EFFETS EXERCÉS SUR LES ÉLÉMENTS ORGANIQUES DE L'OEIL PAR LA FÈVE
DE CALABAR.
Parmi les principaux effets observés après l'application de la solution de la fève de Calabar sur la conjonctive, on doit citer la contraction de la pupille, ainsi que la contraction de l'appareil accommodatif, et, après quelques minutes, de légères convulsions de la paupière inférieure.
lo Action sur la pupille. — La contraction de la pupille' commence après cinq à dix minutes, alteintson maximum entre 50et4.0, diminue lentement après trois heures et disparait complètement en deux à quatre jours, remplacée quelquefois par un peu de dilatation. L'effet général est plus rapide que celui de l'atropine. L'effet myolique dépasse celui de la plus forte lumière ou de la plus puissante accommodation (de Graefe); néanmoins l'influence de la lumière sur la pupille ne cesse pas pour cela, et un excès nouveau de lumière rétrécit encore la pupille. Ou peut s'en assurer par la méthode culoptique (8), en soumettant l'œil libre à l'action subite d'une vive lumière, et en observant, au moyen du trou d'épingle placé devant l'œil qui a
(1) Voyez, pour ses effets généraux, Waiuomont, Annules d'Oculistique, scpt.-oct. 1SC3.
SPASMES DE L'ACCOMMODATION
reçu le calabar, la variation qui s'accuse dans la grandeur du cercle
lumineux entoptique. (Voyez images entoptiques (94-).
La pupille est un peu déformée, et on constate des irisations chromatiques; le milieu des cercles lumineux (surf.ices blanches) est légèrement jaune. On reconnaîtra dans cette circonstance la preuve d'une discordance entre la tension accommodative et la distance de l'objet éclairé, et d'une discordance par excès d'action ciliaire : il y a myopie relative (28).
En même temps qu'une déformation, on observe des oscillations dans l'étendue de la pupille, au commencement de la contraction. Celle double circonstance et la diminution de l'éclairage rendent suffisamment compte de la diminution constatée dans Pacuïléde la vision, les oscillations devant porter sur l'accommodation comme sur l'iris (de Graefe).
L'éclairage est diminué, disons-nous; si l'un des yeux est libre, on peut comparer aisément les images au moyen de la diplopie prismatique. L'éclairage rappelle celui des éclipses de soleil.
Les cercles de diffusion sont singulièrement rétrécis, et la vision en tire avantage pour les objets situés au delà des limites de l'accommodation. La ligne d'accommodation de Czermak est notablement accrue.
2° Action exercée sur V accommodation. — L'action exercée sur l'accommodation se reconnaît au changement produit dans la position des points p et r. Le mouvement du point r embrasse les 2/3 de l'étendue de l'accommodation normale. Le point p suit la même marche, mais conserve un peu d'avantage sur le point r, lors du retour à l'état antérieur. Il y a donc, pendant le retrait de l'action spécifique, augmentation relative dans l'étendue du champ accommodalif.
On doit aussi signaler ici le grand effet produit sur l'accommodation par la plus légère manifestation de la volonté. On accommode pour la vision de près, et inversement on relâche son accommodalion (pendant la période de retrait de l'action) avec une merveilleuse facilité.
5° Macropie relative. — Nous avons exposé (152) comment, l'œil étant sous l'influence des mydrialiques, les objets paraissaient plus petits; par un mécanisme inverse, sous l'influence de la fève de Calabar ou du spasme accommodalif, les objets devront paraître plus grands (macropie).
Pour une convergence donnée, la force accommorlalrice développée par la volonté est moindre que d'habitude, puisque le calabar en accomplit une partie. Le sujet a donc conscience d'un éloignemenl plus grand de l'objet. Constance de l'angle visuel d'une part et sentiment d'une distance plus grande de l'objet, d'autre part : voilà tous les éléments d'une augmentation de la grandeur apparente.
La calabar a été éprouvé (de Graefe) en l'absence de l'iris ; or, les effets sur la réfraction statique et dynamique sont demeurés les mêmes. C'est un fait que nous avons noté dans la théorie de l'accommodation.
Oisons enfin, qu'avec de très-faibles doses on peut ne pas agir sur l'accommodation et n'influencer que la pupille.
î. MODE D'ACTION DR LA FÈVE DE CALABAR.
162.— L'humour aqueuse, extraite d'un œil dclapinsoumisà l'action
DIOPTIUQUE PATHOLOGIQUE.
un peu en excès de la fève de Calabar, a pu, comme pour l'atropine (quoique beaucoup plus difficilement que dans le cas de celte dernière), devenir un collyre myotique pour l'œil d'un autre animal (de Graefe). Il est donc démontré que le calabar pénètre par absorption directe dans l'œil, comme le fait l'atropine, quoique beaucoup moins rapidement.
3. DE L'ACTION SPÉCIALE DU CALABAR SUR TELLES OU TELLES FIBRES NERVEUSES.
Il résulte des expériences de M. Donders et de ses habiles collaborateurs :
1° Que, sous l'influence de la fève de Calabar, le sphincter de l'iris et le muscle ciliaire entrent en contraction.
Or, ces deux actions sont sous la dépendance plus particulière de l'oculo-moleur et même quelque peu du trijumeau. Néanmoins, lors de leur paralysie complète, la fève de Calabar ne demeure pas sans une certaine action sur ces mêmes appareils ; elle est même plus puissante encore après la section du trijumeau.
2° Le calabar paralyse un peu le sympathique; néanmoins, après la division du cordon ganglionnaire, le calabar exerce une action plus accentuée.
3° Le calabar ne paralyse pas absolument le sympathique ; car, après l'usage prolongé de celle substauce, on peut encore, en irritant le sympathique, procurer une augmentation de la dilatation pupillaire.
Il suit de ces expériences, contradictoires en quelques points, qu'aucun nerf, parmi les trois origines du ganglion ophlhalmique, ne peut être considéré comme agent exclusif de la contraction myotique. Nous sommes donc conduit à admettre qu'il y a, dans cette circonstance, une action exercée directement sur les éléments intràocidaires, c'est-à-dire sur les cellules ganglionnaires dont la présence y a été constatée.
Nous avons dit, tout à l'heure, que le calabar agissait en quelque mesure par dépression sur le sympathique. On le reconnaît aisément à ce fait que l'iris est beaucoup plus impressionné que l'agent de l'accommodation. Ainsi, la pupille a déjà atteint un degré de resserrement égal ou supérieur à celui procuré par la plus vive lumière et la plus forte accommodation volontaire, quand le point r n'est encore descendu que du tiers ou de la moitié de son parcours. Or, en cet état, le sphincter irien est encore susceptible de resserrement, sous l'influence d'une vive clarté ou de l'accommodation.
D'autre part, l'accommodation revient à son laux normal, bien avant que la pupille reprenne ses dimensions habituelles. Tous ces faits sont peu compréhensibles, si l'on n'y reconnaît un état
SPASMES DE L'ACCOMMODATION