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IV. Médication antisquameuse

Préparations arsenicales. — Les préparations arsenicales sont pour le médecin dermatologiste une source très puissante de médi-

MÉDICATION ÀNTINERVEUSE OU ANTIPAPULEUSE . 1 SJ

cations. Elles s’appliquent à un grand nombre de maladies ; il en est certaines qui les réclament d’une manière spéciale : ce sont les affections à forme squameuse, psoriasis , lèpre vulgaire, pityriasis, que ces maladies soient a l’état chronique ou à l’état aigu, mais dans ce dernier casa une période décroissante. A l’égard des autres affections de la peau, c’est ordinairement l’ ultimatum de la généralité des médecins, c’est-à-dire que lorsque les autres agents médicamenteux ont échoué, on a recours en dernier ressort aux préparations arsenicales, et l’on ajoute: J’ai tout employé, voire même l’arsenic. Il faut convenir que si ces préparations sont le médicament par ex~ cellence pour combattre les affections squameuses, elles sont aussi d’une grande ressource dans certaines formes morbides cutanées, notamment dans celles eczémateuses.

Nous croyons avoir contribué, pour notre part, à préciser et à régulariser le mode d’emploi des préparations arsenicales par l'expérimentation que nous avons faite de ces préparations sur une grande échellec C’est en solution qu’on les donne ordinairement, et deux surtout sont usitées: la solution de Fowler, la solution de Pearson. La première est un arsénite de potasse ; la seconde, une arséniàte de soude.

La solution de Fowler se compose de :

Acide arsénieux . 5 grammes.

Carbonate de potasse . 5 grammes.

Eau . 500 grammes.

Alcoolat de mélisse composé. . . . 12 grammes.

La composition de celle de Pearson est telle qu’il en faut 5 gouttes pour faire l’équivalent d’une goutte de solution de Fowler. Il en résulte un inconvénient pour son administration, car on est obligé de pousser la dose jusqu’à 40, 50, 60, 80 gouttes par jour, et il est difficile et long de compter un si grand nombre de gouttes. C’est une raison de préférer la solution de Fowler, puisque d’ailleurs elle a les mêmes propriétés que l’autre. Mais un autre motif de préférence pour nous, c’est que nous n’avons jamais pu porter la solution de Pearson à des doses proportionnellement aussi élevées que l’autre, sans provoquer des accidents; aussi nous n’employons plus que la solution de Fowler. 18 gouttes de solution de Fowler contiennent

1 /6e de grain d’acide arsénieux, environ 8 milligrammes ; or, en règle générale, un malade ne peut supporter plus de 15 à 18 gouttes de solution par jour, c’est-à-dire plus de l/6e de grain d'acide arsénieux en combinaison avec la potasse, ce qui est tout different de l’acide arsénieux solide ou même en dissolution dans l’eau : voilà donc une dose qu’on ne devra pas dépasser. En effet, toutes les fois que nous avons été au delà, les sujets les plus forts n’ont pas tardé à en être incommodés. Certes, il y a quelques exceptions, mais elles sont rares, et cependant M. Boudin, qui a préconisé l’acide arsénieux contre les fièvres intermittentes, a pu donner jusqu’à 1/4 de grain, 1/2 grain, 1 et même 2 grains d’acide arsénieux par jour. On peut s’expliquer une pareille tolérance en ayant égard à deux circonstances : 1° que l’intoxication paludéenne apporte dans l’économie une modification particulière en vertu de laquelle le malade supporte des doses d’arsenic qui le tueraient s’il était bien portant ; modification analogue, sans doute, à celle qui, dans la pneumonie, produit la tolérance du tartre stibié à haute dose ; 2° que c’est l’acide arsénieux libre, substance peu soluble, que M. Boudin donne à ses malades, et non l’arsénite de potasse, qui est très soluble. Or nous devons faire cette remarque générale, connue depuis longtemps du reste, que les médicaments agissent d’autant mieux qu’ils sont mieux dissous. Ainsi, que sur le derme dénudé chez deux animaux de mêm espèce, on applique, chez l’un de l’arsénite de soude, chez l’autre de l’acide arsénieux : le premier mourra rapidement, tandis que non-seulement le dernier sera plus lentement atteint, mais encore il faudra des doses d’acide arsénieux six à huit fois plus fortes pour amener la mort. C’est que l’arsénite, très soluble, est bien plus promptement absorbé que l’acide arsénieux, qui l’est moins. Il se peut donc, quand on ingère de l’acide arsénieux dans l’estomac à dose élevée, qu’une partie non dissoute soit expulsée avec les selles, tandis que l’arsénite de soude ou de potasse, très solubles, sont absorbés en totalité.

La solution de Fowler est connue depuis longtemps, mais son mode d’administration actuel n’a pas une date aussi ancienne. Du temps de Biett, ce qui n’est pas bien loin de nous, on la donnait encore de la manière suivante : on commençait par 1 goutte par jour

MEDICATION ANTINERYEUSE OÜ ANTIPAPULEUSE .

et Ton augmentait de 1 goutte tous les six ou huit jours seulement. Biett dit être arrivé ainsi jusqu’à l’administration de àO gouttes par jour. On voit combien le traitement devait être long, et, en effet, il ne durait quelquefois pas moins de huit à dix mois. Désireux de fixer notre opinion sur la rapidité de progression avec laquelle on pour rait arriver à des doses réellement médicamenteuses, nous avons fait, il y a dix à douze ans, des expérimentations à ce sujet à l’hôpital Saint-Louis. Nous avons reconnu d’abord qu’on pouvait rapprocher l’augmentation des doses de manière à arriver à 12 gouttes en onze jours, à 15 en seize jours, sans accidents pour l’estomac du malade. Nous donnons en conséquence 2 gouttes le premier jour, 3 le deuxième, U le troisième, ainsi de suite. Nous gagnons donc ainsi beaucoup de temps.

Le second résultat important auquel nous sommes arrivé, c’est qu’il faut un homme fort, doué d’un bon estomac, pour supporter par jour 1 8 gouttes de liqueur de Fowler . On ne saurait dépasser cette dose sans s’exposer à voir survenir, après un certain laps de temps, des accidents graves ; (f est pour cela, que nous ne pouvons nous empêcher de conserver un peu d’incrédulité au sujet des àO gouttes que les malades pouvaient prendre sans inconvénient, fait que certains médecins de nos jours regardent comme parfaitement authentiques. Les prescriptions n’auraient-elles pas été exactement remplies à la pharmacie? Le malade prenait-il 3 médicament, du temps de Biett? C’est ce que nous ignorons ; mais nous avons si souvent été trompé par la négligence de nos élèves en pharmacie, ou par l’incurie de nos malades, que l’une et l’autre supposition sont très admissibles.

Nous avons motivé la préférence que nous accordons à la solution de Fowler sur celle de Pearson. Quant aux autres préparations arsenicales à l’état pilulaire, telles que les pilules asiatiques, par exemple, nous ne les employons jamais, par la raison que l’acide arsénieux y est donné en substance. Or, dans un service d’hôpital, les pilules, faites souvent à l’avance, peuvent s’être durcies au point de traverser le canal intestinal sans produire aucune action. En deuxième lieu, l’acide arsénieux étant peu soluble dans l’eau, la

grande de J a membrane muqueuse stomacale qui absorbe toujours en raison inverse de cette sécrétion, l’état de l’estomac, la bonne ou mauvaise digestion alimentaire, la quantité d’aliments pris ; de sorte que si l’on sait ce que l’on donne, on ne sait pas ce qui est porté dans le torrent de la circulation. Au contraire, une préparation soluble, telle que les arsénites de potasse ou de soude en solution dans un liquide, et prise à jeun, sera absorbée dans l’espace de trois quarts d’heure ou d’une heure au plus, et par suite on connaîtra d’une manière certaine la dose qui va passer dans les secondes voies.

Dans les hôpitaux, en raison du nombre de malades qui peuvent prendre la solution deFowler, et du temps qu’exige le dosage de ces gouttes, il y a souvent des erreurs volontaires ou involontaires. Ainsi, un élève peut se tromper de 2 ou 3 gouttes, il peut même, s’il l'ait sa distribution de gouttes dans une série dejuleps, mettre dans la même fiole deux fois la dose, dans la supposition où il croirait n’avoir rien mis. On conçoit dès lors la source de ces accidents d’empoisonnement que l’on voit se développer inopinément. C’est pour obvier à ces dosages résultant de la négligence, que j’ai formulé une solution tout à fait identique avec la solution de Fowler, quant à la composition, sauf les doses respectives des éléments (voy. Formulaire , Solutions): elle est telle, que 1 gramme correspond à 1 goutte de la solution de Fowler. Pour la mesurer, on prend une petite éprouvette graduée à intervalles de 1 gramme et pouvant contenir 18 grammes. 11 suffit alors de verser la liqueur arsenicale, sans la mesurer autrement que d’emplir le vase jusqu’à atteindre le point de repère qui correspond à la dose.

Mais une objection plus sérieuse à l’emploi de la solution de Fowler, c’est celle-ci: Qu’est-ce qu’une goutte? La goutte varie suivant les dimensions du tube ou du goulot du vase avec lequel on la fait tomber; de sorte que dans 18 gouttes retirées d’un large flacon et 18 gouttes d’un très petit fiacon, il y a en poids une différence énorme. Aussi chaque praticien dermatologiste a-t-il sa formule de préparation arsenicale. Toutefois il ne faut pas exagérer cet inconvénient ; la goutte pharmaceutique est à peu près uniforme, et nous devons dire qu’en général, en ville comme à

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l’hôpital, on se sert de flacons de 20 à 30 grammes pour doser les médicaments.

La liqueur dont nous avons donné la formule, et que l’on a appelée solution minérale , est d’un dosage fort exact, puisqu’il se fait au poids. Il ne peut pas y avoir d’erreur avec elle; c’est ce qui nous engage à eu préconiser l’emploi.

Nous avons dit plus haut que si l’on dépassait la dose de 18 gouttes de solution de Fowler, on s’exposait à voir se manifester des accidents ; mais ces accidents sont bien différents de ceux que produit l’arsenic à haute dose, avalé par imprudence ou administré par une main criminelle. Dans ces derniers cas, en effet, l’empoisonnement se manifeste par des nausées, des vomissements, des coliques, de la diarrhée, des convulsions, la petitesse, la lenteur du pouls, la suppression des urines. La solution de Fowler a petites doses graduées ne produit rien de tout cela ; ce sont des phénomènes tout nerveux qui peuvent passer inaperçus si le malade et le médecin ne sont pas très attentifs. Voici ces phénomènes. Quand le malade est arrivé à la dose la plus élevée qu’il puisse supporter, si l’on augmente encore, il vous dira : j’ai ressenti un peu d’engourdissement dans une main; un autre aura eu une crampe à une jambe; un troisième, la respiration gênée ; un quatrième aura senti sa tête lourde, étourdie, etc. Mais pas de vomissements, pas de diarrhée chez aucun d’eux, pas de suppression d’urine, seulement parfois un peu de gastralgie ; et ces phénomènes se seront montrés un quart d’heure, une demi-heure, une heure après la dernière dose administrée. (Il est remarquable que les phénomènes de gastralgie, de colique, de diarrhée se manifestent au début de l’administration de cette solution, c’està-dire à la dose de à à 8 gouttes, lorsque les malades ont l’estomac et les intestins assez délicats pour ne pouvoir pas supporter l’emploi de l’arsenic.) Bien que légers, ces symptômes ont une grande signification, car si l’on ne suspend pas tout de suite le médicament, le lendemain, quoiqu’on n’en ait donné que la même dose, on verra se manifester l’ensemble de tous les symptômes de l’empoisonnement par l’arsenic à haute dose, moins tous les phénomènes d’action directe de l’arsenic sur l’estomac et les intestins : ce sont les symptômes graves de l’absorption de ce poison. 11 semble donc qu’il arrive un moment

où l’économie est en quelque sorte saturée d’arsenic ; et alors l’addition d’une dose nouvelle, quoique extrêmement faible, produit l’effet delà goutte d’eau sur le vase plein. Qu’ainsi le malade ait négligé de signaler à son médecin une crampe légère, un peu d’engourdissement qu’il aura éprouvé, ou que le médecin, peu expérimenté, n’ait pas eu soin de le questionner à cet égard, et le lendemain il sera tout étonné de trouver son malade dans l’état le pius grave : il est prostré, abattu , la figure profondément altérée ; la respiration anxieuse, difficile ; la peau froide ; le pouls petit, fréquent, se relevant par moments, s’affaissant aussitôt; l’urine est supprimée; d’ailleurs pas de coliques, pas d’évacuations alvines.

Quel traitement faut-il opposer à ces accidents? D’abord le médecin devra, par une surveillance attentive de son malade, en prévenir la manifestation. Mais enfin s’il était assez malheureux pour les voir apparaître, il faudrait qu’il sût comment les combattre. La première fois qu’ils se sont présentés à notre observation, c’était dans le temps de la discussion entre MM. Orfîla et Rognetta au sujet de la thérapeutique de l’empoisonnement par l’arsenic. Le premier voulait qu’on saignât les malades ; le second, qu’on leur donnât des excitants, du punch, etc. Le malade que nous eûmes occasion d’observer avait la figure altérée, le corps couvert d’une sueur froide ; le pouls se relevait par moments, d’autres fois il devenait filiforme; les urines étaient supprimées. Dans cet état nous tirâmes une palette de sang; une potion cordiale fut ensuite administrée, et les symptômes d’intoxication ne tardèrent pas à disparaître. Nous pensons donc qu’on devra, dans ces circonstances, se conduire d’après les symptômes offerts par le malade. S’il y a de l’excitation, prescrivez une petite saignée d’abord ; si la prostration, au contraire, était le phénomène dominant, il faudrait débuter par les cordiaux. Le malade ne sera hors de danger que lorsque l’émission des urines se rétablira; cette émission recommence habituellement au bout de trois ou quatre heures, et alors le malade entre en convalescence. A propos de cette suppression de l’urine , MM. Orfîla et Rognetta n’étaient pas d’accord. M. Orfîla prétendait qu’elle était supprimée, M. Rognetta qu’elle continuait. Ils avaient raison tous deux. La sécrétion de l’urine n est pas suspendue, mais seu-

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lement son émission; on peut en acquérir la preuve en sondant les malades.

Le traitement d’une maladie de peau parla liqueur de Fowler doit durer de deux mois, à deux mois et demi. La guérison se reconnaît à un phénomène que nous croyons avoir signalé le premier, au moins dans les affections squameuses: lorsque la médication arsenicale a été suffisamment continuée et convenablement administrée, la surface malade guérie se colore en brun , et la peau reprend toute sa souplesse. Cette tache brune est un fait capital ; elle prouve que le traitement est complet et la guérison aussi parfaite que possible. Il résulte, en effet, de nos observations que si, par une cause quelconque, la maladie récidive, ce qui est malheureusement trop fréquent dans les affections cutanées squameuses chez les ouvriers, c’est plutôt à côté de la tache et non sur la tache elle-même que reparaît la maladie; c’est du moins ce qui arrive le plus souvent. Ces taches, que j’appelle arsenicales , ne disparaissent qu’après huit ou dix mois. Cet effet est analogue à celui que produit l’administration du nitrate d’argent, avec cette différence que l’on peut expliquer la coloration dans ce dernier cas par l’action de la lumière, tandis que dans l’espèce il n’y a pas d’explication possible. Toujours est-il que la tache brune arsenicale remplace toute l’étendue de la surface antérieurement malade, et que, sauf la couleur, la peau y reprend sa consistance, sa souplesse, son épaisseur, sa texture et son état primitif.

Ainsi que nous l’avons dit plus haut, la liqueur de Fowler doit être suspendue dès qu’il survient un malaise quelconque, un dérangement soit du côté de l’estomac, de la poitrine, des membres, etc. Après trois, quatre, cinq jours de repos, on reprendra la solution à une dose moitié moindre que celle à laquelle on était déjà arrivé, en augmentant ultérieurement les doses de solution dans le rapport où on les avait commencées.

Sous l’influence de cette médication, il peut apparaître une éruption secondaire sur les taches arsenicales ou sur les parties de la peau où siège encore la maladie qui est en traitement. Elle consiste en quelques boutons rouges, isolés, papuleux, de la grosseur d’une lentille, qui se multiplient lentement. Ce phénomène , que nous

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avons signalé le premier, est commun aussi à l’usage des pommades au goudron et aux alcalins. Si l’on continue alors l’emploi des arsenicaux ou de ces pommades, cette éruption fait des progrès. C’est donc une indication de cesser les uns et les autres. Si le médecin, trompé par une vaine apparence, croit au renouvellement ou a une recrudescence de la maladie qu’il traite, et qu’il veuille augmenter les doses d’arsenic ou de goudron, suivant qufil emploie l'un ou l’autre, cette éruption intercurrente sera vivement exaspérée. Il devra cesser toute médication active, recourir aux émollients, et en prolonger l’emploi, car la guérison exige un certain laps de temps. On pourrait aussi prendre cette éruption pour des papules syphilitiques, mais il n’en est rien. Enfin nous devons ajouter qu’il n’est pas rare de voir succéder une éruption papuleuse syphilitique dans le cours du traitement des affections squameuses sous l’influencq des bains de vapeur et des pommades, et que le diagnostic en devient plus difficile en présence du développement des larges papules dont nous avons signalé l’existence.

Faut-il administrer indistinctement les arsenicaux chez toutes les personnes atteintes de maladies squameuses? Non, sans doute, car ce traitement n’est pas sans inconvénients ; il agit sur l’estomac et en général sur l’ensemble de l’économie d’une manière fâcheuse, et tout malade qui l’a suivi s’en va plus ou moins amaigri, le teint jaunâtre et terreux. Il en résulte que tous les malades ne sont pas aptes à supporter cette médication, et qu’il faut un individu fort, doué d’une bonne constitution, d’une bonne poitrine, d’un estomac qui digère bien. En l’absence de ces conditions, on verra survenir de l’anorexie, de la répugnance, du dégoût pour la plupart des aliments, et par suite un amaigrissement plus ou moins prononcé.

Une autre remarque à faire dans l’usage de cette médication, c’est que l’arsenic doit être dosé suivant la force du malade. Chez tel individu, 12 gouttes de solution de Fowler produiront autant d’effet que 16 chez un autre. Un homme délicat, faible, quoique jouissant d’une bonne santé, sera influencé par une dose inférieure d’arsenic, laquelle sera sans effet notable sur un sujet robuste, vigoureux. Nous avons cru remarquer que les femmes supportent au moins aussi bien l’arsenic que les hommes.

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Enfin, le régime des malades soumis à l’arsenic doit être réglé avec soin. Ils devront s’abstenir de toute espèce d’aliments acides, de ragoûts épicés, etc-, et faire usage principalement de viandes rôties et de légumes. De plus, au début de la médication, on diminuera la dose des aliments, du pain et delà viande surtout, afin de pouvoir ensuite donner l’alimentation ordinaire lorsque le malade sera habitué à l’arsenic. L’eau ferrée aux repas est un auxiliaire favorable.

Quels sont les effets immédiats et successifs de l’arsenic sur la maladie cutanée? Supposons qu’ils s’agisse d’un psoriasis et qu’on le traite exclusivement par les préparations arsenicales Un psoriasis est généralement constitué par des plaques disséminées, et sur ces plaques sont des écailles recouvrant des surfaces rouges au niveau desquelles la peau est épaissie. Si l’arsenic seul guérit ce psoriasis, ce qui arrive souvent, ces écailles épidermiques tombent d’abord pour être remplacées par d’autres moins épaisses; la peau diminue aussi d’épaisseur; la couleur rouge tend à devenir moins foncée; bientôt il ne se forme plus de plaques, et la peau cesse d’être proéminente ; elle devient lisse et revêt sa coloration brun grisâtre. Cette couleur brune arsenicale se montre quelquefois lorsque la peau n’a pas encore, aux points qui étaient malades, la même souplesse que sur les parties saines; alors la guérison n’est pas assurée, il faut continuer encore jusqu’à ce qu’on ait obtenu cette souplesse de la peau.

Un dernier mot sur l’emploi des préparations arsenicales. Si vous avez affaire à une affection squameuse, un psoriasis, par exemple, qui ne date que d’un ou deux ans, vous pouvez espérer de le guérir par la liqueur de Fowler. Mais si le psoriasis remonte à dix ou quinze ans, l’arsenic sera presque toujours impuissant à opérer la guérison de l’affection d’une manière radicale; vous devez même renoncer à son usage, si le malade a été déjà traité par cet agent médicamenteux, car sa constitution doit se ressentir plus ou moins de la première médication, et ce ne serait pas sans danger qu’on y recourrait encore. Contentez-vous alors d’un traitement externe.

De quelques autres médications employées dans les affections squameuses . — L’une d’elles a pour base l’antimoine. Ce métal fournit

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peu de composés pharmaceutiques, ou du moins les uns sont peu solubles, et, partant, peu actifs ; les autres sont caustiques et ne peuvent être administrés à l’intérieur. Le plus usité et le plus actif, c’est l’émétique ; mais on sait qu’il est difficile de l’administrer sans provoquer le vomissement. On le donne cependant dans les maladies de la peau de la manière suivante : tous les matins le malade prend 25 milligrammes de tartre stibié avec 2 grammes de crème de tartre entre deux confitures, en même temps qu’il boit un peu d’eau. Cette médication provoque souvent , les premiers jours , quelques nausées, mais la tolérance s’établit en général assez promptement en ce sens que les vomissements cessent ; cependant il est rare que le malade n’ait pas une ou deux garderobes par jour, ce qui prouve que le médicament est peu absorbé. On donne cette préparation aussi longtemps que l’arsenic, c’est-à-dire deux ou trois mois, et quelquefois elle guérit quand l’arsenic a été impuissant : c’est même seulement alors qu’il convient de l’employer, car la méthode antimoniale généralisée réussit peu. Nous l’avons souvent mise en usage; les succès que nous en avons obtenus sont assez peu nombreux pour que nous ne la préconisions qu’à défaut de succès des préparations arsenicales. On ne peut l’administrer qu’à des sujets forts, bien constitués et chez lesquels il n’existe pas d’affection intestinale chronique ou même de susceptibilité des intestins.

Depuis huit à dix mois que je recherche les effets thérapeutiques de Y hydrocotile asiatica dans la lèpre et dans d’autres maladies, je ne l’ai appliqué qu’une seule fois au traitement du psoriasis. Cinq semaines seulement sont écoulées depuis son usage, et j’en obtiens chez ce malade une amélioration notable; ira-t-elle jusqu’à la guérison , c’est ce que je serai à même de faire connaître à l’article Psoriasis. (Voyez cette maladie.)

Médications externes très usitées dans les affections squameuses. — • Goudron. — Huile de cade. — Le goudron est un des moyens les plus propres à faire disparaître les affections squameuses ; aussi estil très fréquemment employé. Il ne procure que des guérisons superficielles. Les malades ne sont que blanchis , ainsi qu’ils le disent, et la récidive est presque inévitable dans un délai assez court. Il faut autre chose qu’une médication topique pour obtenir une guérison

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un peu durable. 11 faut, par un traitement interne, imprimer à toute l’économie une modification profonde, afin de détruire, s’il est possible, la cause inconnue de ces éruptions cutanées. Cependant le médecin est heureux, dans un très grand nombre de cas, et lorsque l’état général du malade ne permet pas un traitement interne, d’avoir à sa disposition un agent aussi puissant que le goudron. Voici comment on l’administre. On commence par une pommade au 20e de son poids de goudron, puis au 10e; après un mois, six semaines, on la fait préparer au 5e. Chez quelques malades on arrive à se servir de parties égales de goudron etd’axonge,etmême du goudron pur dans des cas de psoriasis très anciens.

Par l’action de ces pommades, largement étendues, l’épiderme se ramollit, les écailles tombent, la peau épaissie devient plus mince ; puis, s’il s’agit d’un psoriasis nummulaire ou circiné, c’est le centre qui guérit le premier ; s’il est diffus, c’est le contraire. L’usage de la pommade au goudron peut provoquer, ainsi que nous l’avons dit, les mêmes éruptions secondaires que l’arsenic; on doit alors y renoncer et employer les bains simples, la pommade blanche, c’est-à-dire la graisse pure, etc. Le traitement ordinaire par le goudron dure de six semaines à deux mois et demi. Si en même temps qu’on emploie le goudron à l’extérieur, on donne l’arsenic intérieurement, il faut moins de temps pour obtenir la guérison. Le traitement sera encore plus efficace si l’on y joint, trois fois par semaine, des bains de vapeur à une température simplement suffisante pour faire transpirer le malade. Mais avec l’association du traitement interne au traitement externe on a des guérisons moins sûres.

J’ai voulu savoir si le goudron pouvait guérir les affections squameuses par son administration à l’intérieur. Je me suis servi d’un sirop préparé par M. Dublanc qui , à l’aide d’une certaine manière d’opérer, obtient un sirop très chargé de goudron. Ma tentative a eu lieu chez une jeune fille qui était atteinte de psoriasis de date assez récente, et qui se trouvait par conséquent dans les conditions les plus favorables de guérison. Or je n’ai rien obtenu, et l’arsenic a fait justice de sa maladie. L’action du goudron est donc toute locale. Elle a pris par jour jusqu’à 80 centigr. de goudron.

L’huile de cade produit les mêmes effets que le goudron. Elle est

employée dans les mêmes conditions et à même dose ; cependant à l’égard de celle-ci nous avons remarqué qu’il fallait souvent débuter par des pommades moins fortes.

Nous avons reconnu, l’un des premiers, que cette huile guérissait aussi bien que le goudron. Quelques médecins, frappés des bons effets de ce médicament à l’extérieur, ont eu la pensée de l’administrer à l’intérieur sous forme pilulaire ; mais en même temps qu’ils le donnaient intérieurement, ils le prescrivaient aussi à l’extérieur, de sorte qu’ils se sont fait illusion. J’ai en vain cherché à obtenir la guérison des affections squameuses par l’administration intérieure et seule de cette huile; j’ai du renoncer à son emploi de cette manière et la regarder comme inutile.

Le goudron et l’huile de cade ne peuvent guérir qu’à la condition d’être employés très largement ; il faut que le malade conserve longtemps la même chemise et les mêmes draps, afin qu’il reste constamment dans une atmosphère de goudron ou d’huile.

Il n’est pas très rare de rencontrer des cas de psoriasis ou de lèpre vulgaire qui, loin de se guérir, sont au contraire exaspérés par le goudron et l’huile de cade; alors les pommades alcalines, celle au précipité blanc à la dose de 4 grammes pour 30 d’axonge, produisent quelquefois les meil eurs résultats. La pommade au précipité blanc a néanmoins un inconvénient : c’est que si on l’emploie sur une large surface, elle est absorbée en quantité notable et produit une salivation d'autant plus abondante que la pommade reste longtemps sur la peau, car l’absorption continue, même après qu’on a cessé d’en faire usage, si l’on ne prend pas soin de faire laver la peau au savon noir aussitôt que les accidents se montrent. Chez ces malades il faut se hâter de donner des bains de Baréges, des bains alcalins ou savonneux.

Ajoutons que les pommades, quelles qu’elles soient, ne guérissent qu’à la condition de graisser largement, non-seulement les plaques malades, mais toute la peau. Le malade doit coucher longtemps avec la même chemise et les mêmes draps. Ceci est désagréable en hiver; car, indépendamment de la mauvaise odeur qu’ils répandent, les chemises, les draps, sont toujours froids, la graisse étant un bon conducteur du calorique. En outre, les pommades ta-

MEDICATION ANTINEft YEUSE ET ANTÎPAP ULE USE . 1 k ?,

client le linge : les tachés de goudron ne sont jamais enlevées à la lessive. Enfin, un malade graissé de goudron ou d’huile de cade répand autour de lui une forte odeur de ces substances, et il lui devient difficile d’aller dans le monde pendant foule la durée de son traitement; ce qui fait souvent repousser l’emploi de ces agents.

Enfin, ces divers moyens externes ne peuvent être mis en usage sans le concours de bains; les bains de vapeur, quand le malade peut les supporter, et, à défaut de ces bains, les bains alcalins.

Au surplus nous indiquerons avec soin l’ensemble de cette thérapeutique spéciale, quand nous ferons l’histoire de chacune de ces maladies.

Quand un malade a été guéri d’une affection cutanée de ce genre, il importe, pour le mettre à l’abri des récidives, qu'il se soumette à un hygiène convenable. Les auteurs, moins pénétrés que nous peut-être de l’importance des préceptes hygiéniques, ou peu confiants dans leur efficacité, n’ont pas, à notre avis, assez insisté sur ce point. Nous sommes convaincu, pour notre compte, que, dans la classe aisée surtout, on peut, a l’aide d’un traitement prophylactique, éviter souvent le retour d’une malat ie cutanée. Voici les moyens que nous conseillons de mettre en usage contre les affections squameuses.

Si c’est en hiver, le malade prendra un bain de vapeur par semaine. S il n’a pas la facilité de prendre des bains de vapeur, il les remplacera par des bains savonneux ou des bains alcalins. De plus, le soir en se couchant, et une fois par semaine, il se graissera la peau avec du saindoux. Quand la saison le permettra, on devra faire usage de quelques moyens hydrothérapiques. Ainsi, le matin, dès que le malade est éveillé, on le fait placer pieds nus dans un baquet de quelques centimètres de profondeur seulement ; à côté de lui, une large cuvette remplie d’eau à la température ordinaire de la chambre et une forte éponge. 11 promène cette éponge largement mouillée sur son corps des pieds vers le ventre, des mains vers la poitrine ; il mouille la poitrine et le ventre ; puis il fait couler de l’eau le long du dos, en exprimant l’éponge derrière le cou. Tout cela doit être fait dans l’espace de quelques secondes. Le malade

s’essuie rapidement avec une serviette rude, s’habille et fait une course pour provoquer la réaction.

C’est par ces moyens fort simples qu’on entretient les fonctions de la peau, et, en les continuant durant longtemps et en revenant souvent, il est rare qu’on voie survenir une récidive.

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