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DES MOLES UTÉRINES

Elles sont grosses ordinairement comme le poing ; quelquefois elles ont le double de ce volume.

Leur forme est globuleuse, ou ovoïde ; leur surface lisse, inégale, irrégulière, lobulée.

Leur texture est comme spongieuse. Elle offre, au début, quelque analogie avec le tissu placentaire ; mais, à mesure que les môles charnues vieillissent, leur plexus vasculaire diminue et disparaît. Dans le premier cas, ces tumeurs sont rougeâtres et gorgées de sang; dans le second, elles acquièrent une teinte rosée ou pâle, et une consistance plus ferme qui se rapproche de celle des tissus fibreux.

Les môles charnues sont presque toujours creusées d'une cavité centrale, dont les dimensions sont très-variables et qui renferme habituellement de la sérosité. Quelquefois du sang s'y épanche, la sérosité se résorbe; les parois de la cavité reviennent sur elles-mêmes et emprisonnent un caillot fibrineux qui finit par faire corps avec la môle, et par oblitérer ainsi complètement cette cavité centrale. Enfin, les môles peuvent contenir des vestiges d'embryon ou des débris de fœtus, des os, des poils, des traces de cordon ombilical, de membrane amniotique, etc.

2" Les môles vésiculaires ou hydati formes, nommées encore môles hydatiques, hydatides de l'utérus, sont constituées par des villosités choriales ou placentaires qui, dépourvues de vaisseaux par suite de la destruction précoce de l'embryon, se sont dilatées en vésicules pleines d'une sérosité claire. C'est à tort qu'on les a appelées hydatides utérines, puisqu'elles ne renferment jamais d'échinocoques, ces animaux parasites dont la présence est caractéristique des tumeurs hydatiques.

Les villosités du chorion ou du placenta, ainsi distendues, hydropiques, conservent leur disposition normale; de sorte qu'elles se présentent, comme des grains de raisin, assemblées sous l'apparence d'une grappe plus ou moins abondante.

Il y en a de toutes les dimensions, depuis le volume d'une tête d'épingle jusqu'à la grosseur d'une amande. Elles s'accroissent en empruntant, par imbibition, des matériaux de nutrition à la caduque utérine. Le plus souvent cette membrane entoure la masse des vésicules et lui forme une poche ou enveloppe complète.

Les môles sont généralement solitaires ; cependant on a cité des exemples de môles multiples. Dans ce cas, elles sont ordinairement

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petites, du volume d'une noix ou d'une pomme; on les rencontre tantôt isolées les unes des autres, tantôt réunies entre elles par quelques points (Sennert, cité par Lisfranc).

Étiologie. — Il serait difficile d'assigner une cause précise au développement des môles utérines.

Ces tumeurs, étant considérées comme le résultat de grossesses arrêtées dans leur évolution et le produit d'embryons dégénérés, ne peuvent se montrer que pendant la période active de la vie utérine. On ne les observe donc, généralement, que depuis l'époque de la puberté jusqu'à l'âge de la ménopause, et seulement chez les femmes qui ont eu des rapports sexuels.

Les faits cités par Ruyscb, Clarke, Gardien, et d'autres auteurs, de môles rendues par des jeunes filles et par des vieilles femmes vierges, doivent être imputés à des erreurs de diagnostic et rapportés à des polypes, à des fibromes ou à de simples concrétions sanguines.

Suivant l'opinion généralement admise, il faut donc faire rentrer dans l'étiologie des môles toutes les causes physiques ou morales capables d'interrompre le cours normal de la gestation. Il faut reconnaître pourtant que ces causes toutes extrinsèques ne doivent pas être les plus actives. C'est sans doute dans des conditions intrinsèques,— soit dans des dispositions anatomiques de la muqueuse utérine ou des membranes de l'œuf, soit dans une altération de nutrition de l'embryon, — qu'on doit surtout chercher la cause essentielle de l'arrêt de la grossesse et de la production des môles, notamment des môles vésiculaires.

Symptomatologie. — Les môles s'annoncent, au début, par des phénomènes analogues à ceux de la grossesse : suppression des menstrues, augmentation du volume et du poids da l'utérus, développement de l'abdomen; pesanteur anale, tiraillements dans les aines; engourdissements et faiblesses dans les membres inférieurs; réaction sympathique sur l'estomac et sur le système nerveux, caractérisée par de l'inappétence ou de la dyspepsie, des nausées, des vomituritions, des éblouissements et des tournoiements de tête, des étourdissements, des tintements d'oreilles, etc.

Cependant la grossesse ne suit bientôt plus son évolution régulière; ordinairement, dès le deuxième ou le troisième mois, le ventre cesse de se développer, le volume de la matrice reste stationnaire.

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Des métrorrhagies plus ou moins fréquentes surviennent, précédées ou suivies d'un écoulement muqueux ou muco-sanguinolent plus ou moins abondant. Enfin, la femme éprouve dans le bassin des douleurs insolites de plus en plus intenses; et, après de nombreux efforts expulsifs, elle rend par le vagin une masse informe, qu'on reconnaît être une môle.

Marche. — Durée. — Terminaisons. — La durée du séjour des môles dans l'utérus est indéterminée; elles sont expulsées ordinairement au bout de soixante à quatre-vingt-dix jours (Lisfranc). Mauriceau n'a pas vu les véritables môles séjourner plus de sept à huit mois dans la matrice. Baudelocque parle d'une femme qui garda une môlependant quatorze mois. Nous croyons qu'il faut se défier des exemples, cités par A. Paré, de Graaf, Heister et Vigaroux, de môles conservées dans la matrice pendant dix, quinze, vingt ans, et même toute la vie.

L'expulsion des môles s'opère tantôt facilement, tantôt avec une extrême difficulté. Les phénomènes qui la précèdent, qui l'accompagnent et qui la suivent, ressemblent absolument à ceux de la parturition; on peut même dire, si la môle est volumineuse, que c'est un accouchement véritable. Comme les mêmes accidents consécutifs peuvent se manifester, on ne saurait trop surveiller les suites de l'expulsion d'une môle.

Les môles accompagnent quelquefois la grossesse : cette coïncidence est rare ; mais les faits rapportés par Hippocrate, Amatus, Viardel, Valeriola et Mercatus Donatus, la mettent hors de doute. D'ailleurs elle n'est point en opposition avec les données de la physiologie, qui enseigne que dans les grossesses doubles ou gémellaires, un seul germe se développe quelquefois ; tandis que l'autre s'arrête dans son évolution, meurt, s'étiole et s'atrophie ou même se résorbe.

La môle, dans ce cas, provoque toujours une fausse couche, en excitant par sa présence les contractions utérines. Alors c'est tantôt la môle qui sort la première, tantôt c'est le fœtus qui est expulsé d'abord.

Diagnostic. — D'accord avec tous les auteurs, nous dirons que le diagnostic des môles est extrêmement difficile, et souvent même impossible à établir. Comme le dit Lisfranc, en réunissant les signes

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fournis par cette maladie, le médecin est réduit au calcul des présomptions ou des probabilités.

Dans les premiers temps, la sémiologie des môles se confond avec celle de la grossesse. Dans cette période de doute bien légitime, on doit tenir la femme en observation,, et attendre que la marche ultérieure de l'affection vienne éclairer le diagnostic. Si, au bout de quelques semaines, l'utérus cesse 'de se développer, s'il survient des métrorrhagies fréquentes; si un peu plus tard encore, au quatrième mois, par exemple, on ne sent ni les mouvements du fœtus, ni les battements du cœur, on est autorisé à penser qu'il ne s^agit pas d'une grossesse. Si la tumeur est très-dure, on soupçonnera un corps fibreux; si elle est fluctuante, une hydroraétrie; si elle est mollasse^ un peu dépressible, si elle a la consistance du tissu musculaire, on doit songer à la présence d'une môle. Mais, encore une fois, le diagnostic est plein d'obscurités, et le plus souvent ce n'est que l'issue de la tumeur dans le vagin ou son expulsion complète hors de la vulve qui peuvent définitivement éclairer le médecin.

Pronostic. — Le pronostic des môles n'a rien de grave, si l'expulsion se fait de bonne heure. Cependant il ne faut pas oublier que ces produits pathologiques peuvent devenir la cause d'hémorrhagies prolongées ou de fausses couches. Nous avons déjà dit que lorsque la tumeur a acquis un volume considérable, sa sortie au dehors peut donner lieu à tous les accidents qui compliquent parfois l'accouchement. Nous devons ajouter que la métrite est assez commune à la suite des môles.

Thérapeutique. ~ Dans la grande majorité des cas, l'expulsion des môles s'opère spontanément. Dans d'autres circonstances, cette expulsion est difficile, et rencontre, comme celle du fœtus, des obstacles qui réclament l'intervention de l'art. Tantôt il est nécessaire de solliciter les contractions utérines par l'administration du seigle ergoté ; tantôt il faut agir directement sur la môle et en opérer l'extraction, soit simplement avec les doigts, soit à l'aide de pinces à érignes ou même du forceps »

Après l'expulsion de la môle, la malade doit garder le repos au lit, jusqu'à ce que l'utérus soit suffisamment revenu sur lui-même et que tout danger d'accidents se soit évanoui.

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On prescrit en outre un régime doux, des lotions et des injections vaginales émollientes. Enfin, on aura recours aux moyens appropriés, s^il survient des hémorrkagies consécutives ou des symptômes de putridité; ce qui arrive presque infailliblement si quelque débris de môle a été retenu dans la cavité de la matrice.

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