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CHAPITRE V

COCCYALGIE OU COCCYODYNIE

On observe quelquefois, chez les malades atteintes d'affections utérines ou péri-utérines, une douleur vive, aiguë, siégeant dans la région coccygienne.

Cette douleur a été décrite par Simpson, Scanzoni et Courty sous la dénomination de coccyodynie. Quelques auteurs français lui donnent aussi le nom de coccy algie,

La coccyodynie est quelquefois idiopathique; elle existe alors isolément et se montre soit sur des enfants, soit sur des jeunes filles. Hôrschelmann, cité par M. Courty, Ta vue chez deux enfants de quatre à cinq ans; M. Courty dit l'avoir constatée lui-même chez une jeune fille de vingt et un ans, qui était vierge. Ces cas sont assez rares, et nous n'avons jamais eu l'occasion d'en rencontrer de semblables. Dans les faits peu nombreux que nous avons observés, la coccyodynie était associée à une affection de l'utérus ou de ses annexes. Simpson et Scanzoni l'ont vue survenir plusieurs fois chez des femmes récemment accouchées ; sur neuf cas mentionnés par Scanzoni, la douleur coccygienne s'était manifestée immédiatement après l'application du forceps. Une de nos malades avait éprouvé cette douleur à la suite de l'introduction d'un spéculum volumineux. L'exercice du cheval paraît influer aussi sur sa production. M. Courty signale enfin l'influence locale du refroidissement, et cite, à l'appui de cette opinion, l'exemple d'une de ses malades atteinte de coccyalgie et qui avait l'habitude de dormir le siège appliqué contre le mur.

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D'après ces données étiologiqiies^ la coccyodynie pourrait bien présenter deux formes, différentes par la nature et par le siège de la douleur. Tantôt, en effet, cette douleur a spécialement son siège dans l'articulation sacro-coccygienne, et elle paraît être alors soit d'origine rhumatismale, soit d'origine traumatique; dans le premier cas, elle procède d'un refroidissement; dans le second cas, elle provient d'une violence extérieure, d'un coup, d'une chute, ou d'une distension exagérée de l'articulation par la tête d'un fœtus, par le forceps ou par le spéculum. Tantôt la coccyalgie est de nature nerveuse et offre tous les caractères des névralgies; c'est alors surtout qu'il est permis de la ranger parmi les complications névralgiques des affections utérines et péri-utérines.

De là résulte la division de la coccyodynie en articulaire (rhumatismale ou traumatique] et en nerveuse ou névralgique.

Lorsque la coccyalgie est articulaire, elle se fait particulièrement sentir au niveau même de l'articulation sacro-coccygienne. Elle est augmentée par la pression sur ce point, par les mouvements imprimés à l'extrémité du coccyx et par tout changement de position un peu brusque. Elle est augmentée encore par la position assise et par les efforts de la défécation. Elle n'a pas le caractère lancinant; «lie ne s'irradie pas dans les régions voisines; elle peut exister indépendamment de toute affection utérine ou péri-utérine; ou si elle coïncide fortuitement avec une de ces affections, elle ne reçoit aucune modification de leur traitement.

La seconde variété de coccyalgie, ou coccyalgie névralgique, n'occupe pas un siège aussi exclusif et aussi limité que la précédente. La douleur est plus étendue, plus diffuse; elle s'irradie dans les parties voisines du coccyx, vers le sacrum, dans la région anopérinéale et dans la direction des nerfs lombaires et sacrés. Elle est lancinante, elle produit une hyperesthésie sur toute la peau de la région sacro-coccygienne; elle est quelquefois intermittente; d'autres fois elle présente des alternatives de rémittences et d'exacerbations. Ces exacerbations sont quelquefois d'une extrême violence. Elles coïncident le plus souvent avec les recrudescences fluxionnaires et inflammatoires qui se produisent dans les affections utérines ou péri-utérines, particulièrement aux époques menstruelles. La coccyalgie nerveuse coexiste ou alterne quelquefois avec d'autres douleurs névralgiques.

Quand la coccyodynie est liée à une maladie de l'utérus ou de ses annexes, elle suit le plus souvent une marche parallèle à ces maladies; alors elle augmente ou elle diminue avec elles, elle reçoit une inlluence favorable de leur traitement et guérit en même temps. Dans quelques cas, cependant, la douleur coccygienne se montre plus rebelle et persiste après la disparition de l'affection utérine ou périutérine j elle réclame alors une médication particulière.

Le traitement de la coccyodynie doit varier suivant qu'elle est articulaire ou névralgique.

La coccyodynie articulaire réclame le repos au lit, la position horizontale, l'immobilité du bassin; les topiques émoUients et calmants; les applications de pommades, de liniments ou d'emplâtres opiacés et belladones; les bains de siège tièdes préparés avec l'eau de guimauve, de sureau, de tête de pavot, de jusquiame, de datura stramonium; les badigeonnages de teinture d'iode laudanisée; les vésicatoires volants morphines ; et, lorsque les douleurs sont persistantes et trop vives, les injections hypodermiques de morphine ou d'atropine.

La coccyodynie névralgique, lorsqu'elle ne cède pas au traitement dirigé contre les affections utérines ou péri-utérines qu'elle complique, doit être traitée comme une névralgie simple, par des applications de chloroforme, de vésicatoires volants saupoudrés de morphine; par des injections sous-cutanées de morphine ou d'atropine. Nous avons employé aussi avec avantage les suppositoires d'opium et de belladone introduits dans le rectum. On peut concurremment administrer à l'intérieur les préparations opiacées, l'éther et le chloral. Si la coccyalgie est franchement intermittente, il y a lieu de recourir au sulfate de quinine.

Dans deux casoîi ces moyens avaient échoué, nous avons employé avec succès la cautérisation transcurrente superficielle, linéaire ou ponctuée, sur toute la région douloureuse.

Enfin, dans les cas réfractaires où rien ne réussit, Simpson a conseillé la section sous-cutanée des attaches musculaires, tendineuses ou ligamenteuses du coccyx; et quand cette opération échoue, il n'hésite pas à pratiquer l'ablation partielle ou totale de cet appendice osseux. Nous signalons cette opération, mais sans la conseiller.

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