CHAPITRE VII
TUBITE OU SALPINGITE.
L'inflammation des trompes de Fallope est habituellement désignée par le nom de tubite (du latin tuba). M. Courty, adoptant l'étymologie grecque (aotXîrt'v?], l'a décrite sous la dénomination de salpingite.
Cette maladie n'a pas encore été observée à l'état simple. Tous les auteurs s'accordent, en effet, à reconnaître que les trompes s'enflamment très-rarement, peut-être même jamais, d'une manière isolée. Leur inflammation s'accompagne toujours de l'inflammation d'un organe ou d'un tissu voisin; de sorte que la tubite coexiste généralement, soit avec une métrite ou avec une ovarite, soit avec une pelvi-péritonite ou avec un phlegmon péri-utérin. Il est difficile alors de déterminer quel a été le point de départ et le siège primitif de l'inflammation; car celle-ci peut commencer par les trompes pour se propager ensuite ou aux ovaires, ou au tissu cellulaire péri-utérin, ou au péritoine pelvien, ou à la muqueuse utérine; ou bien elle peut débuter par un de ces derniers organes pour se transmettre ensuite aux trompes de Fallope.
Ces remarques préliminaires permettent de pressentir l'analogie, pour ne pas dire l'extrême ressemblance, que la description de la tubite doit nécessairement présenter avec celles qui ont été déjà données des diverses inflammations péri -utérines. Et, en effet, nous
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allons retrouver à peu près les mêmes causes, à peu près les mêmes symptômes, les mêmes phénomènes évolutifs et les mêmes indications thérapeutiques.
Nous ne connaissons que trois causes qui puissent être spéciales à la tubite, et ces trois causes sont, pour ainsi dire, d'ordre mécanique; nous voulons parler de l'arrêt et du séjour dans l'une ou l'autre trompe, soit d'un ovule, soit d'un caillot sanguin, soit d'une concrétion calcaire, ou d'un débris fœtal provenant d'une grossesse tubaire ébauchée. On comprend que ces substances, arrêtées et fixées dans le canal utéro-ovarien, agissent à la manière d'un corps étranger et déterminent à leur point de contact une irritation inflammatoire.
Dans ces cas la tubite est primitive ; c'est par la trompe que l'inflammation commence.
Les autres causes de la tubite se confondent avec les conditions étiologiques qui président au développement des inflammations utérines ou péri-utérines. Ainsi, la tubite peut survenir à la suite d'une rétrocession des menstrues, d'un accouchement laborieux, de manœuvres obstétricales prolongées ou mal dirigées, et surtout à la suite d'un accouchement physiologique troublé dans sa marche naturelle par quelque complication puerpérale.
La tubite est quelquefois aussi la conséquence d'une violence extérieure, d'une opération chirurgicale pratiquée sur l'utérus, d'une , cautérisation, d'un cathétérisme ou d'une injection intra-utérine, du séjour trop prolongé d'un pessaire dans le vagin ou d'un redresseur dans l'utérus.
Mais, dans toutes ces circonstances, la tubite est toujours ou presque toujours secondaire; elle résulte de la propagation d'une inflammation primitivement développée dans le vagin, dans l'utérus, dans l'ovaire, dans le péritoine pelvien ou dans le tissu cellulaire péri -utérin.
L'inflammation n'occupe quelquefois qu'une seule trompe, mais le plus souvent elle s'étend aux deux trompes à la fois.
Le premier cas s'observe surtout lorsque la tubite est due à une influence directe, locale, circonscrite, n'affectant qu'une seule trompe; ou bien lorsqu'elle est consécutive à une ovarite(et alors la tubite se manifeste du même côté que l'ovarite).
La lubite double se montre principalement lorsque l'inflammation, procédant d'un état puerpéral, d'une pelvi-péritonitC;, d'une métrite, ou d'une cause traumatique, envahit les deux trompes en même temps.
La tubite peut se présenter à l'état aigu ou à l'état chronique.
Dans l'inflammation aiguë, la trompe, plus flexueuse qu'à l'état normal, offre une tuméfaction remarquable. Cette tuméfaction, qui se traduit par une augmentation de calibre, est tantôt régulière, tantôt irrégulière. Dans le premier cas, la trompe offre l'apparence d'un tube cylindrique dont le volume varie depuis celui d'une plume de paon jusqu'à celui du doigt auriculaire. Dans le second cas, qui est le plus fréquent, la dilatation de la trompe est trèsinégale, de sorte que le canal présente des alternatives de renflements et de rétrécissements qui lui donnent l'apparence d'une veine variqueuse.
L'inflammation peut rester limitée à la membrane muqueuse qui tapisse l'intérieur du canal. Elle peut aussi envahir la tunique musculaire ou fibreuse qui forme la charpente du conduit.
Lorsque la tunique musculaire participe à l'inflammation, elle est épaissie, turgescente, gorgée de sang, friable, maculée de suffusions ecchymotiques ou de petits noyaux apoplectiques, quelquefois infdtrée de pus.
Lorsque la tunique musculaire n'est pas atteinte par l'inflammation, elle est distendue et amincie par l'effort excentrique de la muqueuse enflammée.
L'inflammation aiguë de la tunique interne des trompes se traduit par une vascularisation excessive, une coloration rouge intense, violacée ou lie-de-vin, une apparence tomenteuse de sa surface, une turgescence et souvent une infiltration séreuse du tissu cellulaire sous-muqueux. Le canal utéro-ovarien est obstrué tantôt par d'épaisses et abondantes mucosités mélangées de cellules épithéhales, tantôt par un liquide sanguinolent, épais, roussâtre, tantôt par du véritable pus. Ces liquides peuvent occuper le conduit tout entier ou s'accumuler seulement dans un point de sa longueur, où ils donnent lieu à une dilatation ampullaire.
Lorsque l'inflammation des trompes est due à l'arrêt et à la présence d'un caillot sanguin, d'un ovule, d'une concrétion calcaire ou
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d'un débris fœtal, ces corps étrangers se retrouvent dans le canal, au foyer même de la lésion inflammatoire.
Les trompes enflammées, au lieu d'être libres et flottantes dans la cavité pelvienne, contractent des adhérences partielles ou générales avec les organes voisins.
Le pavillon prend part , le plus souvent , à l'inflammation des trompes. Ses franges sont alors infiltrées, épaissies, rougeâtres, adhérentes au péritoine, à l'ovaire ou à la paroi pelvienne.
Lorsque la tubite est purulente, il est rare que l'inflammation ne s'étende pas également dans la cavité du petit bassin, soit par voie de propagation, soit par l'épanchement du pus dans la cavité du péritoine ou dans l'épaisseur des ligaments larges. Le pus, en effet, peut s'épancher dans le péritoine par l'orifice de communication qui existe entre le pavillon et la cavité séreuse ; il peut aussi s'infiltrer dans le tissu cellulaire des ligaments larges par suite d'une*^ perforation du conduit utéro-ovarien.
Lorsque de pareils faits se produisent, on trouve les trompes nageant dans une collection purulente, comme nous l'indiquerons en décrivant les abcès péri-utérins.
Dans l'inflammation chronique, la trompe acquiert un volume considérable, pouvant se rapprocher de celui du doigt indicateur ou du médius. Nous avons même observé un cas où le calibre de la trompe égalait celui de l'intestin grêle.
Les parois sont épaisses, consistantes, d'une couleur grisâtre ou ardoisée. La membrane muqueuse est tantôt hypertrophiée, ferme, ' résistante; tantôt, au contraire, mince, ramollie, exulcérée sur certains points.
Les trompes ont rarement conservé leur forme cylindrique. Elles sont irrégulières, bosselées, présentant tantôt un renflement, tantôt plusieurs. Ces renflements sont des espèces de kystes dont les dimensions varient depuis le volume d'un œuf de pigeon jusqu'à la grosseur d'une tête d'enfant. Ils correspondent à des accumulations de liquides de nature variable. On y trouve, en effet, tantôt de la sérosité pure, tantôt de la sérosité sanguinolente, tantôt enfin du pus analogue à celui des abcès froids.
Dans la tubite chronique, des adhérences anciennes et des brides fibreuses fixent les trompes aux organes voisins et aux parois du bassin.
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On retrouve, dans la tubite aiguë, l'ensemble des symptômes généraux et locaux communs aux inflammations péri'Utérines.
Les malades éprouvent dans le bassin, profondément et du côté correspondant à la trompe enflammée, une douleur vive et continue, avec des exacerbations fréquentes et des élancements aigus; une sensation de chaleur et de tuméfaction souvent accompagnée de battements analogues aux pulsations artérielles.
L'hypogastre est sensible à la pression, et quelquefois gonflé, surtout au niveau de l'organe lésé. Dans certaines circonstances rares et quand la malade est d'une grande maigreur, on peut, en déprimant suffisamment la paroi abdominale, sentir la trompe augmentée de volume et formant un tube peu mobile, dur, flexueux, inégal, bosselé. Lorsque le conduit tubaire présente ce degré d'engorgement, on peut le constater plus facilement encore par le toucher vaginal et par le toucher rectal.
Les douleurs occasionnées par la tubite restent rarement locales; elles s'irradient le plus souvent dans les lombes, dans les aines, sur le trajet du nerf sciatique et du nerf crural.
Cette maladie amène généralement des troubles variables dans la menstruation; celle-ci, en effet, est quelquefois supprimée, d'autres fois elle persiste, mais alors elle est tantôt avancée, tantôt retardée; presque toujours elle est douloureuse et produit des recrudescences dans la lésion locale.
L'inflammation aiguë des trompes se termine quelquefois par résolution ; mais le plus souvent, surtout lorsqu'elle est d'origine puerpérale, elle se termine par suppuration. Le pus alors peut suivre différentes voies. Dans les cas les plus heureux, il s'écoule sans interruption par la cavité utérine jusque dans le vagin, d'où il est évacué au dehors. Dans d'autres cas, il fuse dans la cavité péritonéale par le pavillon et donne lieu à une péritonite partielle ou générale. Enfin, il peut aussi s'accumuler dans la trompe, par suite d'une oblitération de ce conduit, et déterminer la formation d'un abcès qui s'ouvre tantôt dans le bassin, tantôt dans le rectum, plus rarement au dehors, à travers la paroi abdominale, comme il résulte d'une observation de M. le docteur Puech.
Nous n'avons pas besoin d'insister sur les dangers de la suppuration des trompes, surtout lorsque le pus, au lieu de se faire jour au dehors par une des voies que nous venons d'indiquer, s'épan-
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che dans le péritoine ou dans le bassin. Nous reviendrons sur la gravité de ce pronostic en traitant des abcès péri-utérins.
L'inflammation chronique des trompes affecte généralement la forme catarrhale; aussi la désigne-t-on quelquefois sous le nom de tubite catarrhale ou catarrhe des trompes. Les auteurs allemands la nomment encore hydropisie des trompes. En effet, le caractère principal de la tubite chronique consiste dans une hypersécrétion continuelle de la membrane muqueuse" qui tapisse l'oviducte. Si le canal est libre et s'il a conservé sur tous les points son calibre normal, le liquide sécrété s'écoule généralement par l'orifice utérin, puis il traverse la cavité utérine et le vagin. Ce mode d'écoulement est révoqué en doute par Kiwisch, mais il est admis par Rokitansky qui l'appelle hydropisie profluente des trompes, et par Scanzoni qui en rapporte une observation.
Quand le canal tubaire présente, ce qui arrive le plus souvent, des atrésies ou des oblitérations partielles, le produit de sécrétion, au lieu de s'écouler au dehors, s'accumule entre les obstacles ; les parois du conduit se dilatent, s'amincissent et forment des tumeurs, des espèces de kystes, dont le nombre, les dimensions et le contenu sont très-variables.
Quelquefois il n'existe qu'une seule poche; d'autres fois il y a deux, trois, quatre ou cinq renflements successifs, ce qui donne à la trompe une apparence moniliforme.
Les dimensions de ces tumeurs varient depuis le volume d'un œuf de pigeon jusqu'à la grosseur d'une tête d'enfant.
Les moins volumineuses renferment le plus souvent des mucosités épaisses, quelquefois un liquide brunâtre, sanieux, provenant d'une hémorrhagie ancienne. Lés plus volumineuses sont remplies généralement par un liquide aqueux semblable à de la sérosité.
La plupart des pathologistes avouent l'impossibilité de diagnostiquer la tubite chronique pendant la vie. Il est surtout difficile de distinguer l'hydropisie des trompes d'un kyste de l'ovaire. Kiwisch attribue une certaine valeur sémiologique à la présence, chez quelques femmes très-amaigries, de tumeurs allongées, bosselées, élastiques, sur les parties supérieures et latérales de l'utérus, suivant la direction des trompes; mais Aran, Scanzoni et Courty font ressortir, avec juste raison, l'incertitude de ce signe.
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D'ailleurs, la tubite chronique ne présente par elle-même aucune gravité; elle peut même persister pendant des années sans se manifester par aucun phénomène morbide de quelque importance.
La stérilité est, sans contredit^ une des conséquences les plus ordinaires et les plus fâcheuses de la tubite chronique. Elle est le résultat de l'oblitération des trompes, qui oppose un obstacle infranchissable à la fécondation. Lorsqu'une seule trompe est oblitérée, la fécondation est encore possible. La stérilité ne s'observe, du chef [de la tubite chronique, que dans les cas de tubite double.
Le traitement de la tubite aiguë ne diffère en rien de celui que nous avons exposé dans les chapitres précédents à l'occasion de l'inflammation péri-utérine, du phlegmon péri-utérin et de la pelvipéritonite.
Quant à la tubite chronique, elle doit être soumise aux mêmes règles thérapeutiques que le phlegmon péri-utérin chronique. Mais si la tubite chronique affecte la forme hydropique, si elle se traduit par le développement d'une collection liquide volumineuse dans la trompe oblitérée, on peut pratiquer la ponction comme s'il s'agissait d'un kyste de l'ovaire. Seulement on ne doit recourir à cette opération que si la tumeur offre un volume considérable, si elle détermine une gêne sérieuse ou des souffrances répétées.