‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource]Chapitre 37 sur 251 · XCII · texte numérisé non relu

XCII

trois numéros de suite ne font pas déchiffrer un caractère nouveau plus fin que ne le font les premiers d'entre eux, le premier de ces numéros est suffisant et mesure le jlegré de l'amétropie. Il peut être sage de contrôler l'un des deux moyens par l'autre.

il y a des myopies acquises, intermittentes, temporaires, dues à un spasme accommodatif (de ce genre est celle qu'on rencontre dans l'hypermétropie et qui peut dissimuler cetledernière affection); ou différenciera ces étatsde celui qui est l'expression de la seule réfraction fixe, par l'action de l'atropine qui le fait disparaître. On considérera, en outre, que le spasme est le plus souvent de nature subite, et qu'il est accompagné de myosis.

L'examen ophlhalmoscepique, si la myopie est élevée, donnera une image renversée visible sans lentille (79, 80). Quand le regard est distrait, l'accommodation spasmodique ne se manifeste pas, et il n'y a plus risque de confondre les deux espèces d'amélropie.

Exemple. — Une jeune personne de 14 ans se présente à la consultation ; elle y voit bien de près; son acuité est, je suppose, entre 1 et 3/4 ; elle lit, en effet, le n°l de notre échelle à un peu moins d'un pied, 5 à 6 pouces ; mais, à deux pieds de dislance, elle ne lit point le n° 2, ni même les nos 3 et 4.

Nous la plaçons alors à vingt pieds de notre échelle dont elle ne dislingue pas un seul caractère. Mais des verres concaves, de force graduellement croissante, améliorent sa vision. Comme nous avons vu, en commençant, qu'elle ne lisait pas du tout les caractères n03 3 et 4 à deux pieds, nous avons conjecturé qu'il y avait là myopie de moins de -~; nous commençons donc l'essai par le n° 20. La vision ne commence à devenir moins trouble que vers le n° 13 ; arrivé à 42, le sujet déchiffre le n° 400 ; le n° 10 lui donne des perceptions nettes ; 9 lui fait lire le n° 30 ; avec le n° 8, il lit nettement et couramment le n° 20 ; mais? et 6, en rendant les caractères plus petits, ne l'amènent pourtant pas à lire le n° 45.

Nous en concluons que celte jeune personne est affectée d'une myopie de —-.

Nous pourrions dire, mais sans avantage actuel de simplification (il n'y a rien de plus simple que ce qui précède), que le punctum remolum de ce sujet étant à 8 pouces, sa réfraction statique possède 27 unités d'excès sur la quantité normale. Cependant cette donnée a tout de suite un avantage secondaire; comme nous savons qu'à cet âge l'accommodation est complète et mesure bien les 60 unités de réfraction, nous pouvons conclure à l'instant que son punctum proximum est à la distance qui correspond à 60 + 27 unités de réfraction ou à 2 pouces 4/2. (Table, (45).

§ II. Pathogénie.

1 lo. — Toutes les statistiques, et non pas celles de ce siècle seulement, témoignent de la rareté de la myopie dans les populations rurales, pastorales et militaires, et de sa fréquence énorme parmi les classes civilisées. Il est incontestable que ce résultat doit être attribué à l'application continue de la vue aux objets rapprochés, et même, doit-on ajouter, à l'application de la « vision binoculaire. » En effet, les professions dans lesquelles un seul œil est employé, même au moyen de la loupe, graveurs, horlogers, etc., ne comptent point plus de myopes que les autres professions; ce serait plutôt le contraire.

Ces observations, qui devront avoir un si grand poids dans l'hygiène de l'avenir, rencontrent cependant une conlre-parlie sur leur route. C'est que, si les conditions dont nous venons de parler favorisent d'une manière déplorable les progrès de la myopie, elles ne paraissent que rarement la créer de toutes pièces.

Il est assez rare qu'un œil emmétrope devienne myope ; plus rare encore qu'un œil hypermétrope change ainsi de sens. Il existe presque constamment une prédisposition héréditaire, et on peut la constater dans le jeune âge à l'oplilhalmoscopc, aussi bien que Par la recherche de l'hérédité.

La myopie est donc une maladie créée, au moyen des générations

successives, dans les classes civilisées, par les causes qui ensuite la développent chez chaque individu. Contrairement aux préjugés communs, la myopie ne rétrograde point ; elle progresse au contraire trop souvent. Les hauts degrés de myopie appartiennent plutôt à l'âge avancé. Un œil myope est un mauvais œil, en danger, s'il demeure dans les conditions hygiéniques premières, de devenir un œil très-malade, un œil menacé même !

Ces principes sont en contradiction avec les idées reçues : Le préjugé est général à cet égard, et pour le public un œil myope représente un bon œil, un œil qui s'améliore avec les années.

Plusieurs causes ont amené cette malheureuse opinion, qui a fait bien des aveugles. Avec l'âge, la pupille se rétrécit; les cercles de diffusion des images des objets distants diminuent donc en proportion. Le sujet y verrait alors plus nettement de loin. Secondement, la presbyopie qui se développe sur un œil myope, comme sur un œil emmétrope, recule, vers 50 ans, le punctum remotissimum de ~~ environ. Sur un œil modérément myope, le recul du punctum remotum de 12 à 24 pouces, par exemple, ne saurait être indifférent.

Cette observation, qui montre en quoi l'opinion ancienne pouvait avoir un côté réel, a, malheureusement, sa contre partie dans l'allongement du globe, que l'œil myope éprouve trop souvent en vieillissant. Ces deux effets se contrebalancent, et, en somme, le plus souvent l'œil myope ne manifeste en vieillissant que les effets du recul de son punctum proximum.

Si la myopie ne nous représente, au point de vue optique, qu'un excès de réfraction, nous avons vu (71) qu'anatomiquement ce mot devait exprimer un œil allongé pathologiquement. On a, en effet, établi que, ni la cornée, ni le cristallin ne pouvaient être rendus responsables de l'excès de réfraction. L'appareil réfringent y est trèsgénéralement normal. (Voir la fig. xxx, p. liv.)

Sans doute, il est des cas où l'on rencontre des excès de réfraction qui doivent être attribués à un excès de courbure de la cornée; le kératoconus, par exemple. Mais ce sont des cas rares et dans lesquels la myopie est symplomatique, et non l'affection principale et l'expression même de l'état de la réfraction de l'œil ; on ne saurait donc s'y tromper.

On a également, à une certaine époque, attribué la myopie à ce même excès de courbure développé dans la cornée par la pression des muscles raccourcis, dans le strabisme, par exemple. M. Knapp a mesuré les rayons de la cornée dans un grand nombre de cas de strabisme, et n'a jamais trouvé celte augmentation de courbure.

Il est certain qu'il y a des myopies acquises dans lesquelles c'est le cristallin qui, devenu plus courbe, doit être considéré comme jouant le rôle de cause prochaine. Mais celle action, ce rôle ne sont que temporaires. Aucune observation positive ira encore produit de cas d'une telle déformation devenue permanente. Cet élal n'est donc pas une anomalie de la réfraction fixe, mais de la réfraction dynamique ou de l'accommodation.

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