I. MÉCANISME DE L'ALLONGEMENT DU GLOBE DANS LA MYOPIE
116. — L'observation et l'induction indiquent trois sortes de eau-
MYOPIE
ses particulièrement propres à déterminer cet allongement : 1° l'habitude ou le besoin (nous verrons plus loin d'où vient ce besoin) d avoir de plus grandes imagessurla rétine, conduisentcerlains sujets à beaucoup rapprocher les objets de leurs yeux. Cette circonstance, qui détermine une convergence prononcée des axes optiques, amène par cela même le raccourcissement de la somme des longueurs musculaires, et, comme conséquence, un excès de pression sur le globe ('!). 2° Pour diminuer la distance à ses yeux de l'objet qu'il regarde, le myope peut, ou rapprocher l'objet, ou au contraire se pencher vers lui, s'en rapprocher lui-même. Le premier procédé est le plus sage, nous n'osons dire le plus naturel ; mais c'est le second qu'il adopte généralement. Le myope courbe la tête sur le cou, fléchit le cou sur la poitrine, le tronc lui-même sur la table, comprimant ainsi tous les canaux sanguins efférents du système vasculaire de la tète. La stase de sang dans la choroïde, ce vrai réservoir de sang, est la conséquence obligée de celte attitude vicieuse ; la pression des fluides intérieurs du globe y trouve un aliment de plus. 5° La troisième cause est le ramollissement et l'extension des membranes profondes , conséquence de l'excès de pression développé dans les fluides intérieurs. C'est, en effet, au pôle postérieur de l'œil (côté externe du point de pénétration du nerf optique) que cette pression doit avoir son maximum de retentissement : en cette région, la sclérotique n'est point soutenue par les muscles extrinsèques (2).
Mais cette dernière circonstance, que nous plaçons au rang des causes, et qui ne parait être que la conséquence des deux premières, est cependant bien réellement une cause première par elle-même.
Les nombreux examens ophthalmoscopiques sur lesquels repose cette étude, ont démontré dans la choroïde les avant-coureurs de la déformation anatomique qui constitue l'allongement du globe, à une époque de la vie où il ne pouvait y avoir eu encore d'exercice défectueux imposé à l'organe. La myopie dépend donc, en définitive, d'une condition supérieure qui tient sous sa dépendance, et la nécessité de rapprocher les objets, et le développement de l'atrophie des membranes profondes, de la choroïde en particulier.
•i. AI,TERATI(m ANATOMIQUES RECOIVNAISSABEES A l'oPIITH ALMOSCOPE ET PRESQUE PATHOGMJMOiNIQlES DE LA MYOPIE.
H7. — On rencontre, dans la myopie marquée, certaines modifications anatomiques qui constituent ce qu'on a nommé la choroïdile atrophique ou scléro-choroïdite postérieure. Ils consistent :
1° Dans le croissant staphylomaleux qui entoure la papille du nerf
(I) Leçons sur le Strabisme, § 9.
\ (2) Traité île la vision binocuhiire, § 17; — Leçons sur le Strabisme, ,§ S.
optique et débule surtout du côté externe. Son étendue est proportionnée, en général, au degré de la myopie ;
2° Dans le changement de l'orme de la papille optique devenant ovale, et dont le grand diamètre est perpendiculaire à la grande dimension de l'atrophie;
3° Dans la rectification des vaisseaux rétiniens;
4° Dans l'atténuation, l'usure, la disparition par places de la choroïde ;
5° Dans des changements circonscrits dans la région de la tache jaune (de nature alrophique) ;
6° Enfin, dans la choroïdile disséminée, des opacités dans le corps vitré, quelquefois enfin un commencement de cataracte consécutive.
Toutes ces altérations anatomiques se rattachent à un processus atrophique, fréquemment accompagné de congestions locales, et qui, ramollissant les membranes profondes, choroïde et sclérotique, les dispose à se distendre dans leur partie postérieure (région relativement dépourvue de soutiens musculaires), sous la réaction de la tension du contenu du fluide contre la pression des forces extérieures.
Il n'est guère de myopie prononcée, c'est-à-dire plus forte que -~ ou -j-j qui ne présente à un degré quelconque ces caractères; des myopies bien moins marquées, de ~, les offrent même souvent.
Cependant la réciproque n'a pas lieu et toute atrophie choroïdenne (même en croissant péri-papillaire) n'implique pas nécessairement la myopie. On l'a rencontrée sans myopie, et même avec l'hypermétropie. On cite une forme annulaire, peu étendue, qui enveloppe le nerf optique et qui se rencontre parfois dans le glaucome.