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CHAPITRE Y

DE LA VAGINITE.

Définition. — On décrit généralement sous le nom de vaginite l'inflammation de la membrane muqueuse qui tapisse le vagin.

Quelques auteurs comprennent à la fois dans cette description la phlegmasie de la vulve et celle du vagin.

Pour plus de clarté, et comme l'inflammation de la vulve peut exister seule, isolée de l'inflammation de la muqueuse vaginale, nous avons préféré, à l'exemple d'autres écrivains, décrire à part ces deux phlegmasies.

Nous avons tracé plus haut l'histoire de la vulvite (page 83) ; il nous reste à faire celle de la vaginite.

Variétés. — La vaginite peut être partielle ou générale^ occuper soit l'entrée du vagin ou sa partie supérieure, soit la totalité de ce conduit. Cette division a peu d'importance clinique.

Mais il en est d'autres fondamentales, qui consistent à distinguer la vaginite : 1" relativement à sa nature, en simple et en virulente ou hlennorrhagique ; — 2° relativement à sa marche, en aiguë et en chronique; — .^o relativement à son siège anatomique, en érythémateuse ou mperficielle, en phlcgmonense ou profonde, en glanduleuse ou gtrinuleiise.

Nous indiquons ces variétés en raison de leur valeur traditionnelle et de leur portée classique ; mais nous ne croyons pas qu'il soit nécessaire de s'y astreindre dans une description didactique. Nous aimons mieux présenter dans un tableau synthétique l'histoire générale de la vaginite, en ayant soin^ de signaler, chemin faisant, chacune de ses espèces.

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Étioiogie. — La vaginite simple ou non virulente peut naître spontanément sous l'influence de certaines dispositions natives, et, en particulier, du vice scrofuleux, qui constitue, comme on le sait, la prédisposition la plus active aux phlegmasies des muqueuses.

Les causes efficientes les plus communes sont : la propagation d'un travail phlegmasique primitivement développé sur la vulve ou dans l'utérus ; l'irritation continuelle de la muqueuse vaginale par les mucosités ou le muco-pus provenant de l'utérus dans le cours d'une métrite; les injections trop chaudes ou pratiquées avec des substances irritantes ou caustiques ; les abus de coït ; la disproportion des organes sexuels; l'introduction trop souvent répétée ou le séjour d'un corps étranger solide (sondes, canules, spéculum, pessaires, éponges ou sachets); les tentatives de viol; les manœuvres obstétricales; les opérations qui se pratiquent sur le vagin ; l'abus des chaufferettes, des bains de pieds; l'exercice exagéré de l'équitation, le séjour trop prolongé au lit, un état trop sédentaire, la constipation habituelle, etc.

La vaginite virulente, blenjiorrhagique ou vénérienne, ne reconnaît qu'une cause unique, la contagion directe, s'opérant habituellement, dans un coït impur, par le dépôt du muco-pus virulent de la blennorrhagie uréthrale de l'homme sur un point de la vulve ou du vagin.

Symptomatoiogie. — La vaginite simple et la vaginite virulente diffèrent essentiellement par leur nature, leur étioiogie et leur mode de propagation. Quoi qu'il en soit, on n'a découvert jusqu'à présent, dans leur appareil sémiologique aucune différence qui puisse justifier pour chacune d'elles une description spéciale.

Nous ne décrirons donc séparément que la vaginite aiguë et la vagini te chronique.

ARTICLE PREMIER

La muqueuse vaginale enflammée est d'un rouge vif plus ou moins intense, quelquefois même violacée, au lieu de la teinte légèrement rosée ou rose pâle qu'elle présente habituellement. Cette rougeur est tantôt uniformément répandue, tantôt disséminée, soit par petites taches arrondies formant un pointillé assez régulier, soit par plaques

plus OU moins larges affectant des formes variées et une distribution [rTégulière [Vaginite éryfhémateuse).

Quelquefois on observe çà et là des élevures papillaires qui donnent à la muqueuse vaginale un aspect chagriné et une surface un peu rugueuse. Cette disposition, assez fréquente chez les femmes enceintes^ a été bien décrite par MM. Ricord, Blatin et Deville, sous les noms de vaginite papuleiise, glanduleuse ou granuleuse.

D'autres fois l'inflammation détermine sur la muqueuse vaginale des pertes de substance, variables en profondeur et en étendue, des érosions ou des ulcérations analogues à celles qu'on rencontre dans la métrite externe, sur le museau de tanche. Quelques auteurs voient là une autre variété de vaginite qu'ils nomment w/cerewse. Nous croyons que le plus souvent ces ulcérations sont de mauvaise nature et appartiennent probablement à la syphilis.

Dans la vaginite suraiguë, la muqueuse est tuméfiée, boursouflée, et le tissu cellulaire sous-muqueux, participant quelquefois à la phlegmasie, présente un certain degré d'empâtement et d'infiltration ( Vaginite phlegmoneuse).

La région malade est le siège d'une modification de la sensibilité, se traduisant tantôt par des picotements ou des démangeaisons vives, tantôt par un sentiment de cuisson, d'ardeur, et même de brûlure, très-prononcé surtout à la vulve ou dans la profondeur du vagin. En même temps il existe une douleur incommode, tensive ou pulsative, qui augmente sous l'influence de la chaleur, de la marche et du mouvement, qui rend le toucher vaginal impossible et le rapprochement sexuel impraticable.

Il s'écoule par la vulve un liquide abondant, offrant tous les caractères du muco-pus, d'une couleur habituellement jaune verdâtre, d'une odeur fade, souvent fétide et repoussante. Ce liquide est quelquefois teint de sang. 11 présente une réaction franchement acide. A l'examen microscopique, on y découvre des cellules épithéliales;, des corpuscules sanguins et des globules purulents ou pyoïdes: il n'est pas rare d'y trouver aussi un infusoire que M. Donné a désigné sous le nom de Tricliomonas vaginalis.

Le liquide fourni par la vaginite détermine autour de la vulve et à la partie supérieure des cuisses une rougeur érythéraateuse, un véritable intertrigo, et quelquefois môme des érosions de la peau, qui rendent la marche très-pénible.

La vaginite aiguë, et surtout la vaginite blennorrhagique, se prô-

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page quelquefois aux glandes vulvo-vaginales et assez souvent à l'urèthre. Dans ce dernier cas les malades éprouvent des envies fréquentes d'uriner, du ténesme vésical, des douleurs cuisantes pendant la miction, de l'ischurie et même de la strangurie. La défécation est douloureuse aussi, et la nécessité d'y satisfaire excite chez les malades une appréhension extrême.

Lorsque la vaginite aiguë est peu étendue ou lorsqu'elle offre peu d'intensité, elle ne s'accompagne d'aucun phénomène de réaction générale ; mais quand elle occupe toute la cavité vaginale, ou quand elle présente un certain degré d'acuité, et surtout quand elle se com-, plique de métrite, elle provoque la plupart des accidents fébriles caractéristiques des phlegmasies aiguës.

La majeure partie des symptômes locaux de la vaginite peuvent être vérifiés par l'exploration directe.

La tuméfaction de la vulve, la rougeur de la muqueuse vulvovaginale,rérythème des cuisses et l'écoulement leucorrhéique, sont des phénomènes faciles à constater par la vue.

Le toucher, qu'on doit pratiquer avec une prudence extrême et des ménagements excessifs, permet de juger de la chaleur brûlante, du boursouflement, de l'hyperesthésie, et parfois de l'état granuleux de la muqueuse vaginale. Lorsque les douleurs sont trop vives, il faut expressément s'abstenir de ce mode d'examen.

A plus forte raison doit-on renoncer à l'introduction du spéculum, jusqu'à ce que, les symptômes suraigus s'étant amendés, la muqueuse vaginale puisse supporter le contact d'un corps étranger.

Lorsque cet examen est devenu possible, on constate l'étendue de la rougeur inflammatoire et son intensité, l'état de la surface vaginale, la présence de granulations ou d'ulcérations, leur siège, leur quantité, leur étendue, leur profondeur, etc.

ARTICLE IL

La vaginite chronique peut débuter d'emblée ou succéder à la vaginite aiguë.

Elle ne diffère de celle-ci que par sa durée, par l'atténuation des symptômes et par l'absence de tout phénomène de réaction.

Ainsi, la rougeur de la muqueuse est beaucoup moins intense ; la

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tuméfaction est ordinairement nulle. La douleur est nulle aussi le plus souvent, ou bornée simplement à quelques picotements, à des démangeaisons, qui généralement ne sont insupportables que par leur opiniâtreté.

Les caractères de l'écoulement sont variables. Il est tantôt jaune verdâtre, comme dans la vaginite aiguë; tantôt il est blanc et laiteux, analogue à de la crème.

Rarement les malades éprouvent des troubles du côté de la vessie et du rectum; ou|bien, lorsque ces phénomènes existent, ils sont très-modérés.

En général, on peut aisément pratiquer le toucher et l'examen au spéculum dans la vaginite chronique. Cependant il est des malades douées d'une hyperesthésie vaginale native qui rend impossible l'exploration directe sans le secours du chloroforme.

On doit y avoir recours toutes les fois qu'elle est praticable, pour vérifier l'état de la muqueuse vaginale et reconnaître la véritable source de l'écoulement leucorrhéique.

marche, durée, terminaisons. — La vaginite aiguë, quelles qu'en soient les variétés, affecte ordinairement une marche régulière ; les symptômes qui la caractérisent atteignent assez promptement leur maximum d'intensité; puis ils vont en diminuant progressivement, et le plus souvent la phlegmasie passe à l'état chronique. C'est sa terminaison lapins commune; très-rarement elle se termine spontanément par résolution.

La vaginite chronique est une affection rebelle, qui se perpétue pendant des années entières, et dont il ne faut guère attendre la guérison spontanée.

Dans son cours, elle est sujette à des exacerbations, provoquées par la fluxion menstruelle ou par l'intervention de quelqu'une des causes mécaniques que nous avons énumérées à l'occasion de l'étiologie, et plus spécialement par les excès de coït ou par l'abus des injections chaudes ou irritantes.

Complications. — La vaginite, soit aiguë, soit chronique, se complique fréquemment d'une phlegmasie de la muqueuse utérine, et surtout de celle qui recouvre le museau de tanche ; d'une inflammation de l'urèthre et de la vessie; de phlegmon et d'abcès sous-muqueux, de fistule vésico- vaginale, etc.

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Dans ce dernier cas, la vaginite est entretenue et sans cesse aggravée par l'irritation que détermine le passage des urines sur une muqueuse qui n'est pas accoutumée à leur contact.

Les chancres, les plaques muqueuses, les ulcérations syphilitiques de la vulve ou du vagin, les bubons vénériens, accompagnent quelquefois la vaginite blennorrhagique.

Diagnostic. — Il n'est guère plus difficile de reconnaître une vaginite qu'une stomatite; car on a, pour ainsi dire, sous les yeux et sous la main les signes de la maladie.

Mais on doit s'appliquer à constater le degré, le siège précis, l'étendue, les causes, la nature de la phlegmasie et ses complications, s'il en existe.

Il importe surtout de déterminer si la vaginite est simple ou virulente.

La vaginite virulente se reconnaît à son origine contagieuse et quelquefois aux accidents syphilitiques dont elle peut s'accompagner.

Pronostic. — La vaginite simple ne met jamais immédiatement en danger les jours des malades; considérée en elle-même et par rapport à la santé générale, c'est donc une affection de peu de gravité. Mais elle peut acquérir des conséquences fâcheuses par sa durée, par son opiniâtreté, par la propagation du travail inflammatoire à l'utérus, à la vessie, aux ovaires et même au péritoine.

La vaginite aiguë occasionne plus d'incommodités et de douleurs que la vaginite chronique ; mais elle est moins rebelle aux moyens de traitement. Parmi les formes de la vaginite simple, la vaginite granuleuse et la vaginite ulcéreuse sont les plus difficiles à guérir, en raison de la profondeur et de l'intensité de la lésion inflammatoire.

La vaginite blennorrhagique emprunte à sa virulence, à sa tendance à la propagation, ainsi qu'à la propriété contagieuse de son produit de sécrétion, un degré de gravité que n'offre point la vaginite simple.

Ici se présente le problème relatif à la nature de la vaginite blennorrhagique. Cette affection constitue-t-elle une inflammation purement locale? ou bien ne participe-t-elle pas des propriétés virulentes de la syphilis, et n'est-elle pas susceptible d'infecter secondairement l'économie ? Les auteurs sont divisés sur la solution qu'il convient de donner à ces questions. Suivant M. Lagneau, dont Dupuytren et

Lisfranc avaient adopté la doctrine, la vaginite chez la femme, comme la blennorrhagie chez l'homme, serait un accident de nature syphilitique et exposerait à tous les dangers d'une infection générale. M. Ricord a soutenu des principes opposés. S'appuyant sur l'observation clinique et sur les résultats de l'expérimentation, il a établi que la vaginite blennorrhagique constitue une phlegmasie différente de la vaginite simple par ses propriétés contagieuses, mais différente aussi des affections syphilitiques en ce qu'elle n'infecte jamais l'économie et qu'elle n'est pas suivie des manifestations secondaires et tertiaires de la vérole. A ce compte^ ce serait donc une inflammation spéciale, mais non spécifique ; une inflammation vénérienne, mais non syphilitique. Dans les cas où la blennorrhagie a été suivie d'accidents consécutifs chez la femme, ou bien dans ceux où elle a déterminé chez l'homme des phénomènes syphilitiques, c'est qu'elle était compliquée de chancre ou de plaques muqueuses ; et alors l'infection était due à ces deux dernières lésions, et non point à la phlegmasie vaginale. Nous nous rangeons complètement sous ce rapport à l'opinion de M. Ricord. Nos propres observations sont en complète harmonie avec la doctrine de cet éminent syphilographe.

La contagion de la vaginite blennorrhagique n'est révoquée en doute par aucune école. Mais la vaginite simple peut-elle, comme l'ont soutenu quelques auteurs, devenir elle-même contagieuse?

Des faits très-nombreux nous ont démontré jusqu'à l'évidence que l'inflammation simple de la muqueuse vaginale n'est pas habituellement contagieuse. Mais ne peut-elle pas le devenir quelquefois, soit sous l'influence de certaines modifications subies par le produit de sécrétion, soit sous l'influence des conditions organiques dans lesquelles se trouve l'homme au moment du coït? Ainsi, on a observé des exemples de contagion pendant la période menstruelle, à la suite des abus de coït, des excès de table, de l'ingestion immodérée du café, de la bière et de toute espèce de liqueurs excitantes et alcooliques.

La blennorrhagie contractée de cette façon peut-elle devenir contagieuse à son tour?

Cette question est tellement délicate^ et dans la majorité des cas tellement enveloppée de mystère^, qu'il n'est guère possible de la résoudre d'une manière satisfaisante. Aussi ne saurait-on apporter trop de réserve et trop de circonspection dans l'appréciation des faits qui s'y rattachent.

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Traitement loeai. — La vaginite aiguë, au début, lorsque les phénomènes inflammatoires sont très-prononcés, lorsque la tuméfaction et la sensibilité des parties sont portées très-loin, réclame le repos absolu^ un régime sévère, l'usage des boissons délayantes, des bains entiers ou des bains de siège tièdes, émollients, à l'eau de son ou de guimauve, additionnée d'une décoction de têtes de pavot. On peut aussi, quand la vulve est fortement enflammée, prescrire l'application de cataplasmes adoucissants sur le bas-ventre et entre les cuisses. A ces moyens, on doit ajouter encore les lavements émollients, qui exercent une action sédative sur les tissus malades, et les lavements légèrement laxatifs, afin de prévenir la constipation.

Dans certains cas, oii l'inflammation est très-intense et s'accompagne de réaction fébrile, il est utile d'appliquer des sangsues autour de la vulve ou sur l'hypogastre.

Lorsque l'inflammation est diminuée, que la tuméfaction est moindre et la douleur moins vive, on ajoute aux remèdes précédents les injections vaginales émollientes et narcotiques. Mais plus tard, quand l'état des parties permet l'introduction d'un spéculum dans le vagin, on doit renoncer aux émollients, qui ne sont que des moyens purement palliatifs, et recourir à la médication substitutive, la seule dont on puisse attendre des résultats satisfaisants.

Parmi les substitutifs, les uns sont simplement astringents, comme l'alun, le sulfate de zinc, le sulfate et le perchlorure de fer, le sousacétate de plomb, le tannin, les décoctions de tan, de feuilles de noyer, etc.; les autres sont caustiques, comme la teinture d'iode, et le nitrate d'argent.

Ces substances peuvent être employées sous diverses formes et suivant différents procédés, qui sont : l'insufflation, les injections, le tamponnement et le badigeonnage.

On peut insuffler dans le vagin les poudres d'alun^ de sulfate de zinc, de tannin, de sous-nitrate de bismuth, ou les y porter directement à l'aide d'une boule de coton qu'on ne retire que le lendemain.

Les injections se pratiquent avec une solution plus ou moins con* centrée des substances précédemment indiquées.

Le tamponnement consiste à placer dans le vagin et à y laisser séjourner des tampons de charpie imbibés de ces solutions et renouvelés toutes les vingt-quatre heures.

Le badigeonnage s'opère en touchant avec l'agent substitutif, soit en nature, soit en suspension ou en solution dans l'eau, toute la surface du conduit vaginal, préalablement essuyée et débarrassée de toute impureté. Un spéculum est introduit dans le vagin, puis retiré avec lenteur; on touche ainsi successivement toutes les parties de la muqueuse enflammée qui se présentent dans le champ de l'instrument, d'arrière en avant, depuis le cul-de-sac vaginal jusqu'à la vulve.

Les astringents proprement dits : alun, sulfate de zinc, sous-acétate de plomb, tannin^ sous-nitrate de bismuth, s'emploient souvent en lotions, en injections et en tamponnement.

Le tannin, la teinture d'iode et le nitrate d'argent s'emploient en tamponnement et en badigeonnage.

L'alun, le sulfate de zinc, le sous-acétate de plomb, le tannin, le sous-nitrate de bismuth, sont employés à la dose de 1 à 10 grammes pour un litre d'eau; la teinture d'iode, tantôt pure, tantôt étendue d'eau en proportions variables; le nitrate d'argent à différentes doses, depuis 1 partie pour 15 d'eau distillée, jusqu'à 1 partie pour 3 et même jusqu'à ^, ou à parties égales.

Indications de ces divers modes de traitement. — L'emploi dcs astringents en injections constitue une médication très-insuffisante et généralement illusoire. Ces mêmes substances, portées dans le vagin par le procédé du tamponnement, peuvent guérir dans certains cas où la vaginite est bénigne; mais, même alors, le traitement est d'une longue durée, et souvent il amende la lésion plutôt qu'il ne la fait disparaître.

Quelques praticiens assurent avoir retiré de bons effets de la teinture d'iode, appliquée suivant le procédé du tamponnement ou celui du badigeonnage. Les expériences de Becquerel et les résultats numériques qu'il consigne dans le tome I*' de son ouvrage paraissent assez favorables à la médication iodée. Nous-même, depuis la publication de la première édition de cet ouvrage, nous avons employé cette médication avec avantage, et nous avons reconnu qu'elle réussit spécialement dans certaines vaginites anciennes et rebelles au nitrate d'argent.

Becquerel préconise aussi beaucoup l'emploi du tannin en solution concentrée, et lui attribue les meilleurs effets dans le traitement de la vaginite.

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Dans ces derniers temps, on a singulièrement vanté l'usage des injections concentrées de sous-nitrate de bismuth dans la blennorrhagie chez l'homme et chez la femme; mais nous pensons que ce moyen convient surtout aux vaginites chroniques et de peu d'intensité.

La médication qui nous a fourni les meilleurs résultats, dans la majorité des cas, c'est la cautérisation de la muqueuse vaginale avec le nitrate d'argent.

Nous préférons le badigeonnage au tamponnement, et l'emploi de la solution concentrée à celui du crayon d'azotate d'argent.

Nous avons grand soin et nous recommandons expressément de n'épargner aucun point de la muqueuse enflammée; c'est là une condition indispensable au succès de la méthode. Si elle échoue quelquefois, si elle ne procure pas des guérisons assez promptes, ou si elle est suivie de récidives, c'est que certains plis du vagin, et surtout le cul-de-sac utéro-vaginal, ont échappé à la cautérisation. Pour parvenir plus sûrement à cautériser le cul-de-sac vaginal et à détruire l'inflammation en ce point, nous faisons l'opération en deux temps. Dans le premier temps, nous pratiquons la cautérisation 'péricervicale, en promenant autour du col de la matrice jusqu'au fond du cul-de-sac un très-petit pinceau de charpie chargé de nitrate d'argent liquide : de cette manière, tout le fond du vagin se trouve cautérisé; car, si quelque point du cul-de-sac échappe au contact du pinceau, il est ultérieurement cautérisé lorsque, au moment du retrait du spéculum, il se remet en contact avec le pourtour des lèvres du museau de tanche, encore imprégnées de la solution caustique. Dans le second temps, nous cautérisons le reste du vagin avec un gros pinceau de charpie, au fur et à mesure que le spéculum est retiré, selon la méthode ordinaire. Le premier eff"et de la cautérisation est de déterminer une véritable recrudescence dans les phénomènes inflammatoires. Les parties deviennent plus rouges, plus tuméfiées et plus douloureuses; la sécrétion pathologique augmente. Au bout d'un temps qui varie entre une heure et six heures, cette exacerbation se dissipe graduellement; et, les jours suivants, on constate une amélioration caractérisée par la diminution de l'écoulement et par les modifications favorables qu'il a subies.

Lorsque les choses se passent ainsi, il est à propos de revenir à la cautérisation tous les cinq ou six jours, et avec le même

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caustique, jusqu'à ce qu'on observe une amélioration très-sensible, un amendement durable des phénomènes inflammatoires, et une marche franchement rétrograde du travail phleginasique. Alors on doit se servir de solutions caustiques de plus en plus faibles^ et éloigner les cautérisations de manière à ne pratiquer les dernières qu'à dix ou douze jours de distance. Dans l'intervalle des cautérisations, et afin de modérer les douleurs et les autres symptômes de recrudescence, il est utile de prescrire des cataplasmes sur l'hypogastre et, sur la vulve, des lotions et des injections fraîches et émollientes;, des bains de siège ou des bains entiers, etc. Les lotions, les injections et les bains ont, en outre, l'avantage de débarrasser les parties malades des produits de l'écoulement^ et de les entretenir dans un état de propreté qui n'est pas indifférent au succès du traitement et à la rapidité de la guérison. A une certaine période, et comme complément, lorsque les cautérisations sont bien supportées et n'occasionnent plus de douleurs, nous faisons pratiquer des injections vaginales astringentes (alun, sulfate de zinc, sulfate de cuivre, sulfate de fer), ou balsamiques (goudron, copahu, phénol, acide phénique^ etc.)

Quelquefois l'exacerbation qui accompagne l'emploi des moyens substitutifs, astringents et caustiques, au lieu d'être passagère et de se dissiper spontanément au bout de quelques heures^ persiste et même augmente au point de constituer un état aigu aussi grave que le premier. Il peut arriver même, dans les cas de ce genre, que l'inflammation se propage promptement à la vessie, à l'utérus, aux ovaires, aux tissus péri-utérins et jusqu'au péritoine.

De semblables accidents peuvent provenir de trois causes différentes : ou de ce qu'on a eu recours prématurément aux moyens substitutifs, ou de ce qu'on a employé un caustique trop énergique, ou, ce qui se voit le plus souvent, de ce qu'on a méconnu certaines phlegmasies préexistantes de l'utérus ou de ses annexes.

Il faut donc, pour éviter ces fâcheuses recrudescences, procéder avec une prudence extrême, et attendre que tous les phénomènes aigus aient fait place aux symptômes de l'état subaigu, avant d'employer les injections astringentes ou les cautérisations.

11 faut aussi se préoccuper de l'état de la matrice, des ovaires et des tissus péri-utérins. Car, s'il existe un degré quelconque de phlegmasie dans un de ces organes, il importe expressément de le combattre par les médications appropriées, avant d'attaquer directement la vaginite.

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Tels sont les moyens les plus généralement employés dans le traitement de la vaginite aiguë et subaiguë; tels sont aussi les principes qui doivent guider dans l'emploi de ces moyens.

Sauf la médication antiphlogistique, qui convient à la première période de la vaginite aiguë, la même thérapeutique est applicable à la vaginite chronique.

Dans cette dernière forme, on a moins à redouter les exacerbations, les recrudescences inflammatoires; aussi peut-on employer plus hardiment les astringents et les caustiques. Pourtant il faut encore ici se défier des complications de métrite, d'ovariteou de phlegmasie péri-utérine, et instituer le traitement de ces phlegmasies avant d'aborder celui de la vaginite, dans le but de prévenir des accidents graves du côté de la matrice et de ses annexes. Il y a, d'ailleurs, une autre raison pour combattre d'abord l'inflammation de l'utérus, de l'ovaire ou des tissus péri-utérins, c'est ^que ces phlegmasies exercent l'influence la plus funeste sur celle de la muqueuse vaginale, et qu'un grand nombre de vaginites ne guérissent pas parce qu'elles sont entretenues par une complication inflammatoire dans un organe voisin et dans l'utérus en particulier, ainsi que nous l'avons observé assez fréquemment.

La vaginite chronique fait souvent par son opiniâtreté le désespoir des médecins; ainsi s'expliquent la variété des traitements qu'on lui a opposés et la multiplicité des remèdes tour à tour préconisés et rejetés.

C'est surtout dans ces vaginites réfractaires que l'on a employé les injections balsamiques de goudron et de copahu, les injections sulfureuses, les injections avec la décoction de suie, de teinture d'iode, le sous-nitrate de bismuth, le tamponnement du vagin avec la poudre d'amidon seule ou mélangée d'alun pulvérisé.

C'est dans les mêmes cas que M. Velpeaua recommandé les injections fréquemment répétées de décoction de roses de Provins dans du gros vin; et qu'on a employé avec succès les irrigations froides à l'aide d'un irrigateur à double courant, prolongées pendant une demi-heure ou une heure.

Enfin, dans un cas de vaginite invétérée, qui avait résisté à un traitement continu de dix-huit mois par des injections astringentes variées et par la cautérisation au nitrate d'argent, je suis parvenu à obtenir une guérison prompte et radicale au moyen d'une seule cautérisation

de toute la surface vaginale avec le nitrate acide de mercure du Codex. J'ai dû ce succès à la méprise d'un de mes aides, qui m'a donné par mégarde le nitrate acide de mercure au lieu du nitrate d'argent. Ayant reconnu tout de suite l'erreur, je me hâtai de laver le vagin à grande eau, afin d'entraîner l'excédant du caustique. Cette cautérisation a provoqué rapidement des douleurs atroces, tous les accidents de l'intoxication mercurielle, une augmentation considérable de l'écoulement vaginal; mais peu à peu ces phénomènes se sont dissipés: au bout d'un mois environ, la malade était entièrement guérie, sans lésion consécutive du vagin.

Malgré cet heureux résultat, nous ne conseillons pas de recourir habituellement à une médication aussi énergique. On peut l'employer uniquement dans quelques cas exceptionnels, quand on a épuisé vainement, pendant longtemps, les ressources ordinaires de la thérapeutique. Alors il est nécessaire de procéder par cautérisations lentes, partielles et successives, alternant avec des lotions froides destinées à entraîner l'excédant du caustique. De cette manière on parvient à éviter les effets de l'intoxication mercurielle.

Traîtement général. — Est-il nécessaire de soumettre à un traitementgénéral les malades affectées de vaginite? Nous avons répondu implicitement à cette question en discutant la nature de la phlegmasie vaginale. Ceux qui, avec M. Lagneau et son école, regardent la vaginite comme une affection syphilitique, ne se bornent point à combattre cette phlegmasie par des moyens locaux; ils instituent simultanément une médication spécifique, consistant dans l'emploi des mercuriaux. M. Ricord a rendu un immense service en démontrant l'inutilité de ce traitement dans une maladie purement locale et de nature inflammatoire. Ici encore nous partageons les doctrines de l'éminent syphilographe, et nous avons l'habitude de ne recourir à des moyens généraux que lorsque leur emploi est justifié par quelque complication.

Les complications qui réclament une médication générale dans le cours delà vaginite sont: l'existence d'un chancre ou de plaques muqueuses (traitement mercuriel), d'une cystite, d'une métrite interne ou d'une phlegmasie péri-utérine (antiphlogistiques, révulsifs, résolutifs, etc.), d'un état chloro-anémique (toniques, ferrugineux.

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préparations de quinquina), d'un état nerveux général, d'une disposition hystérique (calmants et antispasmodiques).

Dans les cas où la vaginite est manifestement liée à une prédominance du tempérament lymphatique ou aune constitution franchement scrofuleuse, on administre à l'intérieur les médicaments ré-' pûtes altérants et antiscrofuleux : les composés d'iode, l'huile de foie de morue, le sirop antiscorbutique, les tisanes amères, etc.

Traitement hygiénique. — Nous avons déjà dit quc dans là vaginite aiguë les malades doivent être assujetties à un régime sévère et au repos le plus complet.

Dans la vaginite chronique, le repos et la sévérité du régime ne sont pas de rigueur; mais ce sont des adjuvants utiles au traitement local; et celui-ci réussit d'autant mieux et d'autant plus vite, que les malades observent des prescriptions hygiéniques plus sévères.

Dans la vaginite aiguë, les malades ont une telle répugnance pour les rapports sexuels, qu'il est à peu près superflu de leur en interdire l'usage ; mais il ne faut pas négliger de prescrire la continence absolue aux femmes atteintes de vaginite chronique. Souvent c'est pour avoir enfreint trop facilement ce précepte, que le plus grand nombre dès malades voient se perpétuer indéfiniment la phlegmasie vaginale, et épuisent en vain, pendant des mois et même des années, toutes les ressources de la thérapeutique.

Dans ce chapitre, nous n'avons pu présenter qu'une description nécessairement incomplète de la vaginite glanduleuse et de la vaginite phlegmoneuse.

L'histoire de ces deux variétés trouvera naturellement son complément dans le chapitre suivant consacré aux abcès du vagin.

Nous nous sommes bornés également à signaler les complications (ovarite, phlegmasies péri-utérines, etc.). La plus fréquente de ces complications est, sans contredit, l'ovarite. Elle se montre souvent SGus la forme aiguë pendant le cours de la blennorrhagie vaginale, de même que l'orchite, chez Thomme, pendant le cours de la blennorrhagie uréthrale. Nous reviendrons sur cette complication de la vaginite à l'occasion de l'inflammation des ovaires.

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