HALLUCINATIONS DE LA VUE
mais offrant parfois une forme anguleuse irrégulière ou oblon«ue, pas aussi nombreuses que les taches perlées. Il les a aussi vues au microscope, occupant une position superficielle, sous forme de corpuscules blancs, granuleux, opaques, occupant presque toujours les limites des secteurs du cristallin. Ils ne paraissent pas être le produit d'une métamorphose graisseuse.
3. Une figure rayonnée, plus ou moins régulière, offrant d'ordinaire des ramifications partant des environs du centre; les rayons se montrent quelquefois comme des lignes noires, mais le plus ordinairement comme des lignes blanches avec des bords sombres. Si le point lumineux est éloigné de l'œil, ces lignes revêtent la forme si connue des rayons d'une étoile ou d'un point lumineux pour lequel l'œil n'est pas accommodé; elles correspondent encore aux images multiformes, sous lesquelles un point (tel qu'un petit granule blanc de plomb détaché par le grattement d'une carte de visite) apparaît, dans les limites de la vision distincte, sur un fond sombre comme du velours noir. Ces phénomènes sont en rapport avec la composition du cristallin divisé en secteurs, et qui, ainsi que Helmhollz l'a démontré, peuvent être très bien vus sur l'œil vivant à l'aide de l'élairage oblique. Toutes ces irrégularités du cristallin s'accroissent avec
I âge et expliquent en partie la diminution de l'acuité de la vision.
Adolf-Eduard Laiblinc a montré comment, en comprimant fortement l'œil en avant (trop fortement peut-être pour que cela soit prudent), on peut voir le spectre des vaisseaux de sa propre choroïde.
II appelle cela Druckfigure der Chorioïdealgefàsse (1).
Lorsque la macula lutea devient le siège d'une petite extravasation de sang ou d'un autre changement, il survient soit un scolome central comme dans l'observation rapportée dans le texte, soit une cécité soudaine et complète.
SECTION X
HALLUCINATIONS DE LA VUE (SPECTRAL ILLUSIONS). (P. 709.) Syn. Vision cérébrale, vision subjective.
Certaines substances vénéneuses, autres que l'alcool, peuvent produire les mêmes phénomènes spectraux que lui : les mangeurs d'opium éprouvent des illusions semblables, surtout s. après en avoir fait un long usage, ils en diminuent brusquement la dose. La belladone administrée à l'extérieur comme simple mydnatique, après
Der Wahrnehmung .1er Chorioïdealgefàsse der cigeinen Auges. Tubingen, 1856.
l'opération de la cataracte, produit parfois le même effet. Enfin le sulfate de quinine à forte dose peut également y donner lieu.
Obs. 268. (\) — Une personne de ma connaissance avala, par méprise, plein un verre à vin de teinture de quinine. Le premier effet de celte dose consista dans la production de symptômes très désagréables vers la tête, symptômes qui toutefois disparurent dans l'espace de 24 heures. Puis il survint une surdité très prononcée, qui persista pendant plusieurs jours. Le malade fut ensuite troublé;pendanl un temps considérable, par un autre symptôme, la vision de fantômes représentant des portraits de têtes et de Dgures portant des perruques à la vieille mode ; il en voyait un grand nombre à la fois formant des groupes. Un acte de sa volonté pouvait faire disparaître ces fantômes, le même acte pouvait les faire reparaître. Toutefois il n'était nullement en danger de prendre ces apparilions pour des réalités, autrement elles auraient ressemblé beaucoup aux hallucinations d'un aliéné.
Les illusions spectrales se montrent comme symptôme d'une affection grave du cerveau ou de ses enveloppes, d'un épanchement séreux, par exemple, dans la cavité de l'arachnoïde, d'une inflammation cérébrale chronique, etc. (2).
SECTION XI
ASTHÉNOPIE. (P. 712.)
Syn. Wcak Sight. Fatigue de l'accommodation, Fr. Aiigenermiidung, Ail. Amaurosc presbylique, Sichel, Amblyopie presbytique, ambiyopie par presbytie.
Depuis la publication du mémoire de M. Mackenzie sur l'asthénopie (3), dans lequel il décrit celte affection comme étant due principalement à une faiblesse de l'appareil de l'accommodation, les opinions des palhologisles ont été grandement modifiées par les recherches de M. Donders, qui a démontré que les aslhénopiques doivent ce défaut de leur vision à ce que l'axe anléro-poslérieur de leur œil est trop court, d'où résulte l'hypermétropie. Les aslhénopiques, ainsi que M. Mackenzie l'a déjà indiqué, possèdent toute la netteté possible de vision, lorsqu'ils regardent des objets rapprochés ; mais celle netteté ne dure qu'un temps très court, el, ainsi que AI. Donders l'a démontré (4), ils n'arrivent à ce résultat qu'aux dépens d'un si grand travail de leur appareil d'accommodation, qu'ils ne peuvent le soutenir longtemps. M. Mackenzie regardait l'asthénopie comme une anomalie de l'accommodation; M. Donders a fait voir qu'il y avait loulà la fois anomalie de la réfraction et de l'accommodation. M. Mackenzie laissait ses malades se servir des verres convexes qui
(I) Sin Rmjamin Brodir. Psychological Inquirics. London 1862, Part. 11, p. 06.
rr i !o^"0"n";" U,l,)1- aml Praot- Resenrchçs on Diseuses oMIieBrain. Obs. VII, p. 46. Kiliub. 1834.
(5) Annales d'Oculistique, 1843, l. X, pp. 97 et I!j4.
(4) Nc.lcrlaiulsch Tijdscbrift voor Gcneesk. Janrg, 181)8; p. 473.
ASTHENOPIE.
les mettaient à même de lire et de travailler d'une manière continue- M. Donders mesure le degré d'imperfection de leur puissance de réfraction et leur prescrit des lunettes qui compensent exactement l'imperfection. Les conseils donnés dans ce cas par M. Mackenzie étaient empiriques et fondés seulement sur l'observation ; ceux de M. Donders sont rationnels et reposent sur les principes de la pathologie optique.
MM. Donders et de Graefe admettent l'existence de trois espèces d'aslhénopie, savoir : i° ïaslhénopie accommodât ive, due à l'hypermétropie, d'où résulte une insuffisance delà puissance d'accommodation (v. p. lxxxii); 2° l'asthénopie musculaire, déterminée par l'insuffisance des muscles droits internes (de Graefe) (v. p. cm); 3° Vasthénopie pure, par défaut d'énergie ou paralysie exclusive de l'accommodation (v. p. cxxv). Dans l'une et l'autre de ces conditions, un effort musculaire puissant est possible, mais à la condition d'être court, car la force employée est promplement usée. L'œil s'accommode pour un temps très court aux objets rapprochés, mais le relâchement survient bientôt.
M. Donders a reconnu que la réline ne joue aucun rôle dans les phénomènes asthénopiques, qu'il attribue exclusivement à la permanence de la contraction nécessaire à une accommodation continue, d'où résulte la fatigue, suivie bientôt de l'impuissance. La persistance de l'extension des muscles suffit à l'expliquer : cette extension est le résultat de la résistance exercée par les parties qui concourent à l'accommodation (cristallin, etc.), pendant qu'elles subissent un changement dans leur forme et leur position. En vertu de leur élasticité, ces parties reprennent leur forme et leur situation, dès que cesse la contraction du système musculaire interne de l'accommodation. Il faut donc que celui-ci soit dans un étal permanent de contraction pour produire une accommodation continue; celle contraction permanente occasionne de la fatigue, et la fatigue provoquée par l'extension accroît l'extensibilité. Comme conséquence de celle loi, la contraction doit toujours aller en augmentant, pour maintenir la même force en équilibre avec la résistance. Plus tôt ou plus tard, la fatigue doit se transformer en affaiblissement (1).
Quels résultats détermine la continuité de la tension excessive de l'accommodation dans l'asthénopie? L'asthénopie, dit M. Mackenzie (2), a souvent été traitée comme une amaurose commençante, mais il n'y a aucun lien nécessaire entre ces deux maladies, et l'une ne conduit pas à l'autre. M. Donders s'est exprimé dans les mêmes termes (3). Il a vu, dit-il, des centaines d'asthénopiques qui, depuis
11) Loc. cit. pp. 26ii-267.
(2) V. t. Il, p. 716.
(5) Loc. cit. p. 208.
leur jeunesse jusqu'à l'âge de 30, 40 ans et même plus, avaient tous les jours, sans lunettes ou avec des lunettes trop faibles, poussé évidemment jusqu'à l'excès leur tension accommodalive,sans que jamais leur acuité de vision en eût souffert.
Le traitement de l'asthénopie varie avec la cause qui j a donné naissance et qui l'entretient (v. pp. lxxxii, cm et cxxv). *
SPXTFON XII.
CÉCITÉ NOCTURNE (NIGHT BLINDNESS). (p. 733.) Fig. oplillialraosc. Oplith. Hosp. Rep. 1859, Vol. II, pl. VIII, flg. C 1 el C 2.
1. La cécité nocturne ou héméralopie doit être considérée plutôt comme un symplôme d'autres affections, siégeant dans l'œil ou dans le reste de l'organisme, que comme une maladie propre : celte considération a sa valeur, car elle doit avoir pour résultat d'indiquer des médications différentes , selon la nature de la cause productrice. L'héméralopie s'observe parfois dans la rélinile syphilitique cl la rélinile albuminurique, dans certains cas d'atrophie progressive des nerfs optiques et dans la rélinile pigmenlaire, dont elle est un dos symptômes ordinaires ; on la rencontre encore dans l'albuminurie, les fièvres inlermillenles de longue durée ayant amené un état cachectique, les fièvres gastriques, l'anémie, la pellagre, le scorbut; en un mot, dans diverses affections entraînant avec ou après elles une détérioration plus ou moins profonde de la constitution.
Le scorbut figure en tète de celle lisle éliologique : beaucoup d'auteurs en ont consigné l'influence immédiate sur la production de l'héméralopie (1), qui pourrait même n'en être que la suite assez éloignée. Ainsi, M. Rizel (2) rapporte qu'ayant eu sous sa surveillance trois bataillons de zouaves, dont les deux premiers avaient élé atteints du scorbut, quatre mois auparavant, et le troisième en avait élé complètement exempt, tous les jours un ou deux héméralopes se présentaient à sa visite, mais que pas un d'eux n'appartenait au 3e bataillon. Comme preuve que, pendant la guerre de Crimée, l'héméralopie a été reconnue se montrer en connexion avec le scorbut, on peut citer le Bulletin de l'état sanitaire de la /lotte de S. M. dans la mer Noire, 31 juin 1854, qui porte: « L'héméralopie était un signe prémonitoire fréquent du scorbul.»
(1) A. BnvsoN. Des rapports de l'héméralopie avec le scorbut (Oplitli. Hosp. Rop. I8ii9-I8ti0. Vol. Il, p. 40, et Ami. d'Ocul. 1860, 1. XLI V, p. il).— Stbeatfeild. Note sur la cécité nocturne. (Id.,p. 58. — ld., p. 43.)
(2) Ann. de la Soc. méd. de Si-Étiennc, 1860, cl Ann. d'Ocul. 1860, t. Xl.lll, p. 277.
CÉCITÉ iSOCTURNK.
Obs. 269(1). — L'équipage du brick de Sa Majesté, Le Griffon, employé sur la côlé occidentale d'Afrique à la répression de la traite des nègres, avait été nourri, pendant cinq mois consécutifs, avec des vivres salés; bientôt quelques hommes se plaignirent de eu qu'ils ne pouvaient plus voir pour faire leur service la nuit sur le pont, quoique à celle époque la lune fût très-brillante. Ils l'appelaient, entre eux, cécité lunaire (moon blindness); et cet accident n'excita pas d'abord beaucoup d'alarmes, jusqu'à ce que, sur cinquante blancs environ dont se composait l'équipage, vingt-deux, dès que le soleil se couchait, fussent obligés de se faire conduire sur le pont, se trouvant dans un état de cécilé absolue. Il y avait là de quoi s'effrayer, car avec tant d'hommes incapables de tout service de nuit, le vaisseau eût à peine été en état de résister à quelqu'un des négriers armés qui abondent sur. la côté à celte époque. Heureusement, un homme vint se plaindre d'une ulcération et d'un gonflement du gras de la jambe, sur la nalure desquels il n'y avait point à se tromper; on examina ses gencives, qu'on trouva gonflées et spongieuses. Il faisait partie de ceux qui étaient atîectés d'héméralopie. On examina alors, tous ceux dont la vue était troublée, aussi bien que ceux qui continuaient à bien voir la nuit, et l'on reconnut que tous les premiers présentaient des symptômes non douteux de scorbut, et que, parmi les seconds, un petit nombre avaient les gencives spongieuses. Parmi les cinq officiers, aucun n'était atteint ni d'héméralopie, ni de scorbut, mais leur alimentation était plus variée que celle des simple matelots. Le vaisseau alla jeter l'ancre à l'Ile du Prince pour se procurer de la viande fraîche, des fruits, des végélaux, et, au bout de trois jours, presque tous les héméralopiques avaient recouvré leur vue normale.
M. de Hubbenel a remarqué que l'héméralopie apparaît endémiquement et sous l'influence de conditions hygiéniques mauvaises ; il l'a vue se développer, pendant le carême, consécutivement à une alimenlion peu riche en fibrine; dès que le carême finissait, c'est-àdire dès que les malades étaient nourris de viande, la maladie cessait (2). iM.Doumic l'a vue se produire comme complication d'une épidémie varioleuse, dans un établissement où il y avait encombrement : sur 262 enfants, il y en avait 4-7 qui ne voyaient plus le soir ; tous ces malades offraient un élat saburral de la langue, avec perle de l'appétit et courbature générale (3). Enfin l'héméralopie s'est montrée, pendant l'été de 1858, chez un certain nombre de détenus qu'on avait transférés à la prison de Halle; ces individus, mal nourris, mal logés, travaillaient toute la journée près d'un cours d'eau qui élmcelait au soleil, occupés à des travaux de construction dont les matériaux reflétaient vivement la lumière (/*)•
D'après M. Neller (5), aucune des causes que nous venons dénumérer ne jouerait de rôle actif dans la production de l'héméralopie épidémique : Toutes les fois, dit-il, que le refroidissement nocturne, l'humidité, le scorbut, une influence miasmatique, etc., ont ele invoqués, une autre cause, plus puissante et la seule véritablement productrice, l'insolation, venait s'y ajouter : celle insolation ela.l le résultat, tantôt de la réverbération produite par un sol crayeux, des montagnes recouvertes de neige, une rivière éhncelanle au soleil,
(t) Blason. Loc. cit. „n . 10„., . «■ IV n
(2) Soc. .les hop. de Pnris, 2G sept. 1860, cl km. d Oc.. I. 11860, l. XLH , p. S95.
(3) Société de m éd. prnl. de Paris, séance du 7 fcvnçr 1801.
(4) Alfred Ghaf-fe. Arc». fu.-Opl.ll.. 18119, B.V, Ablb.i, ^V%l6a „„.;„
(5) Des cabinets ténébreux dans le traitement de 1 l.émc. alop.o, 1863. Pans.
tanlôl de la réflexion du soleil sur la surface de navires frottés à blanc, elc. Pour cet auteur, l'héméralopie n'est autre chose que l'inaptitude à percevoir les faibles quantités de lumière qui existent pendant la nuit ou le crépuscule, ainsi qu'au jour, dans les mêmes conditions artificiellement produites. Elle est à l'amaurose ce que la surdité incomplète est à la surdité complète : c'est simplement une amaurose circonscrite à de très faibles quantités de lumière, sans intermittence ni périodicité. En plein jour, les héméralopes n'y voient pas dans les endroits mal éclairés; ii suffit, pour s'en convaincre, de les faire regarder dans l'intérieur d'une armoire, où tout ce qui est dans les coins sombres leur échappe, alors que d'autres y découvrent encore les moindres objets.
« Lorsque, sortant du grand jour où nous voyions très bien, dil M. Netler, nous descendons brusquement dans une cave, nous ne, saisissons pas tout de suite les faibles quantités de lumière qui y existent et nous y sommes pendant quelque temps véritablement aveugles. Tout est ténèbres autour de nous, et pour peu que la cave soit obscure, il faut que plusieurs minutes se passent avant que la vision recommence à s'effectuer. Eh bien, au lieu de celle cécité temporaire, passagère, figurons-nous, dans ce milieu, une Cécile durable, tenace : c'est Yhèmèralopie. L'éblouissemenl et l'héméralopie ne constituent en réalité qu'un seul phénomène, provenant d'une même cause et se dissipant exactement de la même manière. Quelle est la cause de réblouissemenl dont il vient d'être question? Évidemment une insolation antérieure. Si, en entrant de jour dans une cave, nous sommes aveugles, c'est qu'antérieurement nous avons été éblouis par le soleil. Eh bien, une insolation énergique est la seule et unique cause de l'héméralopie épidémique.
» Comment se dissipe l'éblouissemenl? Comment dans la cave la vision se rétablit-elle? Chacun le sait, par un séjour de quelques instants dans ce milieu. Or, un séjour de quelques heures dans un cabinet ténébreux fait également disparaître l'héméralopie. »
On peut aisément faire concorder l'opinion si exclusive de cet auteur avec celle qui a pu faire considérer l'héméralopie comme un symptôme prémonitoire du scorbut, en admettant que les individus affaiblis par des causes quelconques de débilita tion générale sont plus susceptibles que d'autres à subir l'influence de l'insolation, ce qui ne répugne pas à nos données pathologiques.
2. Les altérations ophlhalmoscopiques propres à l'héméralopie varient selon l'époque à laquelle on les recherche : au début, il estrare qu'on observe autre chose qu'une coloration rose de la papille, une turgescence inaccoutumée des veines rétiniennes, devenues tortueuses, et parfois une augmentation du volume des artères centrales de la papille. Il arrive même que ces symptômes fassent complète-