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CHAPITRE III

ASTIGMATISME.

§ I. Définition.

129. — On désigne sous le nom d' « astigmatisme » (de a privatif, et (jr\y\xa. point) une différence dans Y « état de la réfraction » de deux méridiens, généralement rectangulaires, du globe oculaire.

Ainsi, le méridien vertical d'un œil étant emmétrope, le méridien horizonlal du même œil peut être hypermétrope ou bien myope (astigmatisme simple, hypermétrope ou myope). La différence peut encore porter sur le degré seul de l'amétropie ; c'est-à-dire que, les deux méridiens étant tous deux myopes ou hypermétropes, ils peuvent l'être à des degrés différents. On nomme celte espèce « astigmatisme myopique ou hypermétropique composé.» Enfin, dans les deux méridiens, l'amétropie peut être disposée en sens contraire, l'un des méridiens caractérisé par l'hypermétropie, l'autre, au contraire, étant myope, (astigmatisme mixte).

§ II. Manifestation de l'astigmatisme.

130. — Un œil astigmatique étant placé devant un groupe de lignes verticales et un groupe de lignes horizontales de même largeur et séparées par les mêmes intervalles, les voit, supposerons-nous, assez nettement les unes et les autres à la même distance, tant qu'il ne fixe pas sur elles son attention ; mais vient-il à les observer avec exactitude, il s'aperçoit que les unes lui paraissent nettes et les autres confuses à une dislance donnée, tandis que l'impression change pour une autre dislance. A celte nouvelle station, les lignes

ASTIGMATISME.

précédemment confuses deviennent nettes, tandis que les autres, premièrement nettes, deviennent, au contraire, confuses.

Si l'expérience est faite en s'éloignant du tableau, la distance à laquelle naît la confusion pour les lignes verticales, marquera le punclum remotum pour le méridien horizontal, et, réciproquement, la distance à laquelle les lignes horizontales cesseront d'être vues nettement indiquera la limite éloignée des impressions nettes du méridien vertical. On se rend aisément compte de ce fait :

Soit un groupe de lignes verticales placées en face de l'œil : imaginons, en outre, que cet œil ne soit mis en rapport avec ces lignes que par son méridien vertical ; chose facile, si l'on interpose tout contre la cornée la fente verticale de la lunette sténopéique. L'image de chacune des lignes verticales sur la rétine sera le résultat de l'intersection, avec celte memhrane, du plan vertical passant par la fente sténopéique et chacune desdites lignes. Quel que soit l'état delà réfraction de l'œil, tous les faisceaux lumineux seront renfermés dans ce méridien; rien ne débordera dans le sens horizontal. La ligne verticale a donc toujours une image nette dans le plan vertical.

Mais si, au lieu d'une ligne verticale, c'est une ligne horizontale qui est regardée à travers la fente verticale, son image n'y sera nette qu'au foyer exact; en deçà ou au delà, il y aura cercle de diffusion dans le sens vertical, et la ligne, au lieu d'être allongée, sera pvlus large et diffuse.

Il suit de là que l'état de la réfraction, dans le méridien vertical,

est accusé par la manière dont sont vues les lignes horizontales, et

réciproquement, l'état dioptrique du méridien horizontal par les

lignes verticales.

Cette expérience , qui donne un premier moyen de mesurer approximativement l'état de la réfraction dans les deux méridiens cardinaux de l'œil, démontre que presque tous les yeux sont plus ou moins astigmatiques : seulement, dans les yeux dits normaux, la différence est légère et peut, à bon droit, être passée sous silence.

5 III. Mécanisme de l'astigmatisme.

151 — Nous avons, jusqu'ici, considéré l'œil comme ayant un point, pour foyer, en un mot, comme un appareil lenticulaire exactement centré, résultant lui-même de la combinaison de deux autres appareils également centrés, la cornée et la cristallin.

D'après ce que nous venons de dire, l'œil asligmalique ne saurait appartenir à un système centré. Voyons, en effet, la différence de la marche des rayons dans un système centré et dans un système qui ne l'est pas.

On sait, par suite de mesures relevées directement, que la cornée n'appartient pas à un système centré; cette membrane, que nous avons assimilée jusqu'ici à une sphère, appartient à une courbe plus complexe (un ellipsoïde à axes inégaux). Or, si le système dioptrique de l'œil n'était formé, délimité, que par la cornée seule, ce ne serait pas un cône régulier de rayons convergents qu'il formerait dans l'intérieur de l'œil, mais une surface plus complexe, que nous ne chercherons pas à définir ici, mais dont nous allons indiquer la caractéristique expérimentale.

Si nous avions affaire à un cône circulaire, comme nous l'avons considéré jusqu'ici, ce cône, étant coupé par un écran ou par la rétine, nous donnerait : au foyer même, un point; en deçà cl au delà, une cercle d'autant plus grand que nous nous éloignerions davantage du foyer ou sommet du cône. Avec une cornée ellipsoïdale, il en est autrement :

i° Au lieu du poinl focal du cas précédent, nous rencontrons un petit cercle; puis, en deçà et au delà une ellipse, ayant le grand axe dirigé en sens contraire des deux côtés du pelil cercle focal;

DIOPTIUQUE PATHOLOGIQUE.

2° A mesure qu'on s'éloigne du cercle focal, le grand axe s'allonge, le petit se raccourcit, le premier finissant par devenir une ligne droite et l'autre un point. Ce point correspond à l'état exact de la réfraction dans le méridien parallèle à celui des axes de l'ellipse qui s'évanouit.

La figure xl représente cet état de choses : au moment où l'ellipse à grand axe verticales devient la ligne droite vv\ l'axe horizontal de ladite ellipse devient le point A',

lequel est le point exact de concours des rayons dans le méridien horizontal HIT. La dislance OK est donc la longueur focale exacte dans ce méridien.

Les choses se passent en sens contraire, en deçà du cercle focal c; au moment où Taxe horizontal de l'ellipse ci devient la droite hh' , l'axe vertical de l'ellipse devient le point w, foyer des rayons parallèles dans le méridien vertical.

Nous arrêterons un moment l'attention de nos lecteurs, pour leur rappeler que celle surface a été calculée par noire illustre Sturm, qui avait cru trouver en elle l'explication de l'ajustement de l'œil aux distances, sans l'intervention de la faculté d'accommodation. Ce grand mathématicien supposait que, pour toute la distance qui sépare les deux droites hh' et vv', et qu'il appelait intervalle focal, les images étaient suffisamment nettes; partant, nul besoin d'accommodation. Nous n'insisterons pas davantage sur ce point, aujourd'hui surabondamment jugé.

Celte figure et cette démonstration établissent ce qui se passe dans un œil dépourvu de cristallin, auquel, après en avoir corrigé l'hypermétropie (voyez Aphakie (110)), on fait viser un point rond lumineux.

Au foyer exact, le point rond est vu avec sa figure ronde : la réline est au point c de la figure xl.

Ëloigne-t-on, ou au contraire rapproche-t-on la lentille qui corrige exactement l'aphakie, augmentant ainsi ou diminuant la réfraction, le cercle se change en une ellipse, puis bientôt en une petite droite verticale ou horizontale, suivant le sens du mouvement.

C'est au moyen de celte jolie expérience que M. Uonders a démontré (22) que l'œil privé de cristallin ne jouissait plus de la faculté d'accommodation.

Les phénomènes constatés dans l'œil astigmalique rentrent tous, ainsi que nous le verrons plus loin, dans le cadre de ceux dont les bases géométriques sonl comprises dans l'analyse précédente. Ainsi, on reconnaîtra dans les deux. lignes droites hh' et w' de la figure xl les traces, sur la réline, des lignes horizontales et verticales dans les méridiens de même nom, dans lesquels elles s'étendent sans déborder, et leur influence contraire dans le méridien opposé. On y remarquera également la dislance différente à laquelle se forme, dans ces deux méridiens, le foyer des rayons parallèles : tous caractères géométriques du défaut de symétrie des méridiens.

L'œil astigmatique est donc bien un œil asymétrique.

S IV. Siège de l'astigmatisme.

152. — L'asymétrie de l'œil, ou astigmatisme, appartient-il à un seul des systèmes dioptriques de l'œil ou bien à tous les deux.?

ASTIGMATISME.

Nous savons déjà, par les mesures anciennes et récentes des courbures de la cornée, dans ses différents méridiens, que cette membrane appartient à une surface manifestement asymétrique (ellipsoïde à axes inégaux) ; son influence sur la production de l'astigmatisme est donc incontestable et incontestée. Maintenant, on doit se demander si le cristallin n'a pas aussi une part dans la production des phénomènes.

Or, on a reconnu que le cristallin a également, sur l'effet dioptrique final des deux systèmes lenticulaires combinés (cornée et lentille), une action propre, asymétrique clans bien des cas, action qui ajoute aux effets de l'asymétrie cornéale, ou qui les diminue.

On s'en est assuré en mesurant subjectivement l'astigmatisme, ou la résultante finale de la réfraction, et en comparant le résultat à la mesure de l'asymétrie cornéale, relevée objectivement. Or, on a trouvé qu'il y avait souvent une part à faire à une action asymétrique du cristallin lui-même, action tantôt positive (ou par addition), tantôt négative (ou par soustraction). Il y a contestation (statistique) sur la part numérique à faire au rôle correcteur ou aggravant du cristallin. Quoi qu'il en soit, la forte influence sur l'astigmatisme appartient sans conteste à la cornée.

Dans le plus grand nombre des cas, la réfraction, dans le méridien horizontal, s'est montrée moins forte que dans le méridien vertical, pour l'œil entier.

§ V. Astigmatisme normal et anormal.

135. — Quand l'asymétrie de l'œil entier dépasse une quantité de réfraction mesurée par elle donne lieu à des incommodités dans l'acte de la vision, dont elle diminue l'acuité,; on a alors affaire à un œil pathologique; c'est l'astigmatisme anormal.

154. Astigmatisme irrégulier. — Nous mentionnons seulement pour mémoire deux causes secondaires de production d'inégalité de réfraction entre les méridiens opposés de l'œil. L'une est l'obliquité du cristallin, côté éliologique qui n'a pas été étudié jusqu'à présent (Young cependant lui attribuait son propre astigmatisme); l'autre cause, à laquelle M. Donders a attribué dans l'origine, sur l'astigmatisme, une influence à laquelle il paraît moins tenir aujourd'hui, est l'inégalité de transparence des différents segments de l'œil, ou mieux : la différence de transparence amenée par l'âge entre les segments et les interstices hexagonaux qui les séparent.

Dans ces deux cas, obliquité du cristallin et inégalité de transparence des segments et des interstices, un même méridien semblait présenter cette particularité d'offrir des longueurs différentes d'un côté du centre et de l'autre. Cela est vrai pour l'obliquité de la lentille. Quant à l'autre circonstance, la différence de transparence entre les segments et les interstices hexagonaux du cristallin, nous avons, à propos du mécanisme de la « production des images multiples de la polyopie uni-oculaire» (95), exposé comment il ne nous paraissait point du tout que cet état du cristallin accusât l'existence de longueurs focales différentes dans un même méridien. Tous ces segments, qui donnent lieu, en effet, à des images séparées quand l'écran ou la réline ne sont pas au foyer, n'en donnent qu'un (toutes se fusionnant ensemble) au foyer lui-même.

ni. 10

ex

D10PTU1QUE PATHOLOGIQUE.

§ VI. Symptomatologie.

i. SYSIPTOMES SUBJECTIFS.

155. — Dans l'astigmatisme, l'acuité de la vision est plus ou moins altérée, et c'est là un symptôme important et qui doit donner l'éveil. Si les troubles ont existé depuis la jeunesse, à un degré égal, il faut soupçonner l'astigmatisme.

D'autre part, les troubles de la vision apparaissent tout d'abord lorsqu'il faut, dans un même plan vertical, distinguer des lignes de directions diverses. Ainsi en est-il de la lecture à distance des grandes capitales romaines, ce qui les rend très propres à celte élude.

En troisième lieu, eu égard aux efforts instinctifs de l'accommodation, qui va porter, en deux instants très voisins, sur Félément vertical et de là sur l'élément horizontal, le choix d'un verre approprié aux besoins de la vision se montre comme impossible. Dans la même minute, des verres très différents semblent également bons, ou plutôt également insuffisants.

Les objets ronds paraissent souvent ovales, dans un sens ou dans l'autre ; mais le fait le plus saillant, c'est l'inégale netteté des barres verticales et des barres horizontales. Le verre sphérique qui rend les unes nettes, rend au contraire les autres plus confuses. Ajoutons à ces signes que deux lignes de même longueur, mais de directions opposées, n'apparaissent pas également longues. Un carré semble être un rectangle ; les lettres capitales régulières sont déformées.

Les phénomènes de l'achromatisme sont très caractéristiques dans les hauls degrés d'astigmatisme. L'amétropie et l'asymétrie apportent, chacune leur influence propre pour la production du phénomène (56). L'optomèlredeM.Helmhollz est ici d'une application saisissante.

On sait qu'un trou d'épingle, percé dans un écran obscur et placé contre le jour, donne à l'œil normal qui le vise, l'apparence d'un cercle très net, entre les limites de l'accommodation, etd'un cercle plus ou moins diffus présentant le spectre cristallin, dès que l'on sort des dites limites, en se rendant myope ou hypermétrope par un verre approprié. Dans le cas d'astigmatisme, il eu est autrement; au lieu d'un cercle, on voit une ellipse, et, suivant qu'on se fait myope ou hypermétrope, le grand axe de l'ellipse change de sens et finit même par devenir une ligne droite. On est tout à fait dans le cas de la figure xl.

1 56. — Détermination des méridiens principaux. — On a, dans ce dernier procédé, un moyen de déterminer la direction des méridiens principaux de l'œil asymétrique. On appelle ainsi les deux méridiens, en général rectangulaires, entre lesquels existe la plus grande différence de réfraction. Nous supposerons, dans les développements

ASTIGMATISME.

qui vont suivre, que ces méridiens sont le vertical et l'horizontal. Mais il n'en est pas toujours ainsi, et dans les haut degrés d'asymétrie, il sera important de connaître la vraie position des méridiens principaux.

Les deux axes de l'ovale, dessinée par le trou d'épingle, donnent ici la direction des deux méridiens principaux.

157. — Propriété réfringente des verres plan-cylindriques . On sait quel est l'effet d'un verre cylindrique : ce verre, dans le plan perpendiculaire à son axe, représente un cercle et jouit de la propriété des lentilles sphériques, c'est-à-dire qu'il possède une action réfringente inversement proportionnelle à son rayon de courbure. Dans le plan parallèle à l'axe, la section a lieu, non plus suivant un cercle, mais suivant deux droites parallèles : dans ce plan il n'y a point d'effet réfringent.

Quand on place un semblable verre devant un œil, la réfraction est augmentée d'une quantité donnée dans le plan perpendiculaire à l'axe; elle n'est pas modifiée dans le plan parallèle.

Le verre plan-cylindrique est donc un instrument parfaitement conçu pour modifier la quantité de réfraction, en plus ou en moins, dans un méridien déterminé, en laissant intact le méridien perpendiculaire. Ce méridien laissé intact est le méridien parallèle aux arêtes ou à l'axe du cylindre.

1 38.— Leur emploi comme moyen de diagnostic de l'astigmatisme.— L'état d'as- : tigmatisme d'un œil peut être aisément démontré par l'apposition, devant lui, d'un verre plan cylindrique convexe.

Que l'on fasse tourner une semblable lentille devant l'œil à éprouver, autour de l'axe optique comme axe de rolalion ; si l'œil en expérience est normal, à mesure que le verre tourne, chaque méridien à son tour reçoit une quantité de réfraction (la même) en excès ; mais, comme ils sont tous égaux, aucune différence n'est observée dans la nelteté, entre une position du verre et une autre. L'œil, au contraire, est-il déjà et par lui-même plus ou moins asymétrique, l'addition de la quantité de réfraction, apportée par le plan perpendiculaire à l'axe du verre, au méridien doué par lui-même d'une réfraction en excès, rendra cette différence d'autant plus sensible. Inversement, quand le verre aura été tourné de 90°, la différence sera diminuée dans la même proportion.

En d'autres termes, dans la position la plus défavorable de la lentille, on obtient la somme, el dans la plus avantageuse, la différence des actions astigmaliques de la lentille et de l'œil. Au moyen d'une simple lentille plan-cylindrique de -^L-, par exemple, il est rare qu'on ne décèle pas un certain degré d'astigmatisme dans un œil qu'on pouvailsupposer normal. Il y a toujours deux positions particulières, dans l'une desquelles la netteté est plus troublée, l'image étant au contraire moins confuse dans la position perpendiculaire.

159.— Lentille de Stokes. — On a recommandé, pour l'analyse pratique de l'astigmatisme, une certaine lentille, ainsi construite :

Elle est composée de deux lentilles cylindriques, l'une plan-convexe de -}- -f-, l'autre

plan concave de ^5 ces deux lentilles, accolées par leur face plane, sont enchâssées

dansunemonturc cylindrique et peuvent tourner l'une sur l'autre. Quand leurs axes sont dirigés dans le même sens, elles forment un système à faces parallèles (comme un verre de montre) et n'ont aucune action réfringente. Si on dirige les axes perpendiculairement,

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