CHAPITRE II
ATRÉSIE ET IMPERFORATION DE LA VULVE.
A le prendre rigoureusement dans le sens étymologique, atrésie signifie absence de trou (a privatif; rpmtç, trou), imperforation ou occlusion. Mais l'usage a étendu ce mot aux rétrécissements aussi bien qu'aux oblitérations ; de sorte que nous distinguerons avec les auteurs deux variétés, ou pour mieux dire deux degrés d'atrésie vulvaire : 1° une atrésie complète, 2" une atrésie incomplète.
1° Atrésie complète. — Elle est OU congénitale, ou accidentelle^
Elle consiste, soit dans l'adhérence des grandes lèvres, soit dans l'adhérence des petites lèvres, soit dans l'imperforation de la membrane hymen.
Cette troisième espèce, l'imperforation de l'hymen, est la seule atrésie vulvaire d'origine congénitale.
Les occlùsioris complètes ayant leur siège aiix grandes ou àitx petites lèvres sont toujours accidentelles. Elles sont généralement consécutives à des lésions de tissu, à des solutions de continuité rapprochées et soudées par une cicatrisation vicieuse. Leurs causes les plus ordinaires sont : des ulcérations dé diverse nature, et notamnient celles qui succèdent aux pustules varioliques; des plaies, des brûlures, des irritations, des déchirures et des violences comme celles qui résultent d'un viol, d'un coït brutal ou disproportionné.
Rien de plus facile à reconnaître que l'atrésie complète de la vulve. Mais cette constatation ne suffit pas; il faut, autant que possible, re-
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monter à la cause, afin d'en tirer des présomptions touchant le plus ou moins de profondeur et de gravité de la lésion, et d'en déduire des conséquences utiles pour le traitement.
L'atrésie complète de la vulve n'expose guère à des inconvénients sérieux avant l'âge de la puberté. Maisà dater de cette époque, l'imperforation ou l'oblitération vulvaire peut devenir la source d'incommodités et même d'accidents graves, en s'opposant au libre écoulement des menstrues et des autres sécrétions utéro-vaginales. Le sang cataménial, ainsi retenu dans les organes génitaux inliernes, s'y accumule au point de distendre douloureusement le vagin, puis l'utérus, de déterminer dans ces régions des phénomènes subinflammatoires d'une nature inquiétante et même de donner lieu quelquefois à des signes plus ou moins marqués de péritonite pelvienne ou de phlegmasie péri-utérine. L'aménorrhée, les douleurs gravatives et lancinantes dans le bassin, dans les lombes et vers l'hypogastre, la tuméfaction et la sensibilité exagérée de cette région, des symptômes de gêne ou d'irritation du côté de la vessie, du malaise général, de l'inappétence, des frissons, des nausées, parfois des vomissements, très-souvent de la dysurie ou même une grave rétention d'urine : telles sont les manifestations habituelles de la rétention des règles par une occlusion absolue de l'orifice vulvaire.
Plus tard celte infirmité entraîne d'autres conséquences. Elle est un obstacle à l'accomplissement des rapports conjugaux ; ou, si elle survient dans le cours d'une grossesse, elle peut devenir une sérieuse complication pendant le travail de l'accouchement.
2" Atrésies incoiut»icies. — Ces atrésies, ou simples rétrécissements de la vulve, sont moins rares que les atrésies complètes. Quelle que soit la cause de la lésion et quel qu'en soit le siége^ grandes lèvres^ petites lèvres ou hymen, le plus souvent elle est limitée sur quelques points; de telle sorte que son existence est compatible avec là fonction menstruelle ,et avec l'excrétion régulière des autres liquides provenant du vagin ou de l'utérus.
L'atrésie vulvaire incomplète peut cependant devenir un obstacle au coït, si l'adhérence des grandes ou des petites lèvres présente une solidité inaccoutumée, ou si la portion d'hymen imperforée offre, comme on l'a vu quelquefois, une résistance analogue à celle des tissus fibreux les plus denses.
Lorsque les adhérences de l'orifice vulvaire sont récentes et peu
profondes, il est facile de les détruire à l'aide d'un stylet ou d'une sonde cannelée, de la même manière que l'on détruit les cicatrices vicieuses envoie de formation.
Si les adhérences sont plus étendues, plus profondes et anciennes, plus résistantes et plus fermes, il faut les débrider, soit avec des ciseaux, soit avec le bistouri; puis, afin d'éviter une récidive, on maintient les lèvres de la plaie écartées, en interposant un bourdonnât de charpie enduit de cérat, jusqu'à ce que la cicatrisation soit achevée.
Dans les cas d'imperforation de l'hymen, on incise la membrane avec le bistouri, et l'on pratique, soit une incision simple, si l'imperforation est incomplète, soit une incision cruciale, si l'imperforation est complète. Il est parfois utile, chez les petites filles, de surveiller pendant quelques jours les suites de l'opération, afin de prévenir, s'il y a lieu, l'adhérence des lèvres de la plaie. Dans ce cas, un pansement approprié nous semblerait préférable à la dilatation de l'orifice vulvaire conseillée par quelques chirurgiens.