DES CONCRÉTIONS SANGUINES DE L'UTÉRUS
Nous n'entendons traiter ici que des coagulums sanguins qui se forment dans la cavité utérine, en dehors de l'état puerpéral.
Un certain nombre d'auteurs en ont parlé sous le nom de fausses môles; mais elles se distinguent essentiellement des môles en ce que ce ne sont point des produits de conception arrêtés dans leur développement. C'est aux concrétions sanguines qu'il faut rapporter la plupart des cas de môles qu'on dit avoir rencontrées chez des jeunes filles vierges, des religieuses cloîtrées, des veuves continentes et des vieilles femmes qui ne pouvaient pas être soupçonnées.
Les concrétions sanguines de l'utérus peuvent provenir du sang menstruel ou d'une métrorrhagie. Elles se forment toutes les fois que le sang est retenu dans la cavité utérine par un obstacle quelconque, résultant d'un rétrécissement ou d'une oblitération complète du conduit utérin ou de l'orifice du museau de tanche.
Le sang^ ainsi épanché et emprisonné dans la matrice, subit une élaboration par laquelle la partie séreuse est résorbée^ tandis que ses éléments plastiques se précipitent et se coagulent, tantôt en un simple caillot, tantôt en caillots multiples.
Il peut arriver aussi que les caillots multiples proviennent de la segmentation d'un coagulum plus volumineux.
Leur volume, comme leur nombre, est très-variable. On en a vu qui étaient petits comme des pois et des lentilles, et d'autres qui étaient gros comme une orange.
Ils se moulent, en général, assez exacteinent sur la cavité qui les renferme. Quand ils sont petits, ils sont le plus souvent elliptiques et
kStl DIFFORMITÉS ET MALADIES DE l'uTÉRUS.
aplatis; quand ils sont volumineux, ils affectent une forme plus ou moins sphérique.
Leur surface est ordinairement lisse, polie et recouverte d'une pellicule, légère d'abord, et qui, plus tard, devient plus épaisse^ toraenteuse, et prend toutes les qualités d'une fausse membrane.
Au fur et à mesure que le caillot vieillit, il diminue de volume par la perle graduelle de ses éléments absorbables; ses couches se décoorent de la périphérie au centre et prennent la couleur blanc jaunâtre et la consistance de la fibrine. Peu à peu la masse s'organise, devient de plus en plus dense et finit par acquérir les qualités du tissu fibreux.
Cependant il est rare que les caillots qui séjournent dans la cavité utérine soient blancs, décolorés et durs, comme les caillots enkystés des autres régions. Presque incessamment imbibés de sang par les métrorrhagies fréquentes qu'ils provoquent, ils présentent habituellement une teinte brune, et une consistance analogue à celle du tissu musculaire, ce qui les a fait souvent confondre avec les môles charnues.
Quelquefois, au centre des concrétions sanguines ainsi organisées, on trouve un noyau composé d'une matière jaunâtre et difïïuente, qui paraît réfractaire à l'organisation. Dans certains cas, on a rencontré cette espèce de cavité centrale convertie en un foyer purulent.
Les concrétions sanguines de l'utérus donnent lieu à un développement anormal de l'organe, à des douleurs, à de la dysménorrhée ou à de l'aménorrhée d'abord, puis tôt ou tard à des métrorrhagies plus ou moins abondantes.
On doit favoriser la sortie de ces corps étrangers^ soit par des moyens propres à provoquer les contractions utérines, soit par des tentatives d'extraction directe, pratiquées avec la main; il ne faut recourir, cependant, à ce dernier procédé que lorsque le col utérin est suffisamment dilaté, et que le caillot se présente à l'orifice du museau de tanche.
Si la concrétion sanguine donne heu à des hémorrhagies répétées, abondantes, difficiles à réprimer, on doit pratiquer la dilatation artificielle du col utérin et opérer sans retard l'extraction du coagulum.
DE l'hydrométrie. 485