DESCRIPTION GÉNÉRALE DE LAMAUROSE
sions les plus graves. Si le champ de la vision est absolument normal, la dégénérescence alrophique ne suffit nullement à faire pronostiquer la cécilé. Si le champ visuel n'est que relativement normal l'existence d'une dégénérescence alrophique a une importance spéciale. Non-seulement on doit alors compter moins sur la guérison, mais ou doit aussi craindre que le mal ne fasse des progrès.
5° Mode de développement. — La diminution de la vision peut être soudaine ou rapide, revêtir la forme d'une hémiopie à limite bien tranchée, ou celle d'un rétrécissement concentrique du champ de la vision, ou bien encore se présenter sous la forme d'un scolome central et même d'une cécité complète. Ces altérations subites de la vision étaient naguère encore attribuées à l'hémorrhagie. Mais c'est seulement lorsqu'il existe une hémiopie des deux mêmes côtés que, suivant M. de Graefe, on peut penser à l'apoplexie. Dans les cas de scotome central des deux côtés, ou de cécité soudaine d'un œil ou des deux yeux, il est rare que cette cause soit la véritable.
Dans les cas de cécilé soudaine des deux yeux, M. de Graefe considère le pronostic comme plus favorable chez les enfants que chez les adultes. Dans la cécité rapide, l'absence complète de la perception quantitative de la lumière, même lorsqu'elle persiste une ou plusieurs semaines, ne doit pas nécessairement oter tout espoir.- Si la cécilé persiste plus longtemps, et si la dégénérescence alrophique du nerf optiquecommence, le pronostic devient naturellement plus grave.
Le développement rapide est exceptionnel, par rapport aux cas où l'amblyopie débute graduellement. Quant à la probabilité de voir survenir une cécilé complèle, elle est moindre si la maladie est restée slalionnaire pendant un assez long laps de temps. Dans ce cas, on ne doit pas désespérer de la guérison, aussi longtemps que le nerf optique conserve son aspect normal et que le champ visuel ne présente ni réduction ni interruption.
La marche la plus redoutable que puisse suivre l'amaurose est toujours celle qui, avec une lenteur variable, fait perdre en quelques mois ou en quelques années la vue d'un œil dont le champ de vision se rétrécit et dont la papille s'atrophie graduellement, surtout si, peu après que la maladie a commencé dans un œil ou y a même complétement aboli la vision, le second en vient à se prendre symétriquement. De tels cas sont véritablement désespérés.
4. Ces considérations ne s'appliquent qu'aux amauroses par cause centrale, cérébrale ou spinale, dans lesquelles l'altération de la papille optique est secondaire à la maladie qui y a donné naissance. Le nerf optique, dans ces circonstances, arrive plus ou moins lentement à l'atrophie, soit parce qu'il subit le contre-coup de l'altération cérébrale avec laquelle sa situation lui crée des connexions étroites de continuité, soit parce que, réduit à l'inaction par le défaut de
AMAUROSE
perccptivité de l'organe central, il éprouve le sort des organes dont la fonction est suspendue ou abolie par le défaut d'impression provoquée par des excitants spéciaux propres à chacun d'eux. Celte atrophie doit donc cire en rapport avec le degré et l'ancienneté du désordre, qu'il soit organique ou fonctionnel.
Les altérations de la papille, dans l'a ma u rose par cause cérébrale, peuvent être dues, d'après M. de Graefe , à l'hypérémie mécanique qui provient de la compression des sinus caverneux et qui produit la dilatation des vaisseaux veineux et une infiltration œdémateuse de la papille et de la réline : il en résulte l'affection que cet auieur a nommée « névro-rétinile (v. pag. 344) » et qu'il a exclue de la classe des amauroses proprement dites. Mais l'atrophie popilhrire symptomatique de l'a m au rose cérébrale n'est pas due à celte même cause (vasculaire). On l'a vue survenir alors que la compression des nerfs optiques n'était pas plus possible que celle des sinus caverneux, dans des .cas où l'hémisphère cérébral était diminué de volume et où la lésion, occupant le lobe antérieur du cerveau, n'avait certainement pu déterminer une compression susceptible d'amener l'a Itéra lion des bandelettes et des nerfs opliques (1); dans d'autres encore où le cerveau, diminué de volume, n'occupait qu'une partie de la cavité crânienne, et où, par conséquent, l'idée de toute compression élail également inadmissible. Dans ces cas, il faut admettre une liaison causale dans les altérations observées : la dégénérescence atrophique des faisceaux prolongés de la moelle et des nerfs opliques est sous la dépendance des hémisphères du cerveau.
M. Lancereaux (2) a établi que les éléments lubuleux des nerfs optiques n'émanent pas, en totalité du moins, des corps genouillés el des tubercules quadrijumeaux, mais qu'un certain nombre d'entre eux semblant provenir des hémisphères ou mieux des circonvolutions cérébrales ; que celles-ci sont ainsi le point de l'encéphale où viennent aboutir les impressions lumineuses el où vraisemblablement la perception s'en opère, ce qui explique comment la vue s'altère lorsqu'une lésion exisle sur le trajet probable des éléments nerveux qui se rendent à ces circonvolutions. Le fait de la duplicité de l'amaurose el des lésions des cordons opliques par l'altération d'un seul hémisphère s'explique par celui-ci, que l'amaurose commence en pareille circonstance par un seul œil, et que, lorsqu'elle finit par envahir les deux yeux, c'est que l'altération a dû se propager d'un côté à l'autre par l'intermédiaire de communications établies au niveau des tubercules quadrijumeaux, entre les éléments des bandelettes optiques droite cl gauche. Quand le désordre visuel
(I) Uiickreaux. Do l'umaurose liée ù la ^génération des nerfs opliques, d:ins les cas d'allérations des hémisphères cérébraux. (Arcli. cén. de méd..l864, Vol. I, p. 48.) (2; Uc. Cit., p. 07.
DESCRIPTION GÉNÉRALE DE L'AMAUROSE. ôo I
se limite à un seul œil, c'est en général à tojil du côté opposé à l'hémisphère lésé, circonslaricé à faire valoir à l'appui de la théorie soutenue par M. Lancer eaux (1).
Toutes les altérations pathologiques susceptibles de donner lieu à une modiûcalion de la substance cérébrale ou à sa compression, telles que : l'atrophie el l'hypertrophie du cerveau (2), diverses productions nouvelles, syphilitiques, cancéreuses ou inflammatoires (3), des kystes, etc., siégeant dans les hémisphères cérébraux, les corps genouillés et les tubercules quadrijumeaux, les bandelettes et les uerfs optiques, peuvent donner lieu à l'amaurose el à des altérations consécutives de l'extrémité inlra-oculaire du nerf optique.
Ces altérations et l'affaiblissement visuel qu'elles accompagnent ne sont pas les seules manifestations des désordres cérébraux sous la dépendance desquels ils sont placés. Les malades ainsi affligés ont d'ordinaire la marche incertaine, les globes oscillants d'un côté à l'autre, les pupilles paresseuses ou larges et immobiles; des douleurs continues ou intermittentes, siégeant le plus souvent à la partie antérieure ou postérieure de la tète; divers troubles de la sensibilité et de la molililé, tels que paralysie, contractures, secousses convulsives, etc., la perle de la mémoire et parfois des troubles de l'intelligence, tous symptômes se rapportant à des lésions circonscrites, telles que des tumeurs et des foyers d'hémorrhagie ou de ramollissement. Dans d'autres cas, on a vu l'amaurose accompagnée de troubles encéphaliques indiquant une lésion diffuse et périphérique : il eu est ainsi dans celle qu'on remarque dans les troubles variés de la paralysie générale, dont elle peut être regardée comme un des symptômes.
La localisation des altérations morbides peut être, jusqu'à un certain point, déterminée par les symptômes concomitants de l'amaurose : 1. Des désordres fonctionnels du côlé des nerfs olfactifs ou des nerfs moteurs de l'œil indiquent la présence d'une tumeur de la base du cerveau comprimant les bandeletles optiques ou lechiasma, comme il arrive dans les cas de tumeurs du corps piluitaire, par exemple : une hémiplégie plus ou moins complète venant s'y ajouter est l'indice que la tumeur se prolonge du côté des pédoncules cérébraux. 2. Des troubles du côlé de la mixtion ou des fonctions intestinales, et des convulsions montrent que la lésion siège vers les tubercules quadrijumeaux. 3. Quand ce sont des troubles de l'audition, de l'odorat et du goût, accompagnés de paralysie, de constipation et de la perte involontaire des urines, c'est que les couches optiques sont particulièrement intéressées. 4. L'amaurose peut
&] âo^tsK?.- Bowiet. Journ. hebdom. de med., t. V, p. ttjj. Obs. citéo par àWlUl, I. V. (3) Lanceueaux. Loc. cit.
AMAUROSB.
rester bornée à un œil, quand l'affection cérébrale siège dans les corps striés et la substance nerveuse qui les avoisine (1) ; le strabisme et une hémiplégie avec ou sans contractures s'y ajoutent souvent (2).
5. L'amaurose avec atrophie des nerfs optiques est un symptôme fréquent de l'alaxie locomotrice progressive, décrite par M. Duchenne, de Boulogne, et qui est constituée : anatomiquement, par l'atrophie des tubes nerveux des cordons postérieurs de la moelle et de ses racines postérieures; fonctionnellement, par un trouble particulier de la molilité, caractérisé par une désharmonie des mouvements volontaires, coïncidant avec l'intégrité de la puissance individuelle des muscles. Cette affection commence souvent par des troubles de la vision qui précèdent d'ordinaire de très longtemps les premiers signes de l'alaxie, et offrent, ce caractère de mener promplement à la cécité et de s'accompagner d'une atrophie plus ou moins marquée de la papille avec conservation de l'intégrité de la rétine. La perle de la vision, chez ces malades, a pour conséquence d'aggraver considérablement leur état général. En effet, leurs mouvements n'étant plus guidés alors par les inductions supplémentaires que fournit ce sens, deviennent plus incertains encore, et la slaiion peut en devenir définitivement impossible (5).
Le traitement de cette forme d'amaurose est celui de l'affection spinale dont elle est le symplôme. Le nitrate d'argent, pris à l'intérieur, y tient la première place. Recommandé d'abord par M. Wunderlich, les bons effets en ont été mis hors de doule peu de temps après par MM. Charcot et Vulpian (4), qui l'administrent toujours à |de très faibles doses longtemps continuées (2 pilules, puis plus lard 3 pilules de 1 cenligr. de nilr. arg. par jour). M. Herschel a communiqué au Congrès d'ophlhalmologie de Paris, en 1862, l'observation d'un cas d'amaurose de cette catégorie que cette médication a notablement amendé.
Obs. 277 (5). — X..., âgé de 47 ans, cordonnier de profession, marié cl de mœurs régulières, n'ayanl jamais fail de maladie sérieuse ni contracté d'affection spécifique, a commencé, il y a cinq mois environ, sans cause connue, à perdre l'appétit et ;'i ressentir une grande faiblesse dans tout son être. Peu de lemps après, il a éprouvé des sensations insolites dans diverses parties du corps. C'était d'abord un chatouillement dans les doigts des pieds qui monta jusqu'au-dessus des genoux, et auquel succédè-
(1) Lallem*nd. T. I,p. 138. — Leb. On Diseasesof Women, p. 169. Lond. 1852.
(2) Pour l'amaurose en rapport avec l'amaurosc cérébrale, voyez : L*?fci:nEAUx. Loc. cil. — II. Jacksom. Met. Times and Gaz., 1864, Apr. 50, p. 480. — Wilks. Il>., 1862, Sept. 15, p. 276. — Siiann el Tlke. IL.., 1862. Ang. 50, p. 222. — Houciiut. Ou DIdrU., etc. Paris, 1866. - De Giuepe. Kln. Monat., 1865, B. III, SS. 129, 195.257. - la. Rankinc and Radcliffe Haïr yearly Abstiacl of Mcdic. Se, l.on.lon 1861, Vol. XXXIII, p. 54 - Bnown-SÉttD*BD. Med. Times and Gaz., 1863, May 25. — lo. Ibîd., p. 555. - Wooo. Edinl». Journ., 1860, Jon., p. 605.
(3) Charcot et Vulpian. Sur un cas d'atrophie des cordon" postérieurs de la moelle et des racines postérieures (Gaz hebdom. de Paris. 1862, pp. 247-277.)
(4) Bulletin de thérapeutique, 1862, pp. 48i el 529.
(8) IlEnsciiEL. Compte rendu du Congres d'ophlhalmologie de Paris, 1862, p. 146.
PESl HH'TION lil-iNKKAI.K DE LAMAIROSE. OÎ)5
rent bientôt des douleurs lancinantes électriques, comme il dit, et rapides comme l'éclair dans les jambes, tandis que les pieds devenaient le siège d'engourdissements ■ un cercle de fer lui comprimait la poitrine. Il sentait ses forces s'en aller de telle façon qu'un enfant de six ans, à son dire, aurait pu l'abattre. L'impuissance dont il fut frapiié était complète. Les douleurs le forcèrent enfin à prendre le lit. Mais des crampes insupportables survinrent alors, commençant au-dessus de la cheville pour de là s'étendre aux doigts. Généralement, les crampes se montraient plutôt la nuit, et les douleurs principalement dans la journée. A la tin, les mains elles-mêmes furent prises d'une espèce de tremblement, toutes les fois qu'il s'agissait de saisir un objet quelconque. La tète resta constamment libre et n'éprouva aucune espèce de souffrance.
Quanta la vue, elle commença à diminuer dès les premières manifestations de la maladie, et avec une rapidité telle qu'à peine deux mois après, il ne pouvait plus se conduire seul. Il voyait tous les objets brouillés, mais n'éprouvait aucune espèce de douleur ou de sensation anormale dans les yeux. — 8 septembre. De l'œil gauche il lit le n° i8 de Jaeger, et du droit, le n° 49; des deux côtés, il existe une interruption considérable du champ visuel du côté de la tempe. Les papilles optiques ont celle teinte nacrée particulière aux amauroses cérébrales. Une légère excavation s'observe du côté du nez, avec une petite déviation des vaisseaux vers le côté opposé. Lorsqu'on fait fermer les yeux au malade, il chancelle et tomberait, s'il n'avait bâte de les rouvrir. La station devient tout à fait impossible, si on lui enjoint de se tenir sur un seul pied. Les fonctions de la vessie ne présentent aucun trouble.
Prescriptions.— 8 septembre. Pilules contenant 75 milligr. de nitrate d'argent, pour en prendre deux par jour, une le malin, l'autre le soir, avant les repas. — 20 septembre. Le malade lil le n»7 de Jœger de l'œil droit, et le n°9, de l'œil gauche. — Même prescription; seulement, chaque pilule contiendra 1 cenligr. de nilrale d'argent. J'y fais ajouter 5 cenligr. d'aloès. — Les 26, 27 septembre et le 1er octobre, il lil, des deux yeux, le n°5. L'interruption du champ visuel a disparu. L'absence antérieure delà vision en cet endroit est encore marquée par un brouillard, mais de dimension beaucoup plus pelile que l'interruplioji du champ visuel. Les troubles sensitifs el moteurs se sonl amendés à peu près dans la même mesure que les troubles visuels. L'aspect des papilles optiques n'a pas notablement changé.
6. Naguère encore, on s'attachait à diviser les amauroses en « éré- Ihiques » et « torpilles. » Celte division serait à peu près sans valeur aujourd'hui. Il est tels cas cependant où, en dehors de toutes données autres que la diminution de l'acuité visuelle, la réline manifeste des impressions en rapport avec l'intensité de la lumière qui y arrive; si celle impression esl plus vive, alors que l'éclairage esl plus intense, on peut dire qu'il y a un élal de torpeur de la réline; celle-ci sera, au conlraire, considérée comme un étal d'érélhisme, si une diminution dans l'éclairage améliore sensiblement la vision. Au point de vue du traitement, ces données ne laissent pas d'avoir une certaine utilité. . .
7. Simulation de l'amaurose. — Les femmes hystériques el les conscrits s'en rendent parfois coupables : le plus souvent, ils n accusent l'amaurose que d'un seul œil, celle des deux yeux étant trop difficile à simuler. Il peut èlre important de dévoiler celte supercnerie. Dans ce but, un médecin hollandais, M. Fiées, a imagine un petit appareil destiné à faire voir, par l'œil dit amaurotique, une image que le simulateur croit voir par l'autre œil : il est arme a ce rési I par une ingénieuse disposition de deux miroirs plans disposes i i utait-
ni.
gg/j, AMAUROSE.
menldans une boite carrée, sous une inclinaison de 120° (1). M. de Graefe a conseillé, pour le même objet, le procédé suivant (2) :
Quand on soupçonne l'amaurose simuléed'un œil, on fait semblant, après avoir examiné cet œil, de ne plus s'en occuper et l'on dirige son attention sur l'œil réputé sain. Le simulateur, frappé sans doule de cette idée qu'on admet sa maladie, puisqu'on la cherche jusque dans l'autre œil, se sent en général prêt à répondre à tout ce qui peut se rapporter à cette dernière partie de l'examen. On place alors devant cet œil un prisme un peu fort, des numéros 8 à 10, en ayant soin d'en diriger la base en haut ou en bas. Si l'un des yeux est véritablement amaurotique,le malade persiste à dire qu'il ne voit qu'uneseul image, mais, en cas contraire, même s'il existe un certain degré d'amblyopie dans l'œil où est simulée l'amaurose absolue, le malade déclare apercevoir une seconde image dont il indique la position et le déplacement, suivant les mouvements du prisme. Il est évident que, dans ce cas, la diplopie ne peut résulter que de la persistance de la vision dans l'œil dit amaurolique. De plus, si le malade décrit exactement ces images doubles, on peut reconnaître si l'un des yeux est véritablement plus faible que l'autre. En effet, si l'un des yeux est sain et l'autre amblyopique, le malade dira que l'une des images est nette, mais que l'autre est plus ou moins confuse, etc. On a ainsi un élément de diagnostic en dehors des assertions directes du sujet.
Lorsque les personnes qui veulent se faire passer pour amaurotiques ont, comme il arrive d'ordinaire, eu le soin de se dilater la pupille par l'atropine, il importe de rechercher si la dilatation est réellement due à cette cause. Pour arriver à cette constatation, il suffit de • se rappeler que, dans l'amaurose d'un œil avec dilatation de la pupille, celle-ci se contracte quand l'œil resté sain se trouve exposé à une lumière vive, ce qui n'a pas lieu dans la mydriase artificielle. Ici, en effet, le muscle constricteur du sphincter est réduit à l'impuissance, ce qui n'a pas lieu dans l'amaurose, où les muscles de l'iris sont à l'état normal (3).
SECTION III
EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES D'AMAUROSE. (P. 797.) II. Amaurose due à un anévrysme de l'artère centrale de la rétine. (P. 799).
L'anévrysme de l'artère centrale de la rétine n'avait pas encore été
i<}!- NiorKP.OU,l',.,a„*lesc,'ip,ion l,c cel appareil : Dictionn. encyclopédique des sciences roed. Paris, 18GK, t. III, 2» partie, p. SMî.
(2) Idid. Id.
(3) Liedheicii. Nc-uv. Dict. de raéd. etchir. prat. 1861, t. I, p. 787.
EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'aMAUROSE. 555
reconnu sur le vivant. L'observation suivante est la seule qu'on possède de cette affection observée à l'ophlhalmoscope.
Obs. 278 (l).— La veuve Chevalier, âgée de 64 ans, adonnée aux travaux des champs a un tempérament lymphatico-sanguin et une constitution moyenne. (L'œil gauche étant seul malade, il ne sera pas ici question des sensations éprouvées par l'œil droit.) Il y a six ou sept ans qu'elle a commencé à ressentir des battements de cœur, et depuis trois ans, elle a de légers sifflements dans les oreilles. Depuis cinq mois environ, elle remarque que la vue de l'œil gauche faiblit graduellement. La vision n'est pas plus nelle le soir que dans le milieu de la journée : elle éprouve quelquefois dans l'œil malade une certaine sensation de douleur lancinante, mais très obtuse. Il n'y a pas de pholophobie. La flamme d'une bougie est perçue sous forme de tache rosée, entourée d'une auréole jaunâtre. La malade ne sait pas lire, mais elle ne peut distinguer la trace des caractères numéro "20 de l'échelle de Jaeger. Elle ne voit qu'un épais brouillard. L'œil gauche, qui a une tension normale, n'est pas plus saillant que son congénère. Les mouvements s'exécutent facilement et sans douleurs. La cornée présente un géronloxon. L'iris est marron foncé. La pupille est régulière, peu large, et exécute de légers mouvements oscillatoires. La pupille dilatée, je pratique l'examen ophlhalmoscopique, qui me permet de constater la transparence des milieux réfringents et l'état normal de la choroïde. Sur les deux tiers inférieurs du disque de la papille (image renversée) existe une tumeur rouge de forme ovoïde, à grand diamètre vertical, tumeur qui déborde en bas la limite propre de la papille. La grosse tubérosiléest en haut; en bas, la tumeur se rétrécit brusquement et se continue avec une artère de la rétine, artère qui offre le phénomène de double contour. Celte tumeur exécute des mouvements alternatifs de contraction et de dilatation. Afin d'être bien assuré que ces mouvements n'étaient pas le résultat d'une compression exercée sur l'œil par ma main gauche tenant la lentille convexe, j'ai maintenu ma lentille sans prendre aucun point d'appui sur la ligure de la malade, et j'ai remarqué les mêmes mouvements. La coloration rouge de celte tumeur varie suivant l'incidence de la lumière réfléchie par le miroir et suivant son degré de dilatation. Quand la tumeur est affaissée, elle permet de constater une plus grande quantité de la surface papillaire, et alors sa coloration est celle des artères. Quand il y a dilatation, le centre de la tumeur, plus éclairé que les bords, prend une teinte plus claire que les artères, et les bords une teinte qui se rapproche de celle des veines. La dilatation coïncide avec la contraction des ventricules du cœur. Les veines de la réline m'ont paru un peu plus volumineuses qu'à l'étal normal ; néanmoins, elles ne sont pas variqueuses. Les artères de la réline, autres que celle qui émane de la tumeur, sont filiformes. Une portion de rétine qui avoisine la tumeur en bas présente une teinte vaporeuse que j'allribue à un léger œdème de la réline. En présence de celle affection, je me bornai à l'emploi de la digitaline à l'intérieur. Deux mois après cet examen, la malade vint me revoir; mais le cristallin avait en grande partie perdu sa transparence, et je ne pus constater l'état de la cavité oculaire aussi bien que je l'avais fait la première fois.
§ XIV. Amaurose par congestion ou inflammation de l'appareil nerveux optique, due à la grossesse. (P. 825).
L'amaurose due à la grossesse peut survenir pendant tout le temps de la durée de celle-ci, mais le plus souvent pendant le travail ou après la délivrance. Elle est due parfois à l'albuminurie et présente alors tous les signes de la rélinilc néphrétique; ou bien a 1 urémie, et dans ce dernier cas, le sang est empoisonné par I urée ou par le carbonate d'ammoniaque qui se produit dans les vaisseaux (2).
(1) Sous. Annales d'Oculistiqne, 1805, t. LUI, P- 242.
(2) Biuu!». On Puerpéral Convulsions. Trad. par Dimcan.
AMAUROSE
Les symptômes du côté de la vision, tantôt légers, tantôt allant jusqu'à une cécité complète, sont ordinairement accompagnés d'autres accidenls, tels que convulsions, œdème de la face et des membres, céphalalgie, vomissements, stupeur, etc.; les urines sont alors albumineuses et les reins le siège d'un travail morbide, consistant dans l'obstacle qu'y rencontre la circulation veineuse. A l'étal aigu et survenant brusquement pendant l'éclampsie, l'amaurose puerpérale a moins de gravité que lorsque la diminution de la vision est lenie et progressive; dans ce dernier cas, elle met quelquefois plusieurs mois à se dissiper; dans le premier, la cécilé peut disparaître tout à coup après la délivrance. M. Liizman rapporte un cas dans lequel, pendant neuf grossesses consécutives, l'urémie se révéla sous la forme grave de convulsions et d'amaurose. On cite aussi une observaiion dans laquelle Lee dut provoquer l'accouchement (1), après lequel l'albumine des urines diminua graduellement el la vision s'améliora (2). L'amaurose des femmes enceintes peut être sous la dépendance d'un état cérébral (3).
§ XVII. Amaurose par congestion de l'appareil nerveux optique, produite
par l'action des poisons.
Syn. Amaarosis toxicn. Amaurosis loxica eerebralis. (Amaurosis toxica sftturnina. Mercurialis. Arseuicalis. Alcoholica. INicotinica. Alropinica. Morpbinica, etc.).
1. Diverses substances loxiques peuvent donner lieu à l'amaurose, par le changement qu'elles apportent à la composition du sang; telles sont le plomb, le mercure, l'arsenic, l'alcool, la nicotine, l'atropine, la morphine, etc. Rau rapporte un cas de perle complèlc de la vue survenue par la teinture des cheveux au moyen d'une préparation de plomb. La saignée, des purgations à l'aidé du calomel, l'onguentgris, des lavements, des pédiluves el finalement l'iodure de potassium amenèrent la guérison (4). M. Warnalz considère que la choroïde el la réli ne étaient affectées dans les cas qu'il a eu l'occasion d'obscrver(5).
2. La belladone, introduite dans l'économie, soit en collyre instillé entre les paupières, soit par toute autre voie, peut donner lieu à des
(1) IIutchinson. Lanccl, 1863, Dèc. 12, p. 6*5.
(2) Voir.- Bten. Obi. d'une jeune juive qui, dans ses trois, premières grossesses cl (oui à leur débui, perdait la vue, au point qu'au troisième ou quatrième mois, elle devenait complètement aveugle. Les deux premières fois, elle récupéra la vue après l'accouchement. La troisième, elle resia loin à rail umatirollqMè. (Uitladcn, H. Il, S. 444). Eastmke. OI>s. dans laquelle l'amaurose se produisit dans huil grossesses successives (Lancct, 1803, May, 30. p. GO'ï). — L'iWSOR. Opliih. Ilo-p Rep. 18G5-18Ga, Vol. IV, p. G!>. — Observation d'un cas otl l'amaurose se montra pendant Ies 8*,9«el 10» grosseurs (l.ahcel. 18G5, .lune 27, p. 718).
l5) Aonolb. VViirl. mcd. Corresp. Biais, 185*2, n« 22, el A un. d'Oenl. 185b, t. XXXIV, p. 287.
(4) Arcliiv riie Opbtfl. 1 8:>r;, li. |, Ablli. 2, S. 20;>, Cl Ann.d'Oeul. 1850, t. XXXVI, p. 74.
(5) SciuijKNnuiiG. Ophtlialmiulrik, l.abr I8a8, S. 151 — Sur I unuiurosc produite par le
plomb, Voir : ÏAHQUERHt-DiiSi'UKciiES, dans IHîu, (on Leud l)i ses, l.owel, 11. S., 1818,
p. ï'ôô). — Scott Onn, Glusg. Med. Journ. I8G0, Oclob.
EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'aMAUROSE. 557
troubles visuels indépendants de la dilatation pupillaire M Mackenzie a vu une solution d'atropine prescrite comme collyre donner lieu à des hallucinations de la vue chez un sujet qui, au lieu de l'introduire dans les yeux, en avait avalé quelques gouttes. Il a vu survenir le même effet par l'emploi longtemps continué-du collyre à l'atropine, à la suite de l'opération de la cataracte par division. On sait, d'ailleurs, qu'il y a des personnes singulièrement sensibles à l'action de la belladone: M. Testelin a été appelé près d'un de ses malades qui avait été pris d'un accès de délire complet pour s'être instillé quelques gouttes d'une solution légère d'atropine entre les paupières. On sait que l'opium est le remède à opposer à ces accidents, quand ils ne se dissipent pas d'eux-mêmes. Dans l'empoisonnement par la belladone, on observe la dilatation considérable des pupilles, quelquefois des visions colorées en rouge et un trouble de la vue pouvant aller jusqu'à une complète cécité (1).
3. L'abus du tabac, sous quelque forme ou par quelque voie qu'il soit offert à l'organisme, a étésignalé pour la première fois parM.Mackenzie, comme pouvant donner lieu à l'amaurose (V. t. II, p. 830). Aujourd'hui beaucoup d'auteurs, M. Siebel en tête, se sont rangés à celle opinion (2). Ce consciencieux observateur dit avoir acquis la conviction que peu de personnes peuvent consommer pendant longtemps plus de vingt grammes de tabac à fumer par jour, sans que leur vision et souvent même leur mémoire s'affaiblisse. Il cite le cas d'un homme d'une quarantaine d'années, devenu complètement aveugle par l'abus du tabac, et dont l'amaurose, rebelle aux autres trailemenls, fut complètement guérie, sous sa direction, par un traitement anlipblogislique et dérivatif très modéré et par la cessation de l'abus de la fumée nicolinique.
Les auteurs qui n'admettent pas que l'usage du tabac puisse produire l'amaurose, objectent la rareté relative de celle affection comparée au nombre prodigieux des fumeurs. Pourquoi donc, disent-ils, produirait-il l'amaurose chez les uns et pas chez les autres? On pourrait répondre par celle autre question qu'a posée RI. J. Davy (5) : Pourquoi se fait-il que, parmi des individus, vivant dans les mêmes circonstances, faisant usage de la même nourriture et des mêmes boissons, les uns ont la goutte, tandis que les autres en sont exempts ! Pourquoi, chez certaines personnes (le très petit nombre) le nitrate d'argent, après un emploi prolongé, vient-il se déposer dans la peau
(1) Voyez, pour des observations d'nmaaro.e par la belladone : Lance., M**, £ M»- — Garrod. Ibid. 1837, Vol. Il, p. 377- Holtmouse. Lancel, 18,9, Déc. 7, p.8H. - ÙJJ* Uubl. Med. Press, 1864, Janv! 20, P. 68. - Sur l'anlagop.sme de a belhdone et .de I op.ura De Graefe. Congrès de Paris, 1863, p. 210.- Lee. American Jour,,, of Med. Se 864.- - Noaa, . Ibid. - Voir le résumé de ces deux derniers mémoires, dans , Arch. génér. de Méd. 1864, l. I, p. 573.- Seatos. Med. Times and Gaz. 1839, Déc op. 591.
(2) Union médicale, 1860, mai ir 54, et Ann. d Ocul. 186.,, I. LUI, p. 122.
(3) Edinb. New Pbylosopbical Journ. 1863, July, p. iJ.
A II 1 lia
AMACROSE.
et en allérer la coloration, alors que, chez les autres, rien de pareil ne se produit? N'est-ce pas simplement que, dans ces différents cas, la faculté d'élimination de l'agent perturbateur est peu active chez les uns, puissante chez les autres? L'objection n'est donc pas sérieuse.
M. Hutchinson (1) a donné un relevé statistique de soixante-cinq cas d'amaurose cérébrale; dans ce nombre, il a trouvé trente-sept hommes atteints d'une double amaurose idiopalhique, parmi lesquels vingt-trois étaient des fumeurs avérés et dix avaient l'habitude des boissons alcooliques.
« Celte espèce d'amaurose, dit M. Sichel, se caractérise par l'absence absolue ou presque complète de symptômes de congestion cérébrale intense ou bien prononcée. Leurs symptômes ont quelque chose de vague; ils flottent le plus souvent incertains entre ceux des amauroses sthénique et asthénique, et les signes ophthalmoscopiques ne sont pas plus précis : les papilles optiques sont tantôt très blanches, surtout dans l'une de leurs moitiés, tantôt un peu injectées; leurs contours mal circonscrits, quelquefois en partie effacés; la réline est peu injectée, les vaisseaux centraux sont tantôt normaux, tantôt élargis; les veines centrales surtout sont quelquefois très dilatées, quand l'affection est arrivée à son dernier degré. La mémoire est souvent affaiblie (2). »
On peut y distinguer trois périodes : la première, caractérisée par la coloration d'un rouge sombre de la papille optique (hypérémie); la seconde, par une teinte gris-brun de celle même papille; la troisième, par l'atrophie blanche. A l'autopsie, dans cette troisième période, on ne trouve plus de fibres primitives dans le nerf optique, et il ne s'en rencontre plus que fort peu ou point dans la couche la plus externe de la rétine. Dans un cas cité par M. Wordsworlh (5), les papilles offraient une blancheur brillante, due à l'atrophie blanche. C'est celte même atrophie qui s'observe dans plusieurs espèces d'amaurose cérébrale, surtout organique.
Tous ces symptômes peuvent appartenir à d'aulrcs variétés d'affections amauroliques : cependant, toutes les fois qu'ils se présentent chez un fumeur, il faut prendre l'éveil sur celte cause possible de l altération visuelle et s'empresser de l'écarter, comme préliminaire à toute médication. Il ne faut pas oublier non plus que la maladie est toujours de longue durée et demande un traitement assidu et beaucoup de docilité de la part du patient. On a cru remarquer que l'amaurosc par le tabac est fréquemment accompagnée de varicocèle et d'affaiblissement des fonctions génitales. 11 va sans dire qu'elle est plus fréquente chez les hommes que chez les femmes.
(1) The Lnncet, 1863, Nov. 7, et Ann. d'Ocul. 1864, t. Ll, n 208
(2) l.oco eilato.
(3) The Laucct, 1863, July, et Ann. d'Ocul. 1864, t. Ll, p. 133.