‹ Traité pratique des maladies de l'utérusChapitre 126 sur 159 · II. •— Tumeurs malignes · texte numérisé non relu

II. •— Tumeurs malignes

Carccr de Vovaire. — Le cancer primitif de l'ovaire est extrêmement rare ; le plus souvent ce n'est que secondairement que le tissu ovarien est envahi par un carcinome, développé d'abord sur un organe voisin, l'utérus, le péritoine ou le rectum.

Dégénérescences kystiques. — Nous croyons que c'est ici le lieu de décrire cerlaines tum.eurs dont la nature n'est pas encore très-bien connue, mais qui paraissent être des kystes dégénérés et transformés en tissu de mauvaise nature, se rapprochant plus ou moins de la constitution des cancers. Ces tumeurs ont été bien étudiées, surtout par les anatomo-pathologistes allemands. Nous ne ferons qu'analyser la description assez complète qu'en donne M. Scanzoni, dans son Traité des maladies des organes sexuels de la femme.

Tumeurs colloïdes de Vovaire. — Virchow, Kiwisch et Scanzoni décrivent le cancer alvéolaire ou gélatini forme des anatomistes français sous le nom de tumeurs colloïdes de l'ovaire. Ces tumeurs sont constituées par une poche fibreuse, dont l'intérieur est traversé par des lames ou cloisons de tissu cellulaire, circonscrivant des espaces coniques dont le sommet converge vers le centre, et la ase regarde la périphérie; ces grandes loges sont divisées à leur t our par des brides ou des cloisons plus petites en un nombre considérable d'alvéoles; il en résulte une charpente réticulaire, un iilet à mailles nombreuses, irrégulières, ordinairement polygonales, et des cavités de formes variées, cylindriques, prismatiques, polyédriques, remplies ordinairement d'une masse homogène, semblable à de la gélatine.

Cependant, les parois de la poche et son contenu sont susceptibles de diverses modifications pathologiques, ce qui altère l'homo-

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géiiéité de la tumeur. Ainsi les cloisons et les traclus celluleux subissent assez souvent la dégénérescence graisseuse; il s'ensuit que des corpuscules graisseux et des cristaux de cholestérine se mêlent à la matière gélatiniforme. La paroi alvéolaire peut devenir le siège d'une exsudation albumineuse ou fîbrineuse ou même d'une exhalation purulente; quelques-uns des vaisseaux qui parcourent les cloisons celluleuses peuvent se rompre et déterminer une hémor^ rhagie plus ou moins abondante. Il en résulte qu'en certains points la matière gélatiniforme du kyste se ramollit et se liquéfie, et qu'une ou plusieurs de ses loges renferment un liquide de couleur et de consistance variables, laiteux, jaune-paille, gris rougeàtre, sanguinolent et semi-liquide comme une solution de chocolat.

C y stosar cornes. — Ce sont des tumeurs de Tovaire composées d'une masse cellulo-fibreuse au milieu de laquelle sont creusées, des cavités dont le contenu est très-variable. Ces cavités, circonscrites par des parois épaisses, très-vasculaires, quelquefois comme caverneuses, renferment rarement un liquide clair et limpide ; le plus souvent ce liquide est jaunâtre, sanieux ou purulent; quelquefois on y trouve du sang presque pur ; dans certains cas rares, on y a vu de la graisse ou des poils.

M. Scanzoni considère ces tumeurs comme « des sarcomes accompagnés d'une hydropisie enkystée » . Ne serait-il pas plus juste de les regarder comme des kystes multiloculaires ou pileux, dont les parois ont subi une transformation de mauvaise nature?

Cysfocarcinomes. — Ces tumeurs consistent en des kystes mul-" tiples remplis de cancer médullaire. Tantôt le cancer se développe dans l'épaisseur de la paroi kystique, sous forme d'infiltration ; tantôt il adhère à la surface interne de cette paroi, sous forme de tumeurs plus ou moins volumineuses ou d'excroissances papillaires. « Ces tumeurs sont tantôt pédiculées, tantôt fixées sur une base large; elles sont toujours molles, tuméfiées, très-riches en vaisseaux. Elles remplissent quelquefois les cavités du kyste, et l'on en a même vu qui avaient fini par en perforer les parois et qui se développaient dans une cavité voisine ou à l'extérieur de la tumeur. » (Scanzoni.)

Les cavités du cystocarcinome peuvent, en outre, contenir de la sérosité, du sang, du pus, un liquide sanieux ou ichoreux, de la matière colloïde, et plus rarement de la graisse, des poils, des dents ou des os.

Toutes les variétés de tumeurs ovariques que nous venons de décrire donnent lieu aux mêmes troubles fonctionnels que les simples kystes de l'ovaire. Mais elles s'en distinguent, généralement, par les signes tirés de l'exploration physique. Au lieu d'une tumeur homogène, rénitente dans toute son étendue, habituellement fluctuante, à surface régulièrement convexe, on trouve une tumeur, hétérogène, à surface inégale, allernativement anfractueuse et bosselée, molle et fluctuante dans un point, consistante et dure dans un autre.

Toutes ces tumeurs peuvent acquérir un développement énorme. Elles constituent des lésions graves par elles-mêmes et parla gêne qu'elles déterminent dans la plupart des grandes fonctions.

On ne peut guère conseiller contre elles qu'un traitement palliatif. C'est en vain qu'on espérierait en triompher par l'usage des résolutifs et des altérants. Les préparations d'or, de mercure, d'iode, de ciguë, etc., échouent dans ces altérations de l'ovaire, comme dans toutes les autres espèces de lésions organiques.

On doit donc se contenter de soutenir le ventre et d'immobiliser la tumeur à l'aide d'une ceinture abdominale ou mieux d'une ceinture hypogastrique, et de prévenir ou de calmer les accidents et les douleurs par la prescription d'un régime convenable, de précautions hygiéniques et, quand il y a lieu, par l'usage des bains, des cataplasmes, des fomentations émoUientes ou narcotiques, ou même par l'administration de l'opium, de la belladone, du chloroforme, etc.

Si la malade réclame une opération chirurgicale, si elle demande instamment à être débarrassée de sa tumeur, la gastrotomie et l'extirpation de l'ovaire malade constituent la seule méthode applicable à la cure radicale des tumeurs dont nous venons de donner une courte description. Toutefois, la nature grave des lésions, les adhérences étendues et profondes qu'elles contractent avec les tissus voisins, rendent, dans ce cas, l'ovariotomie si difficile et si périlleuse, qu'il est plus prudent, suivant nous, de s'abstenir d'une opération qui expose les malades à une mort presque certaine.

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