CHAPITRE XX
DE LA PHYSOMÉTRIE.
On donne le nom de physométrie, de grossesse venteuse, de tympanite ou de pneumatose utérine, à la distension de l'utérus par des fluides gazeux.
Il y a quelques années encore, on admettait avec les anciens que les gaz contenus dans la cavité utérine pouvaient provenir de trois sources différentes : 1° de l'air atmosphérique, qui du vagin s'introduirait dans l'utérus par une sorte d'aspiration; 2° de la muqueuse utérine, qui, sous l'influence de certaines conditions pathologiques, acquerrais la propriété de sécréter des gaz; 3° enfin, de l'altération de corps étrangers, liquides ou solides, emprisonnés dans la matrice.
La première opinion est généralement abandonnée de nos jours; elle ne conserve guère qu'un partisan, M. Jules Guérin, qui, dans
DE LA PHYSOMÉTRIE. 489
diverses discussions académiques, a soutenu avec beaucoup d'énergie que les injections vaginales trop prolongées et administrées sans précaution pouvaient introduire un grand volume d'air, non-seulement dans l'utérus, mais même jusque dans le péritoine, à travers les trompes de Fallope. On n'a pas oublié le peu de succès qu'eut cette théorie, et les épigrammes qu'elle valut à son auteur de la part de ses contradicteurs, et en particulier de Malgaigne.
Quant à une exhalation gazeuse par les parois mêmes de la cavité utérine, chez les femmes hystériques, affection à laquelle on a plus particulièrement donné le nom de grossesse venteuse, personne n'admet aujourd'hui cette hypothèse, et l'on s'accorde généralement à reconnaître qu'elle ne reposait que sur une erreur de diagnostic.
Reste donc la production de gaz dans l'utérus, sous l'influence d'un travail de fermentation. C'est la seule explication possible, la seule réelle, comme l'ont établi d'une manière incontestable les beaux travaux de MM. Stoltz et Neegelé.
La première condition pour la production de la physométrie, c'est donc la présence, dans la matrice, d'un corps organique pouvant, par une longue macération , donner naissance à une exhalation gazeuse. Deux autres conditions sont nécessaires : c'est que, d'une part, l'orifice utéro-vaginal soit oblitéré, et que, d'autre part, les parois utérines soient suffisamment altérées ou affaiblies pour céder à l'effort expansif des gaz et se dilater sous l'inflaence de la pression excentrique de ces fluides.
Ces conditions se trouvent généralement réunies lorsque la matrice renferme, depuis un assez long temps, un polype, des caillots, une môle ou un produit de conception arrêté dans son évolution.
La physométrie donne lieu à une distension plus ou moins grande de l'utérus, à une augmentation du volume de l'abdomen, plus rapide que celle qui résulte de la grossesse normale, à des coHques utérines, à, un sentiment de gêne et de pesanteur dans le bassin, à des tiraillements dans les lombes, dans les aines et dans les cuisses.
Les parois du ventre sont élastiques et la percussion produit une résonnance tympanique au niveau de la tumeur.
Si la tumeur est mixte, ce qui est assez fréquent, si elle est constituée par du liquide et du. ga.z {hydrophysoméirie], on obtient par la succussion le bruit de flot ou de gargouillement.
Il arrive souvent, à Toccasion d'un mouvement brusque ou d'un effort, que l'obstacle qui s'opposait à la sortie du gaz emprisonné dans
Ja matrice (fausse membrane, caillot, polype obturateur) se rompt ou se déplace, et le gaz alors, trouvant une issue plus ou moins facile, s'échappe avec bruit ou explosion. Immédiatement le ventre tombe^ ses parois se dépriment, et la femme sent se dissiper soudain le sentiment de tension et les douleurs pelviennes occasionnées par la distension excessive de la matrice.
Ordinairement une quantité plus ou moins grande de liquide sanieux, fétide, accompagne la sortie des gaz.
Tantôt l'expulsion est définitive, et la physométrie guérit spontanément; tantôt, au contraire, le gaz se reproduit sous l'influence des premières causes, qui persistent.
La physométrie ne réclame point un traitement particulier. Cette affection n'étant que secondaire et ne se développant que sous l'influence de la décomposition des matières organiques contenues dans la matrice, on doit recourir aux moyens curatifs que nous avons fait connaître dans les chapitres précédents^ à l'occasion des polypes, des môles, des concrétions sanguines et de l'hydrométrie.