CHAPITRE XIX
DE L'HYDROMÉTRIE.
DÉFINITION. — Nous appellerons hydrométrie, toute accumulation de liquide anormalement épanché dans la matrice.
Ce liquide est tantôt de la sérosité, tantôt du mucus ; de là deux variétés d'hydrométrie : 1° une hydrométrie séreuse^ 2° une hydrométrie muqueuse : la première se rattachant à la conception, la seconde indépendante de cet état.
§ I. — De l'hydrométrie séreuse.
C'est la seule qu'on trouve décrite dans les auteurs anciens, et la seule à laquelle soient applicables les dénominations à'hydropisie de la matrice, ou d'ascite utérine.
On a longtemps professé que cette forme d'hydrométrie pouvait se développer dans l'état de vacuité utérine: c'est l'opinion de Fernel, de Franck, de Mauriceau, de Désormeaux, de Lisfranc et de la plupart des anciens gynécologistes. Mais aujourd'hui, malgré les efforts de M. Teissier (de Lyon) pour réhabiliter la doctrine ancienne, on admet généralement, avec MAI. Stoltz et Nœgelé, que l'hydrométrie séreuse est essentiellement une maladie de la grossesse, qu'elle ne peut se développer que dans l'état de gestation, et qu'elle représente, comme les môles, le produit dégénéré d'une conception arrêtée dans son développement.
C'est dans les membranes de l'œuf que le liquide est contenu. Sa quantité peut varier depuis quelques grammes jusqu'à deux et trois litres. Rarement il est clair et limpide ; on pense même que, dans les cas oiî il a été trouvé pur, il s'agissait, non point d'une tumeur hydrométrique, mais d'une môle hydatiforme. Engénéral, il est trouble, sanguinolent, roussâtre, épais, bourbeux, semblable à de la levûrr, de bière^, à du chocolat ou à du marc de café. En même temps il exhale une odeur fétide, assez franchement putride. On y trouve presque toujours les débris d'un embryon ou d'un foetus, arrêté dans son développement, mort depuis un temps plus ou moins long et dont la macération a ramolli, séparé et dissous en partie les éléments.
D'après ce qui vient d'être dit, Thydrométrie séreuse serait produite par toute cause capable d'arrêter le germe dans son évolution et de donner la mort au foetus.
Elle est caractérisée par la suppression des menstrues, l'augmentation de la matrice, la distension du ventre, un sentiment de pesanteur au périnée, des douleurs dans les lombes, des tiraillements dans les aines, des engourdissements et de la faiblesse dans les extrémités inférieures, de la constipation, des besoins fréquents d'uriner, des troubles digestifs, de la pâleur et de la bouffissure de la face, de l'infiltration œdémateuse des jambes, etc.
Assez souvent aussi il existe de Vhydrorrhée, c'est-à-dire un écoulement séreux ou séro-sanguinolent, qui s'opère par la vulve, en assez grande abondance, et d'une manière intermittente.
Par l'exploration directe (palper hypogastrique et toucher vaginal), on peut constater le développement anormal de l'utérus et la fluctuation de la tumeur.
L'absence du ballottement, des mouvements actifs du fœtus et des bruits du cœur, sert à distinguer l'hydrométrie de la grossesse. La fluctuation la distingue des tumem^s solides de la matrice; enfin la participation directe que prend la matrice à la formation de la tumeur la différencie des kystes de l'ovaire, dans lesquels on trouve, au contraire, l'utérus indépendant de la lésion.
Le plus souvent l'hydrométrie séreuse se termine spontanément par l'évacuation du contenu de la tumeur, tantôt quelques semaines, tantôt plusieurs mois après son début. Cette évacuation a lieu le plus souvent d'une manière subite dans un effort de toux, d'éternument, de vomissement, etc.
Lorsque l'évacuation du liquide s'accompagne de l'expulsion de la poche, la guérison est définitive; mais lorsque les membranes fœtales restent dans la cavité utérine, ce qui arrive quelquefois, leur déchirure s'oblitère, une nouvelle quantité de liquide s'épanche, et ia tumeur se reproduit.
Dans des cas assez rares, et généralement, sous l'influence d'une violence extérieure, la poche hydrométrique peut s'enflammer, l'inflammation gagner le tissu aminci de l'utérus, celui-ci s'ulcérer et se rompre. On observe alors les symptômes d'une métro-péritonite, qui met toujours en danger la vie des malades, et qui parfois les enlève assez rapidement.
En dehors de ces cas, qui ne sont pas communs, l'hydrométrie
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séreuse n'est point en elle-même une affection grave. Elle a seulement une certaine importance au point de vue des fonctions de la parturition^ puisque, en simulant la grossesse, elle entretient des espérances qui sont suivies bientôt des plus amères déceptions.
Le traitement de l'hydrométrie séreuse consiste à favoriser l'évacuation du liquide et l'expulsion des membranes qui le renferment.
On éveille les contractions utérines par l'application de compresses froides sur l'abdomen, par des douches sur le col utérin^ par l'administration interne de l'ergot de seigle. Si ces moyens sont insuffisants, et que l'état de la femme l'exige, on ne doit pas hésiter à déchirer les membranes avec les ongles ou à les ponctionner à l'aide d'un trocart. Il est superflu de dire qu'il faut, pour agir ainsi^ que déjà le col utérin soit suffisamment dilaté.
Il importe de veiller avec le plus grand soin à ce que la poche hydrométrique soit expulsée tout entière, afin de prévenir les récidives et d'éviter les complications secondaires.
S'il survient, à la suite de cette sorte d'accouchement, quelques accidents, tels qu'une métrorrhagie, une métrite aiguë, une putrescence de l'utérus, etc., on doit les combattre parles ressources appropriées que l'art meta notre disposition.
§ IL — De rhj^drométrie muqueuse.
Elle ne diffère de la précédente que par la nature du liquide et les circonstances étiologiques qui président à son développement.
L'hydrométrie muqueuse n'est plus, comme la forme séreuse, un accident et un arrêt de développement de la parturition ; elle est le produit d'une hypersécrétion de la muqueuse utérine malade, et presque toujours symptomatique d'une métrite chronique, soit simple, soit compliquée de la présence d'un polype ou d'un fzbrome.
Cette accumulation de mucosités est déterminée parmi rétrécissement ou une oblitération du canal utérin, qui s'oppose à leur libre écoulement au dehors.,
L'hydrométrie muqueuse est donc toujours symptomatique d'une métrite interne, compliquée d'une coarctation du conduit de la matrice.
Le liquide est habituellement constitué par un mucus plus clair et moins dense que le mucus ordinaire. Cependant sa transparence et
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son homogénéité sont quelquefois altérées par le mélange d'une certaine proportion de sang.
Nous avons donné nos soins à une malade chez laquelle cette collection de mucosités dans l'utérus se reproduisait périodiquement, chaque mois, à l'époque où elle avait l'habitude d'être réglée. Pendant un jour ou deux, cette femme ressentait des douleurs expulsives très-intenses, accompagnées de phénomènes qui cessaient brusquement après la sortie, par la vulve, d'une assez grande quantité d'un liquide clair, séro-muqueux. Ces phénomènes ne disparurent définitivement qu'après la dilatation du conduit vaginal au moyen du cathétérisme graduel.
La quantité de liquide varie généralement de 50 à 200 grammes; cependant, d'après M. Scanzoni, elle peut atteindre un kilogramme.
L'indication thérapeutique principale consiste d'abord à dilater le conduit utérin, afin de lever l'obstacle qui s'oppose à la sortie des mucosités ; puis à combattre les symptômes de la métrite interne, de manière à tarir la source de la sécrétion morbide.