DIAGNOSTIC OPHTHALMOSCOPIQUE DE L'AMÉTROPIE
79. — a) Nous avons décrit au (54) le procédé ophthalmoscopique dit « de l'image droite. » Dans ce procédé, l'observateur, se servant ou non d'un verre concave, voit devant lui une image virtuelle et droite des vaisseaux qui rampent dans les membranes profondes. Ces vaisseaux eux-mêmes, qu'il ne voit pas, et leur image virtuelle qu'il voit sont donc, par rapport à lui, placés sur des plans différents, les vaisseaux en avant, leur image en arrière. En avant des uns et des autres et parallèlement à leur plan, se trouve encore le plan de l'iris, par l'ouverture duquel les rayons arrivent à l'observateur. Tirons par la pensée deux lignes droites qui de l'œil de l'observateur soient langentes aux deux bords droit et gauche, de l'ouverture pupillaire; entre ces deux droites sera compris (dans le plan horizontal) le champ de vision occupé par l'image virtuelle de la réline et de ses vaisseaux.
Supposons maintenant que l'observateur fasse un léger mouvement, vers sa droite à lui-même : les deux lignes qui circonscrivent le dit champ de vision se déplaceront avec lui, leur point de rencontre (dans son œil) se déplacera sur la droite, le champ de vision au contraire se déplacera sur la gauche; ce sont les bords de la pupille de l'œil observé qui servent de points fixes dans ce mouvement inverse.
Les vaisseaux de l'image droite seront donc successivement cachés par le bord de la pupille du côté même vers lequel l'observateur se portera, tandis que, du côté opposé, apparaîtront de nouveaux vaisseaux précédemment invisibles.
En d'autres termes, les vaisseaux sembleront se mouvoir, défiler devant l'observateur dans le même sens que son propre mouvement à lui-même.
b) Prenons le cas contraire : l'image réelle et renversée. Celle-ci esl en avant de l'œil observé. Les deux lignes droites, qui circonscrivent à droite el à gauche le champ de vision de cette image, et qui vont, de l'œil de l'observateur, s'appuyer aux bords gauche el droit de la pupille, coupent celte image réelle entre l'observateur el la pupille. Dans un mouvement de l'observateur sur la droite, le champ de vision se déplace donc aussi sur la droite, c'est-à-dire dans le sens contraire à celui du cas précédent, puisque le point de pivotement est en arrière de l'image, au lieu d'être en avant, comme dans le premier cas.
Ce sont donc les parties de l'image réelle situées sur la droite de l'observateur qui apparaissent, et celles de gauche qui disparaissent, pendant son mouvement à droite. Les vaisseaux dessinés sur cetle
OEIL EMMÉTROPE.
image mobile semblent donc se déplacer en un sens contraire à son propre mouvement.
En résumé, dans l'image droite et virtuelle, les vaisseaux se déplacent dans le sens même du mouvement de l'observateur; en sens contraire de ce mouvement, dans l'image réelle et renversée.
Or, d'après ce que nous venons de dire de l'hypermétropie et de la myopie, l'œil emmétrope est apte à voir, sans le secours d'aucun verre, à l'œil nu, l'image droite des vaisseaux chez l'hypermétrope, leur image renversée chez le myope (si le degré de cette dernière anomalie est suffisamment élevé.) L'observateur emmétrope juge alors tout de suite du genre de l'amétropie au sens du mouvement des vaisseaux.
6. MESURE DU DEGRÉ DE L'AMÉTROPIE AU MOYEN DE Ii'oPHTHALMOSCOPE.
80.— Voilà donc l'observateur fixé sur l'état de la réfraction statique du sujet observé ; cet état est, supposerons-nous d'abord, Vhypermélropie. (Les vaisseaux se meuvent dans le même sens que l'observateur.)
Maintenant, quel en est le degré? La chose est facile à déterminer, pourvu toutefois que l'observateur soit emmétrope et certain de se maintenir accommodé pour les rayons parallèles.
Imaginons que nous fassions passer, devant l'œil observé, une série croissante de lentilles convexes; tant que l'on ne sera pas arrivé à la force neutralisant l'amétropie, celte amélropie continuera a se manifester à l'observateur. Mats, arrivé au verre qui mesure et annule l'hypermétropie, les rayons émergents seront rendus parallèles. Ce verre sera donc le dernier qui permette à l'observateur d'apercevoir encore l'image droite : le verre suivant donnera aux rayons émergents un certain degré de convergence, et l'observateur, incapable de s'accommoder aux rayons convergents, ne verra plus les vaisseaux de l'image droite.
L'amétropie a-t-elle lieu par excès, l'observateur agira de même au moyen des verres concaves : il diminuera successivement la convergence des rayons émergents, jusqu'au point de les rendre parallèles. Parvenus à ce point, ils ne donnent plus d'image réelle, et une faible addition de réfraction dans le sens de la divergpnce transforme celte image en image droite.
Le verre qui a précédé ce dernier effet corrigeait exactement ou mesurait la myopie.
L'observateur peut ne pas êlre exactement emmétrope. S'il en est ainsi, il connaît du moins le degré de sa propre amélropie. Il aura donc soin de la corriger au moyen du verre convenable. Cela fait, il se conduira comme s'il était exactement emmétrope.
SECTION II
ŒIL EMMETROPE.
81. — « Emmétrope, » terme moyen de la réfraction oculaire, ne veut point dire œil normal (1). L'œil peut être emmétrope et cepen-
^ (1) Nous verrons plus loin (images cnloptiqucs du cristallin) que l'œil le plus commun, l'œil naturellement normal, ne saurait être exactement emmétrope. Les étoiles ne nous paraissent sous leur forme d'étoiles que parce que la rétine n'est pas exactement au foyer pour leurs rayons. Or, ce sont bien lù des rayons parallèles. Ajoutons pourtant que, si l'œil normal n'est pas l'emmétrope, M. Donders a bien prouvé qu'il s'en rapprochait considérablement. (95.)