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CHAPITRE XI

PROLAPSUS OU PROGIDENCE DU VAGIN.

La procidence ou prolapsus du vagin consiste dans le relâchement de la muqueuse de ce canal et sa chute hors de la vulve.

Cette lésion peut être partielle ou générale.

Le prolapsus partiel porte tantôt sur la paroi antérieure, tantôt sur la paroi postérieure du vagin.

Dans le prolapsus (jéncral, toute la muqueuse vaginale fait hernie à travers l'orifice vulvaire.

Ces lésions n'ont pas encore été observées chez les filles ou les femmes nullipares; elles n'ont été rencontrées jusqu'à présent qu'à la suite d'une ou plusieurs couches, chez des femmes douées d'une constitution molle, d'un tempérament lymphatique, parvenues à un certain âge, chargées d'embonpoint, ou chez celles dont les parois abdominales et la plupart des tissus sont dans un état manifeste de relâchement.

ARTICLE PREMIER

PROLAPSUS PARTIEL.

Prolapsus partiel antérieur. — Cette variété de "prolapsus s'accompagne toujours et nécessairement de cystocèle. La paroi vaginale antérieure, dépourvue d'élasticité et n'offrant plus qu^une résistance insuffisante, cède à la pression de la vessie, se laisse distendre peu à peu, efface plus ou moins le calibre du conduit vaginal, déprime la paroi recto-vaginale, et quelquefois môme vient faire saillie hors de la vulve. La tumeur ainsi formée est molle, flasque, aisément réductible et indolente, lorsque la vessie est incomplètement distendue; quand, au contraire, la vessie est pleine et fortement tendue, la tumeur est plus ferme et comme rénitente, sensible au toucher et plus difficilement réductible. On provoque, en la comprimant, le besoin d'uriner.

Le volume de la tumeur n'est pas constant; il varie suivant la quantité d'urine contenue dans la vessie. L'émission de ce liquide, soit spontanée, soit provoquée par le cathélérisme, est suivie du

PROLAPSUS OU PROCIDENGE DU VAGIN. H9

retrait de la paroi herniée du vagin. Ce sont là des signes diagnostiques importants, et qui n'appartiennent qu'à la cystocèle vaginale.

Les malades éprouvent, surtout quand elles sont assises ou debout, quand elles marchent ou quand elles font quelque effort, un sentiment de malaise, de tension et de pesanteur dans la région vulvopérinéale. La vessie ayant perdu sa contractilité normale et participant au relâchement du vagin, l'urine est expulsée avec peine et s'accumule dans le bas-fond de son réservoir ; de là les accidents de la dysurie, de la cystite et du catarrhe vésical, le ténesme, les besoins fréquents d'uriner, et plus tard l'incontinence d'urine.

2" Prolapsus partiel postérieur. — Cette variété de prolapsus est le résultat du relâchement de la cloison recto-vaginale, d'où le nom de rectncèle vaginale qu'on lui donne encore.

La constipation habituelle, l'accumulation de matières fécales dans le rectum, les efforts violents de défécation, sont considérés comme les causes efficientes de cette lésion; mais ces conditions étiologiques seraient insuffisantes, à nos yeux, si elles n'étaient précédées d'une disposition organique spéciale caractérisée par un défaut de tonicité des tissus; car la rectocèle vaginale est rare en comparaison de la fréquence de la constipation chez les femmes.

D'après une statistique relevée par Malgaigne, cette lésion ne se montrerait que très-exceptionnellement avant l'âge de vingt ans et après cinquante ans. Cependant nos observations nous permettent d'affirmer que les femmes plus âgées y sont plus sujettes encore. Un autre point d'étiologie sur lequel nous ne pouvons pas davantage être d'accord avec Malgaigne, c'est au sujet de l'influence des grossesses multipliées. Les cas de rectocèle vaginale que nous avons rencontrés et ceux que nous avons trouvés mentionnés dans différents auteurs, appartenaient le plus souvent à des femmes ayant eu plusieurs enfants. Cette affection est trèsrare chez les nuUipares.

Il faut signaler comme cause secondaire l'abus des injections émollientes et l'usage des pessaires trop volumineux.

La rectocèle vaginale occasionne un sentiment de pesanteur dans la région ano-vulvaire, des tiraillements dans le bassin et dans les reins, la sensation incommode d'un corps étranger qui tend à s'échapper par la vulve.

La constipation, augmentant en raison de la dilatation de la cloison recto-vaginale, devient de plus en plus opiniâtre.

La procidence est telle quelquefois, que la muqueuse vaginale entr'ouvre l'orifice vulvaire et fait saillie au-dessus de la fourchette. Cette saillie est plus prononcée quand lesjmalades sont debout que lorsqu'elles sont couchées ou assises.

La partie de la membrane herniée présente une teinte rouge vive ou foncée, et est le siège d'une sécrétion leucorrhéique en rapport avec le degré de l'irritation qui lui donne naissance ; quelquefois même il s'y forme des excoriations ou des ulcérations superficielles.

Le toucher vaginal fournit des signes différents selon que le rectum est vide ou qu'il est distendu par des matières fécales.

Si le rectum est vide, le doigt peut pénétrer sans résistance jusqu'au fond du vagin; seulement il rencontre en arrière une paroi molle, flasque, formant des plis étendus et nombreux, qu'il faut refouler pour parvenir jusqu'au col de l'utérus.

Quand le rectum est distendu par des fèces accumulées, on sent dans le vagin, et près de son orifice externe, une tumeur indolente à la pression, inégale, bosselée, dépressible, d'une consistance pâteuse, sans fluctuation et sans rénitence.

Cette tumeur oblitère en partie le conduit vaginal, rend l'exploration difficile, et ne. permet pas d'atteindre aussi facilement que dans le cas précédent le col de l'utérus.

La matrice subit toujours, dans la rectocéle vaginale, un certain degré d'abaissement.

Si le diagnostic offre quelque incertitude, on peut recourir au toucher rectal, ou bien provoquer l'expulsion des matières fécales à l'aide d'un lavement ou d'un purgatif.

La rectocéle vaginale est une lésion rebelle et dont on ne connaît aucun exemple de guérison spontanée.

ARTICLE n.

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