CHOIX DES LUNETTES DANS L'HYPERMÉTROPIE
On est en présence de plusieurs données : hypermétropie absolue, hypermétropie latente, hypermétropie manifeste, dont on a su déterminer le degré : Quel choix doit-on faire dans chaque cas?
a) Hypermétropie absolue (le punctum proximum est au delà de l'infini). — Ce cas est simple : l'individu est comme amblyope, tous les efforts de son accommodation ne réussissent pas à le faire voir nettement, même à l'horizon. Si cet état n'est pas compliqué d'amblyopie réelle ni de spasmes, l'indication est, pour la vision de près, de corriger son hypermétropie totale, et, pour la vision à distance, celte même hypermétropie totale, diminuée du tiers environ de l'étendue accommodative.
b) L'hypermétropie totale est connue; on Va mesurée au moyen de V atropine. — Dans l'origine, on avait cru pouvoir conseiller l'usage du verre qui corrige celte hypermétropie totale. C'était une erreur ; il exisle chez l'hypermétrope un précédent établi, une habitude acquise. L'hypermélropc emploie, pour une convergence donnée, une partie déterminée de l'accommodation qui lui reste. En neutralisant tout son déficit, il est porté à employer encore pour la vision de loin, la même dose de son énergie accommodative. Il lui faut donc lutter contre celte tendance, et relâcher cette partie de son étendue accommodative qu'il employait; or, il est aussi pénible parfois de relâche une accommodation en excès, que de suppléer à une accommodation en défaut. Aussi ce sujet, auquel on donne ce verre correcteur de l'hy-
IIYI'ERMÉTUOIME.
permétropie totale, dit-il, ou qu'il n'y voit pas net, ou que le verre le fatigue (105).
Pour la vision de près, le même inconvénient subsiste; à mesure qu'il fait converger les axes optiques, l'hypermétrope emploie encore la même dose de cette accommodation qui lui est habituelle pour ce degré de convergence ; en y ajoutant l'action du verre qui neutralise son déficit total, il a donc encore, pour chaque distance, une réfraction trop élevée. Il est alors obligé de rapprocher l'objet jusqu'au point où son accommodation fera défaut; mais le voilà en danger de rencontrer l'asthénopie musculaire, par suite d'un trop grand rapprochement des objets, et de la tension oculaire que la convergence correspondante amène infailliblement à sa suite. Il n'y a donc pas lieu, quand le sujet révèle l'existence d'un certain degré d'hypermétropie latente, de corriger dès l'abord toute la mesure de ce déficit.
c) Quelle conduite devra- t-on tenir quand on aura reconnu V hypermétropie manifeste? L'asthénopie accommodative se montre le plus souvent à peu près en même temps que l'hypermétropie manifeste. D'autre part, on sait que cette hypermétropie manifeste mesure justement cette quantité de réfraction dynamique que l'hypermétrope emploie à rendre utile pour lui les rayons parallèles, mais qu'il laisse avec empressement reposer, quand s'offre le secours d'un verre convexe approprié.
Augmentée, dans une proportion régulière, par l'influence synergique de la convergence, c'est cette accommodation facultative qui permet ensuite au sujet de s'adapter un certain temps aux objets rapprochés. Le peu de résistance qu'elle oppose à la neutralisation, par le verre convexe, montre avec quelle difficulté elle doit se plier aux exigences de la convergence dans la vision de près. En la neutralisant par le verre approprié, on la rend donc disponible pour la convergence; et comme on sait, d'autre part, qu'on louche là à une limite, que la synergie binoculaire n'ajoute en somme que peu à l'accommodation uni-oculaire correspondant à une distance donnée, on peut avoir la quasi certitude d'avoir atteint le degré convenable, en ajoutant quelques unités de réfraction au chiffre de l'hypermétropie manifeste, pour déterminer le chiffre du secours à apporter à l'asthénopie.
On sera sùr d'être très près de la vérité, si, avec le verre ainsi choisi (hypermétropie manifeste plus quelques unités), le sujet peut lire sans fatigue, à une distance un peu plus grande que ne le fait l'emmétrope. M. Donders a effectivement démontré que, sous de fortes convergences binoculaires, l'hypermétrope accommodait un peu moins que l'emmétrope. Cette épreuve apprendra bientôt si les verres conseillés étaient trop faibles ou trop forts. Trop faibles, il reste de l'asthénopie accommodative; trop forts, on voit apparaître les troubles de l'asthénopie musculaire, delà douleur dans l'angle de