CHAPITRE XIII
DÉFINITION. — En traitant des vices de conformation de l'utérus, nous avons signalé une anomalie très-rare, caractérisée par la petitesse du volume de cet organe, qui demeure, pour ainsi dire, àTétat embryonnaire après l'âge de puberté, tandis que tous les autres viscères ont atteint leur développement régulier et normal. Ce défaut de rapport entre le volume de la matrice et l'âge du sujet constitue un état congénital; c'est le résultat d'un arrêt d'évolution; ce n'est pas une maladie, c'est une infirmité.
L'atrophie est au contraire un état morbide acquis , consistant dans une réduction du volume de l'utérus, qui, après s'être régulièrement développé, tombe au-dessous de ses dimensions normales.
Anatomie pathologique. — Dans l'atrophie utérine, tous les éléments anatomiques de l'organe sont diminués dans des porportions à peu près égales. La membrane muqueuse est amincie; le tissu cellulaire est raréfié; les vaisseaux interstitiels sont moins abondants et plus petits que dans un utérus normal; les vaisseaux périphériques présentent aussi une notable diminution dans leur calibre. Les parois utérines sont très-amincies. Le tissu propre est, en général, plus dense qu'à l'état sain; il offre parfois une consistance presque fibreuse; il est d'une extrême friabilité.
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Variétés. — L'atrophie peut être générale ou partielle. Dans le premier cas, elle intéresse l'organe tout entier; dans l'autre, elle n'occupe qu'un de ses segments^ le col ou le corps.
Quand elle occupe le corps, elle l'envahit le plus souvent dans toutes ses parties; mais quelquefois aussi elle ne porte que sur une de ses parois.
Étiologie. — L'atrophie de l'utérus reconnaît des causes très-diverses : les unes locales, les autres générales; les unes physiologiques, les autres pathologiques.
Parmi les causes locales, on doit noter tous les genres de tumeurs intra -pelviennes qui portent atteinte à la nutrition régulière de la matrice ou compromettent son activité circulatoire, soit en exerçant sur cet organe une compression funeste, soit en dérivant à leur profit tout l'effort et toute la richesse de la circulation locale ; telles sont les tumeurs de l'ovaire et les tumeurs développées sur les parois du bassin.
Les causes générales sont les diathèses, les cachexies, les maladies chroniques, une chloro-anémie profonde, qui, en déprimant les forces organiques et en jetant la perturbation dans les actes nutritifs, font participer l'utérus à l'espèce de déchet dont elles frappent Forganisme entier.
Les causes physiologiques sont de deux ordres : d'une part, les progrès de l'âge qui, en amenant, comme nous Favons déjà dit, le repos fonctionnel et l'inertie de la matrice, en déterminent aussi l'amoindrissement anatomique; — d'autres fois l'excès d'involution ou de l'évolution rétrograde que subit l'utérus après l'accouchement.
Cette dernière cause a été spécialement signalée et bien étudiée par M. Simpson, qui a donné au genre d'atrophie qu'elle produit la dénomination â'atrophie par super involution. On a vu, dans le chapitre précédent , de quelle manière survient l'hypertrophie par subinvolution ou par défaut d'évolution rétrograde, après l'accouchement. L'atrophie est due à une perturbation dans le même travail physiologique, mais à une perturbation s'exerçant, pour ainsi dire, en sens inverse. Si la résorption qui accompagne la délivrance subit un long temps d'arrêt, l'utérus reste hypertrophié ; si, au contraire, les progrès de la résorption s'accomplissent trop rapidement, si l'action absorbante est trop active, le retrait de la matrice devient
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excessif, et son volume est réduit à des proportions moindres qu'à l'état de vacuité; c'est l'atrophie.
Dans les causes pathologiques viennent se ranger les maladies diverses de l'utérus capables de déterminer une résorption de ses éléments anatomiques et une diminution partielle ou générale de son volume ; c'est ainsi qu'on a vu quelquefois les métrorrhagies abondantes et répétées amener l'épuisement et l'atrophie de l'utérus. Les phlegmasies chroniques produisent quelquefois l'atrophie; mais le plus souvent l'hypertrophie.
SÉMIOLOGIE ET DiAGNos.Tic. — L'atropMc de l'organe amène, en quelque sorte, Fatrophie de la fonction. Chez les malades affectées de cette lésion, la menstruation est irrégulière, pauvre^ insuffisante, rare; souvent, et surtout lorsque l'atrophie a atteint son dernier degré, les règles manquent et se suppriment d'une manière définitive; il en résulte une véritable ménopause prématurée. En même temps les désirs génésiques s'éteignent, la sensibilité spéciale des organes génitaux s'émousse, les seins se flétrissent, et les femmes, quoique jeunes encore, ne tardent pas à présenter tous les signes d'une caducité précoce et d'une vieillesse anticipée.
Nulle altération de la matrice n'est plus facile à reconnaître que Tatrophie par les moyens directs d'exploration.
On chercherait vainement à sentir, l'utérus par le palper hypogastrique.
Par le toucher vaginal, on sent un col fort petit, faisant à peine saillie dans le vagin, donnant la sensation d'une fève du côté de son hile ou d'une cerise du côté de sa dépression caudale.
Le volume du corps est en rapport avec celui du col; il rappelle celui d'une petite figue ou même d'une amande.
L'organe est léger, mobile, comme flottant, presque toujours porté en antéversion ou en rétroversion ; quelquefois recourbé, infléchi et comme replié sur lui-même.
Le toucher rectal, combiné avec le toucher vaginal, permet de mieux vérifier encore l'ensemble de ces caractères.
Le museau de tanche apparaît fort réduit dans le champ du spéculum.
L'orifice cervico-vaginal est très-petit, le conduit cervical trèsétroit; la cavité utérine très-courte. Si l'on pratique le cathétérisme, ilfaut se servir d'une sonde très-mince, d'un simple stylet boutonné,
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et l'engager avec beaucoup de ménagement dans l'intérieur de l'organe, de peur de perforer ses parois amincies et friables. Dans l'atrophie bien caractérisée^ le cathéter ne pénètre pas au delà dek centimètres.
Pronostic. — L'atrophie utérine confirmée constitue plutôt une infirmité qu'une maladie. Quand elle est peu prononcée, elle ne suspend pas les fonctions génératrices; elle diminue seulement les aptitudes physiologiques de la matrice. Mais si elle est excessive, elle supprime entièrement la menstruation, et conséquemment elle produit la stérilité absolue.
Cette sorte d'impuissance prématurée exerce sur l'état général des jeunes femmes et sur leurs dispositions morales une influence fâcheuse. La plupart deviennent inquiètes et tristes; elles s'affligent de ne plus pouvoir devenir mères; parfois les fonctions digestives se troublent, deviennent languissantes; la nutrition s'altère, et lachloroanémie vient se joindre à tous les autres signes d'une santé précaire.
Si donc l'atrophie de l'utérus n'est point par elle-même une lésion grave, elle peut le devenir, dans quelques cas, par la stérilité qu'elle détermine et par les troubles généraux qui en sont la conséquence.
Traitement. — Lorsque l'atrophie est consommée et qu'elle est excessive, aucun moyen thérapeutique ne saurait prévaloir contre elle.
Quand elle est en voie de développement, on doit essayer d'enrayer sa marche par une médication tonique et stimulante, locale et générale : injections vaginales aromatiques, balsamiques et sulfureuses; douches utérines simples et médicamenteuses ; dilatation de la matrice et cathétérisme fréquemment répété; électrisation de la matrice; application des pessaires galvaniques de Simpson. Beaucoup d'auteurs attribuent aussi une efficacité réelle aux rapports conjugaux fréquemment répétés.
Comme traitement général, les toniques, les stimulants, les préparations de quinquina et de fer; l'hydrothérapie; les eaux minérales chlorurées sodiques, ferrugineuses, sulfurées; les bains de mer.
Un régime analeptique et excitant. Les exercices corporels, principalement l'équitation.
Les moyens applicables à l'atrophie commençante le sont également à l'atrophie siationnaire, quand elle est peu marquée.
Il faut toujours avoir garde, dans l'emploi des moyens locaux précédemment énumérés, de ne pas produire d'excitation trop violente, dans la crainte de dépasser les limites de l'irritation physiologique, et de provoquer des inflammations aiguës qui ne seraient pas sans danger ou des phlegmasies chroniques trop souvent rebelles.