‹ Traité pratique des maladies de l'utérusChapitre 115 sur 159 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DE L'OVARITE.

DÉFINITION. — Vovarite, qu'on nomme encore oophorite^ est l'iniîammation de l'ovaire. Tantôt le travail inflammatoire est limité à l'un des deux organes, tantôt il les occupe l'un et l'autre à la fois.

L'ovarite est rarement simple. Presque toujours l'inflammation, au lieu de se borner exclusivement à l'ovaire, s'accompagne ou se complique soit de l'inflammation de l'utérus (métrite), soit de l'inflammation du tissu cellulaire ambiant (phlegmon péri -utérin), ou enfin de l'inflammation du péritoine pelvien (pelvi-péritonite).

Dans ces cas si fréquents d'ovarite compliquée, il est, en général, difficile de décider quel est l'organe ou le tissu qui a été atteint le premier par l'inflammation. Néanmoins, quand la métrite coexiste avec l'ovarite, nous croyons que le plus souvent c'est par l'utérus que l'inflammation commence, pour se propager ensuite au parenchyme ovarien par l'intermédiaire des trompes de Fallope. Mais lorsque, la muqueuse utérine restant saine, les organes périutérins sont seuls enflammés, on ne peut, à moins d'assister au début du travail inflammatoire, assigner à l'inflammation une origine précise. Tantôt, en effet, le processus a son point de départ dans les ovaires, tantôt dans le tissu cellulaire péri-utérin, tantôt dans les trompes, tantôt dans le péritoine; mais quel que soit celui de ces organes par lequel il débute, il ne tarde pas à gagner les tissus voisins et à occuper la plus grande partie de la région péri-utérine. D'autres fois, au lieu de s'étendre ainsi de proche en proche, l'inflammation envahit d'emblée et simultanément les ovaires, les trompes, le tissu cellulaire ambiant et le péritoine pelvien.

De là résulte que les symptômes de l'ovarite se distinguent dif-

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ficilement de ceux des autres inflammations péri-utérines; et même, dans certains cas, ils se confondent tellement, qu'il est impossible d'établir cliniquement un diagnostic différentiel,

Anatomie pathologique. ' — L'ovaire enflammé est tuméfié et notablement augmenté de volume. Son parenchyme est rouge^ turgide, fortement bypérémié. Les vaisseaux qui le parcourent sont distendus, gorgés de sang ; on trouve çà et là des suflfusions sanguines, des taches ecchymotiques^ des infiltrations, des extravasations hématiques et même de petits caillots apoplectiques superficiels. Le tissu cellulaire environnant participe à cet état hypérémique et présente les caractères anatomo-pathologiques que nous avons indiqués en décrivant le phlegmon péri -utérin aigu.

A une période plus avancée de la lésion, des produits plastiques s'épanchent dans la trame de l'ovaire et y forment des noyaux d'induration fibrineuse, d'une couleur blanc-jaunâtre et d'une consistance lardacée.

Dans certains cas, on trouve l'ovaire au centre d'un foyer de suppuration : des clapiers purulents, variables en nombre et en volume, occupent différents points de l'organe, dont le parenchyme est ainsi •détruit en partie; quelquefois même la fonte de l'ovaire est complète, ou c'est à peine si l'on peut en reconnaître les vestiges dans une espèce de détritus cellulo-fibreux nageant au milieu du pus. Lorsque la suppuration s'est propagée au tissu cellulaire des ligaments larges, on observe en outre tous les désordres propres aux abcès péri-utérins : péritonite partielle ou générale, décollements des tissus, infiltrations purulentes dans la région pelvienne, ouverture du foyer dans le péritoine, dans l'intestin, dans la vessie, dans le vagin, etc.

Étiologie. — L'ovarite est très -rare avant la puberté. La plupart des faits d'inflammation ovarienne observés sur des jeunes filles au-dessous de douze à quatorze ans sont d'origine traumatique et reconnaissent pour cause des violences extérieures.

L'inflammation de l'ovaire est rare également après la ménopause; et, quand on la rencontre après cette période, on peut s'assurer, en interrogeant soigneusement les malades, que l'ovarite a presque toujours pris naissance avant l'époque critique.

C'est donc dans la période dite génitale, depuis la puberté jus-

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qu'à la ménopause, que l'ovarite se développe avec le plus de fréquence. Et, dans le cours de cette période, c'est de dix-huit à trentecinq ans, c'est-à-dire à l'âge où l'activité fonctionnelle de l'ovaire atteint son plus haut degré, que les femmes sont le plus exposées à contracter cette maladie.

Toutes les circonstances capables de produire des troubles dans la menstruation peuvent devenir autant de causes d'ovarite. Ainsi agissent quelquefois, au moment des règles, l'impression du froid, les injections vaginales^ les lotions vulvaires, les bains, les émotions vives, la fatigue, etc., soit en supprimant, soit en diminuant brusquement le flux menstruel. Entre autres exemples, nous pourrions citer ceux de deux jeunes filles qui furent atteintes d'ovarite après une rétrocession des règles, survenue, chez l'une, pour avoir posé ses pieds nus sur le marbre; chez l'autre, à la suite d'une nouvelle douloureuse et inattendue.

D'autres agents peuvent donner naissance à l'ovarite, en exagérant la fluxion menstruelle et la congestion ovarienne ; tels sont les excès de coït, les bains chauds et les emménagogues.

La puerpéralité, et tout ce qui s'y rattache,, est la cause la plus ordinaire de l'ovarite. Ainsi, cette inflammation se montre le plus souvent à la suite des avortements provoqués, des accouchementslaborieux, des manœuvres obstétricales, de la suppression des lochies et de la sécrétion lactée, et, en général, sous l'influence de toutes les conditions qui peuvent troubler la marche naturelle des phénomènes puerpéraux.

Parmi les causes de l'ovarite, nous devons mentionner encore les opérations pratiquées sur l'utérus, le séjour prolongé de corps étrangers dans le vagin, les coups sur l'hypogastre, les chutes sur le bassin.

L'ovarite peut se développer enfin par l'extension d'une inflam- 'mation de voisinage préexistante. C'est ainsi que l'inflammation se propage quelquefois à l'ovaire, soit de l'utérus, soit des trompes, soit du péritoine, soit du tissu cellulaire péri-utérin.

On a beaucoup parlé, dans ces derniers temps, de l'extension de la vaginite à l'ovaire. M. Ricord, le premier, a comparé cette variété de l'ovarite à l'orchite blennorrhagique. M. Bernutz a adopté cette comparaison et en a, selon nous, exagéré la portée en admettant que l'ovarite blennorrhagique chez la femme est aussi fréquente que l'orchite blennorrhagique chez l'homme. Des faits incontestables

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d'ovarite ont été observés par M. Bourraud, par M. Tilt, par M. de Méric, par Gourty et par nous-mêmes; mais pourtant^ notre expérience personnelle, d'accord avec celle de M. Alphonse Guérin, nous porte à considérer l'ovarite comme une des plus rares complications de la blennorrhagie vaginale.

Symptomatologie. — L'ovarite se présente tantôt sous la forme aiguë, tantôt sous la forme chronique. Nous décrirons successivement c€s deux formes d'ovarite.

§ I. — De l'ovarite aiguë.

Le début de l'ovarite aiguë s'annonce par des frissons, un malaise général, de l'anorexie, des nausées, et par l'apparition de tous les phénomènes fébriles qui signalent l'invasion d'une maladie inflammatoire.

Presque en môme temps que les phénomènes généraux, on voit se manifester les symptômes locaux. Les malades éprouvent dans la cavité pelvienne, au niveau d'un ovaire ou des deux ovaires — suivant que l'inflammation occupe un seul de ces organes ou les deux à la fois — une douleur, tantôt sourde et profonde, tantôt lancinante, vive et comparable au point de côté de la pleurésie. Cette douleur reste rarement limitée à l'ovaire; le plus souvent elle s'irradie dans les lombes, dans les reins, dans les aines et dans les mem-' bres inférieurs. Elle s'apaise par le repos absolu et elle s'exaspère ■au moindre mouvement.

La région de l'hypogastre correspondant à l'ovaire malade est tendue, sensible à la pression, quelquefois même tuméfiée et plus chaude qu'à l'état normal. Généralement la miction est douloureuse et s'accompagne de ténesme. La constipation est habituelle et la défécation très-pénible.

Si l'on explore par le toucher le cul-de-sac vaginal, on constate sur les parties latérales de l'utérus, dans le ligament large du côté de l'ovaire enflammé, une sensibilité vive, une élévation de chaleur, un certain degré de tuméfaction et d'engorgement, quelquefois même la présence d'une petite tumeur, très-sensible à la pression, assez consistante, à surface lisse, unie, convexe, présentant parfois il sa base des battements artériels.

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Par le toucher rectal on peut arriver aisément encore sur les. côtés de l'utérus à sentir plus distinctement les ovaires tuméfiés et douloureux.

Dans l'ovarite aiguë simple, la peau est chaude, le pouls est fréquent, plein et développé.

L^ovarite aiguë simple suit ordinairement une marche régulière et tend vers la résolution après une durée qui varie entre deux et quatre septénaires. Cependant elle subit une véritable exacerbation à l'époque menstruelle , lorsque cette époque survient pendant le cours de la maladie. Sous l'influence de la fluxion cataméniale, la douleur devient plus vive, la tuméfaction de l'hypogastre augmente, le pouls offre plus de fréquence; les nausées et les vomissements reparaissent comme au début. Les règles alors peuvent manquer, par l'excès même du molimen menstruel ; d'autres fois, au contraire, elles se manifestent avec une abondance inaccoutumée, sous forme de raénorrhagie.

Dans ces circonstances, l'ovarite aiguë peut être déviée de sa marche régulière, se compliquer soit de péritonite, soit de phlegmon péri-utérin, ou encore aboutir à la suppuration et se terminer par un abcès intra-pelvien.

L'ovarite aiguë se termine quelquefois aussi par le passage à l'état chronique.

§ II. — De l'ovarite chronique.

L'ovarite chronique peut donc succéder à l'ovarite aiguë; elle peut aussi survenir d'emblée comme les autres inflammations périutérines.

Elle est caractérisée par des signes locaux analogues à ceux de l'état aigu, mais moins prononcés : une gêne douloureuse plutôt qu'une véritable douleur dans la région des ovaires, un sentiment de pesanteur dans la profondeur du bassin ; quelquefois des élancements ou une sensation de chaleur ardente que certaines malades comparent à une brûlure.

La douleur ovarienne s'irradie dans les lombes et surtout dans le membre correspondant à l'ovaire enflammé ; elle s'y tr?.duit par de l'engourdissement, de la lourdeur et quelquefois pa' le refroidissement de la jambe; elle augmente avec les mouvements, les efforts.

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la marche^ la station verticale prolongée, et les rapports sexuels. Elle devient parfois très-vive à l'approche et pendant les premiers jours des règles.

A cette dysménorrhée s'ajoutent habituellement d'autres troubles menstruels. Les règles se montrent d'une manière irrégulière ; tantôt elles retardent ou même restent supprimées pendant deux ou trois mois; tantôt elles avancent ou même reparaissent, sous forme de pertes, dans l'intervalle des époques.

Ainsi que les autres phlegmasies péri-utérines, l'ovarite chronique est sujette à des recrudescences caractérisées par l'exacerbation des symptômes locaux et l'apparition de phénomènes généraux. Ces recrudescences se manifestent sous Tinfluence d'une cause irritante, à l'occasion d'une chute, d'un coup, d'une fatigue, d'un excès de coït, mais surtout de la fluxion menstruelle. Le plus souvent elles sont passagères et cèdent aisément à des soins appropriés: mais parfois aussi elles acquièrent une grande intensité et prennent tous les caractères de l'état aigu.

Dans l'ovarite chronique, comme dans l'ovarite aiguë, on observe certains symptômes de voisinage, tels que la leucorrhée, des envies fréquentes d'uriner, du ténesme vésical, de la constipation, des tumeurs hémorrhoïdales, etc.

L'ovarite chronique détermine encore divers troubles dans les fonctions de la digestion et de la nutrition. La plupart des malades atteintes de cette maladie éprouvent des phénomènes dyspeptiques, des douleurs gastralgiques, des palpitations de cœur ; elles s'amaigrissent, deviennent pâles, tristes, languissantes, et présentent à un haut degré tous les signes de l'anémie. Chez d'autres, on observe une perturbation profonde du système nerveux, des douleurs névralgiques dans différentes parties du corps, une toux spasmodique, des phénomènes d'hyperesthésie ou d'anesthésie, une impressionnabilité excessive, une étrange mobilité d'esprit et de caractère, des goûts capricieux et bizarres et l'ensemble des symptômes d'un état névropathique grave.

En déprimant assez fortement la paroi hypogastrique dans la région de l'ovaire malade, on trouve quelquefois, sur l'un des côtés de l'utérus, une tumeur d'un volume variable, grosse comme un œuf de pigeon ou comme un œuf de poule, légèrement mobile d'avant en arrière, présentant une forme ovale comme celle de l'ovaire, mais presque toujours mal circonscrite à cause de l'engorgement du tissu

cellulaire ambiant qui accompagne généralement la phlegmasie de l'ovaire.

Quand cette tumeur est assez volumineuse, on peut aussi la sentir par le toucher vaginal, au niveau de l'un des culs-de-sac, à droite ou à gauche de l'utérus, auquel elle semble quelquefois adhérer.

Ici, comme dans l'ovarite aiguë, c'est surtout à l'aide du toucher rectal qu'on parvient à mieux atteindre la tumeur formée par l'ovaire enflanimé, à en constater le siège précis, à en déterminer la forme et le volume. « Cette tumeur, dit Aran, est ovoïde, quelquefois trèsallongée, un peu aplatie d'avant en arrière, adhérente à la partie latérale ou postérieure de l'utérus, ou séparée de cet organe par un sillon plus ou moins profond, tantôt complètement immobile, tantôt conservant un peu de mobilité. Sa consistance est moyenne, peu élastique, sans induration toutefois ; sa surface est bosselée, mamelonnée, lobulée, inégale; sa sensibilité est exagérée et se réveille par la pression, de manière à provoquer souvent une douleur très-vive. »

L'ovarite chronique, lorsqu'elle n'est point troublée par une recrudescence, marche avec une extrême lenteur. Elle peut se terminer par résolution, au bout d'un temps généralement très-long; — par suppuration, en revêtant la forme suraiguë à la suite d'une recrudescence inflammatoire; — enfin par l'induration et l'atrophie de l'ovaire, sa dégénérescence en un tissu fibreux ou cellulo-fibreux, dans lequel il est impossible de retrouver la forme et la structure primitives de l'organe.

La résolution s'annonce par la diminution progressive et par la disparition complète des signes caractéristiques de la phlegmasie ovarienne. L'atrophie ne se révèle par aucun signe pendant la vie. C'est un mode de terminaison qui ne peut se constater qu'après la mort.

Lorsque l'inflammation de l'ovaire se communique au péritoine, il en résulte une péritonite partielle ou une péritonite générale ; et dans ce dernier cas, on voit se manifester tous les accidents de la péritonite suraiguë : météorisme et sensibilité exagérée des parois abdominales; douleurs intenses ; frissons, nausées, vomissements, hoquets; extrême fréquence et petitesse de pouls ; émaciation rapide du visage, altération profonde des traits, faciès hippocratique, etc.; cette terminaison est habituellement funeste.

La suppuration s'annonce parla lenteur du travail de résolution,

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la persistance de l'état fébrile et des troubles digestifs; par des douleurs tensives et lancinantes, des frissons irréguliers, la teinte subictérique de la peau, une altération particulière des traits, la mollesse et la dépressibilité du pouls, des redoublements fébriles revenant sous forme d'accès intermittents, mais irréguliers. La tumeur ovarique augmente de volume. Par le palper hypogastrique et le toucher vaginal, on sent d'abord une sorte d'empâtement dans les tissus malades; bientôt on constate la fluctuation, qui ne peut plus laisser aucun doute sur la formation du pus.

En traitant des abcès péri-utérins, nous dirons de quelle manière le foyer purulent peut s'ouvrir spontanément au dehors, rarement par la paroi abdominale, quelquefois par la vessie, et le plus fréquemment par le vagin ou le rectum.

Diagnostic. — L'ovarite aiguë se confond, par ses symptômes locaux et généraux, avec les inflammations péri-utérines, et le plus souvent il est impossible de l'en distinguer.

Les éléments d'un diagnostic précis font défaut entre l'ovarite et la péritonite aiguë; cependant on peut quelquefois, k l'aide de certains signes, parvenir à les différencier. Ainsi, la douleur est moins superficielle, les vomissements sont moins fréquents et moins opiniâtres, le pouls est plus petit et moins concentré dans l'ovarite que dans la péritonite.

Dans l'une et l'autre maladies, on peut rencontrer sur les parties latérales de Tutérus une tumeur présentant des caractères à peu près semblables. Seulement, cette tumeur existe plus souvent dans l'ovarite que dans la péritonite ; dans la première de ces lésions elle est généralement moins diffuse, mieux circonscrite ; elle présente une forme plus régulière, plus arrondie, une surface plus égale et plus lisse.

La situation de la tumeur sur les parties latérales de l'utérus, sa forme ovoïde, son volume ordinairement peu considérable, sa consistance solide, distinguent l'ovarite aiguë de l'hématocèle périutérine. Celle-ci, en effet, située le plus souvent derrière l'utérus, forme dans le vagin une saillie prononcée et une tumeur molle et fluctuante. En outre, le début de l'hématocèle s'accompagne fréquemment d'une métrorrhagie abondante, qui s'observe rarement au début de l'ovarite.

Quant au diagnostic de l'ovarite chronique et de l'ovarite sup-

NONAT ET LINAS. ^^

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purée, il ne diffère en rien de celui du phlegmon péri-utérin chronique et de celui des abcès péri-utérins, longuement exposés dans les chapitres concernant ces affections.

Pronostic. — Le pronostic de l'ovarite ne diffère pas essentiellement de celui des autres inflammations péri-utérines. Il est subordonné à l'intensité des phénomènes inflammatoires; il varie suivant que l'ovarite est simple ou compliquée, suivant les conditions dans lesquelles la maladie s'est développée, et suivant ses divers modes de terminaison.

Lorsque l'invasion est brusque et suivie d'une violente réaction fébrile, la terminaison par suppuration esta craindre, et le pronostic offre une gravité réelle. Lorsque la maladie débute, au contraire, par des symptômes inflammatoires modérés, on a tout lieu d'espérer une terminaison par résolution et de porter un pronostic favorable.

L'ovarite simple présente moins de chances pour une terminaison fâcheuse que l'ovarite compliquée. De toutes les complications, la plus redoutable est, sans contredit, la péritonite.

De même que les autres phlegmasies péri-utérines, l'ovarite emprunte à l'état puerpéral une gravité exceptionnelle.

Quand l'ovarite n'occupe qu'un seul ovaire, elle n'est pas un obstacle à la fécondation. L'intégrité d'un ovaire suffit à la fonction. Mais si l'inflammation occupe les deux ovaires, elle entrave les fonctions de la reproduction, et elle peut laisser dans ces organes des lésions qui entraînent la stérilité.

L'ovarite chronique est le plus souvent susceptible de guérison ; mais elle peut quelquefois, par sa longue durée, par les souffrances qu'elle entretient et par les désordres qu'elle produit dans les fonctions nutritives, amener le dépérissement des malades, la cachexie et la mort.

Thérapeutique. — Il convient de recourir, dès le début de l'ovarite aiguë, à l'emploi des émissions sanguines, que l'on doit toujours proportionner à l'intensité de l'inflammation et à la constitution du sujet.

Si l'ovarite est intense, si elle présente tous les signes d'une inflammation suraiguë, ou si encore elle se complique de péritonite, il faut prescrire une application de sangsues au niveau de l'organe

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lésé et favoriser l'écoulement sanguin pendant une ou plusieurs heures, autant que le comportent les forces des malades. Quelquefois une seule émission sanguine locale suffit pour produire un amendement notable dans les phénomènes inflammatoires; mais assez souvent aussi, elle ne détermine qu'une rémission trompeuse et de courte durée. Dans ce dernier cas, les applications de sangsues doivent être réitérées une, deux ou trois fois, à un ou plusieurs jours d'intervalle, jusqu'à ce que les accidents suraigus soient définitivement conjurés.

Les sangsues nous paraissent préférables aux ventouses scarifiées, d'une part, parce que la sensibilité des parties malades rend l'application des ventouses très-douloureuse; et, d'autre part, parce que les ventouses ne permettent pas d'entretenir l'écoulement du «ang aussi longtemps que les sangsues.

Dans l'ovarite aiguë simple, les émissions sanguines locales sont indiquées aussi bien que dans l'ovarite suraiguë et dans l'ovaro-péritonite ; mais, en raison même de l'intensité moindre de l'inflammation, elles doivent être moins abondantes et moins souvent répétées. Aran, M. Scanzoni et M. Courty conseillent, lorsque la douleur est modérée, d'appliquer les sangsues, non plus sur l'hypogastre, mais sur le col de l'utérus. Suivant ces auteurs, cette pratique aurait le double avantage de dégager plus promptement et plus efficacement l'ovaire malade, et d'agir en même temps sur l'hypérémie ou sur l'inflammation de la matrice, qui accompagne si fréquemment l'ovarite. On connaît déjà notre opinion concernant les applications de sangsues sur le col utérin. Nous n'y avons jamais recours quand il existe un état inflammatoire aigu dans les organes péri-utérins, car elles peuvent, dans ce cas, déterminer une grave recrudescence, ou des crises douloureuses très-violentes ; nous préférons les applications de sangsues sur l'hypogastre, qui n'exposent pas aux mêmes dangers, et nous n'employons les applications de sangsues sur le col de l'utérus que dans quelques cas rares d'ovarite chronique.

Dans l'ovarite aiguë et suraiguë, on doit associer aux émissions sanguines locales les onctions sur le bas-ventre avec la pommade mercurielle belladonée ou simplement avec le cérat opiacé ou laudanisé, les applications de cataplasmes émollients, arrosés de laudanum, ou les fomentations mucilagineuses et narcotiques faites avec de l'eau de graines de lin, de guimauve, de sureau, de bouillon blanc, de têtes de pavot.

Il importe de combattre la constipation et d'exercer sur le tube intestinal une action légèrement dérivative au moyen de lavements émollients, de lavements huileux ou de purgatifs doux, tels que de faibles quantités d'huile de ricin, d'eau de Piillna ou de Birmenstorff.

Le calomel, administré à dose réfractée, trouve ici son indication comme dans la péritonite et comme dans les autres phlegmasies péri-utérines.

On doit aussi s'attacher à diminuer la douleur, ainsi que l'agitation et l'insomnie qui l'accompagnent, au moyen de l'extrait gommeux thébaïque administré par petites doses de 0,01 à 0,02 centigrammes, toutes les heures ou toutes les deux heures. Si les [douleurs présentent une acuité extrême, il est utile de recourir aux injections hypodermiques de chlorhydrate ou de sulfate de morphine. ■

La malade doit garderie repos absolu, soit dans le décubitus dorsal, soit dans une position légèrement inclinée sur le côté, le bassin un peu élevé de manière à refouler les intestins, et les cuisses un peu fléchies afin de mettre les muscles abdominaux dans le relâchement.

La diète et l'usage de boissons délayantes compléteront le traitement pendant les premiers jours.

Un peu plus tard , lorsque les douleurs se sont apaisées et lorsque la malade peut sans danger exécuter quelques mouvements, on prescrit avec avantage les irrigations vaginales émollienles et narcotiques, les bains entiers tièdes, que l'on renouvelle tous les deux ou trois jours.

Le traitement de l'ovarite chronique est assez complexe, car il doit satisfaire non-seulement aux indications fournies par la phlegmasie ovarique elle-même, mais encore à celles qui résultent des recrudescences inflammatoires intercurrentes et [des dispositions diathésiques des malades.

L'état phlegmasique commande, avant tout, une médication résolutive.

Ici, comme dans toutes les autres espèces de phlegmasies périutérines, l'emploi souvent renouvelé de vésicatoires volants occupe le premier rang parmi les agents résolutifs. Nous recommandons d'appliquer cet utile moyen avec toutes les précautions qui

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ont été prescrites à l'occasion du traitement du phlegmon périutérin chronique.

Après les vésicatoires, viennent les badigeonnages de teinture d'iode sur l'hypogastre, les frictions avec l'onguent napolitain et surtout avec les pommades à l'iodure de plomb ou à l'iodure de potassium.

Lorsque Tovarite chronique résiste à ces moyens, et principalement lorsque l'ovaire forme une tumeur dure, volumineuse, hypertrophique, on est quelquefois obligé de recourir à des applications de petits cautères superficiels et volants, au niveau de l'organe lésé. Ces cautères,, employés avec soin et avec mesure, n'entraînent jamais aucune suite fâcheuse, aucune complication ni aucune cicatrice difforme. Néanmoins, nous sommes d'avis qu'il ne faut y avoir recours que dans des cas exceptionnels.

Quant au séton, qui a été [conseillé par quelques auteurs, nous ïe croyons plus nuisible qu'utile.

Les bains entiers et les bains de siège, tièdes ou frais, les irrigations vaginales, les lavements froids, sont d'utiles auxiliaires dans le traitement de l'ovarite chronique.

A l'intérieur, on prescrit la tisane de saponaire, les préparations de ciguë, l'iodure de potassium et l'oxyde d'or.

Les recrudescences inflammatoires et en particulier celles qui surviennent aux époques menstruelles doivent être combattues le plus souvent par des émissions sanguines locales, sangsues ou ventouses scarifiées autour du bassin. Chez les malades délicates, faibles, anémiques, on doit se borner à l'application de deux à quatre sangsues ou d'un nombre égal de ventouses scarifiées. Dans quelques cas même, la débilité des sujets interdit toute émission sanguine, et alors il faut y suppléer par des manuluves sinapisés, par des ventouses sèches ou par des sinapismes appliqués sur les membres supérieurs ou sur la région dorsale.

Les vésicatoires sont nuisibles pendant l'exacerbation; mais ils présentent une incontestable efficacité au déclin de la recrudescence.

Lorsque l'ovarite a revêtu une forme franchement chronique et que tout danger d'exacerbation aiguë parait conjuré, l'hydrothérapie doit être prescrite à la fois comme un puissant moyen de dérivation et comme un agent de reconstitution.

L'ovarite chronique est souvent liée à une diathèse et entretenue

par elle. Il importe donc de découvrir la nature de cette diathèse, afin d'en déduire des indications thérapeutiques quelquefois décisives. C'est notamment sur la considération de l'état général que doit être basé le choix des médications hydrothermales, lorsqu'on juge à propos d'y avoir recours. Suivant que les engorgements chroniques de l'ovaire se rattachent aux diathèses rhumatismale, scrofuleuse, herpétique ou tuberculeuse, ils doivent être traités par les eaux alcalines, les eaux chlorurées ou bromo-iodurées, les eaux sulfureuses ou les eaux arsenicales.

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