‹ Traité pratique des maladies de l'oreilleChapitre 5 sur 106 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ANATOMIE

Mon intention n'est point de donner ici une longue et fastidieuse énumération de tout ce qui a été écrit sur l'anatomie et la physiologie de l'oreille humaine. On trouve dans Itard (1) une source abondante de détails anatomiques, et sa description occupe la plus grande partie de son ouvrage. D'un autre côté, on regrette, dans Kramer, un silence complet sur ce point important. Nous prendrons un terme moyen.

Ces premières lignes seront consacrées à rappeler, aussi brièvement que possible, les diverses parties qui composent cet appareil, leur structure, leurs connexions, leurs rapports, leurs fonctions.

Je signalerai également, à l'attention du lecteur toutes les déductions dont nous aurons à taire l'application dans le cours de cette étude.

(1) Traité des maladia de l'oreille et de l'audt.oi. Nouvelle édition, Paris, 1842, 2 vol. in-8.

Description de l'organe de l'ouïe dans l'homme.

L'organe auditif, composé d'un grand nombre de parties, a été divisé en oreille externe, oreille moyenne et oreille interne.

Cette division n'est point exempte de reproches, assurément, mais elle rend la description facile et nous la conserverons.

En procédant de dehors en dedans, à l'étude de l'organe de l'ouïe, on trouve successivement le pavillon, le conduit auditif, la membrane du tympan, la caisse du tympan; les osselets de l'ouïe, avec un petit muscle, les cellules mastoïdiennes, la trompe dEustache; le labyrinthe, composé du vestibule, du limaçon et des trois canaux demi-circulaires ; le nerf acoustique, divers rameaux du nerf facial, des artères et des veines.

| 1er. Oreille externe.

1° Le pavillon, nommé aussi auricule, est un appendice fibrocartilagineux, mince, transversalement aplati, demi-ovalaire.

FTG. 1.

Fig. i. — Cette figure représente l'oreille externe et ses replis a, b, c, d, c. — a héU — b la conque. — c tragus.— d lobule. — e antitragus.

plus large en haut qu'en bas, continu avec les parties voisines, en avant et en dedans, libre en haut, en bas et en arrière, terminé inférieurement par un petit prolongement rempli de

graisse, et nommé lobule, situé de chaque côté de la région latérale de la tête, au-dessous de la tempe, derrière la joue et devant la région mastoïdienne. Le pavillon ou auricule, considéré à sa face externe, est incliné en avant, concave dans la plus grande partie de son étendue.

On voit à cette surface, la conque, large concavité allongée transversalement, plus étroite en haut, triangulaire en avant et en dedans, où elle se continue avec le méat ou conduit auditif externe.

L'hélix, repli ou bourrelet demi-circulaire, plus marqué à sa partie moyenne, commence au centre de la conque, au-dessus et en arrière du conduit auditif, se porte le long du pavillon et se termine au-dessus du lobule.

La rainure de l'hélix, qui n'est autre qu'un sillon.

L'anthélix, saillie née derrière la conque, d'abord longitudinale, parallèle à l'hélix, puis obliquement dirigée d'arrière en avant, au-dessus de la conque ; divisée ensuite en deux saillies, dont l'une, inférieure, étroite, plus saillante, marche horizontalement en avant, tandis que l'autre, supérieure, large, obtuse, se dirige en haut; de manière à ce qu'elles forment, par leur écartement, une concavité triangulaire plus large en avant qu'en arrière, nommée fosse naviculaire. L'une et l'autre vont ensuite se terminer insensiblement dans la rainure de l'hélix.

Le tragus, éminence aplatie d'avant en arrière, irrégulièrement triangulaire, adhérente en dedans par sa base à la peau du visage, libre en dehors, située au-devant du trou auditif, au-dessus et en avant du lobule, au-dessous de la partie antérieure de l'hélix, dont elle est séparée par une échancrure.

L'antitragus, autre saillie placée derrière le trou auditif, de même forme que le tragus, dont elle n'est éloignée que par une échancrure profonde.

A la face interne du,pavillon, nous trouvons des saillies et des enfoncements.

Toutes ces inégalités se trouvent dans le fibro-cartilage du pavillon.

Ce tibro-cartilage est fixé, au pourtour du conduit auditif, par trois ligaments.

Une peau fine enveloppe le cartilage de la conque : le tissu cellulaire sous-jacent est feutré et contient peu ou point de graisse.

4 TRAITÉ DES MALADIES DE i/OREILLE.

Cette disposition nous explique pourquoi les froissements et les contusions de cette partie déterminent si facilement des ecchymoses profondes et dans une large étendue.

Sous la peau et à la face externe du cartilage, sont quatre petits muscles, dont l'existence est loin d'être constante chez l'homme ; ce sont, le petit hélicien, le grand hélicien, le tragien. l'antitragien et le transverse.

Ces muscles sont dits intrinsèques, par opposition aux trois, nommés intrinsèques : l'auriculaire antérieur, supérieur, postérieur.

2° Conduit auditif. — Le conduit auditif externe est un canal qui, chez l'homme, a environ 5 centimètres de longueur. Ce canal n'est pas droit dans toute son étendue ; aussi lorsqu'on desire l'examiner profondément, est-on obligé de tirer le lobule en arrière. L'entrée de ce canal, ou le méat, est protégée, en avant, par le tragus qui forme un obstacle à l'introduction des petits corps étrangers suspendus dans l'atmosphère, et qui pourraient venir titiller douloureusement et même blesser la membrane du tympan.

Ce conduit auditif est formé de deux parties : une partie membraneuse et une partie osseuse. La partie osseuse n'est autre chose qu'une véritable coque osseuse, dans laquelle on remarque une quantité considérable de trous nourriciers. La peau qu tapisse ce canal est une sorte de tissu à part, qui tient à la fois de la nature de la peau et des muqueuses. Si Ton suit les modifications de cette membrane, depuis l'entrée du conduit auditif jusqu'à sa partie profonde, on la voit présenter insensiblement un nombre moins considérable d'écaillés épidermiques, s'amincir et prendre l'apparence destissus muqueux. Les glandes de cette membrane sécrètent un liquide particulier, auquel on a donné le nom de cérumen.

Le cérumen est un liquide qui se rapproche de la bile ou du fiel de bœuf.

Il arrive fréquemment, chez les enfants et les vieillards, que le cérumen se concrétant, obture complètement le canal auditif et donne lieu à une véritable surdité, dont le chirurgien peut délivrer le malade en peu d'instants.

La sécrétion du cérumen peut être exagérée dans certaines inflammations des muqueuses ; de même, sous l'influence de cer-

taines conditions pathologiques, ce cérumen peut se trouver moins abondant qu'à l'état naturel.

Les glandes qui sécrètent le cérumen sont très-nombreuses. On en a compté jusqu'à deux mille.

Nous trouvons encore, à l'entrée du conduit auditif externe et bordant le méat, de petites glandes qui sécrètent des poils.

Abondants chez les vieillards, ces poils sont implantés sur le tragus et à l'entrée du conduit.

L'usage de ces poils est évidemment de se réunir à l'entrée du conduit auditif externe pour s'opposer à l'introduction des corps étrangers. Itard ne partage pas cette opinion, et toute discussion à ce sujet me paraîtrait oiseuse.

Nous ajouterons que l'accotement de ces poils, par le cérumen, est souvent le point de départ de ces calculs cérumineux qui bouchent les oreilles, quand ils ne produisent pas des effets plus nuisibles encore ; par exemple, une inflammation chronique des tissus ambiants, la perforation du tympan. (Ribes.)

| 2. — Oreille moyenne.

1° Tympan (Tympanum). — Le tympan est une membrane circulaire, véritable cloison transparente, qui forme le fond du conduit auditif externe et la paroi externe de l'oreille moyenne. Cette membrane a une forme presque circulaire, ou plutôt elliptique chez l'adulte, parce que sa forme varie selon l'âge du sujet : convexe en dedans, où elle correspond au manche du marteau ; concave en dehors, où elle termine le conduit auditif; la cloison tympanique est située obliquement de haut en bas, et de dedans en dehors. Cette obliquité s'éloigne d'autant plus de la verticale pour se rapprocher du plan horizontal, que le sujet est plus jeune.

Le tympan est enchâssé dans une rainure circulaire de l'os tympanal, comme le verre d'une montre dans son cercle métallique.

La membrane du tympan est composée d'une couche moyenne de fibres albuginées ou aponévrotiques, que Everard Home dit être musculaires chez l'éléphant. Cette couche, elle-même, est recouverte en dehors par le cul-de-sac formé par la couche cutanée ou épidermique du conduit auditif, et en dedans par le feuillet de la membrane muqueuse de la cavité du tympan.

6 TRAITÉ DES MALADIES DE i/OREILLE.

La dissection du tympan n'est pas chose facile, et c'est à peine si l'on peut, à l'état normal, isoler une ou deux de ces membranes. Nous verrons qu'à l'état pathologique cette démonstration est plus évidente.

Le tympan est sujet à de nombreuses maladies. On y pratique même quelques opérations, sur lesquelles nous aurons à revenir.

Après avoir décrit le tympan qui nous sert, en quelque sorte, d'entrée dans l'oreille moyenne, nous arrivons à cette partie importante de l'appareil auditif.

L'oreille moyenne , caisse du tympan (tambour) , est une étroite cavité située entre le conduit auditif externe et le labyrinthe. Cette cavité présente six faces ou côtés :

1° Le supérieur, qui ne présente aucun intérêt ;

2° L'inférieur offre la fissure de Glaser, traversée par une bride fibreuse, improprement appelée tendon du muscle antérieur du marteau, et un petit canal donnant passage à la corde du tympan;

3° L'externe, formé par le tympan que nous avons déjà décrit;

4° L'interne présente la fenêtre ovale ou vestibulaire, dont le grand diamètre est à peu près horizontal; elle reçoit la base de rétrier. Cette base de rétrier ne ferme pas complètement la fenêtre ovale : elle s'y insère par une sorte de capsule articulaire synoviale, sorte de bandelette circulaire qui est probablement sujette à toutes les maladies des grandes articulations, telles que hydropisies, arthrites, etc.

Au-dessus de cette fenêtre est l'aqueduc de Fallope ; au-dessous, le promontoire formé par la rampe externe de la cochlée et une partie du vestibule. Au-dessous du promontoire, est la fenêtre ronde fermée par une membrane (tympan secondaire).

En arrière, le promontoire finit en pente, et près de là on aperçoit la pyramide, petite éminence qui tire son nom de sa forme même.

5° Le côté antérieur, qui présente l'orifice intra-tympanique de la trompe d'Eustache.

La trompe d'Eustache est un canal long d'environ 2 pouces (5 centimètres), ouvert par sa petite extrémité (embouchure intra-tympanique) dans la cavité du tympan, vers sa partie supé-

Page 1