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CHAPITRE IV

L'inflammation de la vulve présente des caractères diûerents suivant qu'elle est superficielle ou profonde, qu'elle occupe seulement la membrane muqueuse, ou qu'elle s'étend plus profondément, soit au tissu cellulaire sous-jacent, soit aux glandes dont celte région est pourvue.

Aussi étudierons-nous à part la vulvite superficielle, la vulvite phlegmoneuse et la vulvite glanduleuse ou folliculaire.

ARTICLE PREMIER

VULVITE SUPERFICIELLE OU ÉRYTHÉMATEUSE.

Elle est caractérisée par une rougeur insolite de la muqueuse qui tapisse les grandes et les petites lèvres, le clitoris, le pourtour de l'urèthre, la membrane hymen, ou les caroncules myrtiformes. Ces parliez sont le siège d'une chaleur anormale et d'un certain degré de tuméfaction. Il s'y manifeste aussi de la douleur et un sentiment de cuisson, qui s'exagèrent au toucher et pendant les mouvements de la marche.

Une sécrétion leucorrhéique, dont l'abondance et la nature varient suivant le degré d'intensité de l'inflammation, baigne d'une manière incessante les parties phlogosées. Elle est tanlôt muqueuse, tantôt muco-purulente;, quelquefois mêlée de stries sanguinolentes.

Quand la phlegmasie est intense, Tépithélium tombe en certains points, et il se produit des érosions variables en nombre et en étendue.

Le contact de l'urine sur la membrane muqueuse enflammée et érodée détermine de vives douleurs. Si l'inflammation se propage dans le canal de l'urèthre, la miction est extrêmement pénible, et les malades éprouvent tous les phénomènes de la dysurie et de la strangurie.

La vulvite superficielle est assez fréquente chez les petites filles. Chez les femmes, l'inflammation est rarement bornée à la vulve;

elle s'étend presque toujours au vagin. On retrouve la vulvite simple chez les personnes âgées.

La cause la plus ordinaire de la vulvite est la malpropreté, la négligence ou l'oubli des soins de toilette que réclament les organes génitaux externes.

Chez les enfants, la vulvite est assez souvent le résultat de l'onanisme, quelquefois d'attentats à la pudeur commis avec violence, on du contact d'une matière virulente.

On la voit aussi se développer spontanément chez les sujets lymphatiques; elle prend alors le caractère catarrhal, et donne lieu à un écoulement très-abondant de muco-pus.

Les autres causes de la vulvite sont : une marche forcée, principalement chez les personnes obèses ; les excès de coït, l'état sédentaire ; l'usage abusif des chaufferettes, et tout ce qui entretient une chaleur exagérée dans les parties génitales.

La vulvite superficielle reste rarement à l'état aigu. Par un sentiment de pudeur facile à comprendre, les personnes qui en sont atteintes dissimulent la maladie, et ne se décident que tardivement à réclamer des soins, à moins que des circonstances particulières ne les y contraignent. Il en résulte que l'inflammation passe généralement à l'état chronique ; et souvent alors elle devient extrêmement rebelle. %

Nous n'insisterons pas sur le diagnostic, qu'une exploration directe rend toujours facile ; mais nous dirons qu'il importe de remonter à la cause de l'inflammation, d'en préciser, autant que possible, l'étendue, de s'assurer s'il n'existe pas de complication.

Au début de la vulvite superficielle, le traitement doit consister dans le repos, dans l'emploi des- topiques émoUients et calmants, des lotions souvent répétées, des bains de siège, des bains généraux à l'eau de son, etc.

Plus tard, et surtout dans la forme chronique, on a recours à la médication substitutive : lotions avec l'eau blanche, avec des solutions de sulfate de zinc, de sulfate de cuivre, d'azotate d'argent (au 16-=), etc.

Dans des cas rares et rebelles, on est obligé d'employer la cautérisation superficielle avec le nitrate d'argent cristallisé ou les badigeonnages avec la teinture d'iode.

Lorsque la vulvite se rattache au tempérament lymphatique ou à la diathèse scrofuleuse, il faut faire usage des lotions astringentes

(feuilles de noyer, écorce de chêne, solutions de sous-acétate de plomb, de sulfate de cuivre ou de zinc), des lotions de vin aromatique, des lotions sulfureuses, etc. A ces moyens locaux il est nécessaire d'associer un traitement général appropriée la diathèse : toniques, amers, ferrugineux, huile do foie de morue, bains de Baréges, bains de mer, eaux minérales bromo-iodurées, etc.; régime substantiel et analeptique.

ARTICLE IL

VULVITE PROFONDE OU PHLEGMONEUSE.

Quelquefois l'inflammation vulvaire, au lieu de rester limitée à la membrane muqueuse, se propage au tissu cellulaire sous-jacent et revêt tous les caractères du phlegmon.

La vulvite phlegmoneuse a spécialement son siège aux grandes lèvres, où son développement est singulièrement favorisé par l'abondance et la laxilé du tissu conjonctif.

La rougeur devient plus vive, la tuméfaction augmente; des douleurs lancinantes d'abord, puis tensives et continuelles, rendent difficiles les mouvements et la marche. Les ganglions inguinaux s'engorgent ; la grande lèvre enflammée se déforme, et vient, à la manière d'un bourrelet, fermer l'orifice vaginal. L'extrême sensibilité des parties rend le plus léger contact douloureux. L'émission de l'urine s'accompagne également de souffrances vives.

Les parties voisines sont le siège d'un gonflement œdémateux, et si le phlegmon occupe un seul côté de la vulve (ce qui est le cas le plus fréquent), l'œdème gagne le côté opposé. Fréquemment on trouve sur la grande lèvre enflammée une ou plusieurs ulcérations, qui sont tantôt la cause, tantôt l'effet de la phlegmasie.

Au bout de quelques jours la tension diminue, et une fluctuation évidente annonce la formation du pus, l'existence d'un abcès.

A ces phénomènes locaux se joignent ordinairement les symptômes généraux habituels de l'inflammation phlegmoneuse : fièvre intense, frissons, céphalalgie, malaise et courbature, anorexie, inappétence, langue chargée, bouche saburrale; quelquefois nausées et vomissements.

La vulvite phlegmoneuse se termine rarement par résolutioa ; le plus souvent elle aboutit à une collection purulente, qui peut s'ou-

vrir spontanément du côté de la face interne de la grande lèvre, grâce au peu d'épaisseur de la membrane muqueuse en ce point.

L'évacuation du pus, quand elle s'opère par une ouverture suffisante,, amène prompLement la cessation des douleurs; l'œdème circonvoisin diminue et s'efface ; l'engorgement des ganglions inguinaux se dissipe ; la fièvre tombe , avec les autres phénomènes généraux, et la guérison ne se fait pas longtemps attendre.

Quand le pus s'écoule par une ouverture insuffisante, la rémission des symptômes n'est que momentanée ; une nouvelle collection se forme, et les accidents du début renaissent, mais à un moindre degré, jusqu'à ce que l'art intervienne pour donner au pus une issue plus large. Dans certains cas, où la maladie est abandonnée à ellemême, l'ouverture de l'abcès persiste et devient fistuleuse.

Le traitement de la vulvite phlegmoneuse, au début, ne diffère pas du traitement de la vulvite simple aiguë : lotions émoUientes et narcotiques, bains de siège et bains entiers, cataplasmes ; boissons délayantes, purgatifs, repos, diète.

Quand la phlegmasie se termine par suppuration, il faut se hâter de donner issue au liquide purulent, au moyen d'une incision pratiquée avec un bistouri ou une lancette.

Si l'incision est suffisamment étendue, le pus s'écoule facilement, et la guérison s'opère avec rapidité.

Les soins consécutifs consistent dans l'application de topiques calmants, et dans des lavages fréquents, comme pour les abcès en général.

Nous entrerons dans de plus grands développements à l'occasion des abcès de la vulve.

ARTICLE IlL

VULVITE GLANDULEUSE.

Nous décrirons sous ce noni: 1° l'inflammation des glandes mucipares et sébacées de la vulve; 2 l'inflammation des glandes vulvo-vaginales.

§ I. — Inflammation des glandes mncipares et sébacées, on inflammation granuleuse.

L'inflammation de ces glandes est rarement primitive; le plus souvent elle apparaît concurremment avec la vulvite simple, dont elle n'est en quelque sorte qu'une propagation et qu'une forme profonde.

Elle se développe, par conséquent, sous l'influence des mômes causes; mais sa marche est beaucoup plus lente, et son opiniâtreté beaucoup plus grande. On peut dire qu'on ne la rencontre généralement qu'à l'état chronique.

Elle se manifeste par une turgescence des follicules mncipares et sébacés disséminés au pourtour de l'orifice vulvaire. Ces glandes, suivant leur degré d'hypertrophie, forment des saillies plus ou moins prononcées, quelquefois sensibles à la vue, toujours sensibles au toucher. Il en résulte un état granuleux de la muqueuse qui tapisse la face interne des grandes lèvres et la commissure supérieure de la vulve, d'où le nom de vulvite granuleuse qu'on peut encore donner à cette phlegmasie. Au niveau de ces granulations, la membrane présente habituellement, surtout à l'état subaigu, une petite tache ou auréole plus rouge que le tissu ambiant.

La sécrétion muqueuse et sébacée est tantôt augmentée simplement, tantôt modifiée dans ses qualités, par le mélange d'une faible proportion de pus.

Dans certains cas, le liquide de sécrétion, au lieu de s'écouler librement au dehors, s'amasse dans les glandules, leur donne une apparence plus exubérante encore et l'aspect de véritables pustules d'acné. C'est cette variété que M. Huguier a spécialement décrite sous les noms de foUiculite vulvaire, à'ecdermoptosis de^ follicules vulvaires, et que nous avons mentionnée, avec d'autres auteurs, sous le nom d'acné de la vulve, en parlant des maladies éruptives de cette région.

Le diagnostic de la vulvite granuleuse ne présente aucune difificulté.

On doit essayer d'abord de traiter cette inflammation par les topiques émollients, les lotions avec l'eau de feuilles de noyer, avec un mélange d'eau et de vin aromatique, et d'autres préparations analogues.

Si la maladie est rebelle à ces moyens, on a recours aux lotions astringentes (sulfate de cuivre, sulfate de zinc, alun, extrait de Saturne), ou aux lotions sulfureuses, aux badigeonnages avec la teinture d'iode mitigée, et en dernier lieu, aux cautérisations avec le nitrate d'argent. C'est là une véritable médication substitutive qui convient particulièrement lorsque la sécrétion des glandes vulvaires est visiblement altérée dans ses qualités.

§ II. — InOamaiation des glandes Tulvo-vaginales.

Les glandes vulvo-vaginales, au nombre de deux, sont placées, comme on le sait, de chaque côté de l'orifice vaginal, en arrière des petites lèvres, au niveau de l'union du quart inférieur avec les trois quarts supérieurs de la vulve. C'est en ce point que s'ouvre leur conduit sécréteur, en dehors de l'hymen ou des caroncules myrtiformes (voy. la description de ces glandes page 27).

L'inflammation simple de ces glandes importantes ne donne lieu qu'à un certain degré de tuméfaction, qui permet de constater aisément leur présence; à un boursouflement avec rougeur de leur orifice ; à un peu de douleur, que la palpation et surtout la pression exagèrent; à une hypersécrétion du liquide normal, hypersécrétion dont les proportions sont très-variables, mais qui va quelquefois jusqu'à simuler une leucorrhée et incommoder les malades par son abondance.

Cet état de phlegmasie peut se terminer spontanément par résolution, quand il est léger et le résultat des causes les plus simples.

Dans les cas contraires, l'inflammation passe à l'état chronique ou se termine par suppuration.

A l'état chronique, la tuméfaction des glandes vulvo-vaginales ^ diminue, la douleur disparaît; mais la supersécrétion persiste et souvent même augmente ; le liquide sécrété change aussi de nature et de couleur. Au lieu d'être clair, filant, d'une transparence parfaite, il devient louche, opaque, laiteux ou mucoso-purulent; il tache le linge, et la conq^ression de la glande le fait sourdre en abondance.

Si l'inflammation est intense ; si, au lieu d'être limitée aux canaux de la glande, elle en occupe tous les éléments, la suppuration s'établit, les conduits excréteurs sont oblitérés par le gonflement phlegmasique, le pus s'amasse, s'accumule, et forme un abcès.

Alors les parties enflammées s'engorgent, et la collection purulente soulève les tissus, et vient former, au niveau de la région qu'occupe la glande vulvo-vaginale, une tumeur globuleuse, dont le volume varie depuis celui d'un gros pois ou d'une cerise jusqu'à la grosseur d'une noix. Cette tumeur est extrêmement sensible au toucher; elle est le siège d'une chaleur cuisante, ainsi que de douleurs aiguës, lancinantes, que les moindres mouvements exagèrent et qui rendent la marche et la position assise impossibles.

Cet excès d'inflammation s'accompagne des symptômes généraux ordinaires : frissons légers, fièvre, inappétence, malaise, etc.

Gomme toutes les phlegmasies glanduleuses, celle des glandes vulvo-vaginales présente une grande ténacité, et est assez sujette, soit aux récidives, soit aux recrudescences; c'est habituellement à l'époque des règles et sous l'influence dumolimen menstruel, qu'ont lieu ces recrudescences ou ces récidives. Il n'est pas rare alors de voir l'abcès se reproduire à chaque exacerbation : nous avons eu l'occasion d'observer ce fait plusieurs fois.

L'inflammation des glandes vulvo-vaginales ou celle de leur conduit excréteur est tantôt primitive, tantôt consécutive.

Dans le premier cas, elle reconnaît ordinairement pour causes les excès de coït ou les violences criminelles exercées sur les parties sexuelles.

Dans le second cas, elle se montre dans le cours d'une vulvite érythémateuse simple ou blennorrhagique, qui, par voie de propagation, s'étend et pénètre jusque dans les organes glanduleux de la région.

Le traitement ne diffère pas de celui que nous avons exposé à propos de l'inflammation de la muqueuse vulvaire, des follicules mucipares et de la vulvite phlegmoneuse. Il faut se conformer aux mêmes principes. Seulement, si la phlegmasie se termine par un abcès, nous avons l'habitude, après l'ouverture de la collection purulente, le lendemain et plusieurs fois à deux ou trois jours d'intervalle, de cautériser avec le crayon de nitrate d'argent le trajet delà plaie, dans le but de prévenir l'adhérence, et de donner au pus un écoulement plus facile, sans introduire de mèche de charpie, de modifier la surface sécrétante, et d'amener une cicatrisation plus rapide et une cure radicale. Ce moyen si simple nous a constamment réussi.

90 DIFFORMITÉS ET JlALADlES DE LA VULVE.

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