CHAPITRE V
DE [LA LEUCORRHÉE. '^
Il |n'est guère de maladies de matrice qui ne s'accompagnent de leucorrhée. Elle domine, pour ainsi dire, la pathologie utérine ; c'est le premier symptôme qui frappe l'attention des malades et qui éveille leur sollicitude. On l'observe également dans la plupart des affections de la vulve et du vagin; et elle peut servir, en quelque sorte, de trait d'union entre l'histoire de ces dernières affections et l'histoire des affections de l'utérus.
Telles sont les raisons qui nous engagent à parler dès l'abord de la leucorrhée.
On donne le nom de leucorrhée ou di écoulement blanc, plus vulgairement de (lueurs blanches, ou de certes blanches, aux divers produits de sécrétion morbide provenant de la vulve, du vagin ou de l'utérus, et assez abondants pour laisser des taches sur le linge.
La leucorrhée proprement dite est essentiellement constituée par un liquide muqueux, tantôt pur, tantôt mélangé de pus, de sang, etc.
Cette affection quels qu'en soient l'origine et le siège, est encore un des points litigieux de la pathologie gynécologique sur lesquels on discute depuis longtemps sans pouvoir parvenir à tomber d'accord.
Pour les uns, la leucorrhée est une maladie propre, une entité morbide ; pour les autres, ce n'est qu'un symptôme. D'autres, enfin, professent que cet écoulement est, suivant les cas, tantôt une maladie, tantôt un symptôme ; ils admettent donc deux sortes de leucorrhée : une leucorrhée idiopathique et une leucorrhée symptomatique.
Ceux qui considèrent la leucorrhée comme une affection sui generis, la rangent parmJ les flux : c'est, disent-ils, une altération de sécrétion des membranes muqueuses, vulvaire, vaginale ou utérine, indépendante de toute lésion de tissu.
Sans doute., la leucorrhée est un produit de sécrétion morbide ; mais quelle en est la cause ? sous quelle influence s'opère cette hypersécrétion ? Ne faut-il pas admettre forcément ici l'action d'une lésion de quelque élément anatomique de l'utérus ou du vagin ? En
d'autres termes, n'est-on pas obligé de reconnaître, en dernière analyse, que la leucorrhée, loin d'être un flux idiopathique, essentiel, doit se produire sous l'influence de quelque irritation morbide, ayant son point de départ dans une phlegmasie ou une névrose de l'appareil utéro-vaginal ? Nous avons peine à comprendre qu'une sécrétion soit altérée sans que l'organe sécréteur ait subi lui-même quelque lésion matérielle, quelque modification dans ses conditions anatomiques.
C'est assez dire qu'à nos yeux, la leucorrhée n'est point une entité morbide, mais simplement un symptôme pouvant se rattacher à la plupart des affections de la matrice, du vagin ou de la vulve.
On conçoit tout de suite combien doivent être différentes les conséquences pratiques de deux doctrines si diamétralement opposées. Imbus de cette fausse idée, que la leucorrhée n'est simplement qu'un flux catarrhal, bon nombre de praticiens traitent cet écoulement sans examen ; ils prescrivent, à l'aventure, des injections vaginales, émoUientes ou astringentes, sans s'enquérir de l'organe qui fournit l'écoulement, ni de la cause qui l'entretient.
Mais tout change avec la doctrine que nous développons ici. La leucorrhée, n'étant plus qu'un symptôme, devient, au point de vue des indications thérapeutiques, un élément secondaire, accessoire ; mais elle acquiert une immense valeur relativement à la sémiologie. En effet, c'est, comme nous l'avons dit plus haut, le symptôme le plus commun des aflections utérines, presque toujours c'est le premier, et très-souvent c'est le seul qui attire l'attention des malades.
Aussi, en présence d'une femme affectée de leucorrhée, le premier soin du médecin doit-il être de chercher à remonter jusqu'à la maladie d'où provient l'écoulement. C'est un point sur lequel nous ne saurions insister avec trop de force. Il est temps de sortir de cet empirisme aveugle qui, faisant de la thérapeutique des affections utérines une espèce de jeu de hasard, expose les femmes qui en sont atteintes à des incommodités sans fin, ou même les condamne à des souffrances continuelles et à des infirmités incurables. Au lieu de rester ainsi dans le vague et dans l'incertitude, ne vaut-il pas bien mieux re^Lercher soigneusement le siège, la nature et la source du mal, tirer de ces notions des indications thérapeutiques précises, afin de pouvoir fonder, en définitive, un traitement rationnel et efficace? Aujourd'hui, grâce aux méthodes d'investigation qui sont
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en notre pouvoir, les maladies de l'utérus et de ses annexes ne doivent plus compter, comme il y a quelques années, au nombre des arcanes de notre art. S'il existe encore quelque mystère en gynécologie, ce ne peut être que pour ceux qui, se contentant d'un examen superficiel, négligent ou dédaignent de recourir aux procédés de diagnostic actuellement connus.
Bien que l'étude de la leucorrhée se trouve éparse, pour ainsi dire, dans les différents chapitres de ce livre, nous avons pensé qu'en raison de son importance, il serait utile d'en tracer ici l'histoire synthétique, d'en résumer les principaux caractères, et de faire voir comment on peut du phénomène de l'écoulement remonter à son origine et à son siège.
Nous étudierons donc successivement la leucorrhée sous le rapport de la quantité, des qualités physiques, organoleptiques, chimiques et micrographiques, et enfin au point de vue de la sémiotique.
1. Étude du produit de sécrétion. — La quantité de l'écoulcment est très-variable. Chez quelques femmes, il tache à peine le linge ; chez d'autres, il est tellement abondant, que les malades sont obligées de se garantir en prenant les mêmes précautions qu'au moment des règles.
Le produit leucorrhéique est sujet aussi aux plus grandes variétés. C'est un liquide tantôt clair, limpide, séreux; tantôt muqueux et filant comme un mucilage ; d'autres fois il est épais et visqueux comme du blanc d'oeuf; dans certains cas, il est opalin, lactescent et homogène; dans d'autres circonstances, c'est une matière dense, jaunâtre, mal liée et comme grumeleuse, quelquefois opaque, verdâtre ou d'une teinte plus ou moins foncée, brune, roussâtre, sanieuse, visiblement altérée par son mélange avec le sang, le pus ou des détritus organiques.
Cette matière est rarement sans odeur; le plus souvent elle est fade et nauséeuse; d'autres fois elle est repoussante, fétide, rappelant l'odeur des lochies, de l'humeur blennorrhagique ou de la sanie cancéreuse.
Le liquide leucorrhéique offre une réaction soit acide, soit alcaline, rarement neutre.
Ainsi que nous l'avons déjà dit, il est constitué tantôt par du
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mucus sans mélange, tantôt par du mucus albumineux ou sanguinolent i d'autres fois par du muco-pus, ou enfin par le mélange de ces divers éléments, et même d'une certaine proportion de détritus organiques.
Au microscope, on trouve ce liquide formé, suivant les cas, par des corpuscules muqueux, des globules purulents, des globules sanguins, des cellules épithéliales, etc.
Toutes ces variétés de couleur, d'odeur, de nature, de composition et de réaction chimique se rattachent au siège de l'écoulement et à la nature même de la maladie à laquelle il se lie.
La leucorrhée a sa source ou dans l'utérus, ou dans le vagin, ou dans la vulve. De là, eu égard au siège, trois variétés de leucorrhée : l'une utérine^ l'autre vaginale, l'autre vulvaire. Souvent elle est mixte, c'est-à-dire qu'elle provient simultanément de ces diverses parties.