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Ita ut lurbœ mirarenlur, viiienles mutos loquenles

Saint Luc, parlant de Zacharie (4) :

Egressus aulem non poterat loqui ad illos... et ipse erat innuens illis et permansit mutus.

Et plus loin (5) :

(1) Wilde, loco cil., p. 6.

(2) Norum Testamentum. Saint Matthieu, ch. ix, v. 32-33. Z(t) M., saint MatthiM, \u. Kl, w, 30, 11.

g (4) Id., saint Luc. i, 22.

(5) Id,, saint Luc, 62.

Apertum est autem illico os ejus et lingua ejus, et loquebatur benedicens Deum.

Saint Marc (1) :

31. Et iterum exiens de finibus Tyri, venit per Sidonem, ad mare Galilaeae inter medios fines Decapoleos.

32. Et adducunt ei surdum et mutum, et deprecabantur eum, ut imponat illi manum.

33. Et apprehendens eum de turba seorsum, misit digitos suos in auriculas ejus, et exspuens, tetigit linguam ejus.

34. Et suspiciens in crelum, ingemuit, et ait illi : Ephphetha; quod est, Adaperire.

36. Et statim aperlœ sunt aures ejus et solutum est vinculum linguae ejus et loquebatur recte.

Il n'est plus question ensuite de sourds-muets que dans les écrits de saint Augustin; et ce père de l'Église n'en parle accidentellement que pour leur interdire la foi : « Quod vitium ipsum fîdem impedit : nam surdus natu Litteras quibus Lectis fidem concipiat, discere non potest (2). »

La possibilité d'instruire les sourds-muets fut mise hors de doute, au commencement du septième siècle, par saint Jean de Beverley, archevêque d'York, lequel, d'après le récit du vénérable Bède (3), enseigna la parole à l'un de ces malheureux qu'il avait recueilli par charité. Mais c'est vers le quinzième siècle seulement qu'un fait signalé par Rodolphe. Agricola, démontra la possibilité d'instruire les sourds-muets de naissance : « J'ai vu, dit-il, un individu sourd dès le berceau, et par conséquent qui avait appris à comprendre tout ce qui était écrit par d'autres personnes, et qui lui-même exprimait par écrit toutes ses pensées, comme s'il avait eu l'usage de la parole (4).

Un peu plus tard, en 4501, Jérôme Cardan, dans ses Méditations philosophiques, traçait déjà les vrais principes de l'art qui consiste à instruire les sourds-muets (5) ; ce passage est vraiment remarquable pour le temps :

(1) Novum Testamentum, saint Marc, vu, 31-35.

(2) L'abbé de l'Épée, Lettre 2, 1772. J

(3) Histoire ecclésiastique.

(4) De inventione dialectica, lib. III, cap. ult.

(5) De subtilitate, lib. XIV.

« Le sourd-muet doit apprendre à lire et à écrire. On peut exprimer un grand nombre d'idées par des signes. L'écriture s'associe à la parole et par la parole à la pensée ; mais elle peut aussi retracer directement la pensée sans l'intermédiaire de la parole, témoin les écritures hiéroglyphiques dont le caractère est entièrement idéographique. »

Comme on le voit, les bases de l'enseignement complet du sourd-muet se trouvent posées dans le passage qu'on vient de lire.

Mais ce ne fut guère que vers la fin du seizième siècle, en 1584, qu'un moine espagnol de Tordre des Bénédictins, Pedro Ponce, eut le premier le courage et la patience de tenter l'éducation des sourds-muets (1) : ce religieux, complètement étranger à la médecine, s'étant chargé de l'éducation de deux jeunes seigneurs sourds-muets, parvint à leur enseigner la parole artificielle et prouva que la lésion organique chez ses élèves était bornée à l'appareil de l'audition.

Ce résultat heureux, constaté positivement par Vallès, médecin de Philippe II, et annoncé au monde savant, trouva beaucoup d'incrédules (2). Quelques années plus tard, Jean-Paul Bonet publie l'art d'enseigner aux sourds-muets à parler et passe pour l'inventeur de la Dactylologie ou alphabet manuel. — On dit aussi que le frère du connétable de Castille fut redevable de la parole à ses soins; à la même époque Pierre de Castro, premier médecin du duc de Mantoue, instruisait le fils du prince Thomas de Savoie ; John Wallis, professeur de mathématiques à l'université d'Oxford, publiait son traité De la parole et de la formation des sons; il procédait, comme ses devanciers, à l'enseignement de ses élèves par la prononciation. Mais bientôt on le vit abandonner ce moyen, dont l'utilité lui parut secondaire, pour les instruire exclusivement à l'aide de leur propre langue, la langue des gestes naturels.

Ce fut à cette époque que l'on vit paraître un instituteur alle-

(1) L'Espagne prit réellement l'initiative de cet enseignement; vinrent ensuite l'Angleterre, L'Allemagne, la Hollande, l'Italie, la Russie, enfin la France, aux seizième, dix-septième et dix huitième siècles.

(2) La méthode de Pedro Ponce consistait a soumettre la voix brute de ses élèves à des exercices méthodiques, et à leur faire sentir comment on foi nie les sons articulés.

mand nommé Heinicke. Après avoir été tour à tour cultivateur, militaire, maître d'école, chantre, il s'occupa avec succès de l'art d'instruire les sourds-muets.

D'après M. Ed. Morel (1) : « Ce que l'abbé de l'Epée a été pour la France, Samuel Heinicke le fut pour l'Allemagne ; tous deux sont inventeurs d'une méthode spéciale pour l'enseignement des sourds-muets : de l'Epée, inventeur de la méthode basée sur la mimique et le langage des gestes; Heinicke, inventeur de la méthode basée sur la langue écrite et parlée. »

Après avoir instruit plusieurs sourds-muets par sa méthode, et avec un plein succès, Heinicke devint directeur de l'établissement de Leipsick. De là, l'enseignement se propagea dans les Etats d'Allemagne; Heinicke formait des élèves qui allaient répandre sa méthode dans les différentes principautés.

Pendant que Heinicke poursuivait ses succès en Allemagne, un juif portugais, venu à Paris en 1745, occupait aussi le monde savant d'une méthode nouvelle et destinée à faire parler les muets : cet homme était Jacob-Rodrigue Péreire. Les succès qu'il obtint dans l'éducation orale du jeune d'Etavigny, de Saboureux de Fontenay, sont incontestables et consignés dans les registres de l'Académie des sciences, pour l'année 4749-1751. On lit, en effet, au procès-verbal du 27 janvier 4751 :

« M. de Fontenay, sourd et muet de naissance, âgé de treize à quatorze ans, a commencé à recevoir les soins de M. Péreire, le 26 octobre 1750 ; il prononce déjà toutes les lettres, toutes les diphthongues et syllabes distinctement et clairement, sans excepter les plus compliquées, telles que : blanc, franc, blond, grand; il a récité le Pater à l'Académie, etc. (2).

« Outre ces connaissances, il a encore celle de l'alphabet manuel de son maître, par le moyen duquel il comprend tout ce qu'on veut lui faire prononcer. Cet alphabet est contenu dans les doigts d'une seule main, laquelle suffit encore pour exprimer, en chiffres, toutes sortes de sommes, et pour enseigner l'arithmétique à ses élèves ; il se sert aussi d'une machine de son

(1) Annales de l'éducation des sourds -muets.

(2) Notice sur la vie et les travaux de J. R. Péreire, par E. Séguin, p. 71 et suiv.

invention pour faciliter aux enfants la science des nombres. » Dans une note de ce même rapport, on lit encore :

« Cet art du sieur Péreire ne contient rien de la médecine et de la chirurgie; il consiste dans une méthode très-pénible pour lui, mais qui n'est pourses élèves qu'une espèce d'amusement. » D'après ces documents, il ne peut rester douteux que Péreire ne possédât réellement une méthode pour enseigner la parole aux muets ; il est moins douteux encore que ses élèves, d'Étavigny et Saboureux, en ont éprouvé les bienfaits; ces deux points sont incontestables.

Quant au reproche suivant, articulé par de Gérando (4) : « Que ces deux élèves avaient déjà reçu un commencement d'instruction avant d'être confiés à Péreire, ce reproche n'est fondé qu'en partie ; car il est bien établi, que ces élèves ne savaient réellement que quelques signes, ne connaissaient que quelques mots » lorsqu'il entreprit leur éducation (2). Mais le plus grand reproche qui ait été adressé à Péreire est de n'avoir point publié sa méthode et de n'avoir instruit ses élèves qu'à prix d'argent. Il est vrai que Péreire mourut sans avoir fait connaître les procédés d'instruction qui lui avaient réussi; il est encore vrai que Péreire recevait, pour prix de ses soins, des honoraires fixés à l'avance; mais Péreire n'était point fortuné, et son travail devait lui venir en aide.

Tel est le résumé impartial de l'histoire de J. R. Péreire, l'un des premiers instituteurs de sourds-muets en France (3).

Sur ces entrefaites un saint prêtre, animé de la charité la plus vive, résolut de vaincre toutes les difficultés au prix de tous les sacrifices.

Profondément touché du sort des sourds-muets, l'abbé de l'Epée n'hésita pas à consacrer sa fortune entière | i) et celle de son frère à la nourriture et à l'entretien de ceux qu'il regardait

(1) De Gérando, De l'éducation des sourds-muets de naissance, t. I, p. 400. Paris, 1820.

(2) Loc. cit., p. G6.

(3) boni Cazcaux et do m Bailleul, bénédictins, pénétrés des principes de Bonet, avaient déjà lait d'Inutiles efforts. — I.eR. P. Vanin, delà Doctrine chrétienne, se servait d'estampes et avec succès : aujourd'hui les frères des écoles chrétiennes s'occupent de l'éducation des sourds-muets avec le zèle que nous leur connaissons.

(4) Elle s'élevait à 14,000 livres de rentes.

comme ses enfants d'adoption. Pénétré de cette vérité que « les mots de nos langues ne sont unis aux idées qu'ils représentent que par un lien arbitraire et conventionnel , » l'abbé de l'Epée conçut la possibilité d'une langue représentée par des signes mimiques: or, « comme le signe mimique est dans la nature du sourdmuet ce que le signe sonore est dans la nôtre, la langue des signes mimiques devient la vraie voie qui conduira le sourd-muet à l'instruction, comme la parole y conduit ceux qui entendent et parlent. »

L'abbé Sicard, successeur et élève de l'abbé de l'Epée, a popularisé en France l'enseignement que son maître avait fondé au prix de tant de labeurs. Maintenant la méthode est fondée, il n'y a plus qu'à la continuer et à la perfectionner.

C'est ce que fit Itard, pendant quarante années, à l'institution des sourds-muets de Paris , et telle fut la pensée qui le porta, dans son testament, à fonder une classe complémentaire d'articulation pour les élèves de dernière année. Nous reviendrons, plus loin, sur cette question. Ces développements historiques et pédagogiques, bien longs sans doute, étaient indispensables avant d'aller plus loin ; maintenant nous pouvons entrer en matière et nous occuper du côté médical et non moins intéressant de cette importante question.

% 2. — Nombre des sourds-muets dans les différentes contrées. — Influence de la configuration du sol sur leur répartition.

a Le globe que nous habitons compte, d'après M. Daras (1), un million de sourds-muets très-inégalement répartis à sa surface. » On n'en compte qu'un petit nombre dans la zone torride et dans les régions polaires, contrées qui sont d'ailleurs beaucoup moins habitées que les pays de moyenne température et où l'on trouve, au contraire, un nombre considérable d'aveugles.

La France compte pour sa part 30,000 sourds-muets sur 32,000,000 d'habitants, et ce chiffre ressort du dernier recensement de la population de nos 86 départements.

En Angleterre, le recensement complet n'a pas encore été publié (2) ) et l'on ne peut encore donner d'une manière précise

(1) Voyez Bienfaiteur des sourds-muets, n° 1.

(2) Wilde, loc. cit., p. S00.

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