TÉNUES
Simple.
Circiné.
Nummulaire.
Du bout du nez et de la pulpe des doigts.
Tonsurant.
Crétacé.
Composé.
Eczémateux.
Lichénoïde.
Cette dénomination herpès , de date extrêmement ancienne, était
Pemphigoïde.
Psoriasiforme.
Rupiforme.
Lnpiforme.
Herpès a vésicules très apparentes.
Zona.
Phlycténoïde.
Labial.
Préputial.
Iris.
En traînée
autrefois tellement généralisée, qu’elle était synonyme d’un mot tout aussi général, le mot dartre . Alibert a le premier cherché à la restreindre; Willan l’a limitée à des affections vésiculeuses de leur nature : herpès proprement dit, herpès zona, herpès phlycténoïde , herpès iris. Malgré cette distinction, il existe encore si peu d’analogie entre la maladie que l’on doit, suivant nous, désigner uniquement sous le nom d’herpès, d’après l’étymologie de ce mot, et les trois autres variétés, zona , herpès phlycténoïde et herpès iris , que je ne saurais trop m’élever contre cette réunion de ces quatre affections sous le même nom.
Pour moi, j’appelle herpès toute maladie vésiculeuse de sa nature qui s’étend en surface par sa circonférence, au moyen d’un cercle ou bourrelet morbide, soit que le centre se guérisse, soit qu’il continue à rester malade. Ainsi précisée, la dénomination d’herpès s’applique à des maladies qui ont entre elles des analogies de forme, de marche, de terminaison, de traitement. Mais dans les divisions de Willan et Bateman, qui appellent herpès, le zona, Y herpès phlycténoïde et les variétés d’herpès circiné et nummulaire , parce que toutes ces affections naissent avec des vésicules, il n’existe là aucune similitude. Sous tous les autres rapports, de cause, de marche, de traitement, aucune ressemblance. Je vais plus loin, et je dis que les vésicules d’herpès ne ressemblent en aucune façon aux vésicules des herpès phlycténoïde, du zona et de l’herpès iris ; qu’il n’y aurait pas de raison pour ne pas appeler herpès l’eczéma, qui est tout aussi et plus vésieuleux que lui. Je n’hésite donc pas à retrancher de ces trois affections le mot herpès et à les dénommer simplement par les mots : zona, phlycténoïde , iris.
C’est ainsi que je m’exprimais dans la première édition de cet ouvrage. Des découvertes récentes, faites par M. Baerensprung (. Annales des Charité Krankenhauses , sixième année , 1855), sont venues donner une confirmation définitive à notre manière de voir. Il a reconnu que l’herpès circiné était accompagné de la production de cryptogames dont il a donné la description , et dont nous avons vérifié l’existence sur deux espèces, l’herpès circiné et l’herpès psoriasiforme. Il y a lieu de croire que ce cryptogame existe aussi dans l’herpès nummulaire, il devient donc un des caractères
HERPES
essentiels de cette affection. Suivant lui, c/est le même cryptogame que l’on rencontre dans l’herpès tonsurant et dans les variétés d’herpès circiné, et c’est aussi ce que nous avons observé. 11 est constant que rien de semblable ne s’observe pour les espèces zona, phlycténoïde, iris. Ainsi se trouve consacrée une distinction que nous avons établie avant que le microscope ait révélé une production morbide toute particulière à l’herpès. (Voyez les maladies parasitaires et la planche relative à la micrographie.)
Ces considérations me conduisent à séparer les herpès en deux groupes : herpès à petites vésicules , herpès à grosses vésicules.
Le tableau en tête de cette maladie reproduit mes divisions. Dans le premier groupe, herpès à vésicules extrêmement ténues, on trouve des formes simples et des formes composées. Dans les formes simples existent en tête Y herpès circiné ou excentrique des auteurs et l’herpès que j’appelle nummulaire ou en disque parce que le centre reste malade en même temps que la circonférence ; j’y ai ajouté des variétés non décrites: X herpès du bout du nez et de la pulpe des doigts , X herpès crétacé . «Fy ai joint enfin X herpès tonsurant , dont la forme et la marche tendent a le rapprocher des herpès ordinaires. Quoique ce soit une maladie essentiellement liée à la production d’un champignon, je la décris avec les autres espèces d’herpès, parce que si l’on peut faire une classe de maladies à parasites végétaux, cette division est surtout bonne pour l’étude, mais elle ne se prête pas, comme on le verra plus loin, à la pratique médicale, elle tend même à faire dévier le praticien des voies d’une saine pratique. Les formes composées, à part X herpès lichénoïde, décrit par Alibert, sont toutes le résultat de mes observations personnelles.
Herpès à vésicules extrêmeraaerat téaaues (Voy. pl. I. %. 7 et 5).
Cette maladie a pour caractères essentiels de se présenter par pe* tites plaques toujours très nettement arrondies ou légèrement ovoïdes, sur le cou, la poitrine, à la figure, ou enfin à la partie interne des membres. La peau est rouge, chagrinée, très légèrement humide, et le plus souvent sèche, mais alors recouverte de furfures. Lorsque ces plaques sont dans un état très aigu, qu’ellès sont très
récentes, et qu’on les examine au soleil et avec le secours de la loupe, on y aperçoit une foule de vésicules excessivement ténues qui sécrètent un peu de sérosité. Ce sont les débris de ces vésicules ou de cette sérosité concrétée qui constituent les furfures que nous avons signalés. Mais telle est la ténuité de ces vésicules, que je n’ai pu les voir que trois ou quatre fois.
Elle débute à la peau sous la forme d’une petite surface rosée ou rouge, à peine lenticulaire, elle prend en. très peu de temps beaucoup d’accroissememt. Alors se dessine à sa circonférence un bourrelet ou épaississement de la peau qui fait une saillie sensible au doigt, mais quelquefois insensible à la vue. C’est sur ce bourrelet que se développent d’une manière permanente les vésicules nouvelles destinées à agrandir à sa circonférence la plaque primitive, et que se développent plus tard les cryptogames, tle sorte que deux phénomènes peuvent avoir lieu. Ou le bourrelet, progressant, élargit la plaque sans que le centre se guérisse ; il en résulte une surface toujours uniformément malade : je nomme cette espèce herpès nummulaire , à cause de ses dimensions en surface et de sa forme. Ou, au contraire, au fur et à mesure que le bourrelet gagne la peau saine, le centre de la plaque se dégage et se guérit : c’est alors l' herpès circiné ou centrifuge , qui a généralement des dimensions beaucoup plus considérables. Toutefois, je tiens à bien préciser ce fait que le développement des cryptogames n’est que secondaire, tandis que les micrographes tendent à le considérer comme cause, et par conséquent comme étant primitif, d’où la conséquence pour eux qu’il suffit de détruire le cryptogame pour guérir la maladie. C’est là une grave erreur. Si cela peut avoir lieu en apparence dans quelques cas de contagion, ce n’est que l’exception. Quoique les faits qui démontrent l’existence d’un parasite végétal dans cette maladie soient de date récente, j’ai eu l’occasion d’en voir manifester les diverses phases principalement chez un monsieur auquel je donnais des soins pour un herpès psoriasiforme de date ancienne, et qui était arrivé à une guérison presque parfaite par l’usage de la solution de Fowler et celui de pommades à l’huile de cade. Les choses en étaient à ce point qu’il ne restait plus des larges plaques qui couvraient tout le corps que quelques petits seg-
HERPÈS
ments de bourrelet, lorsqu'il se manifesta de ces boutons ou élevuresà formes papuleuses, plates, secondaires , sur lesquels j’ai appelé l’attention, en traitant de l’emploi des préparations arsenicales et des pommades, plaques qui simulent la syphilide papuleuse. Ayant supprimé et les pommades et la solution, il se montra dans toute l’étendue du dos ainsi que sur les membres, de ces plaques’ lenticulaires qui restèrent stationnaires pendant un mois à six semaines, sans squames, sans furfures, et qui plus tard prirent toutes la forme d’herpès circiné à centre dégagé, en même temps que leur circonférence se recouvrit de furfures que j’examinai au microscope, et dans lesquelles je retrouvai des traces très évidentes de parasite parfaitement développé. Ainsi la rougeur, la tuméfaction de la peau, sous la forme de papules sans squames, malgré l’absence de bains et de pommades, a précédé dans ce cas les cryptogames. D’une autre part, l’affection, qui datait de plus de douze ans, avait été presque complètement détruite par l’usage seul de la solution de Fowler. J’insiste sur ce fait, afin de combattre cette opinion que là où existent des cryptogames il suffit d’un traitement externe.
On invoquera peut-être à l’appui de l’opinion opposée, ce fait, que l’herpès tonsurant de la tête peut faire naître un herpès circiné sur le cou du même enfant, fait qui est exact et que j’ai rencontré dernièrement. Je ne nie pas la possibilité de ce second mode de développement, la contagion, mais je dis que le cas où le cryptogame est secondaire, est beaucoup plus général.
En résumé, les caractères diagnostics de l’herpès sont : de présenter une maladie sous la forme d’un disque, dégagé au centre ou non ; à surface chagrinée, épaissie, plus ou moins rosée ; sécrétant ou ne sécrétant pas de la sérosité d’une manière sensible, mais four- « nissant des furfures et amenant de la démangeaison. Sans bourrelet, pas d’herpès; sans surface malade nettement arrondie, pas d’herpès.
Nous pourrions ajouter un troisième caractère, celui tiré de l’existence du cryptogame, mais d’abord le parasite végétal est-il constant? Ensuite tout le monde n’a pas de microscope pour en vérifier l’existence ; enfin, et il faut bien le dire, c’est là un carac-
tère de luxe pour le praticien ; les autres sont suffisamment tranchés pour qu’on reconnaisse la maladie à première vue.
L’herpès est une des affections de la peau essentiellement symptomatiques , le plus souvent liée à une a ffection gastro-intestinale ou des voies biliaires, et que l’on guérit quelquefois par le bénéfice d’une hygiène bien entendue. Elle se montre vers l’âge de vingt à vingtcinq ans, ou plus tard chez la femme, surtout à l’âge critique; mais il n’est pas rare de la voir chez les très jeunes enfants liée ou coïncidant avec l’herpès tonsurant, comme aussi développée par contact, par contagion.
Lorsque l’herpès se développe sur la figure, le cou ou toute autre partie du corps, et c’est là son siège ordinaire, il est rare qu’il 11e se montre pas plusieurs plaques, les unes au voisinage des autres. Cette circonstance tendrait à prouver la propagation de l’herpès par le cryptogame qu’il fait naître. Sans invoquer cet ordre de preuves, dont le phénomène pourrait être parfaitement expliqué par la cause générale qui a fait naître la maladie, nous devons faire remarquer que l’herpès tonsurant a toujours été regardé comme contagieux. M. Cazenave a cité des exemples de nombreux enfants qui dans divers pensionnats ont été successivement atteints de cette maladie. Mais depuis que M. Baerensprung a découvert un cryptogame dans l’herpès circiné qui 11’est pas accompagné d’herpès tonsurant, notre attention a été appelée sur le fait de la contagion. Or il s’est présenté dernièrement à notre consultation de l’hôpital Saint-Louis une femme qui avait plusieurs plaques d’herpès, les unes au cou, les autres sur l’avant-bras. Elle m’a dit qu’ayant retiré de nourrice ses deux enfants, l’un d’eux, qui était atteint de cette maladie, l’avait communiquée à l’autre, qu’elle l’avait gagnée d’eux et que son mari en avait aussi été atteint. L’herpès doit donc être considéré comme une maladie contagieuse par le cryptogame dont il peut être accompagné. Il affecte une forme aiguë ou une forme chronique ; débutant par une surface très petite, il s’étend et s’élargit peu à peu, et alors quelques-unes des plaques peuvent se confondre entre elles. Ces plaques d’herpès sont accompagnées d’un peu de démangeaison ; c’est principalement sur des peaux très fines qu’on voit l’herpès survenir.
HERPÈS
La statistique nous a fourni des documents qu’il est important de reproduire, et qui viennent confirmer en grande partie les faits énoncés plus haut. Elle prouve d’abord que sur 1800 cas de maladies de la peau, cette affection ne figure, quand elle est à forme simple, c’est-à-dire à l’état circiné ou nummulaire, que pour 1 /45e ; que sur à0 cas d’herpès, 2à se montrent de quinze à trente-cinq ans ; que cette maladie est surtout l’attribut du tempérament lymphatico ou bilioso-sanguin ; que sur 40 herpès 1 2 ont une date de quinze jours, 3 de quinze jours à un mois, 7 de un mois à un an, et 0 de un an 'a six ans. Ce dernier résultat vient justifier le reproche que nous avons fait aux auteurs qui nous ont précédé, d’avoir peu tenu compte, en général, de la ténacité de cette maladie qui d’ailleurs peut s’entretenir, lorsqu’elle n’est pas soignée, par le cryptogame dont elle se complique. Sur h 0 cas, 16 s’observent au printemps et en été, 9 en automne et en hiver: c’est donc bien là une affection des saisons chaudes. Enfin, nous la voyons surtout siéger au cou, à la figure et à la poitrine.
Mais dans les deux variétés d’herpès il en est une, l’herpès à centre non dégagé, que l’on observe très communément à la partie interne et supérieure des cuisses, dans le voisinage des bourses: c’est une sorte d’herpès dans laquelle les vésicules sont plus apparentes et plus sécrétantes, en même temps qu’elles amènent de la cuisson avec chaleur, ce qui tient probablement à son siège. On la confond souvent avec l’intertrigo, car le contact des bourses avec les cuisses développe également les deux affections. L’existence d’un bourrelet circulaire dans l’herpès, l’absence de ce bourrelet et une sécrétion plus abondante dans l’intertrigo, distinguent parfaitement les deux maladies.
Nous doutons que dans ce cas il y ait une production végétale. Si nous ne résolvons pas la question, c’est qu’au moment où nous écrivons, cette découverte n’a que 2 à 3 mois de date. Cequi me porte à émettre cette opinion, c’est que la maladie cède à des moyens fort simples.
Quant à la marche que suivent les diverses variétés d’herpès, quelques auteurs tendent à les regarder comme devant, pour ainsi dire, être abandonnés à elles-mêmes ; car, suivant eux, elles guériraient vers le cinquième ou le sixième septénaire. Nous ne partais
geons pas cette opinion. L’herpès est une maladie tenace dans la généralité des cas, facile à se reproduire ; prenant siège et durée là où il existe, et exigeant souvent, pour sa complète guérison, une modification de vitalité morbide par la cautérisation superficielle de sa surface.
Herpès circiné du bout du nez et de la pulpe des doigts. — Je n’ai vu cette maladie qu’une seule fois chez une jeune personne de quatorze ans, qui, depuis deux ans, en était atteinte, et qui avait reçu les soins de médecins compétents en pareille maladie ; mais ils n’avaient pu la guérir. Voici en quoi consistait cette affection : Au bout du nez et à la pulpe des doigts de la main gauche, on observait une très légère tuméfaction de la peau avec teinte blanchâtre au centre et à la circonférence ; un bourrelet rosé, sensible au toucher, parfaitement circulaire. La peau était lisse, non chagrinée. 11 se formait de temps en temps de légers furfures ; la surface malade était, aux doigts, de la largeur d’un centime, et elle avait un peu plus d’étendue au bout du nez.
Depuis deux ans, époque de son développement, cette affection avait fait, comme on le voit, très peu de progrès. La malade y éprouvait assez souvent la sensation d’une démangeaison ; mais ce qui la gênait le plus, c’était le contact des corps durs, et, comme elle se destinait à être pianiste, elle ne pouvait toucher du piano sans souffrir.
Essentiellement lymphatique et nerveuse, pâle, décolorée, assez indolente, mais cependant sujette à s’inquiéter de son état, nous mîmes cette jeune fille à l’usage d’un traitement fortifiant: l’huile de foie de morue, les amers, le soufre et le fer. Nous fîmes prendre des douches sulfureuses sur les surfaces malades, et enfin nous cautérisâmes plusieurs fois les plaques d’herpès au nitrate d’argent en solution, et nous parvînmes à vaincre cette variété d’herpès qui, placée au nez, aurait pu être prise pour l’engelure du bout du nez, mais dont la situation à la pulpe des doigts, réunie à la forme morbide, excluait ce diagnostic. (J’ai eu sous les yeux, à l’hôpital, un second exemple de cette maladie.)
Herpès tonsurant. — L'herpès tonsurant ne se rencontre généralement que là où il y a des cheveux et des poils, li n’a été décrit
HERPÈS
que pour le cuir chevelu, mais j’ai eu l’occasion d’observer un herpès delà barbe qui avait amené la chute complète des poils. 11 est vrai qu’il offrait peut-être des caractères qui se rapprochaient plus d’un herpès circiné; j’en ai fait prendre le dessin, que je conserve.
L 'herpès tonsurant est une maladie de l’enfance, ou mieux de la seconde enfance : c’est vers l’àge de huit à dix ans qu’on l’observe le plus souvent. Il se montre au milieu des cheveux par une ou plusieurs petites plaques arrondies, rougeâtres, amenant delà démangeaison et recouvertes de furfures. Cette plaque est dépourvue de cheveux, ou plutôt tous les cheveux qui la recouvraient sont amaigris, atrophiés et cassés à 1 ou 2 millimètres de la surface malade; de sorte qu’en passant la pulpe du doigt sur cette partie, on sent parfaitement tous ces cheveux cassés, roides et faisant brosse. Mais une partie des cheveux de cette plaque est réellement tombée. La surface malade est tapissée d’une sorte de poussière grise, sale, adhérente, formant moitié duvet, moitié écailles. Au début de l’affection, la peau est parfois un peu tuméfiée et comme hérissée par les bulbes pileux qui semblent tuméfiés et malades, et ils le sont réellement; mais plus tard la surface malade s’affaisse au niveau de la peau saine, elle se recouvre de cette poussière grisâtre et sale qui est due à l’existence de nombreux parasites. Impossible d’arracher les cheveux, ils se cassent et le bulbe reste. On conçoit par cette description la dénomination que l’on a donnée à cette maladie: sa forme et son aspect constituent un état qui ressemble à une tonsure faite depuis quelque temps.
La manière dont s’opère la cassure des cheveux est d’ailleurs d’une explication très facile, quand on examine la disposition du cryptogame qui existe dans cette affection et le siège qu’il y occupe. (Voy. la planche de micrographie). D’une part, il s’enroule à la sortie du poil pour l’envelopper et l’étrangler, pour ainsi dire, en figurant l’enroulement d’un cep de vigne; d’une autre part, il pénètre dans le canal du cheveu ; atrophie ce dernier, l’amaigrit, pour ainsi dire, en détruit la substance à quelque distance de son bulbe, et amène sa cassure, tantôt en perforant son enveloppe dans un point seulement de sa circonférence, tantôt en le re fiant unifor
mément du dedans au dehors et écartant toutes ses fibres longitudinales. On trouvera tous les détails de ce cryptogame dans le groupe des maladies parasitaires.
Cette affection est contagieuse : il n’est pas rare de voir dans un collège douze, quinze et vingt enfants du même dortoir être successivement pris. C’est probablement au moyen des bonnets et des casquettes qu’elle se transmet. En effet, les travaux modernes des micrographes nous apprennent qu’elle est due à la production d’un cryptogame ; qu’elle s’engendre de telle sorte qu’il s’en échappe des granules ou spores excessivement ténues qui adhèrent aux bonnets et qui viennent ainsi propager la maladie. Elle est d’ailleurs très rebelle, et l’on pourrait jusqu’à un certain point la comparer sous ce rapport à la teigne. Il y a plus, suivant M. Bazin elle résiste plus que la teigne; mais personne, je crois, ne partagera cette manière de voir. Elle va s’élargissant de plus en plus; mais ordinairement, après avoir atteint la forme et la largeur d’une pièce de cinq francs au moins, elle reste stationnaire des mois entiers, pour se guérir quelquefois spontanément. Est-ce là un herpès en tout semblable à l’herpès circiné; je ne saurais résoudre cette question d’une manière positive, je suis cependant porté à le croire pour les herpès qu’il peut produire ailleurs, sur le cou, par exemple, du même enfant, et là où il n’existe pas de cheveux; en général, je n’y ai pas observé le bourrelet extérieur que M. Baerensprung retrace sur ses planches. J’ai vu dans le service des teigneux de notre collègue Bazin un assez grand nombre d’enfants atteints de cette maladie, et chez aucun d’eux il n’y avait de bourrelet. J’en ai observé et traité un grand nombre à divers états d’accroissement, sans que jamais j ’aie été impressionné par l’existence de ce phénomène morbide.
Herpès crétacé. — Personne n’a parlé de cette variété, que j’ai observée trois fois , et toujours avec les mêmes caractères. Mon collègue M. Hardy a eu l’occasion d’en observer un ou deux cas depuis que j’en ai donné la description. Cette maladie ne se montre qu’à la figure, sur les joues et sur le nez. Les sujets sur lesquels je l’ai vue n’avaient pas dépassé l’àge de vingt-quatre ans. Elle avait débuté dans les trois cas avec une forme chronique, et s’était ainsi maintenue sous cet étal pendant des mois et pen-
HERPÈS
dant des années. D’ailleurs nulle cause interne qui puisse justifier le développement de l’affection. Dans ces trois cas, l’herpès que j’appelle crétacé s’est montré par une petite tache arrondie très limitée, qui, au lieu de sécréter un liquide, se recouvre de petites écailles blanches, à reflet opaque, à forme presque pulvérente, adhérentes d’ailleurs toutes entre elles, de manière à former une couche assez semblable à de la craie, un peu teintée de jaune et de gris sale. Cet aspect crétacé, ressemblant à celui que donnent certains polypes de mer, a quelque chose de tout spécial. — La maladie suit une marche très lente, mais quand on l’examine de près, on voit que, tout en affectant une forme arrondie, elle est terminée à sa circonférence par un liséré rouge un peu saillant ; c’est par là qu’elle s’étend. J’ai vu un jeune garçon de seize ans qui portait cette affection à la joue depuis huit ans, maladie qui avait résisté à une foule de moyens. Chose remarquable, l’application répétée des cataplasmes fait très difficilement tomber ces surfaces crétacées ; il faut le concours de la graisse et des émollients. D’ailleurs, les démangeaisons sont tolérables et n’amènent pas de forts grattages.
Je dois dire que pour guérir ces malades j’ai employé des moyens assez actifs et assez nombreux: les douches de vapeur sur la surface malade, les pommades à l’huile de cade, au goudron, au carbonate de cuivre, les pommades alcalines, les cautérisations au nitrate d’argent, et dans un cas, une couche excessivement légère de caustique de Canquoin. Peut-être les douches sulfureuses ou alcalines modifieraient-elles avec avantage cette affection, que l’on aura rarement l’occasion de rencontrer, mais qui méritait une place particulière dans l’histoire de l’herpès, par sa forme, sa marche lente, sa production morbide toute spéciale, et la difficulté de sa guérison. En voici deux exemples.
Dumol. .. (Louis), corroyeur, âgé de vingt et un ans, est un grand jeune homme de force moyenne. Sa santé a toujours été bonne, et il ne se souvient pas d’avoir jamais eu ni engorgement ganglionnaire ni ophthalmie. Vers l’âge de cinq ou de six ans, il aurait eu seulement une affection croûteuse du cuir chevelu, qui aurait duré plusieurs mois; du reste, pas d’alopécie.
Peu de temps après sa sortie de l’hôpital de Lyon, où il avait été traité d’une affection du gland, l’extrémité lobulaire du nez prit une couleur rouge livide
assez intense. Il en rapporte la cause à des excès de boisson. — - Au bout de huit jours la rougeur disparut pour reparaître trois jours plus tard. Alors il se mit à taire des frictions avec la pommade camphrée, mais la rougeur ne tarda pas à prendre un caractère différent. Sur cette rougeur il se forma comme plusieurs petits sillons parallèles entre eux, et de ces sillons suintèrent de très petites gouttelettes d’un liquide qui, en se concrétant, donna naissance à une croûte blanc jaunâtre assez épaisse. Le grattage fit plusieurs fois tomber ces croûtes ou plutôt ces écailles, comme dit le malade lui-même, mais il restait de la rougeur et il se formait bientôt une sécrétion nouvelle analogue. — Sous l’influence de la pommade saturnine opiacée en frictions, et de la salsepareille prise en tisane, les croûtes disparurent ; il ne se fit plus de sécrétion, et la cautérisation, faite une fois avec le nitrate d’argent en pierre, une seconde fois avec cette même substance en solution, réduisit la rougeur à une légère teinte rosée. C’est alors que le malade est venu à Paris, où, pour fêter son arrivée, les camarades lui ont fait faire des excès de boisson. La Tougeur ne tarda pas à reparaître, et il s’en développa une seconde dans la région mastoïdienne du côté gauche.
Entré dans le service de M. Gibert, qui diagnostiqua, dit-il, un lupus érythémateux, on lui donna de la tisane de chiendent nitrée, de la liqueur arsenicale et des bains de vapeur. En même temps, et pendant quinze jours, on appliquait sur les points malades un mélange d’huile de foie de morue et d’huile de cade. — - Il se produisit de nouvelles croûtes épaisses saillantes, d’un jaune blanchâtre, et la rougeur s’étendit aux parties latérales du nez tout en gagnant la racine. — Alors suspension de l’huile, continuation des bains de vapeur, chute des croûtes, mais persistance de la rougeur. L’emploi de l’onguent citrin n’amenant pas de résultats meilleurs, le malade sortit de la salle Saint-Charles, et vint le 2ù novembre dans le service de M. Devergie. Il était entré chez M. Gibert le 25 août.
A son entrée, sur une rougeur diffuse, on voyait à l’extrémité du nez des écailles assez épaisses d'une couleur jaune grisâtre, paraissant très dures, et ayant assez bien l’aspect crétacé. On ordonna : chicorée, bains de vapeur, cataplasmes la nuit. Le troisième jour, M. Devergie pratiqua la cautérisation avec une solution de nitrate d’argent au l/5e. Plus tard, douches de vapeur et cautérisations successivement répétées cinq fois à quatre jours d’intervalle. Le malade sortit guéri au bout de cinq semaines.
Labassie, treize ans. — H y a deux ans et demi que parurent sur la figure et derrière les oreilles des petits boutons blancs qui ont peu à peu disparu. Quelques-uns ont été percés avec des épingles, puis ils sont revenus, et d’autres situés sur la joue droite, sur le nez et sur la joue gauche, ont persisté. — On a fait bouillir de la suie avec laquelle on faisait des cataplasmes. 11 y a un an, peu à peu les boutons se sont agrandis et ont commencé à se recouvrir d’une croûte blanche fendillée tout à fait analogue à un plâtrage. On a appliqué des sangsues derrière les oreilles, aux coudes, à l’anus et sans amener
HERPÈS
aucun bon résultat ; la maladie a marché, au contraire, de plus en plus, et depuis six mois, d’ailleurs, on ne faisait plus aucun traitement. — Toutes les fonctions sont intactes.
Le haut de la figure est recouvert comme d’un masque qui, laissant les yeux parfaitement à découvert, cache la joue droite, le nez et la joue gauche. Ce masque est limité en haut par la partie de la joue qui répond à la base de l’orbite, il l’est en bas par le sillon qui de l’aile du nez va rejoindre les commissures labiales. Ce masque est de couleur blanc sale, a l’aspect plâtreux ; il est fendillé, de sorte qu’il semble formé de petites granulations. Ce masque a l’épaisseur d’une ligne et demie, et il n’est le siège de démangeaisons que lorsque l’enfant a chaud. État général satisfaisant. (Tout le masque est bordé d’un cercle rosé légèrement inflammatoire.)
18 mars. — Des cataplasmes appliqués sur la joue gauche ont fait tomber une partie du masque et permis de voir une surface rosée plus colorée que la peau saine, légèrement ridée, sans apparence de tubercules ni de vésicules, assez nette et sans autre production que quelques squames. — 25. Sur la joue gauche, cautérisation avec le nitrate d’argent au 1/10 e. — 27. La coloration noire disparut en laissant à la peau un aspect tout à fait analogue à celui qui existait avant. Aspect ridé ; de loin en loin quelques petites excavations superficielles, beaucoup plus apparentes à la partie du nez sur laquelle on a hier pour la première fois appliqué des cataplasmes. — 1er avril. Seconde cautérisation, à droite cette fois ; après avoir employé successivement la cautérisation à plusieurs reprises, puis la pommade de goudron. — 9 août. Le malade demande à sortir, bien que la figure ne fût pas encore complètement revenue à son état naturel. Il ne restait d’ailleurs de l’altération primitive qu’une tache très limitée, d’une teinte rosée, un peu plus prononcée que celle de la peau normale, mais il existait encore autour de l’affection un liséré non saillant, mais plus coloré et limitant parfaitement le mal. Le malade a dû continuer chez lui les onctions avec la pommade de goudron. Il est à craindre que l’affeciion ne reparaisse.
Enfin j’ai à signaler une variété d’herpès dont je n’ose point faire une espèce, parce que je n’en ai vu qu’un seul cas. 11 s’agissait d’une jeune personne de vingt-trois ans, d’une belle santé et d’une assez grande beauté, qui depuis sept ans était atteinte d’une plaque d’herpès au-dessous et un peu en dedans de la clavicule droite. Cette maladie avait résisté à tous les traitements employés par plusieurs de nos premiers praticiens de Paris. Je lui ai donné des soins pendant dix-huit mois, et je l’ai enfin débarrassée de ce qui pour elle n’était qu’une cause d’inconvénient de parure , car elle n’en souffrait pas, et avec une poitrine superbe, elle se privait de tout
bal et de toute situation dans le monde qui pouvait exiger qu’elle se découvrît. Cette plaque arrondie avait la longueur de 2 centimètres; elleavait la forme arrondie de l’herpès, avec bourrelet, mais sans traces inflammatoires intenses. Ce qui la différenciait de l’herpès, c’était un développement, une hypertrophie de tous les follicules sébacés de la peau dans la surface de la plaque, à un tel point qu’on ne parvenait à les guérir qu’en les cautérisant. Mais comme il ne fallait pas produire de cicatrice, on 11e pouvait s’adresser indistinctement à tous les caustiques. C’est assez dire que les pommades, les lotions de toutes sortes avaient été sans succès. Quand 011 cautérisait une partie de la circonférence du mal, il apparaissait des follicules sébacés en dehors, et il fallait recommencer. Enfin j’appliquai successivement trois vésicatoires, que je fis suppurer pendant huit à dix jours chacun, et je parvins à la guérison. On pourrait appeler cet herpès herpès folliculeux .
L’herpès peut être de nature syphilitique. (Voy. Syphilides.)
Herpès à formes composées.
Herpès eczémateux (voy . pl. I, fig. 5). — Cette variété est souvent difficile à distinguer de Y eczéma nummulaire , que nous avons décrit, mais elle s’en distingue cependant par la présence d’un bourrelet à sa circonférence. En effet, si dans l’eczéma nummulaire la forme arrondie est tout aussi tranchée que dans l’eczéma, la circonférence de la plaque est de niveau avec la surface de la peau et semble se perdre avec elle par sa coloration; le contraire a lieu pour l’herpès eczémateux. Du reste, même démangeaison, car les éléments de cette forme sont tels que, pris isolément, ils amènent ce phénomène; sécrétion séreuse plus abondante que dans l’herpès, mais moins marquée que dans l’eczéma ; aussi pas de furfures ; peau ponctuée de rouge comme dans l’eczéma, mais moins chagrinée que dans l’herpès; pas de squames sensibles dans la dernière période de l’affection. Le traitement diffère peu, d’ailleurs, de celui de l’herpès, sauf l’emploi de quelques-uns des moyens locaux applicables au traitement de l’eczétna.
Je renvoie la description des variétés d’herpès lichénoïde , pso-
HERPÈS
riasi forme, rupi forme et lupi forme, aux maladies désignées sous les noms de lichen, psoriasis, rupia et lupus.
Thérapeutique des herpès àpetites vésicules. — Ainsi que nous l’avons fait pressentir, la thérapeutique générale de l’herpès peut être basée sur deux considérations principales : 1° la liaison si commune de l’herpès avec une gastralgie ou avec le tempérament bilieux ; 2° ce que notre expérience nous a appris à l’égard de l’herpès, à savoir : qu’il réclame le plus souvent l’usage de la médication sulfureuse et alcaline. Avant donc de s’occuper de l’affection locale, le médecin doit interroger avec le plus grand soin les organes abdominaux, et prescrire une médication appropriée à leur état. Ici ce sera l’emploi des alcalins, lorsque la gastralgie sera accompagnée d’aigreurs ; là l’usage exclusif du lait et des aliments accommodés au lait; ailleurs le sous-nitrate de bismuth associé au charbon, et tous les moyens que la médecine sait approprier à ces états. Mais lorsque aucun indice de ce genre n’existe, que les fonctions s’accomplissent d’une manière régulière, c’est aux sulfureux qu’il faut s’adresser. Usage du sirop sulfureux (voy. Formulaire , Sirop sulfureux), une cuillerée à bouche matin et soir dans une tasse de tisane de saponaire ou de chicorée sauvage ; dans le cours de la journée, tablettes soufrées, bains sulfureux, pommades soufrées à l’extérieur. Ici nous supposons la période aiguë de l’herpès dissipée ; car dans l’herpès, comme dans toutes les autres maladies de la peau, la période aiguë doit être traitée par les émollients, et l’herpès, plus que toute autre maladie, se trouve bien de l’emploi externe de l’amidon en poudre.
Voilà ce que l’expérience a consacré. L’emploi de ces agents et les guérisons qui de tout temps ont été opérées avec eux seuls prouvent que le cryptogame de l’herpès est facilement arrêté dans son évolution et détruit. Et en effet, il faut bien le reconnaître, il est une foule d’agents qui modifient et désorganisent les champignons qui croissent sur l’homme. Si dans la teigne on éprouve plus de résistance à la guérison, cela ne tient pas à la nature du cryptogame, mais à ce qu’il s’introduit dans le réceptacle du cheveu, qu’il pénètre jusqu’au bulbe, et que l’on ne peut y faire pénétrer les corps propres à modifier sa végétation, à moins d’annuler le poil pour mettre à nu la cavité de son réceptacle. Dans les herpès, au
contraire, le cryptogame s’étend moins souvent au bulbe; c’est surtout à la surface du cheveu ou dans son intérieur qu’il réside; de sorte qu’il est facile de l’attaquer sans avulsion ; à plus forte raison quand l’herpès se montre sur des parties où il n’y a que quelques poils follets.
Il arrive souvent que des plaques d’herpès ne se terminent pas ; on les guérit alors très rapidement en passant une ou deux fois sur leur surface un pinceau imbibé de solution de nitrate d’argent n° 1 (voy. Formulaire) . Dans l’herpès circiné il est inutile de toucher la surface malade ; il suffit de toucher le bourrelet par lequel s’étend la maladie. C’est un fait capital que cette influence du bourrelet sur les progrès et la ténacité de l’affection, et c’est pour cela que nous avons tant insisté sur ce caractère de l’herpès. Par les cautérisations légères on le détruit; si l’on ne touche qu’une partie de sa circonférence, on arrête le mal dans le point touché, le reste du circuit faisant des progrès ultérieurs. Nous allons voir que dans certaines formes composées il faut arriver à des moyens plus actifs ; enfin, si ces agents étaient insuffisants, l’onguent citrin, la pommade au turbith nitreux ou minéral en feraient justice. — En fait d’eaux minérales dont il y a lieu de prescrire l’usage, ce sont sans contredit les eaux des Pyrénées, et c’est là surtout qu’elles montreront toute leur efficacité. Mais il faut, dans ces cas, borner leur usage à l’eau en boisson et en bains, de préférence aux douches.
L’herpès circiné des cuisses est une affection qui guérit souvent avec des soins de propreté : 1° isolement du contact des bourses par des suspensoirs ; 2° lotions répétées, bains généraux émollients, amidon en poudre dans l’état aigu. Puis à la période décroissante, lavages à l’eau chlorurée au l/25e, lotions d’eau salée, d’eau saturnée.
Quant à Y herpès tonsurant , le traitement pour celui de la tête est le suivant : usage de pommades légèrement résolutives au début, soit à l’oxyde de zinc, soit au tannin (voy. Formulaire ); emploi ultérieur de pommades au carbonate de cuivre à 5 décigrammes de carbonate, matin et soir, et lotions savonneuses tous les matins pour enlever la pommade de la veille (voy. Formulaire , Lotions).
HERPÈS
Après un mois de traitement, commencer l’emploi de l’huile de cade tous les deux jours, et terminer le traitement par quelques cautérisations avec le caustique n° 1 au nitrate d’argent (voy. Formulaire). Couper d’ailleurs les cheveux dans une surface assez étendue au pourtour de la maladie, afin d’éviter que les pommades ne les graissent et ne se rancissent.
Je me suis très bien trouvé de l’huile de cade employée huit ou quinze jours après le début, et mise tous les jours en proportion un peu plus considérable que de coutume. Elle a modifié très heureusement la surface malade en l’enflammant , et l’emploi subséquent de pommades résolutives a suffi pour amener la guérison.
M. Bazin conseille l’épilation ; mais cette maladie laisse des rudiments de cheveux tellement courts et fins, que l’épilation ne nous paraît utile qu’à la circonférence du mal et pour arrêter les pro grès. Encore nous la regardons comme inutile , d’après les raisons que nous avons basées sur le siège du cryptogame, et surtout à cause de l’impossibilité où l’on est d’avulser le bulbe du poil. Ce qui est beaucoup plus rationnel, c’est de pratiquer l'épilation autour du mal afin de borner et d’arrêter l’affection. M. Bazin prétend qu’il est beaucoup plus facile de guérir la teigne que de guérir l’herpès tonsurant, nous sommes d’une opinion tout opposée à la sienne.
L’herpès tonsurant de la barbe fait des progrès très lents et exige un traitement actif. Les cataplasmes tous les soirs, l’usage tous les deux jours de douches de vapeur sur la partie malade. Modifier au bout d’un certain temps la surface malade avec la solution de nitrate d’argent n° 3 (voy. Formulaire ), et dans quelques cas appliquer sur le bourrelet le caustique de Canquoin, mais à l’état liquide et sans association à la farine.
Herpès à grosses vésicules.
Dans ces variétés, la forme vésiculeuse est tellement apparente, qu’il n’est pas possible de la méconnaître un seul instant. On voit très distinctement les vésicules, à cause de leur volume, de leurs dispositions souvent espacées les unes des autres. Ce groupe comprend cinq variétés : le zona, Y herpès phlycténoïde (la phlycténoïde),
Yherpes labialis (la labiale), Y herpes prœputialis (la préputiale), la traînée vésiculeuse.
Zona[v oy. pl. Ire). — Nous traiterons d’une manière sommaire de cette affection, qui est décrite dans tous les traités de pathologie. Son nom lui vient de ce qu’elle forme non pas une ceinture, mais une demi-ceinture autour du corps. Elle affecte l’âge adulte et la vieillesse, pouvant d’ailleurs se montrer sur tous les points du tronc, du cou, de la tête, mais en prenant origine d’une ligne médiane pour gagner la ligne médiane opposée, tantôt à droite, tantôt à gauche. A cet égard, diverses statistiques ont été dressées, et tel est leur résultat, qu’elles laissent aujourd’hui le médecin dans le doute sur la prédominance d’un côté sur l’autre. Ainsi, sur 53 cas notés par M. Rayer, 37 étaient à droite. Reil l’a presque toujours observée sur le côté gauche. C.-E. Mehlis, sur 25 cas, en a vu 16 à gauche et 9 à droite. Pour nous, nous croyons avoir vu le zona occuper plus souvent le côté droit que le côté gauche. Les auteurs ont aussi varié d’opinion relativement au point de la hauteur du tronc qui est le plus souvent atteint : les uns ont dit, c’est l’abdomen ; les autres, c’est la poitrine. Ces derniers ont raison.
Quoi qu’il en soit, on peut trouver le zona sur le front, sur les joues, le cou, la poitrine et les membres; mais à l’égard des membres il a toujours son point de départ sur le tronc pour les membres inférieurs, et sur le cou et à la poitrine pour les membres supérieurs. Ce n’est jamais que par groupes de vésicules qu’il se développe, et la disposition de ces groupes a une forme ovoïde assez déterminée pour que chaque groupe naissant successivement à la suite l’un de l’autre, leur ensemble présente une disposition linéaire. Celle- ci peut être transversale , oblique , ou même verticale ; mais la direction verticale ou perpendiculaire ne s’observe jamais qu’aux membres, dont les groupes suivent de haut en bas la surface interne: delà est née la division des auteurs en zona horizontal , oblique et perpendiculaire.
Tel est le cachet de cette affection, que sur une surface rouge ovoïde de 4 à 5 centimètres de longueur sur 3 de largeur, on voit une série de vésicules du volume d’un grain de chènevis, disséminées inégalement, les unes réunies, deux, trois ou quatre entre elles,
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les autres isolées ; toutes à parois transparentes, remplies d’une sérosité citrine ou blanchâtre, suivant l’époque du développement. Deux, trois, quatre ou cinq groupes développés successivement et disposés linéairement se font ainsi remarquer, et constituent la maladie dans son ensemble.
Mais à son début elle est précédée de prodromes qui lui sont tout spéciaux. Ce sont, avec un état de malaise général, des douleurs lancinantes dans toute l’étendue de la partie qui devra être affectée. L’intensité de ces douleurs et le nombre de jours durant lesquels elles se montrent donnent la mesure de l’intensité du zona ; de sorte que le phénomène de la douleur, réuni à un état de malaise et de lassitude générale, constitue les phénomènes précurseurs constants du zona. Ils sont en général de plus en plus marqués avec l’âge ; ils semblent s’atténuer durant l’éruption et pendant le temps qu’elle met à parcourir ses périodes, pour reprendre une certaine intensité et persister longtemps après la cessation de la maladie cutanée, si elles ont été primitivement intenses. Ainsi, on les voit durer cinq à huit mois chez quelques vieillards, et je cite ici la vieillesse parce que c’est chez le vieillard que l’on observe les zona les plus graves, ceux qui sont accompagnés de gangrène. Rien de plus aigu que ces douleurs dans quelques cas, et surtout quand elles précèdent et accompagne le zona du front et des tempes. Elles se prolongent alors dans toute l’étendue de l’extérieur du crâne; elles s’opposent au sommeil, amènent des rêvasseries, du délire, et font croire à une fièvre cérébrale -imminente. Bon nombre de médecins s’y trompent, ne reconnaissent pas l’éruption qui les accompagne, et se laissent aller à des émissions sanguines disproportionnées aux forces des malades et peu en rapport avec la thérapeutique que réclame cette affection. Ces pertes de sang, en faisant prédominer le système nerveux sur le système sanguin, rendent les douleurs insupportables, augmentent le délire et font naître quelquefois par leur intensité le penchant au suicide.
Voici maintenant quel est l’ordre d’évolution des phénomènes propres au zona: Douleurs lancinantes précédant de plusieurs jours l’éruption ; apparition d’une plaque rouge circonscrite sur un des côtés du tronc, en avant plutôt qu’en arrière . et quelquefois au mi-
lieu du côté. Le lendemain, huit à dix vésicules remplies de sérosité citrine qui sont disséminées sur cette plaque rouge. Le jour suivant, nouvelle plaque rouge à 2 ou :> centimètres plus loin ; mais, en même temps, les vésicules de la première plaque ont augmenté de volume; quelques-unes se rapprochent et se touchent: deux, trois ou quatre se confondent entre elles pour ne plus former qu’une bulle irrégulière très aplatie. La sérosité a pris une teinte opaline. Le troisième jour, nouvelle rougeur ; sur la plaque érythémateuse de la veille, des vésicules citrines ; état opalin et presque purulent des vésicules delà plaque primitive. Il se montre ainsi, dans l’espace de quatre à cinq jours, trois, quatre ou cinq groupes de vésicules qui suivent successivement les mêmes phases. Mais lorsque plusieurs d’entre elles se sont réunies, que la sérosité est devenue purulente ou lactescente, il se produit sous la sérosité purulente une fausse membrane qui affecte profondément la peau Cette fausse membrane peut même devenir gangréneuse, et dans cet état l’eschare S’élargit peu à peu, au point de détruire une assez large surface de la peau et de donner lieu à des ulcérations qui sont très vastes, très douloureuses et très difficiles à guérir. Disons tout de suite que c’est là le cas exceptionnel ; que dans la généralité des zonas une partie des vésicules développées se dessèche par la résorption de la sérosité ; que d’autres se réunissent pour produire une fausse membrane plus étendue ; que celle-ci se détache peu à peu par une sécrétion purulente éliminatrice ; qu’une ulcération la remplace, ulcération que l’on guérit par des pansements simples. Souvent même, et avec le concours d’un traitement convenable, il n’y a pas de suppuration ; la fausse membrane se dessèche, elle tombe et laisse une cicatrice toujours indélébile.
Le zona peut affecter, comme nous l’avons dit, trois directions spéciales: oblique, transversale, perpendiculaire. La plus commune est la direction oblique ; on peut dire que la direction transversale est l’exception. 11 naît aussi bien de la ligne médiane antérieure pour se porter en arrière, que de la ligne médiane postérieure pour se porter en avant. — Le zona qui avoisine les ouvertures naturelles peut s’y étendre et envahir la membrane muqueuse qui les tapisse. Ainsi M. Rayer cite le cas d’un vieillard chez lequel un zona
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de la face a pu gagner la surface interne de la joue et les gencives. — M. Rayer, qui a étudié avec beaucoup de soin le zona, a signalé le premier les fausses membranes qu’on observe dans ses vésicules isolées ou réunies en une bulle. En enlevant avec soin l’épiderme, on trouve une pseudo-membrane grisâtre, adhérente, épaisse, attaquant une partie de l’épaisseur de la peau , et si on l’enlève, on met à nu le derme ulcéré. C’est ce qui explique par l’extension de cette forme morbide les cicatrices profondes qui se montrent à la suite du zona, et dont les malades conservent l’empreinte toute leur vie avec une dépression à peu près égale à celle qui existait peu de temps après la guérison.
Le traitement du zona est bien simple : Galien l’a le premier fait connaître. Cette éruption repousse toutes les applications liquides. Quelle que soit son étendue, il faut se borner à faire garder le repos au malade, le mettre au régime sans le priver d’aliments; faire saupoudrer d’amidon trois ou quatre fois par jour les surfaces malades ; ne pas appliquer de cataplasmes, pas de compresses imbibées de solutions aqueuses : car tout ce qui est émollient, liquide, augmente les douleurs de l’éruption, favorise l'état gangréneux chez les vieillards. Les douleurs comme prodromes cèdent avec l’éruption ; mais comme elles reprennent quelquefois avec plus d’intensité après la terminaison du zona, qu’elles durent aussi pendant un temps très long, il faut, aussitôt après la fin de l’éruption , s’attacher à les faire disparaître. Je ne connais rien déplus propre à obtenir ce résultat que la pommade à l’extrait de belladone et d’opium (voy. Formulaire ) ; on l’applique sur une grande surface, et deux ou trois fois dans les vingt-quatre heures.
Restent les cas graves de zona avec gangrène. Ils sont souvent la conséquence du traitement émollient employé. Ils réclament l’usage des toniques pulvérulents, poudre de quinquina, poudre de tan ; des lotions d’eau-de-vie camphrée, de chlorure de soude; des pansements avec la charpie imbibée de vin dans lequel on a fait bouillir des roses de Provins, concurremment avec l’emploi de pommades calmantes lorsque les douleurs lancinantes sont vives.
Phlycténoïde (herpès). — On a donné cette mauvaise dénomination à une maladie qui n’a ni les caractères circinés de l’herpès, ni
aucune des apparences des phlyctènes . Elle consiste dans une éruption de vésicules toutes isolées et espacées les unes des autres sur un point plus ou moins étendu de la face palmaire des membres, et quelquefois cependant sur le dos de la main et à la face latérale des doigts, sans ordre, sans méthode, sans conformation que l’on puisse qualifier. Ces vésicules ont le volume d’un grain de chènevis, un peu plus, un peu moins ; elles sont plus ou moins confluentes, plus ou moins discrètes, mais en général leur ensemble occupe une surface qui ne dépasse guère 10 centimètres en longueur. Elles sont remplies d’une sérosité citrine; elles sont arrondies ou oblongues, elles ressemblent aux vésicules primitives du zona ; elles n’ont pas de tendance à se confondre entre elles; elles 11e donnent pas lieu à de fausses membranes. C’est donc là une éruption toute superficielle de la peau.
Mais, malgré ces caractères qui tendent à faire considérer cette éruption comme de peu d’importance, et quoique, comme le zona, elles ne soient pas en général précédées de douleurs lancinantes vives, elles ont parfois pour prodrome de la fièvre; elles amènent de la douleur, et il n’est pas rare de les voir accompagnées de la phlébite de l’une des veines superficielles du membre. C’est ce qui se fait surtout remarquer lorsque la phlycténoïde a son siège à la main, et surtout le long des doigts. Mais ces phlébites momentanées, tout en annonçant l’influence de l’éruption sur la santé générale, sont ordinairement arrêtées par des émollients loco dolenti.
L’éruption de la phlycténoïde est ordinairement complète en trois jours, mais la maladie ne cède qu’en huit ou dix jours. Calmée par l’amidon en poudre quand les douleurs sont peu vives, ou par les cataplasmes de fécule jour et nuit quand la chaleur et l’inflammation sont intenses, l’éruption persiste avec la sérosité citrine d’abord, puis cette sérosité devient lactescente. Elle se résorbe en partie; le plus souvent les vésicules s’ouvrent, la sécrétion s’écoule ; il en résulte à la place de chaque vésicule une érosion de la forme et de l’étendue de la vésicule, qui sécrète une sérosité légèrement lactescente et qui cède ensuite dans la période de résolution. Alors le doigt ou la partie malade qui s’était tuméfiée revient à son volume primitif après avoir perdu la totalité de l’épiderme qui la recou-
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vrait. C’est certainement aux doigts et à la main que l’herpès plilycténoïde est plus intense, car lorsqu’il est disséminé sur la longueur et à la partie supérieure d’un membre, il a ordinairement beaucoup moins d’acuité. C’est une très mauvaise méthode que celle qui consiste à ouvrir les vésicules avec une épingle : on donne accès à l’air, ce qui augmente les douleurs sans aucun bénéfice pour le malade. Aussi ne faut- il employer les médications aqueuses que lorsqu’il y a nécessité, puisqu’elles amènent le même résultat.
Labiale (Jierpes labialis). lre variété. — Cette maladie n’est autre que Y/njdroa fébrile de Frank. C’est une éruption vésiculeuse analogue à celle de la phlycténoïde, avec ces différences que les vésicules sont ordinairement plus petites; qu’elles sont disséminées çà et là sur les lèvres, et particulièrement aux angles de la bouche, vésicules qui se montrent toujours à la suite d’un accès de fièvre passager de la nuit.
Cette éruption est assez incommode, elle est même douloureuse quand on écorche, qu’on excorie les vésicules. Elle cède ordinairement dans l’espace de quatre ou cinq jours, et sans aucun traitement qu’un corps gras onctueux étendu sur les parties affectées. 11 est vrai de dire qu’elle peut prendre chez les enfants et chez les personnes assez âgées une certaine extension ; qu’alors cette maladie passe à l’état de suppuration séro-purulente et sanieuse, mais alors elle coïncide avec un état général morbide dont la labiale n’est que l’accident. C’est ce que j’ai souvent observé; j’en ai eu deux exemples frappants sous les yeux, l’un chez une jeune fille de douze ans , l’autre chez une femme de quarante-cinq ans, qui, après un état gastralgique de mauvais caractère , a vu se développer cette maladie; deux mois se sont écoulés sans amélioration dans la santé générale ; un pemphigus s’est déclaré sur les membres, et la labiale s’est étendue peu à peu, pour prendre l’aspect que j’ai signalé plus haut. Ces détails indiquent assez quelle direction on doit donner au
2e variété. — - Il est une forme d dierpes labialis qui n’a pas été décrite et qui mérite de fixer d’autant plus l’attention, qu’elle est extrêmement rebelle, et qu’elle résiste aux traitements les plus rationnels. Cette maladie affecte moins le point de jonction de la
290 pathologie et thérapeutique spéciales.
lèvre avec la peau, ainsi que cela s’observe clans Yherpes labialis ordinaire, que la surface interne des lèvres. Elle apparaît toujours sous une forme chronique, et se relie, soit à un état plus ou moins scorbutique des gencives ou de la bouche, soit à une stomatite chronique, soit à un mauvais état du tube digestif. Nous devons ajouter qu’on peut la rencontrer chez des sujets en état de santé, mais qui se nourrissent peu ou mal. Elle n’est pas rare; elle affecte tous les âges, et je suis surpris qu’on ait passé cette affection sous silence.
Elle débute, en général, dans un point très circonscrit de la surface de l’une des lèvres, et par une petite vésicule à peine sensible, à peine surélevée au-dessus du niveau de la lèvre, vésicule qui est remplie d’un liquide particulier transparent : mais l’épiderme est plus épais que dans la vésicule d ’herpes labialis; le soulèvement épidermique est d’ailleurs aplati, et sa circonférence semble se confondre insensiblement avec le reste de la surface labiale. Le deuxième et le troisième jour, elle s’élargit ; le liquide sous-épidermique s’y accumule, soulève l’épiderme, et alors on voit que la vésicule a un aspect un peu lactescent. — 11 arrive un moment où, sous l’influence de l’accumulation du liquide, de la pression et du frottement par le passage des aliments, la vésicule se crève ; elle laisse alors écouler un liquide transparent, visqueux, filant à la manière de l’albumine ou d’une eau chargée de gomme arabique. Cet écoulement devient alors continu, et l’on voit qu’en parlant, exécutant des mouvements avec les lèvres, il se montre constamment des filets de cette liqueur qui relient les deux lèvres. Notez que c’est ordinairement plus près du centre des lèvres que vers les angles de la bouche que se montre cette affection. Enfin l’épiderme de la vésicule qui s’est ouvert, mais qui n’a pas été détruit, finit par former croûte, en partie adhérente, en partie détachée, d’un aspect d’un blanc grisâtre et fort désagréable. Le moindre cataplasme, la moindre application d’une compresse d’eau mucilagineuse, suffit pour la faire tomber, et alors on constate une érosion extrêmement superficielle de la lèvre qui, laissée à l’air quelques instants, donne une gouttelette de ce liquide visqueux dont j’ai parlé. D’ailleurs cette maladie progresse de plus en plus, et dans l’espace de quel-
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ques mois, elle a envahi la majeure partie de la lèvre qui , par les croûtes dont elle est tapissée, prend un aspect dégoûtant. L’affection reste là, lentement progressive pendant des mois et des années; quelquefois elle se propage à la lèvre supérieure. — J’ai essayé pour la combattre une foule de moyens. La première fois que je l’ai traitée c’était chez un jeune homme de vingt-huit ans, d’une docilité extrême, qui se soumettait avec la plus grande abnégation à toutes les médications, tant générales que locales. Ce qui m’a le mieux réussi, ce sont les cataplasmes de fécule pendant la nuit ; c’est de modifier la peau par des applications astringentes à l’alun ; toucher tous les quatre ou cinq jours les surfaces malades avec une solution de nitrate d’argent au dixième; les médications internes ferrugineuses ou sulfureuses, l’usage des eaux, ont peu fait localement, tout en améliorant la santé générale. Chez une malade j’ai fait tenir pendant deux mois une lamelle de peau de baudruche attachée derrière les oreilles, fendue au voisinage delà bouche et recouvrant la surface des lèvres pour s’v accoler parfaitement. Tant que la peau de baudruche a été appliquée , qu’elle a évité le contact et les frottements des aliments, il n’y a plus eu de sécrétion, plus de vésicules : la malade se croyait guérie ; mais deux ou trois jours s’étaient à peine écoulés quand on en cessait l’emploi, que le suintement et les croûtes reparaissaient comme par le passé. Une bande de gutta-percha ne produisait pas le même résultat, parce que sa surface, ne s’agglutinant pas, ne collait pas à celle de la lèvre, mais la baudruche faisait merveille tant qu’elle restait appliquée. Il semble qu’elle remplaçait l’épiderme. J’ai guéri par les moyens que j’indique quelques-uns des cas que j’ai observés, mais j’ai échoué plusieurs fois.
Préputiale [herpes prœputialis ). — Voici une maladie fort légère, et qui doit cependant fixer toute l’attention du médecin au point de vue du diagnostic et du traitement. Cette affection se montre très souvent chez des personnes qui ont été atteintes d’accidents primitifs ou secondaires de la syphilis, et par conséquent chez des malades qui sont encore sous la préoccupation de la vérole. Or, cet antécédent et la persistance du mal peuvent bien souvent être pour quelque chose dans le diagnostic que le médecin porte de cette ma-
ladie, de sorte que malade et médecin, qui ne connaissent pas Yherpes prœputialis , sont tous deux conduits à Terreur du diagnostic, et, ce qu’il y a de plus fâcheux, ce dernier est amené à Terreur thérapeutique.
Que Ton se figure une éruption de vésicules extrêmement ténues, mais cependant encore très appréciables à l’œil, agglomérées toutes entre elles de manière à représenter la surface d’une pièce de 50 centimes ou même moins ; cette éruption se faisant avec une démangeaison assez vive, un sentiment de cuisson, de picotement et de chaleur, le tout sans gonflement très sensible de la peau ; ce groupe de vésicules produisant de la sérosité qui se concrète en croûte. Cette sérosité concrétée, réunie aux lamelles épidermiques qui serventd’enveloppe à la sérosité, donne une surface rugueuse d’une sensibilité extrême, ne pouvant pas supporter le moindre frottement : de sorte que le contact du pantalon, de la chemise, cause des douleurs aiguës aux malades. L’éruption met sept à huit jours à se guérir ; mais durant cette période de temps, ou quelquefois huit jours, quinze jours, trois semaines après, une nouvelle éruption d’herpès se développe, et ainsi de suite pendant des mois entiers.
C’est alors que se soulève la question de cause syphilitique. On se demande si le traitement mercuriel a été suffisant, et bon nombre de personnes se traitent à nouveau, soit spontanément, soit avec le concours de leur médecin. C’est que ces éruptions ne sont garanties de récidive qu’à la condition que, durant six semaines à deux mois, le malade tiendra sa verge enveloppée d’un petit linge qui évite ainsi tout frottement susceptible de réveiller la sensibilité que laisse la préputiale à sa suite et après sa guérison.
Quant aux moyens thérapeutiques, ils sont fort simples : la poudre d’amidon, de tan, de vieux bois ; des lavages à l’eau chlorurée ou salée, quelques bains ; parfois une cautérisation superficielle de la surface malade avec la solution de nitrate d’argent n° 1 (voy. Formulaire ), et surtout éviter tout contact de la surface malade avec les vêtements en tenant la verge constamment enveloppée d’un linge.
Herpès iris. — Cette affection est à peu près du même genre que l’herpès circiné, mais elle en diffère par l’apparence très marquée
Il EUTES.
des vésicules, le siège, !e développement, la cause et la durée. On a donné ce nom à une série de vésicules entourées de cercles excentriques diversement colorés, formant plaque morbide sur le dos des doigts principalement, ou le long du bord interne des pieds. Ainsi le centre de la plaque est le siège d’une, de trois ou quatre vésicules blanchâtres entourées d’un cercle bleuâtre, et autour de celuici un cercle blanchâtre, puis un troisième d’un rouge plus foncé, puis une nouvelle série de cercles analogues; de sorte que l’ensemble de ces deux séries de cercles, qui représentent une surface de 1 à 2 centimètres de diamètre, offre assez bien l’aspect d’une petite cocarde dont la disposition nuancée a fait donner à cet herpès la dénomination qu’il porte. La circonférence est toujours terminée par un bourrelet rosé assez saillant pour être senti en promenant le doigt sur la surface malade. Ce cercle tend à se fondre avec la couleur de la peau. La maladie se montre par une ou plusieurs plaques ordinairement placées sur les doigts, à la hauteur de la première phalange, mais elle peut se développer ailleurs; elle parcourt ses périodes à la manière des érythèmes, dans l’espace de deux septénaires. Elle se montre surtout chez les enfants et dans l’adoles cence, mais on la voit quelquefois à un âge plus avancé.
L’herpès iris est souvent le reflet d’une gastralgie ; il est aussi très fréquemment précédé d’un état fébrile assez marqué, avec anorexie et indices d’embarras gastrique. 11 apparaît sur le dos des doigts, précédé de démangeaisons, accompagné de chaleur et quelquefois d’un peu de cuisson ; il met trente-six à quarante-huit heures à se développer complètement ; il reste stationnaire pendant trois ou quatre jours, et il finit par disparaître. Mais il est assez commun de voir une ou deux plaques succéder à la première, et ainsi de suite quatre ou cinq plaques successives; souvent il se complique d’érythème.
Ne pas hésiter à donner un vomitif si l’embarras gastrique est dessiné. Diriger en tous cas le traitement interne selon l’état des voies digestives ; se borner à saupoudrer d’amidon les surfaces malades et à faire prendre quelques bains simples, tel est le traitement que réclame cette affection , peu commune d’ailleurs.
Pouget (Jules), trente-quatre ans, menuisier, sujet, étant jeune, à des maux de tête accompagnés de douleurs à l’épigastre avec renvois acides. — Il y a treize ans, syphilis. Nourriture bonne ; fréquents excès de boissons. — En avril 18Z|2 est apparue la maladie actuelle; il en a été traité sept ou huit fois dans les divers services de Saint-Louis. Après trois semaines de séjour, il reprenait son travail; la maladie reparaissait sur les doigts, au poignet de la main droite, aux environs du coude, près des genoux, sur le dos des pieds. Larges plaques de vésicules aplaties, vides, formant deux ou trois cercles concentriques irisés, l’un rose, l’autre moins foncé. Autour de quelques-unes, existe une rougeur légère, diffuse. Elles sont douloureuses et empêchent les mouvements. — Cet homme, dont l’état général ne paraît guère influencé par la maladie cutanée, sinon qu’il éprouve un peu d’anorexie, se sentit soulagé au bout de quelques jours. La semaine suivante, ses mouvements pouvaient déjà s’exécuter sans beaucoup de douleurs. Quelques vésicules, les plus petites, étaient déjà à cette époque complètement desséchées; l’épiderme était détaché. Au bout de trois semaines le malade marchait, et comme son état exigeait lïntégrilé complète des mouvements des mains, il consolida sa guérison en restant quelques jours de plus.
Herpès en traînées . — Cette variété n’a pas été décrite, elle est fort remarquable ; elle se montre en général, sur les jeunes gens, à la partie interne des membres, affectant principalement les avantbras. Je l’ai pourtant vue une fois sur les côtés du ventre ; j'ai observé cinq ou six cas de cette singulière maladie. Elle apparaît par une tramée de vésicules très petites, plus visibles cependant que celles de l’eczéma, et par conséquent que l’herpès circiné ou nummulaire. Du jour au lendemain se montre une rougeur longitudinale de 3, 4, 6 ou 10 centimètres de longueur sur la surface interne de l’avant-bras, du bras, ou desjambes, et dans l’espace de quatre à cinq heures, cette rougeur légèrement saillante se recouvre de nombreuses vésicules à peine de la grosseur d’un grain de millet, moins nombreuses et moins fortes à l’origine de la traînée d’herpès, plus
nombreuses et plus saillantes au milieu, et décroissant ainsi jusqu’à l’extrémité inférieure de la partie affectée. Ces vésicules, qui sont aussi confluentes que possible, se remplissent d’une sérosité citrine, se crèvent et se transforment en une petite croûte plate légèrement jaunàlre, tout cela dans l’espace de vingt-quatre heures. L’éruption à forme franchement aiguë est accompagnée de chaleur, de cuisson, et parfois de quelques douleurs lancinantes, ce qui tend à la rap-
HERPÈS
procher des herpès à grosses vésicules. A une distance de quatre à cinq jours, se montre une nouvelle traînée, et ainsi successivement pendant l’espace de cinq à six semaines ; mais l’éruption de ces plaques se fait à des distances d’autant plus longues que la date do l’invasion est plus ancienne. Quant à la croûte formée, elle se dessèche, se détache peu à peu des bords et s’en va par débris. D’ailleurs, la santé générale est assez' bonne, sauf lors des premières éruptions, qui sont souvent précédées de fièvre. — De cet ensemble il résulte que l’on peut voir à la surface d’un avant-bras trois, quatre ou cinq de ces traînées d’herpès à divers degrés. Cette forme d’herpès tient donc le milieu entre les herpès à grosses vésicules et les herpès à petites vésicules ; les prodromes fébriles, la douleur locale et parfois lancinante, la forme, tendent à le rapprocher des herpès à grosses vésicules.
Il ne faudrait pas croire que cette affection d’herpès perpendiculaire ou en traînées soit un effet du hasard ; nous savons combien la moindre cause déterminante externe peut facilement développer des vésicules d’herpès. Ainsi une de nos malades qui était atteinte d’herpès circiné s’étant éraillé perpendiculairement la peau de la poitrine avec une épingle, il se manifesta une éruption vésiculeuse herpétique du genre de celle que nous venons ale décrire : même apparence, même disposition, même aspect; mais c’était là un fait accidentel dont la cause nous fut connue et que nous ne saurions confondre avec la maladie que nous venons de faire connaître.
Jusqu’alors nous nous sommes borné, pour cette maladie, à un traitement émollient simple, l’amidon en poudre, les bains, et les rafraîchissants à l’intérieur. Ce traitement nous a suffi dans les divers cas que nous avons eu l’occasion de traiter.
L'histoire que nous venons de tracer de tous les herpès justifie sous tous les rapports les deux divisions que nous avons adoptées. Aucune uniformité de causes, de forme morbide, de marche, de terminaison, de traitement entre ces deux groupes de formes. Dans les herpès à vésicules presque inappréciables, tendance très marquée à la chronicité, reflet de gastralgie ou d’entéralgie, ou enfin du tempérament bilioso-lymphatique ; avantages notables des sulfureux à l’intérieur et à l’extérieur après la période aiguë; nécessité de
modifier souvent le mode de vitalité des tissus malades par des agents médicamenteux propres aussi à détruire les cryptogames qui peuvent se développer à leur surface.
Au contraire, dans les herpès zona, phlycténoïde, labialis, prœpu tialis, ou herpès à grosses vésicules, prodromes, état inflammatoire général toujours assez prononcé, marche régulière de chaque affection; terminaison franche par résolution. Mêmes symptômes locaux, mêmes douleurs, soit comme prodromes, soit comme coïncidence, soit comme conséquences ; le système nerveux est là mis en jeu de la même manière. Enfin, même traitement antiphlogistique général, et à l’extérieur même ordre de moyens antiphlogistiques, c’est-àdire émollients, à l’état pulvérulent et corps gras opiacés.
Herpès syphilitique . — Voyez. Syphilides.