DIRECTION A SUIVRE DANS i/uSAGE DES LUNETTES
92.— La pose des lunettes ne doit pas être la même pour le presbyte et pour le myope. Le premier ne se sert de verres que dans la vision rapprochée, le second dans la vision à dislance. Il convient donc que le plan des verres chez le presbyte soit incliné de haut en bas et de dehors en dedans, pour offrir sa surface perpendiculairement à la lignede direction habituelle de la vue. 11 convient encore que le presbyte puisse voir par dessus ses lunettes, tant pour prendre du repos que pour distinguer les objets distants. On a même, dans celte pensée, fabriqué des lunetles à double foyer, c'est-à-dire dans lesquels une ligne transversale médiane sépare un demi-verre convexe inférieur d'un demi-verre neutre supérieur. Celle forme est utile aux peintres ; nous en avons, comme M. Donders, retiré pour eux de grands avantages.
Eu égard à la tension oculaire (binoculaire), il importe que les verres convexes, surtout si l'objet est un peu rapproché, pour des verres forts, par conséquent, jouent un peu un rôle prismatique en dehors, c'est-à-dire que leurs centres soient rapprochés et d'autant plus que l'on doit y voir de plus près. Comme nous le disions tout à l'heure, il peut être quelquefois avantageux d'aider cet effet par des prismes à base interne. Nous reviendrons sur ce détail dans l'élude de l'aslhénopie musculaire.
Pour terminer, il est bien entendu que l'usage des lunettes convexes ne peut être conseillé qu'à la presbyopie elle-même, au déficit de l'accommodation. Employés par un sujet emmétrope et non presbyte, elles le rendraient myope en altérant les rapports naturellement établis entre l'accommodation et la convergence.
Après avoir repoussé l'usagedes lunettes convexes, non pas seulemenlprématurément, ce qui eût été sage, mais même après manifestation évidente de la presbyopie, on a cru pouvoir conseiller les conserves colorées pour les suppléer. Inspiration doublement mauvaise. Sans doute une rétine hypereslhésiée, congestionnée, réclame un tamis pour la lumière trop vive ; mais une réline normale a besoin de son stimulant naturel ; le lui supprimer habituellement, c'est la rendre d'autant plus susceptible quand on lui enlève cet écran relatif. Les conserves colorées seront donc réservées pour les cas seulement de maladie par excès de sensibilité, et non données en usage ordinaire, même dans un pays où la lumière serait trop abondante.
i. DIMINUTION GRADUELLE DE L'ACUITÉ DE LA VISION.
95. — Mais l'accommodation n'est pas l'unique instrument de la vision, et les progrès destructeurs des années peuvent se faire sentir dans les autres éléments qui concourent à cette fonction. La dévialion du type parfait peut atteindre tous les éléments anatomiques qui composent l'organe, et comme la transparence des milieux qui le constituent est le caractère essentiellement délicat de leur orga-
(1) Voir noire Traité de la vision binoculaire, chop. x, cl nos Leçons sur \c strabisme, § 9.
nisalion, leur objet le plus sensible, c'est celui qui, le mieux et le plus vite, portera témoignage d'altérations à peine perceptibles d'autre façon.
La première base à établir, dans toute étude pratique de la vue d'un sujet, c'est donc le degré de l'acuité (52) et (55), et le résultat de cette analyse devra être rapproché du tableau dressé par le docteur de Haan, et qui donne la courbe de la décroissance graduelle de la finesse du sens même de la vue, avec le progrès des années, indépendamment de tout état de la réfraction ou de maladies évidentes.
Ce tableau a été dressé sur 281 observations relevées au moyen de l'échelle de M. Snellen, sur des sujets de 7 à 82 ans. En voici un extrait :
Jusqu'à 20 ans, l'acuité de la vision est un peu supérieure à celle qui forme l'unité de l'échelle de M. Snellen et de la nôtre.
A 20 ans 20/20 ou 1.
A 40 ans elle n'est plus tout à fait égale à l'unité.
A 50 ans elle n'est plus que des 18/20.
§ V. Images entoptiques.
94. — La diminution graduelle de la perfection du sens même de la vue avec le progrès des années et qu'accuse d'une manière si sensible ce tableau, a particulièrement sa cause dans les altérations variables de transparence que présentent les milieux de l'œil, par suite d'une nutrition de ces tissus qui a perdu plus ou moins de sa vitalité. Avant de s'en apercevoir par la mesure de ses effets, les malades en sont très-souvent avertis par l'apparition, dans le champ de la vision, de petites ombres plus ou moins sensibles qui le traversent en certaines circonstances, et qui, lorsqu'elles ont acquis une certaine importance, ne laissent pas que de préoccuper fortement ceux qui les ont constatées sur eux-mêmes. Elles reçoivent alors le nom de « mouches volantes » et, à ce titre, méritent de notre part quelque attention. Ces apparitions font partie d'une catégorie de phénomènes qui a reçu le nom d'images entoptiques.
On appelle « images entoptiques » toutes les apparitions qui se présentent dans le champ de la vision et qui n'ont point de raison d'être extérieure ou objective. Elles sont de plusieurs sortes et leur élude offre, au double point de vue de la physiologie et de la pathologie, le plus grand intérêt.
a) Les plus communes entre ces images consistent en de petits
OEIL EMMÉTROPE.
corps gris ou pâles, qui se montrent au-devant de nous, et se lient aux mouvements du regard, particulièrement quand l'œil reçoit la lumière, moyennement vive, de surfaces uniformément éclairées. On les rend visibles avec facilité en faisant pénétrer dans l'œil des faisceaux de lumière parallèle ou peu divergente, qui dessinent sur la réline des cercles plus ou moins étendus. Un trou d'épingle d'un millimètre de diamètre environ, étant tenu à 10 millimètres de l'œil (au foyer antérieur de celui-ci), tousles rayons qui le traversent sont réfractés dans le corps vitré à l'état de parallélisme. Celte petite ouverture dessine donc sur la rétine un cercle plus ou moins étendu, suivant la dimension pupillaire, si on a soin de diriger le regard vers une surface blanche ou bien éclairée, comme une muraille au soleil, les nues, etc.
Dans ces circonstances, on aperçoit, passant devant soi, de petits corps plus ou moins apparents (inégalement accusés), et formés de petits granules parfaitement ronds, égaux généralement, les uns isolés, les autres groupés, d'autres formant des chapelets linéaires, d'autres eufln des chapelets entortillés. Tous ces petits corps ont ce caractère commun, d'apparaître au moment d'une direction plus ou moins vive du regard de bas en haut, de suivre ce même mouvement, de s'arrèler avec lui, après l'avoir un peu dépassé, puis de descendre lentement vers la posilion première et enfin de disparaître. Ces ombres persistent cependant quelquefois, mais c'est qu'alors elles sont plus accusées.
Eu plaçant au-devant de l'œil et toujours à la même dislance, non pas un trou d'épingle seulement, mais deux, très-petits et disposés comme ceux de l'optomètre de Scheiner, c'est-à-dire séparés par un intervalle inférieur à l'ouverture pupillaire, on a fait pénétrer dans l'œil deux cylindres de rayons parallèles au lieu d'un. Le même corps rencontré par ces cylindres de lumière a pu alors porter sur la réline une ou deux ombres, suivant sa posilion par rapport au lieu dïnlcrseelion mutuelle des deux cylindres ; la situation de ces images doubles, par rapport aux cercles lumineux dessinés par les deux cylindres sur les rétines, a permis alors de déterminer, avec une certaine approximation, la posilion même des petits corps qui les produisaient. Ce procédé, dû à Sir D. Brewsler, a fait connaître que tous ces petits corps étaient suspendus dans le corps vitré à des dislances très-variables; les uns se mollirent en contact avec le cristallin, les autres avec la réline. On a même pu penser que quelquesuns de ces derniers appartenaient à la couche granuleuse de celle membrane. Ces apparitions dans le champ de la vision ont reçu le nom de « spectres perlés. »
Dans quelques aulopsies oculaires, l'examen du corps vilré, au moyen du microscope, a permis à M. Donders d'y reconnaître les mêmes petits corps qu'il avait pu observer sur lui-même.