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CHAPITRE XI

On appelle cornets accoustiques des instruments creux et sonores de forme et de dimension variées; les différents métaux, le bois, la corne, l'ivoire, des coquillages servent à les construire. Leur usage, comme le nom l'indique, est d'augmenter l'intensité du son, de manière à rendre sensibles les oreilles paresseuses et même plus ou moins complètement sourdes.

L'invention des cornets acoustiques n'est pas récente ; il paraîtrait même que, de tout temps, les médecins auraient employé des instruments métalliques et sonores, dans l'intention de chercher à rendre l'ouïe aux sourds, ou de leur apprendre à communiquer avec leurs semblables.

L'histoire nous enseigne encore que, longtemps avant l'ère chrétienne, les médecins asclépiades employaient des tubes sonores, la trompette, par exemple, pour rappeler à leurs fonctions les oreilles frappées de surdité.

Mais, comme ces différents moyens étaient tout à fait empiri-

I Journal de méd., de chir. et pharm. de Bruxelles, 1855.

ques et suivis d'insuccès, on les vit tomber bientôt dans un juste oubli. Ainsi donc, dès la plus haute antiquité, les médecins employaient les instruments métalliques et sonores, pour rendre les sourds sensibles aux différents sons.

Ces considérations préliminaires empruntées à l'histoire des temps les plus reculés, ne nous permettent guère de comprendre comment le docteur Blanchet a pu se présenter devant l'Académie impériale de médecine, en 1853, avec ses tuyaux d'orgue, ses caisses sonores décorées du nom d'acoumètres, et à se dire l'inventeur d'une nouvelle méthode de traitement pour guérir la surdité. Certes, M. le professeur Bérard a bien eu raison d'en faire justice (1). Mais qu'aurait-il dit, en apprenant que du temps des asclépiades, ces merveilleux moyens avaient été déjà mis en usage, et au milieu de toutes sortes de jongleries sans obtenir de plus heureux eftets? Ainsi, les porte-voix, les trompes sonores,, et les cornets acoustiques qui n'en sont qu'une modification, étaient certainement connus des anciens, et Kircher nous assure (2) avoir trouvé dans la bibliothèque du Vatican un livre intitulé Sécréta Aristotelis ad Alexandrum magnum, dans lequel est décrite une corne circulaire de cinq coudées de diamètre, au moyen de laquelle le roi conquérant pouvait se faire entendre de son armée à la distance de cent stades. Est-il besoin de rappeler encore ces auditoires taillés en limaçon, dans le creux d'un rocher, par les ordres de Denis le Tyran, et au moyen desquels le moindre mouvement, le plus faible gémissement de la victime arrivaient, dit-on, du fond des cachots jusqu'à la chambre à coucher de ce prince ombrageux (3) ?

Nos cornets acoustiques sont loin d'atteindre de pareils résultats, et leur insuffisance a été sentie par tous ceux qui s'en sont occupés; aussi a-t-on cherché à en composer de moins imparfaits.

Comiers (4) parle d'un instrument, inventé par le père Hautefeuille, et au moyen duquel le bruit que faisaient deux personnes marchant dans la rue, était, dit-il, semblable à celui qu'aurait

(l) Discussion sur la surdi-mutité qui a eu lieu à l'Académie imp. de médecine {Bulletin de l'Académie de médecine, Paris, 1853, t. XVI II, p. 922). 2) Phonurgia nova. Kempten, 1673.

(3) Lecat, Traité des sensations, Paris, 17G7, théorie de l'ouïe, avec flg.

(4) Traité de la parole. Liège, 1692.

pu produire la marche d'une armée entière. Le froissement des souliers sur le pavé ressemblait à celui d'une meule qui aurait roulé sur des cailloux ; la voix humaine paraissait sortir d'une trompette parlante, mais avec une telle confusion qu'on ne pouvait distinguer aucun son.

Nock il) donne la description d'un cornet, contourné en cor de chasse, lequel augmentait beaucoup la force du son, mais qui avait aussi le désavantage de le rendre plus confus à l'oreille. L'instrument de Duquet, gravé dans le recueil de l'Académie des sciences (2), augmente aussi le retentissement du son, mais avec l'inconvénient attaché à cet avantage; je veux parler de cette confusion du son, due à l'augmentation de son intensité.

Itard, lui-même, dans ses nombreux essais, s'est efforcé de résoudre cette difficulté, sans pouvoir y réussir. Et depuis cette époque le problème n'a pas cessé d'être à l'étude : de généreux efforts ont cependant été tentés dans ce sens; et à la dernière exposition universelle de 1855, toute une vitrine de la salle du transept (galerie du premier étage), était exclusivement destinée aux cornets acoustiques.

Cette vitrine était de modeste apparence, et néanmoins d'un aspect singulier pour les personnes étrangères à notre profession. — On y voyait , groupés, des guéridons chargés de fleurs, des bouquets du meilleur goût, des corbeilles d'une, extrême élégance et comme suspendues à des tubes creux et flexibles, des coiffures pour bal, du plus ravissant effet. On y voyait aussi un fauteuil en cuivre doré, et dont les bras sonores étaient terminés par deux gueules de lion béantes, d'un riche travail.

A cùté de ces curiosités, et au milieu de ce beau désordre, avaient été entassés çà et là, au hasard, des porte-voix de toutes formes, des cornes métalliques de grande dimension : chacun de ces objets avait une suscription, et nous avons pu lire : Acoustic uments. — Ear cap or reflcctor; trumpett ear; — miss Martine? ê trumpets, etc.

La vitrine est celle d'un exposant anglais, et comme ces différents instruments intéressent les sourds et 1» s médecins qui se

0 Opération* et eipér. cbirurg. Leyde, 169*. ,?) Année I70C.

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