‹ Traité pratique des maladies de la peauChapitre 28 sur 69 · SCORBUT · texte numérisé non relu

SCORBUT

locaux, donne la mesure de l’efficacité du traitement interne dont elle n’est alors qu’un reflet. Cependant on a conseillé l’application d’eau alcoolisée et celle d’oxycrat froid ; la glace dans une vessie sur le ventre dans les hémorrhagies intestinales, ou sur le front dans les épistaxis, etc. ; en un mot, les moyens ordinairement mis en usage pour arrêter les hémorrhagies. C’est par la compression que l’on peut arrêter les exsudations sanguines abondantes qui s’opèrent par les vésicatoires, les cautères ou les plaies.

Nous n’avons pas traité d’une manière spéciale du purpura senilis de Willan et Bateman. Nous le considérons comme n’étant autre que le purpura des vieillards, et il n’y a aucun motif d’en faire une espèce à part.

Scorbut.

11 est difficile de ne pas rapprocher le scorbut du purpura. Si ce n’est pas là une maladie de la peau, il se relie aux alfections cutanées par les taches qui lui sont propres et qui ont une ressemblance avec celles du purpura. Nous ne voulons pas tracer l’histoire détaillée de cette affection, mais en reproduire les principaux traits de manière à mieux faire ressortir les caractères de la maladie que nous venons de décrire. Cette esquisse aura d’ailleurs l’avantage de rapprocher deux affections qui se touchent de très près sous les rapports de forme, de causes et de traitement.

Le scorbut se montre à la peau sous des apparences de taches, ayant tout d’abord l’aspect violacé d’une contusion légère, au point que le malade se demande s’il s’est frappé contre un corps dur; ce n’est pas la rougeur violacée du purpura, c’est la coloration de l’ecchymose. La surface de ces taches n’est pas diffuse, amorphe , comme dans le purpura; chaque plaque de scorbut a au contraire une forme déterminée et assez nettement circonscrite , forme généralement arrondie. La teinte brunâtre est presque toujours isolée, peu confluente, successive , sans limite d’évolution, c’est-à-dire que les plaques apparaissent à distance de un, deux, trois jours, tant que persiste l’état général interne qui précède et accompagne leur développement.

Chaque plaque n’a d’ailleurs au début qu’une teinte légèrement ombrée, puis elle se dessine successivement le deuxième et le troisième jour pour acquérir la couleur violette de la contusion. Plus tard la tache passe réellement par toutes les nuances décroissantes de la surface contuse, mais d’une manière plus lente encore. Ainsi, comme on le voit, rien de comparable soit avec le purpura aigu, soit avec le purpura chronique sous le rapport de l’état local.

Quant à l’état général, les prodromes offrent ici plus d’analogie, parce que les deux affections viennent du même genre de causes: privations, misère, chagrins, habitation malsaine et humide. Sous ce rapport, quelques pathologistes ont disséqué pour ainsi dire l’influence de ces causes, et ils ont dit, par exemple : Ce n’est pas la mauvaise alimentation, l’usage des viandes salées, qui développent le scorbut, car les Indiens, chez lesquels cette maladie est très commune, se nourrissent exclusivement d’aliments végétaux ; ce n’est pas la privation d’une nourriture animale, car la flotte de l’amiral Anson, qui fut si cruellement maltraitée par cette maladie, était abondamment pourvue de vivres frais de toute espèce, tandis que la maladie a constamment épargné des expéditions navales moins bien approvisionnées, parce qu’elles étaient dans de meilleures con-

dations par rapport à l’air, etc. Evidemment on peut faire à cet égard toutes les suppositions possibles; mais en médecine, s’il faut rechercher surtout les causes des maladies, il faut aussi savoir faire la part de chacune d’elles, et ne pas vouloir qu’une seule et même cause d’une nature donnée puisse toujours produire les mêmes effets et rendre compte du développement d’une maladie. Dans l’espèce, il est évident que l’une des causes que nous avons citées est capable à elle seule de développer le scorbut, si elle agit avec une intensité suffisante et de manière à rendre de nul effet les conditions hygiéniques qui peuvent en modifier les influences fâcheuses. Ainsi, pour prendre les deux faits que nous venons de citer tout à l’heure : si la flotte de l’amiral Anson a été si maltraitée malgré les vivres dont elle était pourvue, c’est que sous le rapport des conditions d’humidité et d’état malsain de l’air elle se trouvait dans la situation la plus fâcheuse ; si, par contre, telle autre flotte, quoique ne se nour-

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