FISTULE LACRYMALE VRAIE
petite portion de sa paroi et du tissu environnant. Les extrémités du fil furent ensuite amenées dans l'angle externe et fixées à la tempe au moyen d'un emplâtre agglutinatir.
La présence du fil n'occasionna que très-peu de gêne; la conjonctive qui double la paupière supérieure se gonfla et s'injecta un peu, et les larmes continuèrent à s'échapper par l'ouverture cutanée, mais en petite quantité. Dix jours après, le fil rut remplacé par un plus gros qui occasionna plus d'irritation, et la conjonctive environnante se recouvrit de granulations. On fil alors une tentative pour fermer l'ouverture cutanée ; on saisit avec des pinces la petite portion de peau que traversait l'ouverture fisluleuse, et on la retrancha d'un coup de ciseaux. On aperçut alors les fibres de l'orbiculaire recouvrant la surrace externe du kyste, qui était extrêmement mince. Les bords de la plaie furent rapprochés au moyen de deux serre-fines, qui furent elles-mêmes remplacées le soir par des bandelettes agglulinatives.
Lorsque la malade fut revue, quatre jours après, la plaie était cicatrisée et la fistule cutanée de la paupière parfaitement fermée. Il ne s'était fait aucune accumulation de larmes dans le kyste; mais une semaine après l'opération, il contenait du mucus qu'on en expulsait aisément par la pression qui le faisait s'échapper sur les côtés du fil, lequel se trouvait encore dans l'ouverture pratiquée à la surface interne de la paupière. On retira alors le fil etj'on coupa le mince pont de tissu compris dans l'anse. L'ouverture ainsi pratiquée à la conjonctive resta perméable, et il ne s'effectua plus dans le kyste ni accumulation de larmes, ni collection du mucus.
Obs. 23. — Fistule lacrymale vraie (1). — On extirpa, chez un homme âgéde vingt el un ans, un kyste siégeant à l'angle externe de l'œil gauche. Une inflammation violente de toute la région suivit l'opération, et la formation d'un abcès nécessita des incisions profondes. Ces tentatives thérapeutiques combattirent avantageusement l'inflammation ; mais elles laissèrent, près de l'angle externe, une petite plaie par laquelle s'écoulait sou vent un liquide transparent. Des essais d'oblitération au moyen de la galvano-caustique restèrent sans résultat; d'ailleurs, le malade n'éprouvait presque aucune incommodité de cette fistule. Lorsque ce jeune homme se présenta pour la première fois chez M. Alf. Graefe, celui-ci constata de la rougeur au voisinage de la commissure externe, où se voyaient quelques petites cicatrices, en partie adhérentes à l'os. Immédiatement au-devant de la commissure se trouvaitune petite ouverture, perméable seulement aux sondes les plus fines, qui n'y pénétraient qu'à la profondeur de 4 millimètres, et par laquelle les larmes s'écoulaient souvent. Quelque temps après la présentation du malade, la fistule se ferma spontanément. A partir de celle époque, ce jeune homme fut tourmenté par des pousséesinflammatoires qui se répétaient avec une grande régularité, de quinzaine en quinzaine. La paupière supérieure se gonflait alors à partir de l'angleexlerne, de manière à réduire presqu'à rien la fente palpébrale. La conjonctive entourait la cornée sous forme d'un bourrelet épais, et, le quatrième jour, une pustule s'étant élevée au-dessus de l'ancien emplacement de la fislule, celle-ci, en se rompant, donna passage à un pus cohérent. En même temps que ce pus s'écoulait, la région de l'angle externe était baignée par un liquide transparent, el le malade pouvait accélérer l'évacuation de ces produits, en exerçant sur la paupière une pression qui la refoulait vers le nez. Deux ou trois jours après, tous les symptômes inflammatoires avaient disparu, pour se reproduire périodiquement au bout d'un espace de temps qui variait entre dix et dix-huil jours. Ces attaques étaient si douloureuses qu'elles forçaient le malade à garder la chambre de 4 à 6 jours. Des tentatives faites dans l'espoir de rétablir, par la dilatation, le trajet fistuleux, échouèrent complètement. Ayant observé qu'à l'endroit où le kyste avait siégé primitivement, on pouvait constater une petite tumeur peu mobile qui se gonflait dès l'apparition de la période inflammatoire. M. Alf. Graefe extirpa ce reste de kyste qui renfermait un pus épais. En même temps, il fendilla commissure externe dans une étendue de 6 millimètres, el après avoir dégagé les cicatrices des os, il pratiqua une nouvelle commissure par la réunion des parties saines de la peau. L'opération n'exerça aucune influence sur la périodicité des attaques. C'est alors qu'on procéda à l'extirpation de la glande, qui fut détachée sans peine du périoste, moins facilement des parties sur lesquelles elle reposait et auxquelles elle était réunie par un tissu cellulaire dense, dont la division fut suivie
(I) Alfred Griepe. Arch. fûr Ophtli., 1 86 1 . B. VIII, Ablli. I, S. 270
MALADIES DU SOURCIL ET DES PAUPIÈRES
d'une hémorrhagie abondante. La réunion s'elîeclua par première intention, sans produire de difformité et sans déterminer chez ce malade d'autre embarras que l'impossibilité de pleurer de cet œil. Les attaques inflammatoires ne se renouvelèrent pas.
SECTION XI
LARMES SANGLANTES, HÉMORRHAGIES DE LA GLANDE LACRYMALE, (p. 139.)
Obs. 24. — Chez une jeune fille de treize ans, chez laquelle on remarquait depuis six mois environ ce singulier phénomène, l'écoulement venait des glandes lacrymales et se produisait habituellement l'après-midi, plus souvent à droite qu'à gauche, quelquefois des deux côtés à la fois, survenant brusquement et s'arrétant après avoir duré quelques secondes. Le sang qui s'écoulait se coagulait promptement et ne contenait que des globules rouges, qui s'altéraient rapidement. A part une anémie légère, cette jeune fille ne présentait d'ailleurs aucun symptôme morbide: elle n'était pas encore réglée (1).