‹ Traité pratique des maladies de l'oreilleChapitre 94 sur 106 · JO · texte numérisé non relu

JO

!>KS CORNETS ACOUTSTIQUES.

vouent au traitement de cette infirmité, j'ai dû procéder à un examen complet.

Grâce à l'obligeance de sir Pearman, en l'absence de l'auteur, nous avons pu les essayer et même en faire l'application sur des sourds que j'avais menés avec moi pour cette expérience, d'ailleurs fort innocente.

Les instruments dont je parle étaient rangés sous les noms suivants :

1° Ear cap or reflector. — Petit entonnoir acoustique pour rester à demeure dans l'oreille.

2° Tube acoustique en cuivre, s'enroulant dans son développement, autour du pavillon de l'oreille, qui sert à le maintenir en place.

3° Oreilles acoustiques en soie, solidifiées avec le caoutchouc, pouvant se cacher facilement sous les bandeaux de cheveux, de même que les deux précédents instruments.

4° Mentonnière acoustique de même nature.

5° Plastron ou cuirasse acoustique, de même nature.

6° Conque acoustique, en cuivre (1).

7° Cornet acoustique, en airain, d'une seule pièce.

8° Cornet acoustique, en airain, s'allongeant et se raccourcissant à la manière d'une longue-vue.

9° Tube acoustique flexible, formé d'une longue spirale de fil de fer, recouverte d'un tissu de soie et armée d'un entonnoir, en coco ou en corne.

10° Tube acoustique, permettant à troispersonnesdecauseravecunsourd.

il0 Bouquet acoustique, permettant à deux sourds de s'entretenir ensemble.

(I) C'est ce cornet qui est représenté dans la fig. 24.

Fig. 24. — Conque acoustique.

12° Corbeille acoustique de fleurs.

l.> Canne acoustique.

\A° Parure acoustique de bal.

15° Miss Martinos trumpet pour salon (grand cornet). l(i° Guéridon acoustique.

17° Fauteuil acoustique.

18° Pupitre acoustique, pour un prédicateur ou un professeur qui veut, sans élever trop la voix, se bien faire entendre de ses auditeurs, et même des sourds qui pourraient se trouver dans son auditoire.

Les huit premiers instruments, appliqués sur différents sourds, ne nous ont donné que des résultats négatifs, c'est-à-dire qu'avec l'assistance de ces cornets, leur infirmité ne s'est nullement trouvée améliorée. \

La coiffure acoustique, pour bai, doit être rangée dans la même catégorie.

Quant aux autres cornets, ce sont des tubes métalliques, en cuivre, creux, longs de deux, trois et quatre mètres, et terminés par un pavillon métallique et de formidable dimension. Il est vrai que la forme qu'on lui a donnée ne laisse pas que d'être agréable à l'œil : ainsi c'est un guéridon, une corbeille de fleurs, un pupitre, un fauteuil, etc. Ces instruments augmentent beaucoup, il est vrai, l'intensité du bruit, mais avec l'inconvénient que je signalais tout à l'heure, c'est-à-dire avec la confusion de différents sons, à un point tel, qu'on entend un véritable bourdonnement, sans qu'il soit possible, le plus souvent, de rien distinguer.

Je me suis soumis, moi-même, à l'expérience, avec plusieurs de mes élèves, et particulièrement M. Gouraud, mon chef de clinique, et après quelques instants seulement, l'oreille était irritée au plus haut point par le -bruit formidable et confus tout à la fois de ces cornets, même quand on parlait à voix basse ; et je suis demeuré convaincu que leur usage, fréquemment continué, suffirait à complètement assourdir les oreilles les mieux constituées et les plus saines. A plus forte raison des organes délicats, ou déjà souillants, comme ceux des personnes affectées de surdité commençante, ne sauraient les supporter longtemps, sans un accroissement proportionnel de l'infirmité, que l'on désirait simplement améliorer.

Ajoutons à cela, que chez les personnes dont l'ouïe est naturellement faible, chez celles encore qui sont atteintes de surdité naissante, il y a toujours une irritation plus ou moins vive, souvent aussi une véritable phlegmasie des membranes qui composent cet appareil délicat. Et l'on concevra sans peine que ce n'est point en excitant par de grands bruits un organe déjà trop irrité, que l'on parviendra jamais à lui restituer ses fonctions délicates.

Concluons donc : que si les cornets acoustiques doivent être pour l'ouïe ce que les lunettes sont pour les yeux, il s'en faut de beaucoup que la physique ait porté dans la construction de ces premiers instruments le degré de perfection auquel elle est parvenue pour la confection des appareils d'optique ; ce qu'on peut expliquer, jusqu'à un certain point, par l'obscurité encore répandue sur cette partie de la physique, qui comprend l'acoustique , et sur cette partie de la physiologie qui traite de l'audition. Nous n'avons, pour aider aux fonctions de l'oreille, qu'une espèce de porte-voix (quelle que soit sa forme) et ce n'est, à vrai dire, qu'un instrument grossier et fort imparfait, et qui le paraît encore bien davantage, quand on compare ses chétifs résultats aux merveilleux effets que nos yeux retirent des lorgnettes et des microscopes.

La surdité ne serait qu'une indisposition analogue à la myopie, si nous avions les moyens de rendre les sons faibles et confus, aussi distincts que le sont pour nos yeux, aidés d'instruments convenables, les objets les plus déliés ou les plus éloignés. Malheureusement, il n'en est point ainsi, comme je l'ai démontré précédemment.

En terminant, et pour être juste envers nos compatriotes, je dois dire que M. Lùer, fabricant d'instruments de chirurgie, à Paris, est celui dont les cornets acoustiques nous ont paru les plus dignes d'attention.

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