CHAPITRE XIV
Historique, — Les symptômes de l'hystéralgie avaient frappé depuis longtemps l'attention des observateurs; mais leur véritable nature avait été méconnue et mise sur le compte de la diathèse rhumatismale.
Depuis le mémoire de C]ia.Ylton]{lnquisitio physica decausis catameniorum et uteri rkumatismo, Londres, 1685), le rhumatisme utérin était devenu l'objet de travaux importants en Angleterre, en France et surtout en Allemagne. Cependant l'existence de cette affection ne fut pas admise sans controverse. Après de longs débats, le rhumatisme de l'utérus fut considéré comme une maladie propre à l'état de grossesse; et, hormis trois cas très-douteux attribués à un empirique lyonnais, Rodamel, on chercherait vainement dans la science une observation authentique de rhumatisme utérin pendant l'état de vacuité. Aussi n'est-il fait mention de cette maladie dans aucun des traités les plus récents de gynécologie.
En vain M. le docteur Gautier (de Genève) a-t-il cherché, dans un mémoire d'ailleurs fort bien traité (1858), à faire revivre les opinions anciennes sur le rhumatisme de l'utérus. D'accord avec MM. Bennett et Gourty, nous n'admettons pas l'existence de cette affection hors de l'état de gravidité, et nous croyons que tous les symptômes qu'on lui a attribués se rapportent à la névralgie utérine ou hystéralgie.
On peut donc dire que la connaissance de l'hystéralgie est de date récente, et que son étude appartient à peu près complètement à notre époque.
hlk DIFFORMITÉS ET MALADIES DE l'uTÉRUS.
Gooch, médecin anglais, est un des premiers auteurs qui se soient occupés de cette maladie (1831).
Dugès et madame Boivin consacrent à l'hystéralgie an chapitre spécial ; mais les caractères qu'ils en donnent sont assez mal déterminés^ et le peu de développement dans lequel ils entrent témoigne suffisamment de leur embarras à tracer l'histoire d'une affection qui laisse encore tant d'incertitude dans leur esprit.
M. Duparcque ne parle de la névralgie utérine que d'une manière accessoire et comme accidentelle, à l'occasion des douleurs qui accompagnent les phlegmasies de la matrice. Cependant il rapporte deux faits où la nature névralgique des souffrances ne saurait être révoquée en doute^ en raison de l'absence de toute lésion matérielle, de la marche de la douleur, et de sa disparition sous l'influence du sulfate de quinine dans un cas , et des pilules de Mégiin dans l'autre.
Lisfranc n'a tait aussi qu'entrevoir cette affection; il la décrit, d'une manière vague et très-sommaire, sous le nom d'état nerveux de la matrice. Il considère cet état nerveux comme « une imminence de subinflammation », et il conseille de le combattre par les antiphlogistiques, les calmants et le sulfate de quinine uni à l'opium, si la maladie est intermittente. Selon Lisfranc, la névralgie utérine se lie ordinairement à un engorgement de la matrice.
Ghomel, dans \e Dictionnaire enSOvolumes, établit qu'aucun viscère, le cerveau excepté, n'est plus souvent que Tutérus le siège ou le point de départ de douleurs plus ou moins vives, intermittentes ou rémittentes, qu'il regarde en général comme symptomatiques de diverses lésions matérielles de la matrice, sans en spécifier la nature.
Dans une excellente thèse intitulée : Essai sur la névralgie intercostale considérée comme symptomatique de quelques affections viscérales, M. Bassereau formule le premier une opinion précise sur l'hystéralgie symptomatique. « Je n'ai trouvé, dit-il, parmi les cas que j'ai observés, qu'un seul appareil organique dont l'état morbide me paraisse pouvoir être regardé comme le point de départ évident de la névralgie intercostale : je veux parler de l'utérus et de ses annexes. »
Valleix a renversé les termes de la proposition de M. Bassereau. Pour lui, le point de départ de la névralgie est à la périphérie ; la douleur utérine n'est qu'un symptôme; ce n'est autre chose, le plus souvent, qu'une névralgie lombo-abdominale dont l'un des foyers ou centres douloureux est dans la matrice.
Malgaigne a ajouté quelques éléments à l'histoire de la névralgie utérine. 11 la distingue, suivant son siège, en névralgie du corps et névralgie du col utérin, celle-ci étant infiniment plus commune que la première. Il ajoute que l'hystéralgie est quelquefois simple, mais que plus souvent elle coexiste avec un écoulement leucorrhéique, ou bien encore avec un engorgement du col et même du corps de Forgane. Enfin, il indique un nouveau moyen de traiter cette affection.
M. Bennett décrit les caractères de la névralgie utérine à propos des douleurs qui se montrent dans l'inflammation du col de l'utérus ; il indique les signes à l'aide desquels on peut distinguer la douleur névralgique de la douleur inflammatoire; mais il ne cite aucun fait qui témoigne de l'importance qu'il attribue à cette distinction.
M. Scanzoni regarde l'hystéralgie comme une maladie assez rare, dont il n'a observé encore que trois exemples. Aussi l'histoire qu'il en fait est-elle très-incomplète. Pour lui, c'est toujours une névralgie pure; une névralgie idiopathique.
Becquerel s'étend assez longuement sur cette affection. Il en établit clairement l'existence; il en marque avec soin les caractères, la marche et les signes distinctifs; enfin, il passe en revue les différentes médications qui lui conviennent.
MM. Churchill et Gourty, dans des ouvrages récents, consacrent un chapitre à la description de la névralgie utérine, sans rien ajouter d'essentiel à son histoire telle que nous l'avons tracée dans la première édition de ce Traité.
Nous avons cru devoir donner quelques développements à ces considérations historiques, afin de mieux faire voir où en est aujourd'hui sur ce point l'état de la science, et combien l'hystéralgie compte d'adeptes parmi les auteurs qui ont écrit sur les maladies utérines.
Il résulte de cette sorte d'enquête, que la plupart des écrivains qui admettent l'hystéralgie n'ont encore donné sur cette affection que des notions insuftîsantes et peu précises ; mais il s'en faut que son existence soit bien démontrée aux yeux de tous les médecins. Il en est quelques-uns, même de nos jours, qui refusent d'y croire, et qui persistent à confondre la névralgie utérine avec les douleurs qui accompagnent toutes les affections de la matrice.
Ce que nous allons dire touchant l'hystéralgie n'est point une description imaginaire, une espèce de tableau de fantaisie ; c'est le
416 DIFFORMITÉS ET MALADIES DE L'uTÉRUS.
résultat des faits assez nombreux que nous avons observés depuis plusieurs années dans notre pratique.
Divisions. — L'hystéralgie doit être distinguée : 1° en primitive et secondaire; 2° en idiopathique et symptomcdique. Ces divisions sont fondamentales et d'une haute importance. C'est faute d'y avoir eu suffisamment égard que beaucoup de praticiens ont méconnu ou nié la névralgie utérine.
Nous nommons primitive l'hystéralgie qui survient d'emblée^ celle dans laquelle la douleur nerveuse débute par l'utérus pour se propager de là dans différentes régions du corps ; et secondaire, celle qui se montre consécutivement à une névralgie développée sur un autre point de l'organisme. Les expressions de primitive et de secondaire ne sont donc pas ici synonymes des mots idiopathique et symptomatique, que nous appliquons exclusivement, le premier aux hystéralgies indépendantes d'une lésion matérielle de la matrice, le second aux hystéralgies développées sous l'influence d'une affection sensible de cet organe.
Nous reviendrons sur ces différentes divisions à propos de l'étiologie et des symptômes.
Étiologie. — Les femmes nerveuses, impressionnables, les hystériques surtout, sont prédisposées à l'hystéralgie. Cette affection s'observe ordinairement dans la période que nous avons nommée génitale ; elle a son maximum de fréquence chez les femmes mariées et pendant les années oii les besoins génésiques se font le plus impérieusement sentir. Cependant on l'observe aussi quelquefois chez les jeunes fdles vierges ou chez les femm.es continentes, ainsi que les autres maladies de l'appareil utérin. Malgaigne dit l'avoir rencontrée quatre fois sur des jeunes filles de seize ans à vingt ans, qui n'avaient jamais eu de rapports sexuels, et l'on trouvera à la fin de ce livre quelques exemples du même genre.
Tout ce qui est susceptible d'exciter, de mettre puissamment en jeu l'activité de l'appareil génital, soit directement, soit d'une manière médiate, peut agir comme cause déterminante de l'hystéralgie. Tels sont : d'une part, l'onanisme, les abus de coït, les désirs trop longtemps contenus; les excitations mécaniques, même indirectes, des organes de la génération, comme les cahotements prolongés d'une voiture, l'équitation, le frottage des appartements, ainsi que
Malgaigne l'a noté sur deux malades ; d'autre part, les impressions morales vives et toute espèce d'ébranlements du système nerveux.
Telles sont les causes les plus ordinaires de l'hystéralgie idiopathique.
Quant à l'hystéralgie symptornatique , elle peut se développer à la suite de toutes les altérations matérielles de la matrice et de ses annexes.
Mais quelles sont les affections auxquelles la névralgie utérine est le plus habituellement liée? La plupart des auteurs n'ont donné Ikdessus que des indications vagues. Ghomel a noté la métrite granuleuse;, la leucorrhée et la métrite interne du col avec ou sans engorgement. M. Bassereau signale des troubles divers dans la menstruation, les flueurs blanches, la métrorrhagie, l'irritation et l'inflammation de la matrice, Malgaigne mentionne l'engorgement du col utérin. Becquerel déclare qu'on voit se développer l'hystéralgie à propos des lésions utérines les plus diverses, aiguës ou chroniques; et il nomme les congestions, l'inflammation aiguë ou chronique du corps de l'utérus, les tumeurs diverses et les affections carcinomateuses. C'est avec raison que Becquerel parle de l'inflammation chronique du corps utérin comme point de départ de l'hystéralgie, bien qu'il ne spécifie pas le siège exact de l'inflammation. Mais nous ne saurions admettre avec lui que cette affection puisse être provoquée par une phlegmasie aiguë. Une pareille assertion nous porte à croire que cet auteur a plus d'une fois confondu les douleurs inflammatoires avec les douleurs névralgiques.
Nos observations nous ont appris que les affections de l'appareil génital, auxquelles l'hystéralgie est le plus souvent liée, sont : la métrite chronique interne et les phlegmasies péri-utérines, mais surtout la métrite interne.
M. Bassereau semble avoir entrevu le rôle des tissus voisins de la matrice dans l'hystéralgie, lorsqu'il dit, après avoir analysé les sept cas qu'il a observés : « Les annexes de l'utérus paraissaient, plus que l'organe, être le siège de la sensibilité vive de ces parties. » M. Bassereau était sur la voie. Sans nul doute, les annexes de l'utérus sont assez fréquemment le point de départ de la névralgie dite utérine ; mais il était important d'en mieux préciser l'origine et surtout de bien déterminer la nature de l'affection d'où dépendait l'hystéralgie. Or, c'est ce qui n'a été fait ni par M. Bassereau, ni par les observateurs qui l'ont suivi. Cette affection, nous l'avons déjà dit, c'est l'engor-
gementdes tissus péri-utérins. Au reste, il n'est pas étonnant que le phlegmon péri-utérin chronique ait été passé sous silence dans l'histoire étiologique de l'hystéralgie : c'est une lésion dont la connaissance est de date récente et dont l'étude était encore à faire il y a quelques années.
L'importance que nous accordons à la métrite interne et aux phlegmasies péri-utérines dans la production de la névralgie utérine ne nous empêche pas de reconnaître que cette affection peut être aussi symptomatique d'un engorgement du corps et du col de la matrice, des diverses tumeurs et des lésions organiques qui s'y développent.
SymPtomatoloCtIE. — Qu'elle soit idiopathique ou symptomatique, primitive ou secondaire, la névralgie utérine, prise en elle-même, offre une physionomie à peu près constante. Nous la décrirons ici d'une manière générale, nous réservant d'indiquer, à propos de la marche et du diagnostic, les principaux caractères sur lesquels reposent ces distinctions.
L'hystéralgie est essentiellement caractérisée par des douleurs ayant leur siège principal dans l'utérus, et leur point de départ profondément dans le bassin.
Ces douleurs sont de deux sortes : 1° une douleur sourde, gravative, qui est habituellement continue, ou qui, du moins, persiste pendant un long te,mps ; 1° une douleur assez vive, aiguë, rapide, intermittente, et présentant des caractères très-variables, tantôt térébrante, tantôt pongitive, mais le plus souvent lancinante : les malades la comparent à une morsure, à un déchirement, à une brûlure, à un coup d'aiguillon, à une piqûre profonde, à un élancement violent, à une commotion électrique, etc. Ces deux formes de douleur existent tantôt isolément, tantôt simultanément; d'autres fois, elles se montrent d'une manière alternative.
Les douleurs peuvent être générales, c'est-à-dire répandues dans toute la matrice, ou partielles, c'est-à-dire bornées à une région ou même à un point limité de l'organe.
La névralgie partielle occupe tantôt le corps, tantôt le col de l'utérus. La plupart des auteurs s'accordent à considérer la névralgie du col comme infiniment plus fréquente que celle du corps. Nous trouvons que Malgaigne est tombé dans l'exagération, lorsqu'il a déclaré que « le caractère essentiel de cette affection est la présence d'un point douloureux à la pression sur le col utérin, point doulou-
DE LA NÉVRALGIE UTÉRINE OU HYSTÉRALGIE. /il9
rcux presque toujours unique et presque toujours aussi situé en avant, un peu à gauche. -^ Nous n'avons jamais remarqué que l'hystéralgie affectât* d'une manière aussi exclusive le col utérin et surtout un point si précis et si rigoureusement limité de cet organe.
Assez souvent l'hystéralgie partielle affecte aussi la forme unilatérale. Alors, elle occupe, tantôt la moitié droite, tantôt la moitié gauche de la matrice, plus souvent la moitié gauche. Cette particularité a été signalée par les premiers auteurs qui ont écrit sur la névralgie utérine. M. Bassereau a noté ce fait quatre fois sur sept femmes atteintes d'hystéralgie.
Dans d'autres cas^ la névralgie siège dans tout l'organe, mais la douleur est plus intense d\m côté que de l'autre; et c'est encore le plus souvent du côté gauche. M. Bassereau l'a remarqué sur deux de ses malades.
Cette prédilection de la douleur névralgique pour le côté gauche, dont nous avons eu plus d'une fois l'occasion de vérifier l'exactitude, n'a reçu encore aucune explication; or, l'observation rigoureuse des faits nous a appris que, dans les hystéralgies unilatérales, il existe, assez souvent, une phlegmasie péri-utérine du côté même de la douleur névralgique ou du côtéoii elle se montre le plus intense. Jusqu'à présent rien ne nous prouve que les phlegmasies péri-utérines soient susceptibles de donner naissance à l'hystéralgie; mais il nous paraît hors de doute qu'elles exercent une grande influence sur le siège de la douleur : nous croyons que ces phlegmasies déterminent, fixent le côté oîi se manifeste la névralgie.
Les douleurs hystéralgiques éclatent, soit pendant le jour, soit au milieu de la nuit; dans ce dernier cas, elles arrachent brusquement les malades au sommeil.
Toute ex;citation soit directe, soit indirecte, des organes pelviens, tout ébranlement communiqué au système nerveux général, les coups sur le bas-ventre, les chutes sur le bassin, les commotions d'une voiture, la position assise trop prolongée, la chaleur du lit, les émotions vives, etc., exaspèrent ces douleurs ou les réveillent, si elles sont assoupies. Les parois abdominales sont habituellement d'une extrême sensibilité ; le conduit vaginal est parfois tellement douloureux qu'il est fort difficile, ou même impossible, d'introduire le doigt sans arracher des cris aux malades. D'ailleurs, il est rare que les manœuvres du toucher, et surtout la pression immédiate du doigt
Û20 DIFFORMITÉS ET MALADIES DE l'uTÉKUS.
sur le col utérin, ne provoquent pas la manifestation des souffrances les plus vives.
La douleur caractéristique de l'hystéralgie reste rarement bornée à la région utérine. Presque toujours elle s'irradie vers les lombes, les aines ou la partie supérieure et postérieure des cuisses; et, suivant le trajet et les ramifications des nerfs cruraux et sciatiques, elle s'étend dans toute la longueur des membres inférieurs. D'autres fois, elle s'accompagne de phénomènes névralgiques dans diverses régions du corps, plus ou moins éloignées de la matrice; c'est ainsi qu'il n'est pas rare de voir l'hystéralgie se compliquer de [névralgie cervico-brachiale, de névralgie faciale, rarement de névralgie susorbitaire, mais surtout de névralgie intercostale. Cette relation de la névralgie intercostale avec l'hystéralgie a été bien établie surtout,, comme nous l'avons déjà dit, par M. Bassereau. Frappé de la coïncidence fréquente de ces deux phénomèmes pathologiques, M. Bassereau admit que l'état douloureux de l'utérus réagissait, par l'intermédiaire des filets du grand sympathique, sur les nerfs intercostaux et en déterminait la névralgie. Nous avons dit également que cette opinion avait trouvé un contradicteur énergique dans Valleix, qui regardait, au contraire, l'hystéralgie comme un des modes de manifestation de la névralgie lombo-abdominale.
Nous croyons, en nous fondant sur la rigoureuse observation des faits, que la vérité est entre ces deux manières de voir.
Quelquefois, sans doute, les douleurs névralgiques commencent par la périphérie; c'est la névralgie intercostale, ou la névralgie lombo-abdominale qui débute; et la névralgie utérine ne se développe qu'après; c'est à cette forme que nous avons donné le nom d'hysléra]gie consécutive ou secondaire; mais, dans l'immense majorité des caS;, la douleur commence par la matrice et de là se répand, soit par continuité nerveuse, soit par relation sympathique, dans différentes parties voisines ou éloignées du bas-ventre. C'est l'hystéralgie primitive : selon nous, elle est de beaucoup la plus commune.
Dans l'hystéralgie simple, la menstruation conserve quelquefois sa régularité, mais le plus souvent elle est troublée; les règles sont difficiles et même retardées : aussi Gooch a-t-il appelé l'hystéralgie une dysménorrhée permanente. Chez un certain nombre de malades, la fluxion menstruelle est une cause ou une occasion de recrudescence douloureuse.
DE LA NÉVRALGIE UTÉRINE OU IIYSTÉRALGIE. Zj21
Marche. Durée. Terminaison. — L'hystéralgie simple présente une marche assez peu régulière. Elle se manifeste, ainsi que nous l'avons déjà dit, par accès, par crises, dont le retour est subordonné tantôt à des causes apparentes, tantôt à des causes obscures, cachées ou au moins très-difficiles à saisir.
Les crises hystéralgiques affectent rarement un type franchement périodique; cependant nous en avons observé des exemples bien tranchés. Le plus souvent, elles sont soumises à des retours irrégiiliers et capricieux; elles éclatent une ou plusieurs fois dans les vingtquatre heures, sous l'influence des causés que nous avons signalées plus haut.
La durée de l'accès est variable : quelquefois il est très-fugace et cesse au bout de quelques minutes; d'autres fois il persiste pendant plusieurs heures; et c'est à peine si les malades éprouvent, dans une journée, quelques minutes de répit.
Tantôt les douleurs hystéralgiques se terminent brusquement, avec autant de rapidité qu'elles ont apparu; tantôt elles vont diminuant et cessent peu à peu.
Quant à l'hystéralgie elle-même, il est impossible, comme à toutes les névralgies, de lui assigner une durée précise. Nous pouvons dire seulement que la névralgie dure d'autant plus longtemps et résiste avec d'autant plus d'opiniâtreté au traitement qu'elle est de plus ancienne date.
La description précédente, qui se rapporte surtout à l'hystéralgie idiopathique convient parfaitement aussi à l'hystéralgie symptomatique. Le seul caractère qui distingue ces deux formes delà névralgie utérine, c'est que l'une a une existence propre, indépendante de toute lésion matérielle appréciable de la matrice; tandis que l'autre est étroitement liée à une altération anatomique de Torgane, le plus souvent à une métrite chronique.
Nous avons dit que l'hystéralgie symptomatique est de beaucoup plus fréquente, à tel point que nous ne possédons aucun exemple bien avéré d'hystéralgie idiopathique. Dans ce cas, les douleurs névralgiques de l'utérus sont toujours accompagnées de quelques troubles fonctionnels, annonçant l'existence d'une lésion de la muqueuse ou du parenchyme. Ces troubles fonctionnels, qui toujours précèdent d'abord les phénomènes névralgiques et qui, dans la suite,
Z|22 DIFFORMITÉS ET MALADIES DE l'UTÉRUS,
se confondent avec eux, varient, comme on le comprend, selon la natm^e de la maladie primitive, qui est ou une métrite chronique interne ou une métrite externe ou une métrite parenchymateuse, ou un cancer, ou un polype, ou un corps fibreux, etc. Nous ne reviendrons pas sur les signes de chacune de ces affections, qui ont été exposés ailleurs avec tous les développements nécessaires. Nous rappellerons seulement que le plus constant et le plus manifeste tout à la fois, c'est la leucorrhée, signalée par la plupart des auteurs, mais qu'ils ont eu trop souvent le tort d'attribuer à la névralgie utérine, tandis qu'elle est presque toujours le résultat de la lésion matérielle d'où dépend l'hystéralgie elle-même.
Il va sans dire que la marche de l'hystéralgie symptomatique est entièrement subordonnée à celle de l'affection d'où elle dérive ; qu'elle s'accroît et diminue avec elle; qu'elle est soumise aux mêmes alternatives de mieux et de pis, ainsi qu'aux mêmes causes de recrudescences. Cette parfaite subordination de la névralgie à la maladie primitive est assurément une des meilleures preuves qu'on puisse produire en faveur de l'hystéralgie symptomatique.
Quelquefois l'hystéralgie disparaît avant la guérison de l'affection qui l'a provoquée; d'autres fois elle persévère jusqu'à la fin, plus rarement elle persiste plus longtemps que la maladie primitive et devient ainsi idiopathique, de symptomatique qu'elle était d'abord.
Diagnostic. — Les caractères que nous avons assignés plus haut à la douleur et l'absence de toute lésion matérielle permettent de reconnaître aisément la névralgie utérine idiopathique. C'est surtout dans cette forme que les douleurs revêtent le type intermittent et reparaissent par crises, à des intervalles inégaux, le plus souvent après des rémittences complètes.
Dans l'hystéralgie symptomatique, on trouve réunies les douleurs névralgiques et les douleurs propres aux phlegmasies utérines et péri-utérines. Souvent ces lésions sont assez faciles à découvrir; mais d'autres fois elles passeraient inaperçues si l'on se contentait d'un examen superficiel. Aussi recommandons-nous, pour éviter des erreurs, dont les praticiens lés plus éminents n'ont pas toujours su se mettre à l'abri, de procéder avec le plus grand soin à l'exploration des organes génitaux, et de ne pas perdre de vue les signes appartenant aux différentes altérations de la matrice et, en particulier, à la métrite interne. Cependant, nous devons prévenir que.
lorsqu'il existe une hystéralgie, il faut se défier de la leucorrhée, qui peut bien ne pas être toujours l'indice d'une phlegmasie de la muqueuse utérine. En effet, l'hystéralgie provoque quelquefois^ par voie de sympathie, une hypersécrétion de la muqueuse de l'utérus, hypersécrétion que l'on a justement comparée au larmoiement qui accompagne la névralgie sus-orbitaire; mais l'écoulement utérin, symptomatique de l'hystéralgie , se distingue par des caractères assez tranchés de l'écoulement symptomatique de la métrite interne. Dans cette dernière affection, le liquide sécrété est assez dense, d'une consistance glaireuse, analogue à du blanc d'œuf ; dans la névralgie utérine, il est plus fluide, plus clair, et se rapproche^ par ses caractères physiques, de la sérosité. Déplus, l'écoulement est continuel dans la métrite interne, tandis que dans Thystéralgie il ne se produit que pendant les accès ou immédiatement après.
Dans les cas douteux, le traitement pourra servir de pierre de touche. Si l'hystéralgie est symptomatique, les douleurs névralgiques seront calmées par les moyens dirigés contre la phlegmasie utérine ou péri-utérine; mais, au contraire, ces douleurs seront exaltées par ce traitement, si l'hystéralgie est idiopathique.
Un point essentiel encore dans le diagnostic, c'est de reconnaître les sympathies douloureuses que l'hystéralgie éveille dans différentes régions du corps , et, en particulier, dans les nerfs intercostaux. Nous avons dit;, en traitant des symptômes,, combien la névralgie intercostale s'associait fréquemment à la névralgie utérine; on comprend de quelle importance il est, pour le succès du traitement, de savoir si une névralgie intercostale est idiopathique ou si elle n'est qu'une irradiation de l'hystéralgie. 11 ne sera pas moins nécessaire de décider quelle est celle des deux névralgies qui a débuté et qui a été le point deMépart de l'autre. Nous avons vu que M. Bassereau et Valleix avaient résolu la question d'une manière diamétralement opposée, et nous avons déclaré que la vérité se trouvait entre les deux opinions extrêmes; cependant nous devons répéter que la névralgie utérine donne plus souvent lieu à la névralgie intercostale que celle-ci ne donne lieu à la première.
Pronostic. — Considérée en elle-même, Vhjstérâlgie idiopathique est une affection sans gravité; elle ne menace jamais les jours des malades ; mais si elle est incapable d'occasionner la mort, elle peut, par sa ténacité, par les souffrances aiguës et rebelles qu'elle pro-
U'ik DIFFORMITÉS ET MALADIES DE L'UTÉRUS.
voque, devenir le désespoir des médecins et le tourment des femmes qui en sont atteintes. Comme toutes les névralgies, elle se montre d'autant plus réfractaire au traitement qu'elle est plus invétérée. Aussi convient-il de la combattre le plus tôt possible par des moyens appropriés.
L'hystéralgie symptomatiqiœ, à cause môme de la lésion organique qu'elle implique, est plus grave que l'hystéralgie simple; mais sa gravité étant subordonnée à la gravité de l'affection dont elle procède, nous renvoyons, pour le complément du pronostic, aux articles où il est question de la métrite interne, des phlegmasies périutérines, du cancer de la matrice, etc.
Thérapeutique. — L'hystéralgie idiopathique réclame le traitement ordinaire des névralgies, qui comprend une série de moyens généraux et locaux.
1° moyens généraux. — Ils consistent dans l'administration intérieure des préparations narcotiques (opium, belladone, jusquiame, morelle, etc.), antispasmodiques (valériane, musc, castoréum, assa fœtida, éther, etc.), et dans les inhalations de chloroforme, qui nous ont rendu souvent de très-grands services.
Dans les cas oîi l'hystéralgie présente le type périodique, on a conseillé l'usage du sulfate de quinine; mais ce médicament, qui réussit quelquefois si bien dans certaines névralgies et en particulier dans la névralgie faciale et sus-orbitaire, a le plus souvent échoué entre nos mains dans la névralgie utérine.
2° Moyens locaux. — Le traitement local se compose des topiques divers qu'on applique, soit sur l'hypogastre, soit directement sur les parties endolories.
Sur l'hypogastre on peut appliquer des cataplasmes émoUienls simples ou laudanisés, des fomentations calmantes, des onctions avec des pommades ou des liniments opiacés, belladones, etc., des frictions avec des préparations d'éther et surtout de chloroforme; des vésicatoires simples ou mieux encore saupoudrés d'un sel de morphine.
Quelques médecins emploient les bains de siège tièdes, rendus adoucissants par l'addition de guimauve ou de graine de lin, de mo-
DE LA NEVRALGIE UTERINE OU HYSTERALGIE. /|25
relie et de tètes de pavot; les lavements émollients ou narcotiques, les suppositoires calmants^ etc.
Mais tous ces moyens sont moins efficaces que ceux qu'on dirige directement sur l'organe douloureux; telles sont les injections vaginales composées de liquides médicamenteux ; les pommades ou les huiles narcotiques et antispasmodiques, dont on enduit directement le col de l'utérus, ou qu'on maintient appliquées sur cet organe au moyen d'un tampon de charpie ou de coton préalablement imprégné du médicament.
Aran a proposé une sorte de pâte laudanisée, dont nous avons déjà parlé à propos de la métrite du col, et qui ne nous paraît pas offrir d'avantage réel sur les moyens ordinairement usités.
Nous n'avons jamais vu réussir les douches d'acide carbonique dirigées sur le museau de tanche, qui ont été très-préconisées depuis quelques années; nous ne croyons pas que cette méthode puisse légitimer toutes les espérances qu'avaient fait concevoir ses premiers succès.
Parmi les moyens directement appliqués sur le col de l'utérus, nous devons mentionner d'une manière toute spéciale l'incision de la partie douloureuse, soit avec le bistouri, soit avec les ciseaux, proposée et pratiquée par Malgaigne. Ce chirurgien a fait de ce mode de traitement le sujet d'une note que nous avons déjà signalée au commencement de ce chapitre, et publiée en 1848 dans la Revue médico-chirurgicale. On trouve dans ce travail la relation de deux cas d'hystéralgie traités avec succès par l'incision de la lèvre douloureuse. Nous comprenons que la modification du tissu qui résulte d'une solution de continuité, la douleur et l'hémorrhagie qui suivent l'opération, soient de nature à faire cesser, d'une manière temporaire ou même définitive, un état névralgique essentiel; mais il nous paraît ditïicile d'obtenir la guérison d'une hystéralgie symptomatique par le procédé de Malgaigne. Les tentatives que nous avons faites à cet égard ne nous ont pas donné des résultats aussi favorables que ceux annoncés par ce professeur; nous n'avons jamais obtenu qu'un soulagement momentané; et nous ne saurions admettre que l'incision puisse être considérée comme une sorte de spécifique de la névralgie utérine.
Dans un cas, nous avons modifié avec avantage le procédé de Malgaigne. Ayant observé qu'il existait un foyer douloureux à la face interne du col, nous avons, à l'aide d'un bistouri boutonné, pratiqué
426 DIFFORMITÉS ET MALADIES DE l'UTÉRUS.
des incisions multiples sur les parois mêmes du canal cervical, au lieu d'inciser, comme d'ordinaire, les lèvres du museau de tanche. Sous l'influence de cette opération répétée trois fois, à quelques jours d'intervalle, les douleurs névralgiques se dissipèrent sans retour, et avec elles les accidents nerveux dont elles étaient l'origine.
Les injections hypodermiques, soit avec une solution d'un sel de morphine, soit avec une solution de sulfate neutre d'atropine, ont été employées, dans ces derniers temps, avec des résultats variables. Nous les avons portées successivement, tantôt dans le tissu même de l'utérus avec une longue canule adaptée à la seringue de Pravaz, tantôt dans les parois de la vulve, ou à l'hypogastre ou dans la région sacrée, suivant le siège de la douleur et le foyer de son maximum d'intensité. Quel qu'ait été le point d'insertion de la solution calmante, le soulagement n'a été que momentané. Néanmoins c'est un moyen qu'il ne faut pas négliger et auquel il convient toujours de recourir avant d'en venir à l'incision du col.
Pour le traitement de l'hystéralgie symptomatique ^ l'indication fondamentale ressort de la nature même de l'affection primitive. Il est d'une saine thérapeutique de s'occuper d'abord, et d'une manière à peu près exclusive, de la maladie d'où procèdent les douleurs névralgiques. Un traitement convenable, dirigé contre la phlegmasie ou la lésion organique qui tient l'hystéralgie sous sa dépendance, atténuera l'effet en faisant diminuer l'intensité de la cause.
On peut néanmoins, surtout si les douleurs sont trop vives, chercher à les modérer par l'usage des préparations calmantes, suivant les différents modes d'administration que nous avons fait connaître plus haut; mais on n'oubliera pas que, tant que l'affection primitive subsiste, ces moyens ne doivent être employés qu'à titre d'auxiliaires. Leur usage ne saurait faire négliger le traitement, beaucoup plus important, de la lésion matérielle de l'utérus ou de ses annexes. Pourtant il ne faut pas se dissimuler qu'il y a souvent un grand avantage à débarrasser les malades de cette fâcheuse complication. Dans la métrite interne, par exemple, la douleur névralgique est un élément continuel d'irritation, qui, en entretenant et même en augmentant sans cesse le molimen inflammatoire, ne peut qu'exercer une influence funeste sur la marche de la phlegmasie utérine. Dans ce cas, il est nécessaire d'attaquer énergiquement l'hystéralgie, en même temps que la lésion matérielle dont elle dérive.
DES TUMEURS FIBREUSES OU CORPS FIBREUX DE l'uTÉRUS. ^27
Lorsque l'hystéralgie symptomatique survit à l'altération primitive, on rentre, ainsi que nous l'avons déjà dit, dans les cas d'hystéralgie idiopathique. On a recours alors aux médications exposées plus haut. On peut aussi essayer avec prudence l'électrisation.
Il est un moyen que nous avons réservé pour la fin de ce chapitre, parce qu'il est applicable à un grand nombe de cas, et que l'expérience nous a appris à le considérer comme le plus efficace : nous voulons parler de la cautérisation transcurrente superficielle. Nous avons déjà signalé les services immenses que cette méthode de traitement nous rend journellement dans les troubles nerveux symptomatiques des maladies de l'utérus et de ses annexes. Nous avons eu de fréquentes occasions de constater aussi son utilité dans l'hystéralgie. On a vu que les douleurs, dans cette affection, demeurent rarement limitées à la région utérine, qu'elles se disséminent ordinairement dans les parois abdominales, les lombes, les membres inférieurs, les parois thoraciques et les extrémités supérieures. Les indications et le manuel opératoire ne diffèrent en rien des règles que nous avons posées à ce sujet (p. 307).
A propos du pronostic, nous avons dit combien étaient opiniâtres les névralgies utérines anciennes, c'est-à-dire celles qui remontent à dix ou douze ans et au delà. Nous avons vu quelques-unes de ces affections de très-vieille date résister à tous les moyens que nous venons d'exposer. Il en est, en cela, de l'hystéralgie comme de la sciatique, de la névralgie faciale et de toutes les névralgies en général. Elles finissent, au bout de plusieurs années,, par devenir réfractaires à toute thérapeutique, môme à la cautérisation transcurrente superficielle, et par constituer ainsi des infirmités incurables.