a été lié, et la pupille y reste fixée avec son changement de forme et de position. La ligature tombe ordinairement le deuxième ou au plus tard le troisième jour.
2. 11 n'est pas, dans toute la chirurgie oculaire, d'opération plus délicate que celle que nous venons de décrire; l'aide y joue un rôle important; d'où dépend le succès : on comprend, en effet que, si la ligature est mal appliquée, toute l'opération est manquée. Pour que le nœud soit bien en contact avec l'œil, M. Snellen a proposé de passer d'abord le fil à travers un point de la conjonctive très voisin de la plaie, dont il lui est alors impossible de s'écarter (1). Ce temps de l'opération en est facilité, mais M. Crilchett rejette la modification proposée, parce que l'étranglement, par le nœud, d'une parcelle eonjonclivale, cause de l'irritation, retarde la chute du fil et peut donner lieu à une cicatrice visible. M. Schuft (Waldau) se sert, pour le même objet, d'une pince à branches élastiques divergentes, aux extrémités desquelles sont fixés, clans une petite fente, les deux bouts d'un fil dont on a préalablement formé un nœud laissé enlr'ouvert : celui-ci est appliqué contre l'œil avant le moment où l'iris est amené au dehors, et dès qu'il apparaît, l'anse, serrée par l'élasticité des branches de la pince auxquelles on vient de donner la liberté, S'en empare. Manié avec habileté, cet instrument peut être avantageusement utilisé (2). Nous en dirons de même du petit appareil que M. Fôrsler a fait confectionner dans le même but (3).
3. L'iridesis a pour objet de conserver toute la marge pupillaire, afin que les mouvements dé la pupille puissent continuer a s efiec-
(1) Comple rcn.lu .lu Cqngrès d'ophllmlmologlc >de Paris. I8G3, p. 233.
(2) Annales d'Oculislique, 18G3, l. XLIX, p. 186.
(3) Klinischc MonalsbllUlcr, 1865, B. III. S. 36.
PUPILLE ARTIFICIELLE
tuer : ce résultai n'est obtenu qu'incomplètement si la pupille a été entraînée et fixée au dehors, ce qui arrive toutes les fois qu'il a fallu faire usage du crochet. A cet égard, ce sont les indications spéciales à chaque cas qui dictent la conduite à tenir : si la pupille doit être tout à fait excentrique, c'est le crochet qui devra servir î'i l'attirer au dehors; si, au contraire, l'agrandissement ou le déplacement pupillaire ne demandent pas un aussi grand écart, on aura recours à la pince à canule, au moyen de laquelle il est permis de saisir l'iris au point où on le désire, et de proportionner la pupille nouvelle aux conditions qui en ont commandé l'établissement : la pince à canule s'introduit et se retire avec la plus grande facilité; il n'en est pas de même du crochet qui, quoique mousse, s'embarrasse souvent au moment où il traverse la plaie, pour en sortir, et ne se laisse pas toujours dégager facilement : on doit avoir soin de le tenir bien à plat et de ne le faire servir à aucun effort ou traction brusque. Il arrive souvent, lorsque l'incision n'est pas trop étroite et que l'humeur aqueuse s'échappe brusquement, que la hernie de l'iris s'opère sans qu'il soi l nécessaire de la provoquer autrement qu'en appuyant légèrement sur la lèvre postérieure de la plaie, ce qu'il est bon d'essayer dans tous les cas. Il suffit alors de saisir, avec la pince, la portion herniée et de l'entourer de la ligature : l'opération ainsi pratiquée met à l'abri de toute contusion possible du cristallin, et les lèvres de l'incision n'étant travaillées par l'introduction d'aucun instrument, ne s'en prélent que mieux à une cicatrisation rapide.
4. M. Critchelt indique la périphérie de la cornée pour l'introduction des instruments, les plaies de celle membrane se guérissant mieux et plus promptement que celles de la sclérotique. Il peut y avoir néanmoins telle circonstance qui demande à ce que la partie très exiguë de cornée restée saine soit scrupuleusement ménagée; dans ce cas, la ponction se fera par la sclérotique, à une demi-ligne environ du bord de la cornée. MM. Pagenstecher et Berlin ont choisi ce point comme lieu d'élection pour tous les cas (1), et ce n'est pas à tort, selon nous. Si les plaies de la sclérotique se cicatrisent un peu moins bien, l'inconvénient n'est pas grand quand il s'agit de solutions de continuité très étroites; d'autre part, la cornée est ainsi mise à l'abri de toute opacité résultant de la cicatrice, et l'iris d'autant moins tiraillé qu'il est amené au dehors suivant une direction plus conforme à celle de ses fibres : fixé à la cornée, l'iris y est placé dans les mêmes conditions où il se trouve dans les cas de synéchie antérieure accidentelle, ce qui ne saurait être indifférent pour le résultai final. Enfin, l'on peut se demander s'il n'y a pas tout avantage à respecter absolument la cornée, de peur de l'influence
(1) Archiv fûr Ophtalmologie, 18G0, B. VI, Ablh. 2, S. 73.
que peul avoir l'opération sur la courbure physiologique de celle membrane el la réfraction des rayons qui sont appelés à la traverser.
8. L'application de (a ligature, aidée ou non de l'emploi d'instruments ad hoc, ne laisse pas d'offrir des difficultés. Aussi M. Wecker dans un but de facilité opératoire, a-t-il proposé de la supprimer et de la remplacer par un bandeau compressif, modérément serré, composé de charpie et d'une bande de flanelle, qu'il laisse en place pendant vingl-quatre heures. Au bout de ce temps, il lève l'appareil et coupe la partie de l'iris qui sort par l'incision faile à la sclérotique (I). Cette opération n'est plus l'iridesis.
6. L'iridesis est indiquée : 1° dans les cas d'opacilé centrale de la cornée; 2° dans ceux où, à la suite d'un ulcère pénétrant de la cornée avec opacité ambiante, la pupille se trouve altérée dans sa forme, diminuée d'étendue et attirée vers ou derrière l'opacité, à la condition toutefois que l'opération ne donne pas lieu à un tiraillement trop prononcé de l'iris, comme il arrive dans la plupart des cas de synéchie antérieure ; 5° dans les cas de capsule opaque avec adhérence à la pupille, dans lesquels on veut agrandir légèrement la pupille dans une direction déterminée, pour mettre à découvert une portion transparente du cristallin ; 4° à la suite d'extractions de la cataracte, où un prolapsus indien a donné lieu à une déformation de la pupille; o" dans les cataractes congénitales centrales, où il importe de dégager une partie périphérique du cristallin, restée transparente, et d'en recouvrir autant que possible les parties centrales, ce qui s'obtient parfaitement par l'iridesis ; 6° dans la cornée conique (v.p. 413), où l'opération a pour effet, pratiquée en deux points opposés, de convertir en une fente la pupille normale (Bowman); 7° dans certains cas de luxation du cristallin, dans le but d'ouvrir aux rayons lumineux une voix nouvelle et d'empêcher en même temps leur passage à travers les lentilles, mal placées au point de vue de la réfraction (Wecker) (2).
7. Avantages et inconvénients.— L'iridesis a cet avantage sur l'irideclomie qu'elle conserve à la pupille son sphincter, en vertu duquel il lui est possible de réagir d'une façon normale sur la lumière, et qu'elle permet d'attirer la pupille naturelle en regard des points restés transparents de la cornée, sans causer à l'iris de plaie saignante destinée à se cicatriser dans la chambre antérieure : sauf la plaie de la
(1) Annales d'Oculisliquc, 1863, t. XL1X, p. 193.
(2) Gaz. des Hôp. 1863, n°22, et Ann. d'Ocul. 1863, t. XL IX, M&9.
Voir sur l'iridesis : C.tc„f.tt. Ophlh. Hosp. Rcp. 8S7-IW8-i8!,9 Vol I p. 220; 8,9-18 0, Vol. 1 1. pp. US, I 86, 223 et 224 ; 1864, Vol . I V, p. 180. Mcd Times and ^ J 2,
p. 601: Annales d'Oculistique, 1859,1. XLI, p. 130; 18G0, t. XLIV, p. 12»; Mh£ Ll, p. 249,
êt t. lu, p. 3:i. - Wtettn.idl 1863, .. xlix, pp. '^^•-^""^"^^Sm" - Berlin, Archiv fur Ophlh. 1860, B. VI, Al.th. 2, S. 75. -Bowiuk. Ophtt . Ho P. I ep. 1889- 1860, vol. Il, p. 184, et Ann. d'Ocul.. 1800. i L XLh , p. 219. - KIiik Mon.Usb. 18G8,
B. III, S. 36, et Ann. d'Ocul. 1865, l. LIV, p. 297. - llonmo. Id. S. 42; Id. p. 298
PUPILLE ARTIFICIELLE
cornée, tout le traumatisme se passe au dehors de l'œil, et il n'y a lieu de craindre que 1res exceptionnellement de ces épanchemenis de sang qu'occasionne si souvent la blessure de l'iris et qui, pour se résorber habituellement avec facilité, n'en constituent pas moins un inconvénient et un danger. D'un autre côté, l'irideclomie laisse toujours la nouvelle pupille dans le champ de la partie obnubilée de la cornée ou du cristallin qui a motivé l'opération; il en résulte un trouble de la vue, des éblouissemenls et un défaut de netteté des perceptions, produits par la diffusion des rayons lumineux. L'iridesis, au contraire, en attirant, dans la direction de la pupille à établir, tout le limbe de l'iris, fait que celui-ci vient recouvrir, en partie ou en entier, les régions demi-opaques qu'il peut y avoir intérêt à cacher. Ces avantages appartiennent en propre à l'iridesis et suffisent à lui faire conserver la place que l'expérience lui a déjà assignée.
Ce n'est pas à dire pour cela que celte opération soit à l'abri de tout reproche. Ainsi, les hémorrhagies peuvent à la rigueur s'y produire, à la suite du décollement de quelque partie de la marge de l'iris, que l'on voit survenir dans les cas où il a fallu exercer sur cette membrane une traction immodérée, pour donner à la pupille l'excentricité nécessaire. Ces écoulements de sang, d'abord très légers et résultant de la déchirure de petits vaisseaux de la portion ciliaire de l'iris, peuvent annoncer l'imminence d'une dialyse et indiquer qu'il est temps de cesser les tractions; ils ont à cet égard une utilité, puisqu'ils peuvent servir de guide au chirurgien. Les décollements ne se produisent pas seulement au point opposé au sens de la traction, mais aussi au voisinage de la plaie cornéenne; l'écoulement de sang et le décollement lui-même y sont moins fâcheux, mais le champ de l'opération s'en trouve caché, et il n'est plus possible alors de surveiller, avec le même succès, les limites au delà desquelles la traction doit s'arrêter pour éviter d'autres désordres.
Il est un autre inconvénient plus grave, inhérent à l'opération même, manifestant ses effets un temps plus ou moins long après qu'elle a 'été pratiquée et qui a été récemment signalé : il est la conséquence de la traction à laquelle l'iris est soumis après l'iridesis et d'où peuvent résulter des irido-cycliles et l'état glaucomaleux. Bien que les observations de semblables accidents soient encore très rares, il n'en faut pas moins tenir compte. Dans un cas signalé par M. Alfred Graefe (1), un jeune homme, âgé de 23 ans, avait été opéré d'iridesis avec le plus grand succès pour des cataractes stratifiées aux deux yeux, sans aucunes complications : il lisait, à sa sortie, c'està-dire trois semaines après l'opération, le n° 1 de Jaeger à quatre ou cinq pouces, et le n° 20 à 18. Huit semaines s'étaient à peine écou-
(1) Archiv fur Ophthalm. 1863, H. IX, Ablh. 3, S. 199.
lées que le malade lui fut ramené complètement aveugle par iridocyclite : une fausse membrane grisâtre obstruait les deux nouvelles pupilles. L'opération de Weuzel dut être pratiquée aux deux yeux. M. Steffan a publié un cas analogue (1), et M. Hôring trois autres (2). Ces laits ne doivent pas détourner de l'opération, mais commandent de la circonspection dans le pronostic qui s'y attache. Us sont de nature, en tous cas, à indiquer la nécessité de n'imprimer à l'iris que le moins de tiraillement possible, ce que l'incision à travers la sclérotique, recommandée par M. Pagenstecher, peut contribuer à obtenir.
Obs. 258 (3). — Pierre Raes, âgé de 8 ans, est alteinl d'une cataracte slraliOée aux deux yeux; dans son état de dilatation normale, la pupille mesure cinq millimètres de diamètre, et ne laisse à découvert du cristallin que la partie qui en est entièrement opaque ; dans cette situation, le malade ne voit pas à se conduire, mais il voit bien les corps opaques que l'on fait passer devant ses yeux. Quand, sous l'action de l'atropine, la pupille a pris un diamètre de neuf millimètres, un cadre transparent du cristallin se trouve dégagé et permet une vision relativement bonne; l'enfant peut alors se conduire, mais il ne dislingue aucun petit objet, ses yeux étant sans cesse agités des mouvements oscillatoires du nystagmus. Après l'avoir placé sous l'influence du chloroforme, nous lui avons pratiqué, à l'extrémité inférieure du diamètre vertical des cornées, une petite incision, au moyen du couteau-aiguille de M. Critchetl ; nous avions au préalable entouré l'endroit assigné à celle ouverture du nœud, ouvert, de soie noire que nous destinions à Tenserrement de la partie d'iris, que nous sommes allé chercher incontinent avec le petit crochet du même auteur; le nœud a ensuite été serré par un aide, au moyen de deux pinces à cils, et l'opération s'est trouvée terminée sans avoir offert ni encombres, ni difficultés d'aucunes sortes. Malgré le désaveu de M. Critchetl, nous avions commencé par fixer dans un pli de la conjonctive, (oui contre la cornée et parallèlement à son bord, le fil destiné à la ligature, suivant le conseil de M. Snellen. C'est, à la vérilé, un temps de plus ajouté à Topéralion, mais il nous a semblé faciliter de beaucoup la striction du nœud contre la cornée. Il est vrai de dire aussi que la ligature n'est tombée qu'à la fin du deuxième jour, el que son séjour, bien que n'ayant donné lieu à aucune irritation fâcheuse, paraît avoir contribué à étendre la cicatrice, Irès-élroite d'ailleurs, que l'opération a laissée après elle.
Le résultat de l'opération a été des plus satisfaisants : notre petit malade a aujourd'hui deux pupilles pyriformes, dont la grosse extrémité, supérieure, est masquée par les cristallins opaques, el l'autre, parfaitement nelle el noire, lui permet déjà de distinguer les plus petits objets, lels que les aiguilles d'une montre, les deux extrémités d'une épingle, les fins caractères d'imprimerie. Ou n'aura évidemment aucune peine à lui apprendre la lecture, l'écriture el un métier qui suffise à ses besoins.
Obs. 259. — Bernard Verset, de Villers, âgé de 51 ans, est depuis sa naissance atteint d'un (rouble très-grand de la vue, qui ne lui a jamais permis de se livrer à aucun travail : à peine peut-il se conduire seul, el encore est-ce à la condition que ses pupilles soient au préalable dilatées par la belladone. Le médecin qui me l'adresse me dit n avoir pu établir un diagnostic complet; il a bien constaté l'existence d'une cataracte centrale à chaque œil, mais il y a sûrement, plus profondément, d'autres altérations qui, ajoutées à celle-là, doivent pouvoir rendre compte d'une cécité presque absolue, cioni .les opacités cristalliniennes ne peuvent cire exclusivement justiciables. L observa on ophlhalmoscopiquc révèle en effel l'existence de cataracles centrales aux deux yeux , l'œil gauche, complètement perdu d'ailleurs depuis de longues années, est allant, en
(1) ld. 18Gi, li. X, Abth. I, S. 122.
(2) Klln. Monatsbl. 1805, B. III, S. 42.
(3) Wariomo.it. Annales d'Ocul. I86t, t. LI, p. 12.
1>UPH.I.E ARTIFICIELLE.
oulre, d'un décollement de la rétine ; le droit, de rétinile pigmenlaire et de scléro-choroïdite alropliique, parfaitement constalable à l'ophtlialmoscope, dont la cataracte, toute centrale, n'empêche pas les investigations, quand la pupille est largement dilalée. Dans ces conditions, le malade, sans y voir bien distinctement, reconnaît cependant les gros objets et peut se conduire sans être exposé à s'y heurter : la cataracte est donc l'un des obstacles que sa vision rencontre, et il serait d'autant plus à désirer qu'il fût définitivement écarté, que l'usage de l'atropine s'use vile chez lui et le dérange beaucoup, quand il y a recours pendant plusieurs jours de suite.
Il ne faut pas songera l'extraction, car celle opération ne peut que procurer au malade un avantage relativement très-léger, si on le compare surtout au danger qu'elle peut avoir de lui faire tout perdre. L'iridesis présente ici une de ses plus heureuses indications et nous n'hésitons pas à y avoir recours. Cette fois encore, nous commençons par passer, dans un pli très-étroit de la conjonctive, tout contre la cornée et parallèlement à son bord, le (il de soie, dont le nœud ouvert est maintenu contre elle par l'humidité de l'oeil : à travers ce nœud, nous pratiquons une incision étroite de la cornée, à l'extrémité inférieure de son diamètre vertical, au moyen du couteau-aiguille coudé de M. Critchett; le crochet le remplace ensuite et amène au dehors une partie d'iris, qu'il est allé saisir par son bord pupillaire. Enfin, le nœud est serré et l'opération terminée, sans qu'il ait été nécessaire de chloroformer le malade, dont l'immobilité n'a rien laissé à désirer. Le résultat a été l'établissement d'une pupille pyriforme, à long diamètre vertical, dont la grosse extrémité est occupée par l'opacité crislallinienne et la petite par une partie de cristallin parfaitement transparente. La ligature est tombée après trente heures et aucun symptôme d'irritation ni aucun accident n'a accompagné ni suivi l'opération.
Obs. 260. — Marie Houtekiet, d'Anvers, âgée de 9 ans, est atteinte, à la suite de larges ulcérations des deux cornées, de cicatrices centrales et opaques, situées précisément en regard des deux pupilles. Il y a lieu de déplacer celles-ci, de façon à ce qu'elles n'aient plus en face d'elles ces opacités indélébiles; mais ce déplacement ne doit pas pour cela être très-considérable. L'enfant étant mise sous l'influence du chloroforme, une incision très-étroite est faite, au moyen du couteau-aiguille coudé, au côté interne de chaque cornée; l'iris est alors saisi au moyen de la serre-lêle et lié comme nous l'avons indiqué plus haut. Le résultat a été parfait.
Obs. 261 (1). — Il s'agit d'un cas de luxation congénitale des cristallins en haut et en dehors, avec myopie intense et légère amblyopie, chez une jeune fille âgée de dix-huit ans. Quand les pupilles sont modérément dilatées, c'est à peine s'il reste entre chacun des cristallins et le bord inférieur et interne de l'iris un étroit espace semi-lunaire, néanmoins un peu plus considérable sur la pupille gauche, grâce à une luxation plus complète du cristallin correspondant. Dans cet état, la malade ne peut distinguer les caractères fins (n°l de Jaeger) qu'à une distance extrêmement courte (5 ou 6 centimètres environ) et les gros caractères (n° 20 de Jaeger) qu'à 1 pied de distance; défaut que l'emploi des verres concaves n08 2, 2 1/2, 3, ne corrige que très imparfaitement. Des instillations d'atropine et l'emploi de verres convexes n°s 7 et 8 améliorent notablement la vue de loin. Alors, en effet, un espace assez étendu est ouvert au passage des rayons lumineux au-dessous des cristallins. Cependant, la malade accuse la perception vague de deux images, et l'examen ophlhalmoscopique permet de voir, en effet, une double image -du fond de chaque œil. Les conditions de la vision monoculaire double se. trouvent donc réalisées. Bref, celle amblyopie, jointe à la myopie excessive que nous avons signalée, constitue, chez celle jeune fille, une infirmité des plus tristes, qu'une dilatation permanente des pupilles peut seule diminuer, en neutralisant partiellement, par l'emploi des verres convexes, l'effet des cristallins.
Or, de quelle manière intervenir? M. Moreau, au congrès ophtalmologique de Heidelbcrg, en 1860, proposait contre ces myopies excessives, lorsqu'elles se rencontraient chez des manouvriers obligés, comme notre jeune fille, de voir de loin, d'extraire les cristallins et de placer les malades dans les conditions des opérés de cataracle. Mais ce pro-
H) Wbokêr, Gqz. des Hôp. 18G3, n° 22, et Ann. d'Ooul. 1863, t. XLIX, p. 159.
GLAUCOME
cédé opératoire, toujours périlleux, était, dans le cas actuel, formellement contre-indiqué par une liquéfaction probable des corps vitrés (tremblotement de l'iris et ancienne sclérotico-choroïdite). Fallait-il pratiquer des pupilles artificielles? Mais on pouvait craindre d'augmenter ladiplopie déjà très-incommode dont la malade était affectée. Devait-on enfin déplacer les pupilles au moyen de l'iridesis, pour ouvrir aux rayons lumineux une nouvelle voie et s'opposer en même temps à leur passage à travers les cristallins? C'est à ce dernier parti que l'auteur s'arrêta. Le déplacement pupillaire fut exécuté suivant la direction d'un axe passant par le centre de la cornée et celui du cristallin correspondant, dans le but de cacher autant que possible ce cristallin.
L'opération réussit parfaitement, malgré certaines difficultés d'exécution; car on pouvait risquer une perte du corps vitré liquéfié, et pour ce motif, il fallut renoncer à fixer l'œil pendant la ligature du prolapsus iridien. La jeune fille lit aujourd'hui les gros caractères (n°20 de Jaeger) à 4 mètres et demi de distance, avec des verres convexes n° 8, et accuse une amélioration très notable de sa vue pour les objets éloignés.