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ABCÈS DIT VAGIN

Les abcès du vagin s'annoncent par des douleurs d'abord gravatives, puis lancinantes, dans les parties affectées. Bientôt ces douleurs augmentent d'intensité, deviennent pulsatives et continues, avec de fréquentes exacerbations. Elles s'accompagnent d'une sensation de chaleur insupportable, et s'irradient dans le bassin, vers les régions inguinales et surtout du côté du périnée et du rectum. Ce dernier symptôme acquiert son maximum d'intensité lorsque l'abcès a son siège sur la paroi vaginale postérieure; il en résulte une pesanteur pénible vers l'anus, des épreintes fréquentes et des souffrances très-aiguës pendant l'acte de la défécation.

Si l'abcès siège sur la paroi antérieure du vagin, il n'est pas rare d'observer des phénomènes de voisinage dans la vessie ; ténesme, irritation du col vésical, miction difficile et douloureuse.

Les douleurs occasionnées par les abcès du vagin augmentent sous l'influence des efforts et des mouvements: les malades peuvent difficilement se baisser et rester assises; elles marchent avec peine, souvent même elles ne peuvent exécuter quelques pas sans éprouver d'horribles souffrances. Il leur est impossible de supporter les secousses et les cahotements d'une voiture.

A ces symptômes locaux se joignent habituellement les phénomènes généraux ordinaires des inflammations suppuratives : malaise, courbature, inappétence, frissons irréguliers, mouvement fébrile.

L'examen au spéculum est extrêmement difficile ; quelquefois même il faut y renoncer^ en raison de l'extrême endolorissement des parties.

Le toucher vaginal^ très-douloureux aussi, doit être pratiqué avec de grandes précautions. Il permet de constater la présence d'une tumeur formant dans le vagin une saillie variable, depuis la grosseur d'un œuf de pigeon jusqu'au volume d'un œuf de poule. Chez une des malades que nous avons observées, l'abcès occupait presque toute l'étendue de la paroi postérieure et obstruait en grande partie le conduit vaginal.

Cette tumeur est globuleuse, bien circonscrite, très-douloureuse à la pression; sa température est plus élevée que celle des tissus voisins ; on peut aisément y constater une fluctuation caractéristique.

A ces signes il est impossible de ne pas distinguer nettement les abcès du vagin d'avec toute autre tumeur, liquide ou solide, kystd

OU polype, dont ce canal peut être le siège. Nous avons déjà dit plus haut qu'il ne faut pas, non plus, confondre les abcès proprement dits du vagin avec les collections purulentes diffuses se rattachant à l'existence d'un phlegmon pelvien ou d'un phlegmon péri-utérin suppuré. Dans ces deux cas, la marche des symptômes est bien différente, et le foyer des phénomènes phlegmasiques est dans l'excavation pelvienne même. C'est là, dans l'une des deux fosses iliaques, ou dans le tissu cellulaire des ligaments larges, que l'inflammation débute et qu'elle se montre avec le plus d'intensité. La sensibilité excessive de l'hypogastre ou de la région péri-utérine, dès le début de la maladie, la formation d'une tumeur, soit au niveau des fosses iliaques, soit dans le cul-de-sac utéro-vaginal, avant tout symptôme analogue du côté du vagin, l'intensité beaucoup plus grande des phénomènes généraux, enfin l'apparition tardive du pus dans la paroi vaginale : tel est l'ensemble des signes à l'aide desquels on peut toujours distinguer, dans le vagin, une collection purulente d'origine pelvienne d'avec un abcès vaginal proprement dit.

Les abcès du vagin s'ouvrent quelquefois spontanément, et toujours dans ce conduit. Nous ne connaissons pas d'exemples d'ouverture dans la vessie, dans le rectum ou dans le tissu cellulaire pelvien. Le vagin est doublé de tissus fibreux el aponévrotiques qui ne permettent guère au pus de se frayer une voie dans les organes voisins.

Il résulte de tout ce qui vient d'être dit, que les abcès vaginaux n'ont par eux-mêmes aucune gravité. Mais ils peuvent, comme toutes les affections suppurantes, se compliquer d'accidents secondaires ou intercurrents qui leur donnent indirectement un caractère plus ou moins sérieux. Tout alors est subordonné à la nature et à l'importance de la complication. Une de nos trois malades a été atteinte, après l'ouverture de l'abcès, d'un érysipèle ambulant, sous l'influence d'une épidémie érysipélateuse qui régnait, à cette époque, et à notre insu, dans les salles de chirurgie de la Charité.

Si l'abcès vient à s'ouvrir soit dans la vessie, soit dans le rectum (ce qui ne paraît pas encore avoir été observé, ainsi que nous l'avons dit plus haut), il peut en résulter une fistule vésico-vaginale ou recto-vaginale.

Le pronostic des abcès traumatiques varie suivant la violence de

la cause déterminante, l'étendue et la profondeur de la blessure. Les abcès du vagin sont sujets quelquefois à récidive. Gela est très-rare pour les abcès récents ; mais la récidive est au contraire fréquente pour les abcès anciens et enkystés.

On peut, à l'aide de certains moyens préventifs, empêcher le développement des abcès vaginaux. Ces moyens se résument dans l'emploi des agents émollients et antiphlogistiques, auxquels il convient de joindre le repos absolu.

Quand l'abcès est formé, il faut se hâter de l'ouvrir, et largement. On favorise l'écoulement du pus par des injections tièdes, émollientes, fréquemment répétées; on doit, en môme temps, prescrire des bains de siège ou des bains généraux.

Si la suppuration est abondante et a de la tendance à devenir fétide, on y remédie par des irrigations à grande eau, par des injections faiblement chlorurées, phéniquées ou iodées. Les embrocations avec la teinture d'iode étendue d'eau, ou les cautérisations superficielles avec le nitrate d'argent, peuvent être employées dans le but de modifier la surface de l'abcès et de hâter le tarissement de la suppuration.

Dans les cas rebelles, ou dans les abcès récidives, il faut détruire 1 es parois de la poche où le pus se collectionne, et alors l'excision de cette poche devient indispensable. C'est par ce procédé que nous sommes parvenus à guérir définitivement un abcès de la paroi antérieure du vagin, qui s'était reproduit deux fois malgré l'incision.

On peut d'emblée recourir à l'excision, si l'abcès est ancien et enkysté.

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