SCORBUT
rissant que de viandes salées et manquant de vivres frais, n’a pas été atteinte de scorbut, c’est qu’elle se trouvait dans les meilleures conditions sous le rapport de l’air et du climat. Il ne s’ensuit pas pour cela qu’une mauvaise alimentation ne puisse pas développer le scorbut; car si au lieu d’être placé sous un excellent climat, telle ou telle flotte se fût trouvée dans des conditions de salubrité ordinaires sous ce rapport, le scorbut se fût manifesté. A Paris et dans les hospices de la vieillesse, on voit souvent naître le scorbut ; c’est ordinairement durant les fortes chaleurs d’été qu’il se montre, alors qu’il en résulte une diminution d’appétit et une influence d’affaiblissement de tout l’organisme. Cependant la nourriture, le logement, les conditions de salubrité, l’air, restent les mêmes; mais l’assimilation, la digestion, ne se font plus comme en hiver et le scorbut se manifeste.
Le scorbut a ses prodromes ou ses phénomènes généraux d’invasion, marqués par la perte de l’animation de la figure, à laquelle succède une teinte pâle et terne ; des mouvements lents, paresseux, le malade reculant devant tout exercice qu’entraîne la moindre fatigue ; les digestions se ralentissent, l’appétit diminue ; les gencives se gonflent et deviennent sensibles ; le pouls s’affaiblit : c’est à ce moment que se montrent les taches ; plus tard l’affaiblissement augmente, le teint est plombé et livide, les gencives douloureuses, les dents commencent à s’ébranler, la température de la peau s’abaisse, celle-ci devient sèche, ansérine ; les taches se multiplient et deviennent de plus en plus larges en même temps que les taches précédentes ont passé par la période de résolution et d’absorption, qui sont celles des contusions ; beaucoup, il est vrai, demeurent dans un état indolent ; quelques-unes, plus récentes et plus profondes, sont accompagnées d’ecchymoses du tissu cellulaire et des muscles. Comme dans le purpura il s’opère des pertes de sang en proportion variable ; d’abord par les gencives, qui saignent au moindre attouchement, ensuite par les selles surtout ; alors la figure devient bouffie, les jambes œdémateuses ; une odeur fétide s’exhale de la bouche, le pouls s’affaiblit de plus en plus, la respiration devient gênée, les battements du cœur sont précipités, et les malades expirent en conservant en général l’intégrité de leurs facultés inteb
lectuelles, à moins qu’une fièvre lente à forme typhoïde ne se déclare et ne les conduise au tombeau.
On trouve à l’ouverture du corps des désordres à peu près semblables à ceux du purpura hœmorrhagica.
Quant au traitement, il est fde deux sortes, hygiénique et médical. L’un et l’autre ont une égale importance, et telle est même l’influence du premier, qu’il peut quelquefois à lui seul arrêter les progrès de l’affection et la faire marcher vers une guérison très prochaine. C’est ainsi que dans les hôpitaux, dans les vaisseaux, des épidémies de scorbut ont été arrêtées en déplaçant les malades et en les mettant dans des conditions d’aération toutes différentes et toutes nouvelles. Ainsi l’observation des règles de l’hygiène dans toute leur rigueur est la première condition d’une bonne institution thérapeutique.
31 existe de temps immémorial des médicaments qui ont été spécialement appliqués au traitement du scorbut et qu’à cause de cela on a nommés médicaments antiscorbutiques. Aujourd’hui ces médicaments sont loin d’être préconisés comme autrefois, au moins pour le scorbut de terre, qui, comme le purpura, réclame surtout l’emploi des acides unis aux ferrugineux et à une bonne alimentation. C’est ce que Rochoux et d’autres médecins ont observé à Bicêtre, où tous les étés le scorbut est plus ou moins fréquent. Nous bornons là les aperçus généraux de cette maladie, qui rentre surtout dans le domaine de la pathologie en général.