TRAITEMENT DE LA MÉTRITE CHRONIQUE EXTERNE
On nous a fait dire qu'il était utile de saigner dans la métrite externe. Jamais nous n'avons formulé une semblable doctrine, et jamais nous ne l'avons mise en pratique. Les règles formelles, les indications précises que nous avons posées dans l'article premier de ce chapitre, relativement à l'emploi des émissions sanguines générales, nous mettront peut-être désormais à l'abri de pareilles imputations. Cependant, afin que personne n'en ignore, nous voulons répéter ici que nous ne préconisons la saignée du bras et que nous ne l'employons que dans certains cas bien déterminés de métrite du corps, surtout si elle est compliquée de phlegmasie périutérine ; encore nous en abstenons-nous même alors, pour peu que l'état général des malades s'y oppose. Nous ne saignons jamais dans la métrite interne du col, qu'elle soit simple ou compliquée d'engorgement. A plus forte raison ne saignons-nous pas dans la métrite externe. Si nous avons recours aux émissions sanguines générales, chez les malades atteintes de ces lésions, c'est qu'elles sont affectées en même temps, ou de métrite interne du corps, ou de phlegmasie périutérine; et dans les cas de ce genre, ce n'est pas la métrite du col que nous attaquons par la saignée, c'est la métrite du corps ou la phlegmasie périutérine.
Cela dit, exposons le traitement de la métrite externe du col, celui de la phlegmasie du conduit utérin ayant trouvé sa place dans l'article consacré au traitement de la métrite chronique interne.
Le traitement de la métrite chronique externe varie suivant que la phlegmasie est simple ou compliquée, et, dans ce dernier cas, il varie encore selon la nature de la complication^ ainsi que nous le dirons dans la suite.
I. — La métrite externe, même dans l'état simple, se manifeste par des lésions nombreuses et variées, qui ne réclament pas toutes les mêmes moyens thérapeutiques. Nous aurons donc à étudier une médication que nous pourrions nommer commune, et qui est applicable à tous les genres d'altération du museau de tanche, et une médication spéciale, composée des différents moyens appropriés exclusivement à une forme particulière de lésion.
Les moyens qui peuvent convenir à tous les cas, sont : les injections, les douches et les irrigations vaginales, les sachets, ou les cataplasmes intra-vaginaux, les bains entiers et les bains de siège, les embrocations, les fomentations émollientes, calmantes ou résolutives sur le bas-ventre, les lavements, les minoratifs légers, l'observation d'un régime convenable et d'une hygiène bien réglée. Nous nous contenterons de cette énumération ; car le mode d'emploi de ces moyens, les précautions à prendre dans leur administration, ont été longuement développés à propos du traitement de la métrite chronique interne.
Nous ajouterons seulement que, tandis que dans la métrite interne ces moyens n'exercent qu'une action indirecte sur les parties affectées, et par conséquent une influence assez légère sur la lésion, ils agissent directement sur les tissus malades dans la métrite externe ; d'où il résulte qu'ils acquièrent, dans cette maladie, une importance qu'ils n'avaient point dans la première. C'est pourquoi^ si nous les avons médiocrement préconisés à propos de la phlegmasie du corps utérin, nous les recommandons, au contraire, expressément dans le traitement de la métrite externe. D'ailleurs, c'est surtout en vue des altérations du museau de tanche et du col utérin que ces diverses médications ont été primitivement proposées. Nous ne reviendrons pas sur l'importance que Récamier attachait à ces topiques, et particulièrement aux sachets, ordinairement composés d'une substance adoucissante, narcotique ou astringente. On sait aussi que Mêlier a écrit sur ce sujet un intéressant mémoire, dont il a été déjà question dans l'historique général de la pathologie utérine. Nous avons eu souvent recours avec avantage à l'emploi des sachets médicamenteux. Nous croyons que ces topiques agissent, non-seule-
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ment en communiquant aux tissus malades une chaleur humide et douce, mais encore en soutenant l'utérus à la manière d'un coussinet.
Les bourdonnets de charpie enduits d'une pommade calmante ou les pâtes laudanisées selon la recette de Aran, conviennent très-bien dans les cas où la métrite externe s'accompagne de douleurs.
M. Marion Sims vante les résultats favorables obtenus par les pansements à l'aide de tampons d'ouate imbibée de glycérine.
Le même auteur a employé aussi avec avantage les injections d'acide chlorhydrique dilué. « Toutes les fois, dit-il, qu'il n'y a pas d'irritation du vagin ou de déchirure de l'épithélium, on peut s'en servir utilement, selon la formule suivante :
If. Acide chlorhydrique dilué 30 grammes.
Eau distillée , 220 —
Une cuillerée à bouche dans 500 grammes d'eau tiède^ à injecter dans le vagin, soir et matin.
Cautérisation. — Les moyens directs et spéciaux que réclament les différentes lésions caractéristiques de la phlegmasie du museau de tanche ont rapport aux divers modes de cautérisation, qui se pratiquent, suivant les cas^ avec le nitrate d'argent, le nitrate acide de mercure, la teinture d'iode, l'acide chromique, la potasse caustique et le fer rouge.
1° Cautérisation avec le nitrate d'argent. — Ici, comme pour la cautérisation intra-utérine, on se sert tantôt de la solution ârgentique, tantôt du caustique solide.
On emploie la solution de nitrate d'argent à un degré de concen- ^ tration variable, suivant la nature de la lésion et le degré de cautérisation qu'on veut produire.
Dans les rougeurs simples du museau de tanche, on se sert de la solution la plus faible (nitrate d'argent, 1 part.; eau, k part.).
Les granulations simples, les érosions, les ulcérations très-super- Ficielles réclament l'emploi de la solution concentrée ou du caustique solide.
Pour pratiquer ces cautérisations, on met à découvert, à l'aide du spéculum plein ou bivalve, le col de la matrice, que l'on essuie soi-
gneusement avec une boule de coton ou de charpie. Puis on touche les parties malades, ou avec un pinceau de charpie imbibé de la solution caustique, ou avec le crayon de nitrate d'argent fondu.
La surface ainsi touchée blanchit aussitôt et avec d'autant plus d'intensité, que la lésion est plus profonde.
La teinte blanche consécutive à la cautérisation diminue au fur et à mesure que la lésion tend vers la guérison, et elle ne se produit plus quand toute trace de phlegmasie a disparu.
Ce genre de cautérisation a lieu généralement sans douleur^ ou ne produit qu'une impression très-légère, à moins que le caustique ne se répande autour du col sur les parois du vagin.
Au début, il convient de répéter les cautérisations avec le nitrate d'argent tous les sept ou huit jours, quelquefois même tous les cinq ou six jours. On éloignera les cautérisations à mesure que la phlegmasie marchera vers la résolution.
2" Cautérisation avec le nitrate acide de mercure. — Quand on a affaire à des granulations simples, à des ulcérations profondes et fongueuses, le nitrate acide de mercure doit être préféré au nitrate d'argent. On l'emploie toujours en solution^ selon la formule du Codex.
On se sert d'un pinceau plus petit que pour la cautérisation avec le nitrate d'argent.
Après avoir touché les surfaces malades et avant de retirer le spéculum, on dirige jusque sur le museau de tanche un courant d'eau froide ou tiède, au moyen d'un verre, d'une seringue ou d'un irrigateur, de matière à enlever l'excédant du caustique, qui pourrait se répandre sur la muqueuse vaginale et y produire des ulcérations très-douloureuses. Aussitôt ce lavage opéré, nous avons l'habitude d'insuffler sur le col de la matrice delà poudre d'amidon, dans le but d'absorber les dernières traces de la solution caustique.
Le nitrate acide de mercure produit aussi sur les tissus une tache blanchâtre due à la précipitation de l'albumine. Cette tache simule une eschare superficielle, qui tombe vers le deuxième ou le troisième jour.
Ce genre de cautérisation détermine chez quelques malades une douleur légère, mais de peu de durée. Tandis que nous avons observé deux ou trois exemples de salivation mercurielle après la cautérisation intra-utérine par le nitrate acide de mercure^ nous
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n'avons jamais vu un pareil accident à la suite de la cautérisation du museau de tanche.
La cautérisation avec le nitrate acide de mercure doit être répétée généralement tous les huit ou dix jours, jamais plus souvent, et à des intervalles de plus en plus éloignés à mesure qu'on approche de la guérison. Dans des cas plus rares, il suffit d'y recourir tous les douze ou quinze jours.
Le nitrate acide de mercure réussit très-bien, d'ordinaire, dans les ulcérations fongueuses simples; il arrête la disposition àl'hémor- -rhagie, modifie puissamment la surface malade et amène une assez prompte guérison.
3° Cautérisation avec la teinture d'iode. — La solution alcoolique d'iode appliquée en manière de badigeonnage sur les lèvres du museau de tanche peut modifier très-avantageusement les lésions caractéristiques de la métrite chronique. M. le docteur Gallard a publié sur ce sujet d'intéressantes observations.
k° Cautérisation avec l'acide chromique. — Cet agent est employé avec succès par M. Sims, notamment contre les granulations et les ulcérations granuleuses. La solution se prépare avec parties égales d'eau et d'acide. On renouvelle la cautérisation tous les dix ou douze jours. Elle ne détermine aucune douleur.
5°M.Mayer(deBerlin) et M. Scanzoni se servent, spécialement contre la métrite granuleuse, d'une solution d'acide pyroligne.ux rectifié, dans 3 ou k parties d'eau.
6° Cautérisation avec le caustique de Filhos. — Elle convient surtout pour les lésions réfractaires à l'acide chromique et au nitrate acide de mercure, et particulièrement pour les granulations folliculeuses et les ulcérations fongueuses, compliquées d'engorgement du col utérin .
7" Cautérisation avec le fer rouge. — On doit y recourir dans les mêmes circonstances qui réclament l'emploi de la potasse caustique, surtout si l'engorgement qui accompagne les granulations ou les ulcérations présente une forme indolente et passive.
On se conformera, pour Tapplication de ces deux derniers caustiques, aux règles que nous avons posées précédemment.
Quelques auteurs, entre autres M. Scanzoni, recommandent^ dans la métrite folliculeuse rebelle, de « fendre hardiment les follicules volumineux remplis d'une sécrétion épaisse, et de faire ensuite une cautérisation énergique avec le nitrate d'argent en substance. »
Hydrothérapie. — ■ Nous avons déjà dit quelle supériorité M. Fleury attribue à cette médication, dans la métrite parenchymateuse du col. Ce savant médecin proclame aussi l'hydrothérapie souveraine contre les différentes modifications de la métrite externe, qui, d'après lui, sont le plus souvent provoquées ou entretenues par l'engorgement concomitant du tissu sous-jacent.
« L'hydrothérapie^ dit-il, ne guérit point directement les ulcérations du col utérin. » Mais « en résolvant l'engorgement de l'utérus, elle rend facile la cicatrisation d'ulcérations qui, liées à cet engorgement et entretenues par lui, ont résisté à des applications réitérées de divers caustiques et même au cautère actuel. Les douches froides sont le modificateur le plus efficace qu'on puisse employer pour prévenir ou combattre la congestion utérine, cause si puissante et si commune des engorgements, des déplacements et des ulcérations de la matrice. »
Les réserves que nous avons posées, les réflexions que nous avons faites précédemment à l'occasion de l'hydrothérapie appliquée aux engorgements simples du col utérin, trouvent encore ici leur place, à propos des engorgements compliqués des lésions de la métrite externe.
IL — Telles sont les diverses médications qui conviennent dans la métrite externe simple ; mais cette affection est-elle compliquée de métrite interne ou de phlegmasie péri utérine, il faut attaquer en premier lieu ces dernières lésions, non-seulement à cause de leur plus grande importance, mais encore parce que les cautérisations appliquées sur le museau de tanche seraient souvent inutiles et parfois dangereuses, tant que la phlegmasie de la muqueuse utérine ou des tissus périutérins n'aurait pas été préalablement détruite. Quelques-unes de nos observations viendront à l'appui de ce précepte.
Pour compléter ce qui est relatif à la thérapeutique de la métrite externe, il ne nous reste plus que quelques mots à ajouter sur le traitement des lésions syphilitiques. La médication locale ne diffère en rien de celle que nous avons exposée pour les autres altérations. Les chancres ou ulcérations primitives seront cautérisés avec le nitrate d'argent; les granulations, avec le nitrate acide de mercure. On aura recours au caustique de Filhos ou au fer
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rouge quand ces altérations seront compliquées d'engorgement du col utérin.
En même temps on doit soumettre les malades à l'usage des préparations mercurielles ou de l'iodm-e de potassium, suivant qu'il s'agit d'accidents secondaires ou tertiaires.