QUATRIÈME GROUPE
Affections tuberculeuses.
Ici nous avons réuni des affections pustuleuses qui, pour la majeure partie, envisagées au point de vue de la cause et du traitement, ont entre elles les points de contact les plus directs. L’impétigo, l’ecthyma et l’acné sont des affections de l’enfance et de la jeunesse; toutes trois sont liées à des conditions de constitution et de tempérament plus ou moins lymphatique, exigeant à peu près le même
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traitement. Le sycosis fait, il est vrai, exception sous ce rapport, mais il m’était difficile de séparer cette maladie pustuleuse des autres. Si j’attache ici de l’importance à la forme c’est pour ne pas sacrifier entièrement le diagnostic à la thérapeutique, puisqu’un diagnostic précis conduit en général à des indications thérapeutiques précises.
A l’égard des maladies à forme pustuleuse, nous avons établi depuis longtemps une grande différence par rapport à la disposition spéciale des pustules, et voici en quoi nous la faisons consister: dans toute pustule il y a deux faits principaux, l’engorgement et la vésicule purulente ; or, on observe deux catégories de pustules. Dans les unes, il y a une telle prédominance de la vésicule purulente, qu’elle forme les neuf dixièmes de la pustule ; par contre, dans les autres affections pustuleuses, c’est le contraire, c’est-à-dire que les neuf dixièmes de la pustule sont formés par l’engorgement. C’est ce que l’on remarque dans l’acné et le sycosis par opposition à l’impétigo et à l’ecthyma. Cette distinction est très importante, parce qu’elle met immédiatement le médecin sur la voie, en lui faisant connaître l’affection à laquelle il a affaire. Commençons parles deux formes de maladie pustuleuse avec prédominance de la vésicule purulente.
impétigo, dartre crustacée flavescente d’Alibert, mélitagre ,
impétigo de Willan.
Simplex.
Aigu.
Figurata ou conferta. Sparsa.
Larvalis.
Granulata.
Erysipelatodes.
Pilaris.
Purifluens.
Chronique.
Figurata.
Sparsa.
Rodens,
Composita.
Impétigo eczémateux.
— ecthymatiforme.
— sycosiforme.
— rupiforme ou scabida.
L’origine du mot impétigo est tout à fait inconnue. Cette dénomination a été donnée par divers auteurs anciens à des affections qui n’étaient pas analogues. On l’a fait dériver de' ab impetu , probablement à cause de la rapidité de l’éruption. Willan l’a restreint à la
dénomination d’une maladie à pustules psydraciêes (mot qui est reproduit par l’expression xjnjtyaxta, qui signifie petites pustules, ou qui vient de rjtôfyaxr/ç, qui a la même signification). Comme on le voit, définir l’impétigo une éruption de pustules psydraciêes, ainsi que le fait Willan, c’est se borner à dire que c’est une maladie pustuleuse à éruption de petites pustules. (Voy. pi. II.)
Tel est, en effet, le cachet de l’affection qui se montre tout à coup par l’éruption à la peau d’un nombre plus ou moins considérable de pustules de la grosseur d’un grain de millet ou tout au plus de chènevis, en général confluentes, quoiqu’elles puissent aussi être disséminées ; mais c’est alors par groupes de trois, quatre, six, dix pustules agglomérées, chaque groupe étant plus ou moins espacé l’un de l’autre ; ou bien il y a des milliers de petites pustules qui font tout à coup éruption dans un état complet d’agglomération, de manière à se confondre par leur circonférence, et à former par leur ensemble une plaque plus ou moins régulièrement arrondie. De là la d ivision naturelle & impétigo sparsa , et d’ impétigo figurata ou mieux conferta.
L’éruption pustuleuse est d’ailleurs caractérisée par ce fait, que dans la pustule, c’est la vésicule purulente qui en forme le caractère essentiel. Cette pustule est plus ou moins acuminée, remplie d’un pus jaune-serin, à peine élaboré, qui, par son abondance, amène promptement la rupture de la vésicule, et qui se concrète aussitôt son contact à l’air, de manière à donner naissance à une croûte transparente d’un jaune serin ou jaune soufré brillant, d’un aspect cristallin, ressemblant plus ou moins à du miel concret : de là le nom de mélitagre. L’impétigo franc n’est pas sensiblement accompagné de démangeaisons ; ce caractère, que les auteurs ont donné comme appartenant à l’impétigo, est seulement applicable à l’eczéma impétigineux. — On a donc ainsi une surface d’une étendue quelconque recouverte d’un croûte jaune plus ou moins épaisse
suivant T abondance de la sécrétion, et qui se reproduira toujours sous le même aspect purulent lorsque par des circonstances quelconques la croûte sera tombée. Dans les cas douteux il suffira donc d’abandonner la partie malade à elle-même pour laisser se reformer les croûtes caractéristiques.
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Cette éruption est pyrétique ou apyrétique ; elle succède le plus ordinairement à un état de malaise plus ou moins marqué, avec anorexie, lassitude dans les membres ; elle est annoncée sur les points du corps où elle doit se manifester par de la rougeur, avec sensation de chaleur ; puis dans l’espace de vingt-quatre heures surgit une éruption de petites pustules dont le nombre et l’étendue sont variables. L’éruption pustuleuse a ordinairement acquis, en deux ou trois jours et souvent en moins de temps, toute l’étendue qu’elle devra avoir par la suite. C’est même là une différence tranchée entre l’impétigo et l’eczéma impétigineux : celui-ci tend à s’accroître d’une manière successive, et l’on n’est jamais assuré de l’étendue où s’arrêtera le développement de la maladie. L’impétigo, au contraire, semblable à une fièvre éruptive, accomplit son éruption dans un temps donné très limité , puis il s’arrête franchement.
Or, voici une série de faits basés sur la statistique, que nous avons dressée et qui comporte quelques documents importants. Sur 1,800 malades atteints d’affections cutanées, l’impétigo s’est montré 241 fois, soit un peu plus d’un neuvième. Sur ces 241 malades, 101 avaient moins de 25 ans; 64, de 25 à 35 ; 42, de 35 à 45; 21, de 45 à 55, et 6 au delà de 55 ans. C’est donc là une maladie de l’adolescence, et si nous avions pu chiffrer cette affection avant l’âge de 15 ans, nous aurions été conduit à dire que c’est une maladie de l’enfance et delà jeunesse. On la voit liée au tempérament lymphatique 166 fois sur 212 malades, soit 3 malades sur 4 ; ainsi se trouve justifié d’une manière évidente ce rapprochement que nous avons fait des maladies aux tempéraments, qui deviennent alors causes prédisposantes. De même, nous trouvons dans nos relevés que sur 206 malades il en est 40 qui avaient eu dans l’enfance des ganglions engorgés au cou. C’est en été ou en hiver que se développe cette maladie; car, sur 159 cas, 105 ont eu leur invasion dans l'une ou l’autre de ces deux saisons. Dans nos relevés départies du corps affectées, nous trouvons 168 fois l’impétigo siégeant à la face; puis par chiffre décroissant : 34 fois au cuir chevelu, 28 fois aux avantbras et aux jambes, 23 fois aux mains, 20 fois aux bras et aux cuisses, 8 fois aux pieds ; à la poitrine, au ventre, au dos, aux parties géni-
taies, 5 à 6 fois pour chacune d’elles ; 2 fois seulement l’affection est générale.
La maladie, développée soit à l’état discret, soit à l’état confluent, prend une marche stationnaire dans l’espace de six à huit jours. La sécrétion diminue peu à peu ; elle finit par se tarir, et les dernières croûtes de muco-pus concret se dessèchent; elles restent adhérentes pendant une quinzaine de jours, pour se détacher par portions, laisser une surface rosée et assez lisse, au moins sans cicatrices, recouverte seulement de quelques débris crustacés qui se détachent successivement pour faire place à une peau saine. Telle est généralement la marche d’un impétigo aigu qui n’a pas été tourmenté par des pommades irritantes, qui a été soigne à l’aide de moyens antiphlogistiques simples à l’extérieur, aidés de tisanes rafraîchissantes à l’intérieur et d’un régime alimentaire convenable.
Mais il n’en est pas ainsi d’un impétigo sur lequel on applique des agents plus ou moins résolutifs dès le début, c’est-à-dire irritants pour une surface enflammée, et dans lequel on continue à nourrir le malade comme s’il n’y avait aucun dérangement dans la santé générale. À plus forte raison, si le médecin, voyant dans cette éruption à forme sécrétante le reflet d’un état lymphatique général, prescrit les amers, les antiscorbutiques, les ferrugineux dans la période aiguë de l’impétigo. Alors la sécrétion augmente, la maladie fait peu à peu des progrès, et ce n’est qu’avec le temps qu’elle passe à la période décroissante. C’est ainsi que nous avons pu retrouver chez certains enfants des croûtes conservées depuis quatre, cinq ou six ans, fortement adhérentes, ayant peu à peu augmenté de volume et déprimé le tissu de la peau au point d’y faire naître un enfoncement que le temps seul a pu faire disparaître avec la croissance et le développement des parties molles.
Mais l’impétigo peut revêtir les formes chroniques dès le début, et c’est alor$ qu’il est lié à cpielqucs altérations des voies digestives, coïncidant avec la constitution de l’enfant. C’est aussi le plus souvent dans ce cas qu’on peut le regarder comme héréditaire, en ce sens que la mère avait cette affection quand elle a porté et nourri son enfant; ou que le père et la mère ont eu, comme leur
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enfant, des impétigos chroniques durant les premières années de leur vie.
Ici se présente naturellement la question de savoir si l’impétigo est une maladie contagieuse. Les auteurs ont répondu à cet égard par la négative. Or je n’hésite pas à déclarer que l’impétigo est contagieux par contact de bouche à bouche, et notamment d’enfant à enfant, ou d’enfant à adulte. J’ai par-devers moi les faits les plus authentiques à cet égard. Et quant nous voyons tous les jours des mères s’opposer à ce que leurs enfants embrassent d’autres enfants qui ont, comme elles le disent, quelques galons sur la figure, nous disons que l’expérience et l’observation suivie des faits viennent appuyer et sanctionner cette manière de voir. J’ai vu un domestique de trente-six ans être atteint d’un impétigo très notable des lèvres, pour avoir embrassé un enfant de trois ans de la maison où il servait, et qu’il aimait beaucoup. Ce domestique était en parfait état de santé et rien n’indiquait qu’il dût survenir chez lui une maladie de ce genre. J’ai donné des soins à une dame de vingthuit ans qui était affectée d’un impétigo de toute la figure ; elle l’a transmise à la lèvre supérieure de son mari et à la bouche de sa petite fille âgée de six ans. A plus forte raison, cette transmission est-elle facile d’enfant à enfant, ainsi que j’en ai remarqué de nombreux cas. Voici un exemple de contagion d’enfant à enfant. Madame Pige.., mère de trois enfants, habite un endroit sain au deuxième étage. Sa sœur occupe le premier. L’aînée des deux enfants de sa sœur fut prise d’un impétigo à la lèvre. Au bout de quelques jours, le second enfant fut affecté de la même maladie. Un mois après et par suite des rapports des enfants malades avec ceux de madame Pige.., une de ses filles, Carida, âgée de quatre ans, contracta cette maladie au menton. Bientôt l’impétigo fit des progrès et s’étendit sur toute la figure jusqu’au cuir chevelu. Au quinzième jour de cette éruption, Pauline, âgée de six ans et sœur du dernier enfant malade, fut prise à son tour. C’est au front qu’eut lieu le début de la maladie. Carida et Pauline étaient malades depuis deux mois, lorsque la troisième sœur, âgée de deux ans, fut atteinte. Ainsi voilà deux familles logeant dans la même maison, dont les enfants avaient journellement des contacts et où l’impétigo, déve-
loppé spontanément chez un des cinq enfants, a successivement affecté les quatre autres ! Dans la statistique que j’ai dressée, cette transmission a été notée seize fois. On voit donc qu’elle n’est pas rare, et que les auteurs définissent à tort l’impétigo une maladie non contagieuse.
Quoi qu’il en soit, l’impétigo chronique sparsa constitue ces croûtes et galons que l’on observe si souvent dans la tête des enfants de quatre ou six ans.
Arrivons maintenant à préciser les formes diverses à' impétigo simplex. — On appelle figurata ou conferta , toute éruption de pustules agglomérées en une ou plusieurs plaques plus ou moins régulièrerement arrondies et de plusieurs centimètres de largeur, tantôt limitées à une seule partie du corps, tantôt à plusieurs. Là toutes les pustules agglomérées et ouvertes ne forment plus qu’une croûte d’un jaune soufré, à circonférence assez arrêtée; mais il est très commun de voir disséminées au pourtour de cette plaque quelques petites pustules isolées d’impétigo qui rappellent la forme morbide de l’éruption. On nomme sparsa l’impétigo dans lequel il existe des groupes plus ou moins nombreux de quelques pustules espacées irrégulièrement sur une surface d’une étendue variable.
On dit que l’impétigo est larvalis (de larva, masque), quand il occupe la généralité de la surface de la figure, de manière à représenter un masque. Cette dernière forme est souvent chronique; elle peut durer des années. Willan et Bateman, et après eux MM. Cazenave et Schedel, ont décrit un impétigo larvalis qui n’est autre que l’eczéma impétigineux, qui, comme nous l’avons dit, peut devenir général et affecter toute la surface du corps des enfants. (Voy. Y eczéma impétigineux , page 264.)
impétigo granulat a se distingue des autres variétés par la nature de la sécrétion qui, plus dense, moins muqueuse, moins gîutineuse, se dessèche et s’écaille de façon à donner naissance à des granulations purulentes concrètes. Cette variété est surtout observée au cuir chevelu, et alors les concrétions granuleuses, en se détachant de la surface morbide, s’espacent sur la longueur des cheveux, en y adhérant assez fortement. Dans ce cas, on confond souvent cette variété d’impétigo avec la teigne granuleuse ( favus granulata). Les
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antécédents lèvent tout doute à cet égard, en ce sens qu’une teigne ne sécrète jamais à moins d’une complication tout accidentelle et fort l’are. Dans l 'impétigo granulata , il y a toujours eu une période de suppuration liquide, qui ne saurait être oubliée des parents ; puis dans la teigne, cette odeur de souris si prononcée, odeur toute spéciale ; enfin, en enlevant avec soin le produit de la teigne, on met à nu un épiderme lisse et non érodé. Dans Y impétigo granulata , même à l’état chronique, il est rare de ne pas trouver le corps muqueux plus ou moins érodé.
Impétigo erysipelatodes. — • On a fait une variété d’impétigo d’un mode particulier de développement de cette maladie, dans lequel un état inflammatoire érysipélateux précède et accompagne l’éruption. 11 est rare en effet de trouver des traces d’inflammation bien notables au delà de la plaque impétigineuse. Dans cette espèce, au contraire, la peau est plus ou moins rouge, plus ou moins tuméfiée et fort au delà de la surface sécrétante. L’état inflammatoire persiste durant quelques jours après l’éruption pustuleuse survenue ; elle s’accompagne aussi parfois de l’engorgement des ganglions voisins, de sorte que, si l’éruption paraît à la face, les glandes sous-maxillaires et parotidiennes ou les ganglions lymphatiques du cou sont plus ou moins affectés. C’est donc là un impétigo plus aigu, plus inflammatoire, et qui, sous ce rapport, réclame un traitement antiphlogistique plus énergique.
Impétigo pilaris. — Voici une variété qui n’a pas été décrite. Elle est fort remarquable. Elle se montre d’abord par des pustules qui, contrairement à celles de l’impétigo ordinaire, sont généralement discrètes, nettement isolées, et tout aussi petites d’ailleurs que les pustules dites psydraciées de l’impétigo. Chacune d’elles est traversée à son centre par un poil, de sorte que cette maladie ne se rencontre que là où le système pileux est prononcé. C’est aux jambes qu’on l’observe le plus souvent. On la voit aussi sur la peau du sternum. Elle est principalement propre à l’homme. Je ne l’ai jamais observée à la tête. Les pustules viennent plus lentement ; elles mettent plus de temps à parcourir leurs diverses périodes. On a décrit un lichen pilaris à forme papuleuse sans suppuration : il existe comme maladie correspondante un impétigo pilaris et un
psoriasis pilaris. D’ailleurs la marche de la maladie est à peu près la même ; elle n’estpas plus rebelle, mais elle est plus soutenue, plus successive que dans l’impétigo simple.
Impétigo purifluens. — C’est encore une autre variété que j’ai observée et qui n’a pas non plus été décrite.. Elle est fort remarquable. Elle a d’abord pour siège une peau organisée d’une manière toute particulière. C’est une peau blafarde, opaline, épaisse, huileuse. Sur un point du corps, à la figure, au voisinage des oreilles, à la partie interne des bras, plus ou moins près des aisselles, se montre une éruption pustuleuse dont les vésicules purulentes se crèvent toutes pour donner écoulement à un pus tellement muqueux, que l’on pourrait dire que c’est un muco-pus d’un blanc jaunâtre pâle; l’épiderme qui formait l’enveloppe de chaque pustule se détache entièrement, et il ne reste plus qu’une surface sécrétante légèrement pourvue d’aspérités d’un rouge vif, et qui fournit du pus en telle abondance, que le malade est obligé à cinq ou six pansements dans les vingt-quatre heures. On dirait ces surfaces de l’intérieur d’abcès froids fournissant du pus par exhalation. Mais la maladie ne perd pas entièrement le cachet de sa forme élémentaire ; tout son pourtour, fort nettement dessiné d’ailleurs, est parsemé d’un liséré ou petite traînée d’une croûte jaune-serin , qui rappelle la croûte d’impétigo. Cette sécrétion purulente se prolonge des mois entiers: on peut la supprimer, mais on court le risque d’apporter une perturbation dans la santé générale. Voici une observation qui a été recueillie par M. le docteur Marais, autrefois interne dans mon service, et qui donne une idée exacte de cette maladie. Cette observation a été insérée dans le numéro du 24 juin 1845 de la Gazette des hôpitaux.
Maurand (Charles), entré le 27 novembre 18â4, salle Saint-Jean, n° 18, âgé de quinze ans et demi, menuisier. Tempérament lymphatique, constitution grêle, peau fine, blafarde, tout à fait décolorée. A l’âge de quatre ans il a eu un engorgement des ganglions sous-maxillaires non suppurant. Variole à neuf ans.
Quinze jours avant son entrée à l’hôpital se développent derrière les oreilles de petites pustules accompagnées d’une démangeaison vive, et dont la rupture produite par les ongles du malade fut suivie d’un écoulement purulent très considérable ; la progression de la maladie fut si rapide, qu’en moins de
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huit jours elle avait envahi toute la surface des oreilles, le cou, le derrière de la tête, le front et le menton.
Tel était l’état du malade à son entrée à l’hôpital, que toutes les surfaces indiquées plus haut représentaient l’aspect d’une membrane muqueuse rouge, piquetée, d’où suintait le pus presque à vue d’œil ; à la circonférence seule se dessinait un cercle de petites vésicules purulentes au moyen desquelles s’opéraient les progrès du mal. Deux mois après, l’affection se montrait aux parties génitales sous la même forme et avec une telle intensité, qu’en moins de huit jours, les bourses, les parties internes des cuisses, le pubis, le quart inférieur de l’abdomen furent envahis. La maladie prenait en même temps de l’accroissement du côté du siège primitif; elle occupait la face tout entière.
Forme. — De sa forme pustuleuse primive que nous avons indiquée, la maladie était passée, par une transition rapide, à celle d’une large surface arrondie, excoriée, d’un rouge vif, accompagnée d’épaississement de la peau, au point de doubler le pavillon des oreilles ; le pourtour de ces plaques était limité, circonscrit par un cercle de pustules, petites, aplaties, se rompant facilement, et accroissant par leur reproduction circulaire successive l’étendue de la surface malade. Cette surface transsudait du pus en telle abondance, que les linges en étaient constamment baignés, et que dans l’intervalle des pansements, répétés quatre fois dans les vingt-quatre heures, la conque des oreilles en était remplie et les pièces d’appareil complètement mouillées.
Dès son entrée à l’hôpital, le malade fut soumis à un traitement ayant pour base les émollients locaux, les bains de Baréges et les préparations ferrugineuses à l’intérieur. Mais on retirait des cataplasmes remplis de pus ; et M. Devergie craignant que le contact prolongé de la matière purulente ne vînt à augmenter cette sécrétion, il les fit cesser pour les remplacer par la poudre d’amidon et des lotions d’eau de sureau que l’on rendit à la longue légèrement saturnée.
La maladie avait notablement perdu de son intensité, et la guérison paraissait devoir être prochaine, lorsque les parties génitales, les cuisses et le basventre devinrent le siège d'un nouveau développement impétigineux. Il était vraiment curieux de voir la maladie faire des progrès pour ainsi dire de moment en moment, et de voir cette surface excoriée, lisse, d’un rouge plus ou moins vif, terni seulement par une légère nappe de pus blanchâtre, ou mieux blafard, comme si la matière muqueuse prédominait de beaucoup su les globules purulents.
M. Devergie crut devoir laisser sécréter cette surface, d’autant que cette sécrétion était liée à une organisation de la peau dont il signale souvent l’existence, peau en vertu de laquelle tout ce qui est dartre sécrétante fournit une abondance considérable de produit morbide, 11 peint cette organisation particulière à l’aide des caractères suivants : Peau blafarde, à teinte opaline, semitransparente, pour ainsi dire, quoique épaisse. Cet état de la peau est d’ailleurs lié à la constitution lymphatique : non pas qu’il existe nécessairement
chez ces sujets des engorgements scrofuleux ; mais ces individus sont pâles, mous dans leurs mouvements comme dans leur parler, indolents dans leur marche comme dans leur déterminations, apathiques et insensibles à toutes les émotions.
Quelques pommades résolutives furent essayées ; elles avaient pour base l’oxyde de zinc, puis le calomel à faible dose. On tenta aussi l’emploi de lotions de sublimé au 1500e du poids de cette substance. On exaspérait toujours la maladie. L’amidon seul et l’eau de sureau produisaient les meilleurs résultats.
Enfin M. Devergie crut remarquer un état stationnaire ; il saisit ce moment pour modifier l’état morbide à l’aide de cautérisations avec la solution de nitrate d’argent au 10e. Toutefoie il ne toucha d’abord qu’une petite partie de la surface malade; et ce, dans le double but de ne pas supprimer brusquement une sécrétion purulente aussi abondante et de ne pas exciter trop vivement la partie malade au cas où ce moyen dût produire des effets fâcheux. Le lendemain, la portion touchée était dans un état d’amélioration très marquée; et en répétant cette opération chaque jour sur des surfaces non touchées, on arriva à guérir très rapidement toute la surface affectée, tant est puissant l’emploi des modificateurs habilement maniés, c’est-à-dire avec réserve et appliqués en temps opportun.
On regardait le malade comme guéri, lorsqu’il se manifesta un érysipèle de la face et du cuir chevelu, qui le retint encore un mois à l’hôpital : il céda à un régime antiphlogistique sévère.
Impétigo rodens. — Voici une forme d'impétigo chronique fort mal décrite, je pourrais même dire inconnue à Willan et à Bateman, dont les auteurs français ont fort incomplètement traité ou dont ils n’ont pas traité du tout, et sur laquelle j’ai depuis huit ou dix ans porté mon attention toute spéciale, appelée qu’elle avait été d’ailleurs par une malade qui en était atteinte depuis neuf ans, et qui avait reçu les soins de tous les dermatologistes de Paris, sans avoir obtenu de guérison.
Disons tout d’abord , d’après nos observations , que Y impétigo rodens se présente sous trois formes différentes : forme diffuse, forme ramassée mais excentrique, forme ulcéreuse. Dans ces trois variétés, c’est par un très petit point malade que l’affection débute. Dans la première il se fait dans divers points de la peau du visage, mais successivement et à distance, une petite sécrétion d’un jaune grisâtre, avec une légère démangeaison, sécrétion qui représente une croûte de la grosseur d’une tête d’épingle. Le malade n’y fait
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pas attention, il y porte involontairement la main, et en trois ou quatre jours il fait tomber la croûte. A la place se trouve une petite surface déprimée, comme s’il y avait une petite perte de substance, sans qu’il paraisse y exister de plaie. Mais en examinant bien attentivement, on voit dans le fond de la dépression un point rouge qui saigne dans quelques cas, si le malade tourmente la surface affectée. Cette petite dépression se remplit peu à peu en quelques jours, et au bout de huit à dix jours elle est comblée par une croûte d’un gris jaunâtre tout à fait semblable à la première. Il suffit d’un peu d’axonge, de suif, de pommade de concombre, ou d’un corps humide appliqué pendant une ou deux heures, pour la faire tomber, et alors, quand ces précautions ont été prises, la dépression préexistante paraît moins profonde, et elle ne semble pas s’être élargie. Tl s’écoule des mois et quelquefois des années avant que cette surface ait atteint la largeur d’une très petite lentille. Danscertains cas, la maladie semble s’être totalement arrêtée, et l’on ne voit plus alors qu’une très petite dépression cicatrisée, qu’on peut rapprocher de la marque que laisse une petite pustule de variole. C'est la variété que je désigne sous le nom d ’ impétigo rodens diffusa. Elle se montre ordinairement sur les joues, et notamment au voisinage des pommettes. Les points affectés sont espacés les uns des autres.
Dans une seconde espèce, beaucoup plus commune que la précédente, c’est à l’angle interne des paupières et sur les côtés du nez, mais surtout au voisinage de l’œil, que l’on voit survenir cette maladie. Elle a alors son cachet tout spécial en ce sens que débutant comme dans le cas précédent, par un petit point croûteux d’un gris jaunâtre, la croûte tombe et la partie malade semble se guérir: en effet, il se forme une cicatrice centrale ; mais autour de ce point apparaît une petite croûte circulaire, circinée, qui tombe à son tour pour augmenter les dimensions de la cicatrice première, autour de laquelle se forme de nouveau une petite croûte à cercle plus ou moins complet. Je dis à cercle plus ou moins complet, car il est rare qu’à la troisième ou quatrième évolution successive ce cercle ne se rompe pas sur un point plus ou moins étendu de sa circonférence, pour ne plus laisser que trois quarts ou un demi-cercle de croûtes. Dans l’espace de six, huit ou dix ans, la surface malade,
constituée clans sa presque totalité par une cicatrice blanche, légèrement froncée ou lisse, et terminée par une portion de couronne croûteuse, occupe une surface d’un centimètre à un centimètre et demi d’étendue, gagnant de l’angle interne de l’œil le dos et les côtés du nez, de manière à s’allonger sur le même côté et à ne pas dépasser en général la ligne médiane. En fait de sensation, de temps en temps une légère démangeaison, encore est-elle peu appréciable; sensation d’un fourmillement d’insecte. Un corps gras fait immédiatement tomber les croûtes, et il faut y regarder de près pour reconnaître une surface malade.
Singulière forme morbide, à marche lente, mais continue, qui résiste à toute médication interne ou externe, excepté à une cautérisation toute spéciale, ainsi que nous le dirons tout à l’heure.
Dans une troisième variété tout aussi inconnue que la première, les choses se passent différemment. Le cachet de cette troisième espèce, c’est la forme ulcéreuse ; le siège est aussi un peu différent, quoique voisin du précédent. C’est sur l’aile du nez, ou à l’angle externe de l’œil, ou à l’angle interne et en gagnant vers le sourcil, qu’elle se montre. Elle débute de la même manière, et sa marche est presque aussi lente. Mais là où elle se manifeste, la sécrétion est plus abondante, la croûte plus élevée, plus humide, plus purulente et quelque peu sanieuse. Elle laisse moins de cicatrices derrière elle en s’étendant, et il existe sous chaque croûte une ulcération qui, tantôt gagne seulement en profondeur, et tantôt gagne à la fois en profondeur et en surface, de sorte qu’il en résulte une destruction de parties molles ayant déjà peu d’épaisseur. C’est ainsi que nous avons vu l’angle interne des paupières de l’un des yeux détruit, les points lacrymaux ulcérés et désorganisés, l’œil mis à nu dans une certaine surface en dedans. Chose remarquable, chez un de nos malades, l’affection s’était développée sur les deux angles internes des yeux à la fois, ce que nous n’avions jamais vu à l’égard de Y impétigo rodens, qui n’affecte ordinairement qu’un seul côté.
Quoi qu’il en soit, il résulte une forme particulière d’aspect et d’état morbide pour une maladie, qui est d’autant plus grave qu’elle tend d’une manière incessante à la destruction des parties molles. 11 est vrai de dire que, comme dans les deux précédentes variétés
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que nous venons de décrire, la marche ulcéreuse est très lente. Nous avons vu les deux angles internes des paupières détruits, ou l’angle externe, ou l’aile du nez et le dos du nez rongés et ulcérés en surfaces linéaires et courbes; ou même l’aile du nez dans un état voisin de la perforation et de la communication avec les fosses nasales , principalement dans le point où la peau et les chairs sont le plus amincies, c’est-à-dire dans ce triangle qui sépare le bord libre de l’aile du nez , le dos du nez et la jonction du nez avec la joue.
Ces diverses formes de maladies sont tout à fait distinctes de ces variétés de noli me tangere dont je parlerai plus loin. Leurs ravages à marche si discrète, si lente ; leur aspect de plaies ou de productions morbides, de sécrétion de bonne nature, les en différencient essentiellement. Leur ténacité semblerait seule pouvoir les en rapprocher ; mais il n’y a aucune comparaison à faire entre les trois espèces d 'impétigo roclens et quelques cas de noli me tangere que nous avons été assez heureux pour guérir. — L’aspect plus ou moins circiné de la maladie à forme ulcéreuse ou non ulcéreuse, le siège au voisinage des ouvertures naturelles, pourraient peut-être faire naître la pensée d’une cause syphilitique. 11 n’en est rien : d’abord, nous avons vu cette affection chez bon nombre de malades qui n’ont jamais été atteints de vérole sous quelque forme que ce soit ; ensuite, c’est une maladie de l’àge adulte et de l’âge plus qu’adulte, c’est-àdire du retour d’àge. Chose fort remarquable encore, elle nous a paru moins fréquente chez la femme que chez l’homme.
Traitement de V impétigo et de ses variétés. — Ce n’est pasqmrce que l’impétigo est figurata , sparsa , larvalis , etc., qu’il en peut résulter quelques modifications dans le traitement; des considérations d’un autre ordre doivent appeler l’attention des médecins: et d’abord l’état plus ou moins aigu de l’affection, la présence ou l’absence de prodromes inflammatoires; les conditions dans lesquelles l’impétigo est survenu: arrêt ou absence d’époque menstruelle, excès de travail, fatigue de tout autre nature ; puis les circonstances de causes éloignées, d’antécédents lymphatiques, etc.
En thèse générale, tout impétigo à forme aiguë, quelle qu’en soit la cause, déterminante ou prédisposante, réclame le traitement
antiphlogistique, général et local aidé de quelques laxatifs durant le temps nécessaire pour arrêter les progrès de l’affection et la faire entrer dans une période décroissante. C’est pour ne pas observer ce précepte que la grande généralité des impétigos passent à l’état chronique. Je ne veux pas dire qu’au point de vue de la cause première ils ne réclament pas une médication tout autre, mais en employant cette médication dès le début, on perpétue l’état aigu qui ne peut plus se terminer alors par la résolution. En adoptant, au contraire, la marche que nous indiquons, on guérit rapidement l’affection, sauf à administrer un traitement général au moment de sa période décroissante. Ainsi usage de tisane rafraîchissante au début, amidon en poudre et cataplasme de fécule sur les surfaces malades ; diminution notable des aliments, pas de vin, jusqu’à la période d’arrêt, jusqu’à la cessation de la suppuration, soit huit à quinze jours.
Ce temps expiré, il y a lieu de commencer un traitement général antilymphatique (voy. Médication antilymphatique), l’huile de foie de morue, les vins amers ou antiscorbutiques, les ferrugineux, les sulfureux d’après un choix et dans une proportion relative au tempérament, à la constitution, à l’état général et aux antédents du malade. Quant aux moyens locaux, il suffit ordinairement de l’usage d’une pommade légèrement résolutive au tannin et à la fleur de soufre pour obtenir la guérison ; plus quelques bains sulfureux très modérés et à faible dose.
Il n’en est pas de même pour le cas où l’impétigo a débuté avec une forme chronique, ou lorsqu’il se présente au médecin après avoir pris cette marche, la période aiguë ayant cessé depuis longtemps. Dès l’abord, il y a lieu d’instituer la médication générale. Quant à l’état local, il ne faut pas se hâter de le guérir par des applications externes ; mieux vaut attendre que la médication interne commence la guérison, si même elle ne l’achève, ce qui arrive quelquefois ; mais il est bon qu’il soit survenu une modification générale dans l’économie avant d’opérer celle des parties malades. C’est dans cet impétigo chronique que les sulfureux font merveille : c’est là que les eaux des Pyrénées sont surtout efficaces. Mais dans ces formes chroniques très anciennes, on est souvent obligé de modifier les surfaces malades par l’usage des douches sulfureuses ou sulfo-
IMPÉTIGO.
alcalines en arrosoir ; par des applications répétées d’huile de cade; par des lotions alunées, ou au sublimé ; et de toucher quelquefois la peau avec une légère solution de nitrate d’argent (voy. Formu taire pour cesdiverses préparations). On fera bien, après la guérison, de prescrire une hygiène spéciale de la peau, les lotions générales froides, par exemple, durant un certain laps de temps.
Enfin, il n’est pas rare, lorsqu’on a guéri un impétigo chronique datant de plusieurs années, d’en voir récidiver quelques apparences l’année suivante et la deuxième année après, dans la forme même où le premier début a eu lieu. En général, ces récidives sont beaucoup moins intenses ; elles exigent les mêmes préceptes de thérapeutique, et elles guérissent beaucoup plus facilement. Il ne faut pas craindre de les poursuivre et d’en débarrasser les enfants atout prix, c’est ce à quoi on arrive parfaitement.
C’est ici le cas de blâmer la pratique de certains médecins qui appliquent des exutoires dans le but de détourner et de guérir l’éruption pustuleuse ; on ne fait qu’ajouter une plaie de plus et une source nouvelle d’éruption ; car autour du vésicatoire apparaissent des pustules d’impétigo, souvent très nombreuses. Je ne saurais non plus trop m’élever contre la tendance de quelques médecins à retarder le moment où il y aura lieu de mettre l’enfant en traitement. Le développement de l’àge, l’établissement de la menstruation feront plus, disent-ils, que tous les traitements les plus rationnels. C’est là une grave erreur; la maladie marche quand même, elle se perpétue ainsi et devient plus difficilement curable. Si, lorsqu’elle a débuté dans l’enfance, il est rationnel de la laisser subsister comme une sorte d’émonctoire qui semble garantir l’enfant d’autres maladies, on doit la guérir aussitôt que l’organisation est assez avancée pour supporter une médication appropriée.
Il nous faut indiquer quelques modifications thérapeutiques à l’égard de deux formes particulières d’impétigo que nous avons fait connaître: Yimpetigo pilciris et Y impétigo pur ifluens. Il est remarquable que Yimpetigo pilaris ne reflète pas un tempérament lymphatique comme l’impétigo ordinaire. 11 naît sur des personnes velues, fortes, bien constituées. Aussi exige-t-il presque exclusivement le traitement rafraîchissant, sauf quelques bains sulfureux dans la der-
nière période de son traitement. Quant à l 'impétigo purifluens , il faut le laisser marcher en se bornant à modérer l’écoulement du pus par l’amidon et la poudre de tan ; administrant à l’intérieur un traitement essentiellement antilymphatique et faisant usage de bains sulfureux pour stimuler toute la surface cutanée. Mais aussitôt que la suppuration commence à se faire, il faut saisir le moment de modifier la surface malade en la touchant tous les trois jours avec la solution de nitrate d’argent au dixième, employant d’ailleurs l’eau chlorurée au vingt-cinquième pour eau de lavage, surtout dans la période d’écoulement, et plus tard faisant des lotions alunées ou aubichlorure d’hydrargyre (voy. Formulaire, Lotions), etc. Il est rare que le traitement de cette affection ne s’étende pas à deux mois: cela dépend du traitement au début et de la chronicité de l’affection.
Reste la thérapeutique toute spéciale de Y impétigo rodens. Nous allons la faire connaître. L’ impétigo rodens non ulcéreux, quelle qu’en soit la forme, est toujours curable à l’aide d’applications du caustique de Canquoin tombé en deliquium au contact de l’air, et associé à de la farine de bonne qualité. On détache les croûtes au préalable àl’aide d’un petit cataplasme ; on étendle caustique en pâte molle sur les parties croûteuses, et non pas sur la partie centrale que cette affection a pu laisser en s’élargissant. Si la surface malade est très étendue, on n’en cautérise qu’une partie. La couche de caustique doit être très mince et à l’état presque liquide. Ainsi appliquée, elle se dessèche bientôt; elle développe une inflammation assez intense, mais qui ne réclame jamais aucun soin particulier et qui tombe dans l’espace de deux à trois jours. On voit alors une croûte ou eschare sèche qui se détache peu à peu dans un intervalle de temps de quinze jours environ et qui laisse une cicatrice à peine appréciable. Cependant, lorsque le sujet est très lymphatique, il se manifeste sous la couche de caustique une sécrétion assez abondante d’une matière séro-purulente concrète qui ressemble tout à fait à la croûte d’impétigo; alors l’eschare se détache beaucoup plus vite, mais on guérit la petite plaie qui en résulte à l’aide de pansements avec le cérat créosoté. (Voy. Formulaire , Gérât créosoté.)
Le traitement de l’impétigo ulcéreux est tout autre ; il exige une
IMPÉTIGO.
des médications mixtes les plus compliquées dont j'aie parlé (voy. médication mixte). Je fais prendre aux malades matin et soir de l’huile de foie de morue brune, une cuillerée à bouche, sans dépasser la dose de quatre cuillerées, deux le matin, deux le soir, dose à laquelle j’arrive progressivement en augmentant d’une cuillerée tous les quatre jours; immédiatement après l’huile et dans une tasse de tisane des quatre bois sudorifiques très légère (20 grammes des quatre bois pour un litre d’eau à faire bouillir pendantdix minutes), ou, s’il y a prédominance du tempérament lymphatique, dans de la tisane de houblon, une cuillerée à bouche d’un sirop ainsi composé:
Limaille de fer . 4 décigrammes.
Iode . 17 décigrammes.
Eau . 4 grammes.
Triturez à froid dans un mortier, en ajoutant l’eau goutte à goutte. Dissolvez dans la plus petite quantité d’eau possible :
Iodure de potassium . 10 grammes.
Ajoutez à cette dernière dissolution :
Bichlorure de mercure . 12 à 15 centigrammes.
que vous aurez divisé et dissous par quelques gouttes d’alcool. Mêlez à l’iodure
de fer, et incorporez le tout à
Sirop de sucre . 500 grammes.
Ajoutez: Solution de Fowler . 15 décigrammes.
Ce traitement est prolongé sans inconvénient pendant plusieurs mois. Je donne aux^repas, suivant l’état de l’estomac, de l’eau ferrugineuse rougie de vin ou de l’eau alcaline ; les viandes et légumes forment la base de F alimentation, à l’exclusion des ragoûts et des mets vinaigrés.
Après deux mois, lorsque la partie malade a subi, de la part de ce traitement, une modification heureuse, que la sécrétion a changé de nature, que la plaie a pris un meilleur caractère, quelle s’est en grande partie cicatrisée, que ses lèvres ont perdu de leur engorgement; alors je modifie les surfaces malades par le caustique de Canquoin appliqué par petites portions sur les surfaces malades, et je termine ainsi la guérison dans un espace de temps plus ou moins
court, sans abandonner le traitement interne, sauf à le rendre peu à peu moins actif, par la diminution des doses de substances médicamenteuses.
Noli me tangere. — Ce traitement est aussi applicable à ces ulcérations indolentes des côtés et du dos du nez, à bords amincis, à surface saignante, sans induration sensible des bords, qui détruisent peu à peu les parties au point de mettre à découvert les fosses nasales, et que l’on désigne communément sous le nom de noli me tangere. Il réussit merveilleusement dans ces sortes de cas. J’en ai encore deux exemples en ce moment sous les yeux à l’hôpital. Depuis six ans que je l’emploie j’ai obtenu des guérisons fort remarquables dans des cas d’ancienne date où les chirurgiens n’avaient rien voulu tenter à cet égard. Ce ne sont pas des ulcérations ayant des caractères syphilitiques ou scrofuleux, et cependant l’ensemble de ces moyens que j’ai indiqués me donne de remarquables succès. (Voy. Scrofules syphilitiques héréditaires.)
Formes composées d impétigo.
Impétigo eczémateux. — J’ai décrit cette variété immédiatement après avoir fait l’histoire de l’eczéma, auquel elle se rattache par trop de points de contact. (Voy. Eczéma impétigineux.)
Impétigo ecthymati forme . — Voici une éruption intermédiaire entre l’impétigo et l’ecthyma, mais qui s’en distingue par le volume et la confluence des pustules. Dans l’ecthyma, toutes les pustules ont en général le volume d’une lentille. Dans l’impétigo, les pustules sont tellement petites, qu’on les a caractérisées par l’expression de psydraciées. Ici c’est un état intermédiaire pour le volume. D’ailleurs on voit les pustules avec un point noir central comme dans Fecthyma, mais moins prononcé, et les pustules sont moins ombiliquées ; elles sont d’ailleurs beaucoup plus confluentes que dans l’ecthyma, moins espacées, mais elles ne se confondent pas entre elles comme dans l’impétigo. Elles ne donnent pas non plus lieu à des croûtes de inélitagre. C’est du pus qu’elles renferment et un pus plus épais, qui ne se concrète que difficilement et qui n’a pas cette couleur jaune-serin de la croûte de mélitagre. Il est très diffi-
IMPETIGO.
cile de voir dans ces pustules de fausses membranes comme dans l’ecthyma, et elles ne laissent pas de cicatrices aussi profondes et aussi marquées que cette affection. La maladie a une marche plus lente que l’impétigo; elle est plus tenace; elle est sujette à développer de nouvelles pustules à intervalles plus ou moins éloignés. Ce n’est plus une poussée de pustules dont le développement s’arrête lorsque la période d’évolution a produit son effet, ici c’est une évolution presque continue, presque successive ; on trouve surtout cette maladie le long des membres; elleréclame d’ailleurs le même traitement, mais elle se rattache moins que l’impétigo à forme simple au tempérament lymphatique. Voici une observation qui a été rédigée par le docteur Bergeron, autrefois mon interne, aujourd’hui mon collègue des hôpitaux, et qui donne une idée exacte de la marche de cette maladie.
Impétigo ecthymati forme. — Ladislas (Jean), trente et un ans, fondeur, vigoureux, tempérament lymphatique. 11 y a deux ans, le malade entra à l’hôpital pour un eczéma lichénoide qui occupait la face externe des bras ; il sortit guéri au bout de quinze jours, mais un mois après la maladie récidiva. Le malade rentra à l’hôpital et sortit de nouveau guéri ; depuis ce temps il a eu presque toujours quelques boutons , mais il réprimait leur trop grand développement par des cataplasmes de mie de pain et des bains fréquents. Au mois de novembre 18V2 la maladie récidiva une troisième foisavec les memes caractères, et ce n’est que douze jours avant l’entrée du malade qu’une foi me nouvelle s’est montrée au bras gauche par une série de petites pustules larges d’un demi-millimètre à 2 millimètres, blanches, ombiliquées, entourées d'une auréole rosée peu large : elles sont formées par le soulèvement de l’épiderme seulement. Confluentes et agglomérées dans certains points, elles sont bien distinctes dans d’autres ; leur forme est tantôt circulaire, tantôt ellipsoïde. Elles occupent la face externe et postérieure du bras, au niveau du coude, dans un espace de 10 centimètres de hauteur sur 8 de largeur environ ; elles sont disposées de façon qu’on puisse même les diviser en deux séries de grandeur égale occupant, l’une la face externe, l’autre la face postérieure du membre: la série de la face externe se partageant entre la partie inférieure du bras et la partie supérieure de l’avant-bras; l’autre commençant au dessous du coude et descendant plus bas que la première sur l’avant-bras. — - 22 décembre. On appliqua des compresses de sureau, et le lendemain toutes les pustules sont percées et ont laissé derrière elles de nombreuses ulcérations de grandeur variable suivant l'étendue et le nombre des pustules auxquelles elles ont succédé. Les ulcérations sont indolores, excepté au contact
de l’air ; elles sont peu profondes et régulièrement concaves. — 26 décembre. Les ulcérations les plus petites sont déjà formées et laissent derrière elles de petits points rouges, les plus grandes sont diminuées ; en un mot, il y a progrès sensible vers la cicatrisation. — Le 3 janvier, il ne reste à la place des ulcérations que des points d’un rouge violacé correspondants à de petits noyaux engorgés. Sortie le 12 janvier.
Impétigo sycosiforme. — Quoique nous n’ayons pas encore traité du sycosis, il nous est impossible de ne pas rapprocher cette affection de l’histoire de l’impétigo, car on la désigne généralement sous la dénomination simple d’ impétigo. Cette affection siège le plus ordinairement au milieu de la lèvre supérieure, immédiatement au-dessous de la cloison du nez, et elle y appparait en une ou plusieurs petites pustules dont la sécrétion se transforme bientôt en une croûte d’un gris jaunâtre sale, plus ou moins ramassée, saillante, qui tombe au bout de quelques jours pour faire place à une croûte nouvelle, se reproduisant tous les quinze jours ou toutes les trois semaines, et ainsi de suite durant des mois et des années. Chose remarquable, l’affection ne fait que des progrès extrêmement lents en surface, mais elle persiste avec unegrande ténacité. Emploie-t-on des moyens propres à la guérir, elle s’atténue au point de touchera son terme; puis par le moindre écart de régime, par la moindre circonstance accidentelle, il survient tout à coup une nouvelle poussée de pustules qui ramène l’affection sinon au degré où elle était à son début, au moins à un état qui retarde encore de longtemps la guérison. Or, si l’on rapproche cette forme morbide d’impétigo de la marche que nous avons tracée de l’impétigo ordinaire, on verra quelle différence tranchée existe entre ces deux maladies. L’impétigo ordinaire se guérit généralement en peu de temps et par des moyens simples, à moins qu’il ne soit très ancien; celui-ci, au début même, exige des soins tout particuliers. Mais ce n’est pas seulement une différence de marche qui établit la distinction entre cette forme composée et la forme simple : l’élément morbide est tout différent. Tandis que dans l’impétigo la pustule est plutôt une vésicule purulente qu’une pustule, c’est-à-dire une pustule superficielle; dans Y impétigo sycosiforme , la pustule, quoique presque aussi petite, est plus profonde et l’engorgement inflammatoire con-
IMPÉTIGO.
stitue la moitié ou les trois quarts de la pustule, qui est alors à forme acumiiiée: ces pustules sont séparées les unes des autres et très distinctes, au lieu d’être agglomérées. Ainsi l’élément pustuleux est lui-même très différent.
Mais il existe deux variétés de cette forme morbide par rapport au point de départ de l’affection, et dont le praticien doit bien tenir compte. Dans l’une, la maladie a été précédée de longue date de sécrétion muco-purulente de l’une ou des deux fosses nasales, se traduisant par la formation de croûtes qui tombent, se détachent peu à peu, ou que le malade arrache ; accompagnées souvent de petites pustules sous le bord des narines, pustules douloureuses. Puis, par une cause déterminante quelconque, la maladie des fosses nasales semble s’étendre rapidement à la lèvre supérieure et envahir une surface plus ou moins grande, au point dans certains cas de gagner la lèvre inférieure et le menton. Cette forme est essentiellement lymphatique, scrofuleuse; elle se rencontre surtout dans la jeunesse. — Dans l’autre variété, le malade attribue presque toujours à l’emploi d’un rasoir sale le développement de la maladie, ce rasoir ayant causé une petite coupure qui ne s’est pas guérie et à la suite de laquelle sont survenus quelques petits boutons. Mais ce qui est vrai, c’est que le bouton ou la pustule précèdent souvent la coupure ; c’est que le malade se frotte, arrache, tourmente cette éruption et la transforme ainsi en une maladie de longue durée.
Si les diverses circonstances que nous venons de retracer distintinguent l’impétigo sycosiforme de l’impétigo ordinaire, elles le différencient à plus forte raison du sycosis, qui a toujours son point de départ et son siège au menton, et qui s’y montre soit par de gros tubercules plus ou moins suppurants, soit par de grosses pustules, dans lesquelles l’engorgement forme la presque totalité de la pustule, le premier seul étant purulent. Et pour renouer ces différences entre les trois maladies, nous dirons que l’impétigo ordinaire est une affection pustuleuse qui ne s’étend jamais au delà de la superficie du derme ; que dans l’impétigo sycosiforme une partie du derme est attaquée ; et que dans le sycosis toute l’épaisseur de la peau et le tissu cellulaire sous-jacent sont malades.
Reste à donner quelques préceptes particuliers pour combattre-
cette maladie. Lorsqu’elle a pour point de départies fosses nasales, c’est-à-dire la forme scrofuleuse, c’est la médication antilymphatiquequi doit faire la base du traitement: les injections d’eau chlorurée dans les narines, les pommades légèrement sulfureuses. Quand elle siège primitivement et constamment à la lèvre, je ne connais pas de médication interne qui puisse la combattre avec efficacité. L’iodurede soufre à l’intérieur réussit quelquefois ainsi que les arsenicaux. Dans ces sortes de cas voici le traitement auquel je m’arrête : Un cataplasme de fécule de pomme de terre tous les soirs ; dans le jour de l’amidon, pendant les premiers jours, et puis l’usage de pommade au précipité blanc. Tous les deux jours une douche de vapeur aqueuse sur la surface malade. Une douzaine de douches est ordinairement suffisante. Puis modification de la surface malade avec la solution de nitrate d’argent au dixième ou même au cinquième, appliquée tous les cinq jours. Les cataplasmes doivent être employés avec une grande persévérance et durant tout le traitement. Dans quelques cas on se sert avec avantage de la pommade au cinabre, de l’onguent citrin (voy. Formulaire). Mais il faut surtout une observation sévère de l’hygiène pendant le cours du traitement.
M. Bazin considère cette forme d’impétigo comme une mentagre dans laquelle existerait le même cryptogame. Aussi conseille-t-il l’usage de l’épilation répétée des poils pour obtenir la guérison. J’ai tenu à connaître la valeur de ce moyen d’une application d’ailleurs très douloureuse, et voici ce que j’ai observé : Il m’est d’abord arrivé plusieurs fois d’avoir en traitement, et ce comparativement, des malades que je faisais épiler et d’autres chez lesquels je m’abstenais de toute épilation. Ces derniers guérissaient quelquefois plus vite. Cependant je dois ajouter que l’épilation m’a paru favoriser en général la guérison. Mais j’ajouterai que dans un certain nombre de cas l’épilation répétée huit à dix fois, et aidée des agens externes que M. Bazin met en usage, ne m’a pas amené de guérison. En voici un exemple, je pourrais en citer plusieurs autres.
Impétigo sycosiforme. — Vauthier (Auguste), trente-six ans, entre le 5 juillet 1855. La lèvre supérieure, dans toute son étendue, présente des croûtes gris jaunâtre épaisses, avec un peu de bouffissure de la lèvre ; la barbe est très adhérente et résiste aux tractions. Le malade est d’un tempérament san-
ECTHYMA.
gain ; ouvrier terrassier ; il a vu apparaître les premières pustules il y a cinq ans. Prescription : cataplasmes de fécule; trois portions. — 7 juillet. Huile de cade. — 9. Épilation d’une moitié de la lèvre, le deuxième jour l’autre moitié. — il. Poussée de petites pustules grosses à peine comme de petites tètes d’épingle sur la partie moyenne de la lèvre. — 12. Lotions de sublimé. — 15. Cautérisation au nitrate d’argent, solution au 10°. — 18. Épilation. — 20. Cautérisation; il était apparu la veille quelques pustules. — 25. Épilation, puis pommade au sulfate de cuivre. Le malade reste plus de vingt jours sans voir revenir de nouvelles pustules ; il sort le 25 septembre dans un état satisfaisant. — Zt novembre. Le malade, qui est employé dans l’hôpital, me dit que des pustules sont revenues, que M. Bazin l’a fait épiler deux fois et lui fait appliquer de la pommade de sulfate de fer.
Je renvoie l’iiistoire de Y impétigo rupi forme ou scabida et celle de Y impétigo lupi forme aux articles Rupia et Lupus, auxquels ils se rattachent directement.
Ecthyma (sxQuua, aroç, id quod erumpitper cutem , pustula).
Phlyzacici d’Alibert.
Suivant sa forme la plus commune :
Vnlgare.
Suivant l'âge:
Infantile.
Suivant sa marche:
Aigu.
Chronique.
Diutinum ou successif.
Suivant sa cause :
Idiopathique.
Symptomatique.
Suivant sa forme composée :
Impétigo ecthymatiforme.
Ecthyma rupiforme , cachecti * cum ou luridum.
Quoique Willan et Bateman aient fait faire à la science un progrès en rattachant l’épithète à' ecthyma à un mode tout spécial de pustule ; quoique M. Rayer ait plus particulièrement étudié et mieux décrit qu’on ne l’avait fait avant lui la pustule d’ecthyma, il faut dire qu’il règne encore dans les auteurs une certaine incertitude dans les descriptions des variétés qui en ont été faites. Que l’on parcoure, par exemple, ce que dit Willan des caractères distinctifs de Y ecthyma luridum et de Y ecthyma cachecticum , on verra qu’il y a entre ces deux formes une parfaite analogie, quoiqu’elles soient exposées séparément; aussi M. Gibert se borne-t-il, après avoir décrit Y ecthyma luridum , adiré que Y ecthyma cachecticum s’en rapproche sous tous les rapports.
Attachons-nous d’abord à bien spécifier les caractères de cette affection pustuleuse par une description exacte de la pustule, et nous verrons ensuite dans quelles conditions cette maladie peut se développer. L’ecthyma est une affection pustuleuse qui peut affecter toutes les parties du corps, mais qui, peu fréquente à la figure, se montre principalement sur les membres et au cou, beaucoup plus rarement à la poitrine et au dos, par des pustules de la largeur au moins d’une lentille, espacées les unes des autres, très rarement confluentes; lorsque deux pustules se touchent, elles peuvent se confondre par une partie de leur circonférence, mais tout en parcourant, isolément chacune, les phases qui sont propres à ces pustules. La pustule d’ecthyma, quoique large, est telle que les neuf dixièmes de la pustule sont formés par la vésicule purulente, au centre de laquelle est un point noir déprimé qui donne à cette pustule l’aspect rubéolique des pustules de la variole. Elle débute par une élevure inflammatoire limitée qui, dans les vingt-quatre heures, se recouvre d’une vésicule large, remplie d’une sérosité argentine du même aspect que celle de la vaccine ; puis dans les vingt-quatre heures suivantes, cette sécrétion prend une apparence franchement purulente, en même temps que se dessine, au centre de la pustule, un point ombré qui devient noir et se déprime. Si l’on ouvre alors cette pustule, il s’en écoule du pus en petite quantité ; et en coupant avec soin l’épiderme qui lui servait d’enveloppe et qui adhère par le point noir central presque autant qu’à la circonférence, on voit une fausse membrane assez épaisse qui recouvre le derme. On peut la détacher, et alors on aperçoit une ulcération du tissu de la peau déprimée dans le centre; cette dépression se conservant même après la guérison de î’ecthyma et s’apercevant très bien après la guérison, au centre de la cicatrice. Que si nous reprenons la pustule où nous l’avons laissée, c’est-à-dire après trois jours d’évolution et lorsqu’elle est franchement purulente, nous verrons que peu à peu la vésicule se rompt, le liquide qu’elle contient s’en s’écou'e ; l’épiderme s’applique sur la fausse membrane pour donner naissance à une croûte grisâtre qui, en se desséchant, rétrécit le diamètre de la pustule et adhère fortement à la surface rie la peau. Mais peu à peu et vers le septième ou le huitième jour cette croûte se détache
ECTHYMA.
et laisse une surface rouge cicatrisée, inégale, déprimée fortement à son centre, de manière à figurer un peu la surface d’un cor à clou que l’on vient d’arracher. Inutile de dire que, dès le début, cette pustule était environnée d’un cercle rouge inflammatoire qui est tombé à l’époque de la formation du pus, pour disparaître entièrement avec l’engorgement qui l’accompagnait. Avec ces caractères, il me paraît impossible de confondre l’ecthyma avec aucune affection pustuleuse, si ce n’est l’impétigo ecthymati forme que nous avons décrit et qui n’en est qu’un diminutif, mais qui s’en distingue par la petitesse des pustules et leur confluence. Il est vrai de dire que les pustules de l’ecthyma se rapprochent beaucoup de celles de la variole, mais les deux éruptions, comme confluence et comme prodromes, sont tellement différentes, qu’on ne saurait les méconnaître.
L’ecthyma que l’on a appelé vulgare ou ordinaire est une maladie franchement inflammatoire, se rapprochant des exanthèmes sous ce rapport. Cette éruption est parfois précédée ou accompagnée de douleurs lancinantes, et quand elle se montre à la partie interne des membres, il n’est pas rare qu’elle entraîne un état inflammatoire des veines ou l’engorgement des ganglions de l’aisselle ou de l’aine; elle peut coïncider aussi avec une éruption furonculeuse à l’instar du zona ; elle est d’ailleurs précédée de prodromes inflammatoires graves plus ou moins marqués : anorexie, pâleur générale, chaleur de la peau, soif, fièvre. Elle se montre ou à l’état discret dans une surface peu étendue, ou avec une certaine confluence ; mais l’ecthyma général n’est propre qu’a l’enfance. Dans l’adolescence et dans l’âge adulte, la maladie n’atteint le plus souvent qu’une partie ou la totalité d’un membre. Voici d’ailleurs ce que la statistique nous a appris à cet égard. La maladie n’est pas commune, parce que nous ne la trouvons notée que vingt fois sur dix-huit cents cas de maladies de la peau. C’est principalement de quinze à vingt-cinq ans qu’elle s’est montrée. Nous n’en trouvons pas d’exemples au delà de cinquantecinq ans, sans que nous prétendions pour cela qu elle ne puisse pas se développer plus tard, puisque l’on retrouve l’ecthyma chez le vieillard. Dans seize cas, elle existait sur des sujets d’un tempérament lymphatique sanguin et d’une bonne constitution. Quatorze
fois sut vingt, l’ecthyraa a été observé en été et au printemps ; le plus souvent il était dû a un excès de travail, à la fatigue. Les mains, les avant-bras, les cuisses et les jambes étaient les parties le plus communément atteintes. Cette affection pourrait être chiffrée beaucoup plus haut par quelques médecins qui aujourd’hui considèrent la gale pustuleuse comme une gale compliquée d’ecthyma. Mais tout en admettant que l’ecthyma puisse venir compliquer la gale, comme il complique le prurigo et le lichen, nous ne saurions partager cette manière de voir, ainsi que nous le dirons à l’article Gale pustuleuse.
La marche de l’ecthyma peut être aiguë, c’est celle que nous venons de décrire. Cette forme aiguë peut parcourir ses périodes dans un espace de temps circonscrit , un ou deux septénaires ; ou au contraire l’ecthyma se montrera successif, à évolutions successives, diutinum: c’est ce qui a lieu surtout dans l’ecthyma à forme chronique. Alors il peut envahir graduellement une grande étendue de la surface du corps. A cet égard, il est une observation importante que nous avons faite et que nous croyons devoir consigner ici : c’est que plus les pustules d’ecthyma qui apparaissent en dernier lieu sont petites, plus la maladie approche de la guérison, semblable en cela au pemphigus et au zona, dont l’éruption décroissante est toujours annoncée par une diminution dans le volume des vésicules.
L ’ecthyma infantile affecte principalement les enfants à la mamelle. Il coïncide avec une alimentation insuffisante, un lait de mauvaise qualité. Cette éruption est générale ou limitée, mais le plus souvent générale et successive. C’est surtout à la figure, au cou, à la poitrine qu’elle se montre contrairement à l’adulte. Sa durée n’a pas de limites précises ; elle s’accompagne fréquemment de diarrhée plus ou moins abondante et elle dénote un affaiblissement très compromettant pour la vie de l’enfant. Ce n’est pas que l’ecthyma de l’adulte ne puisse se lier à quelque irritation gastrointestinale, à quelque entéralgie, à quelque état morbide interne ; il en est assez fréquemment le reflet, surtout quand il se montre sous forme chronique, car l’ecthyma aigu est le plus souvent franchement inflammatoire.
Quant aux deux variétés d’ecthyma luridum et cachecticum des
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auteurs, et que je regarde comme une seule et meme affection, leur description en a été faite dant le troisième groupe.
Nous avons décrit l’impétigo ecthymatiforme page 352.
Traitement . — - Les distinctions assez tranchées que nous avons établies entre les diverses espèces d’ecthyma tracent naturellement la marche qu’il y a lieu de suivre dans le traitement de cette affection. L’invasion de la maladie a-t-elle eu lieu avec une forme aiguë ; est-elle d’ailleurs accompagnée de symptômes généraux fébriles ou d'un état de pléthore assez marqué, ou encore de furoncles, d’engorgements des ganglions, de phlébite commençante, il y a lieu de recourir au début à une émission sanguine. A cet égard, s’il y a phlébite coïncidante, il faut préférer les sangsues à l’anus à la saignée générale; dans le cas contraire, ne pas hésiter à pratiquer celle-ci sur le membre qui n’est pas affecté d’ecthyma, car lorsque la peau est malade et enflammée sous quelque forme que ce soit, il y a toujours inconvénient à y pratiquer une plaie, quelque petite qu’elle puisse être. Les boissons rafraîchissantes, les dérivatifs sur le canal intestinal, l’amidon en poudre sur les surfaces malades, et, s’il y a trop d’inflammation, les cataplasmes de fécule, les bains, tels sont les moyens à mettre en usage.
Lorsque l’ecthyma a une forme chronique, il est rare qu’il ne soit pas lié à un état interne morbide quelconque. C’est moins alors l’éruption pustuleuse qu’il faut traiter que l’état morbide général ou local de l’économie. Ce que nous pouvons avancer, c’est que l’ecthyma est une maladie qui repousse en général la série des moyens ou agents dits dépuratifs qui conviennent à un certain nombre d’affections cutanées.
Quant à l’ecthyma rupiforme désigné par les auteurs sous le nom de luridum ou cachecticum , c’est un tout autre ordre d’idées qui doit diriger le praticien. Ici la maladie comme dans le rupia est le reflet d’un affaiblissement de l’économie, et tout en traitant la forme inflammatoire par les émollients pulvérulents, l’amidon, la poudre de riz, il faut soutenir les forces du malade par une bonne alimentation ayant pour base les viandes rôties en même temps que l’on administre les amers, les ferrugineux, le quinquina. — Tous les agents externes aqueux, relâchants, doivent aussi être exclus du
traitement. Ils favorisent l’inflammation des pustules, l’agrandissement des ulcères à forme déjà atonique par eux-mêmes; aussi le médecin doit-il être très sobre de cataplasmes, de bhins et de tout ce qui relâche les tissus.
Sycosis (o-uxc ociç) ; mentagre, de mentum , menton, et de «ypa, prise ;
maladie du menton.
Simplex.
Suivant la forme :
Tuberculeux.
Pustuleux.
Suivant le siège :
Sycosis menti.
Sycosis capillitii ou pilaris.
Compositum .
Impétigo sycosi forme.
Herpès sycosiforme.
Bateman est le seul auteur qui ait donné une idée exacte de cette affection. Tous ceux qui l’ont suivi ne nous ont tracé qu’une description incomplète ou confuse de cette maladie. Tous l’ont rapprochée ou confondue avec l’acné dont elle diffère ; aucun d’eux n’a parlé du sycosis capillitii dont Bateman avait cependant retracé les caractères avec assez de soin pour faire voir qu’il s’agissait d’une forme morbide à part. Essayons de suppléer à ces lacunes.
Et d’abord je commence à élaguer de cette description le mot mentagre , qui exprime une maladie dont le siège exclusif est au menton, ce qui n’est pas exact. La source de ce nom est dans une épidémie de sycosis qui a régné chez les Romains et dont Pline a retracé la description dans son Histoire naturelle (liv. XXVII, chapitre 1). M. Gibert a donné la traduction de ce passage que nous reproduisons ici. « Une maladie inconnue jusqu’alors, non-seulement à l’Italie, mais encore à l’Europe presque tout entière, vint sévir à cette époque sur le visage de Y homme. Elle se répandit peu en Illyrie, dans les Gaules, en Espagne et ravagea de préférence Rome et ses environs. Causant à la vérité peu de douleur, et n’entraînant pas de danger pour la vie, cette maladie amenait de si hideuses difformités que la mort eût été préférable. On lui donna en premier lieu le nom grec de lichen ; mais bientôt, à cause de son siège spécial au menton, elle reçut d’abord par plaisanterie (les
SYCOSIS.
hommes ne sont que trop enclins à se rire du mal d’autrui), le nom de mentagre , qui lui est demeuré depuis.
» Chez beaucoup de sujets, elle ne se bornait point au menton, mais elle envahissait le visage tout entier, à l’exception des yeux; elle s’étendait même au cou, à la poitrine, aux mains qu’elle couvrait de hideuses écailles. Ce mal, inconnu à nos pères, se montra pour la première fois en Italie vers le milieu du règne de Tibère Claude César. On raconte qu’un chevalier romain la rapporta d’Asie, où régnait cette affection, et la transmit ensuite par contagion aux habitants de Rome. Les femmes n en furent point affligées; le peuple et même la classe moyenne en furent exempts; mais les grands et les nobles en éprouvèrent cruellement les atteintes, /’ affection se propageant rapidement chez eux par le baiser [dont ils se saluent habituellement) .
» Ceux qui se faisaient traiter offraient au visage des cicatrices plus hideuses que le mal lui-même. La méthode de traitement consistait en effet dans l’emploi des caustiques, qui n’empêchaient pas le mal de reparaître si les chairs n’avaient été brûlées jusqu’à l’os. Cette cruelle ressource fut la seule qu’apportèrent d’Égypte les médecins qui vinrent de ce pays s’enrichir à nos dépens. »
C’était bien là en effet le sycosis menti ; mais l’affection pouvant se montrer ailleurs, sa dénomination de mentagre doit disparaître. Ce passage de Pline est très significatif sous plusieurs rapports. Voilà une épidémie ; les hommes seuls sont atteints, et aujourd’hui que nous établissons d’une manière très nette le diagnostic des maladies de la peau, nous pouvons répéter avec Pline: les hommes seuls sont atteints de cette maladie lorsqu’elle a son siège au menton. Les femmes en sont exemptes parce qu’elles n’ont pas de barbe, et si un auteur a pu déclarer que la maladie pouvait aussi affecter la femme, il aurait dû ajouter, des femmes qui auraient de la barbe, car je n’ai jamais observé le sycosis menti chez la femme.
Mais le sycosis capillitii est une affection commune à la femme comme a l’homme, parce qu’elle a son siège dans les cheveux. Ce n’est pas que dans l’un comme dans l’autre cas la barbe ou les cheveux soient toujours malades, et cela est si vrai, que si la barbe tombe dans le sycosis menti, elle repousse le plus souvent après la
guérison. Il y a plus : 1 e sycosis copillitii vient très fréquemment au sommet de la tête de personnes chauves, il s’étend sur le front etaux tempes ainsi que nous le dirons plus loin. Cherchons donc à donner le cachet de la forme morbide du sycosis. Disons tout de suite qu’il se présente sous deux aspects différents, suivant qu’il constitue la mentagre ou qu’il affecte les parties recouvertes de cheveux ou de poils.
Sycosis menti. — Ici deux variétés : on peut l’observer ou sous la forme de tubercules, ou sous celle de grosses pustules. (Le menton peut être le siège d’un eczéma impétigineux, ainsi que d’un impétigo sycosiforme, mais ce n’est pas là le sycosis. ) Dans le premier comme dans le second cas, le menton devient le siège d’un sentiment de chaleur, de cuisson, de turgescence, à la suite duquel se manifestent dans certains points des tumeurs du volume d’une noisette, à surface rouge, lisse, quelquefois granulée et que l’on a comparée avec raison au parenchyme de la figue ou à la surface d’une framboise. Ces tubercules sont agglomérés , mais disposés par groupes, le plus souvent au voisinage du menton, quelquefois vers l’angle de la mâchoire. Ils se succèdent dans l’espace de huit à quinze jours, temps durant lequel la maladie est dans sa période d’accroissement ; et lorsque l’affection est intense, lorsqu’elle attaque une assez grande surface, quand ses tubercules se multiplient, on conçoit que le menton et le bas de la figure puissent doubler et tripler de volume en même temps que sa surface est hérissée de champignons ou tubercules plus ou moins proéminents. Tous ces tubercules sécrètent, mais d’une manière tout à fait disproportionnée avec l’état inflammatoire et avec les productions morbides. C’est une espèce de suintement mucoso-purulent, qui se concrète en partie sous la forme de croûtes d’un gris sale, assez minces, et qu’un peu d’axonge, un cataplasme appliqué pendant quelques heures, suffit pour faire tomber ; alors se montre une surface humide qui donne à toute cette peau mamelonnée un aspect luisant des plus désagréables.
Y a-t-il dans cette description quelque chose que l’on puisse comparer avec l’acné? Évidemment ce n'est pas là la maladie qui porte ce nom ; on l’a donc rangée à tort dans l’histoire de
SYCOSIS.
cette affection. Arrivons à la description de la seconde espèce de mentagre.
Dans celle-ci ce ne sont plus des tubercules, ce sont de véritables pustules, mais si dissemblables de celles de Y acné, qu’il est impossible de s’y méprendre. Les prodromes de l’affection sont les mêmes ; seulement, au lieu de voir surgir des tubercules inflammatoires à aspect charnu, ce sont des noyaux d’engorgement ayant la forme plus ou moins acuminée, et du sommet desquels s’échappe du pus. La base de ces pustules, dont le volume égale quelquefois celui d'une noisette, repose elle-même sur un tissu largement enflammé. La suppuration ne dure que douze à quinze jours, après laquelle reste un état inflammatoire encore très prononcé, mais stationnaire, et fournissant çà et là, à des distances variables, des pustules nouvelles ou des engorgements acuminés qui sécrètent du pus.
Dans ces deux variétés de sycosis menti les poils tombent, et cependant les follicules pileux ne sont pas le siège de l’affection : c’est la peau dans toute son épaisseur, c’est le tissu cellulaire souscutané, ce sont les ganglions du cou même qui peuvent se prendre et s’engorger; ce sont enfin, mais dans des cas tout à fait exceptionnels, les joues, les oreilles, qui sont atteintes, ainsi que cela a eu lieu dans l’épidémie romaine.
Sycosis piloris [sycosis capûlitii de Bateman). -—Cette forme morbide est toute différente et aussi tout à fait distincte des variétés d'acné. Elle est d’autant plus importante à connaître qu’elle a son siège dans des parties où les sypbilides se montrent ordinairement, notamment le corona Veneris , et qu’elle en a souvent imposé pour une maladie vénérienne secondaire. Cette affection se développe également chez l’homme et chez la femme. Elle apparaît ordinairement à l’âge critique, c’est-à-dire vers quarante-cinq ou cinquante ans. On la trouve le plus souvent au commet de la tête, le long des cheveux qui bordent le front, aux tempes, à l’occiput, mais elle peut être disséminée çà et là dans les cheveux. On la voit aussi au pubis au milieu des poils ; à la peau du sternum des personnes velues ; en un mot, dans les parties habituellement tapissées de poils. Il faut cependant en excepter les aisselles et les jambes, où elle se montre fort rarement.
Elle apparaît toujours avec un développement et une marche lente, insidieuse, discrète. Ce sera un ou deux boutons qui se montreront et qui amèneront une sensation non pas de démangeaison, mais de chaleur, d’élancement, de picotement, qui conduit à un grattage toujours douloureux pour le malade et éveillant une sorte d’élancement ; le malade écorche et s’arrête. Ces boutons ont le volume d’une très petite lentille, leur grosseur est d’ailleurs variable ; ils sont durs, peu inflammatoires, semblent s’entr’ouvrir à leur sommet, quoiqu’ils aient une forme plate. On aperçoit à leur centre une petite sécrétion jaune grisâtre formant croûte, de niveau d’ailleurs avec le reste de l’engorgement.
Chose remarquable, leur aspect a une teinte jaune rougeâtre cuivrée qui tend a les rapprocher des pustules du corona Veneris, D’ailleurs les papules ou pustules ne sont pas traversées par un poil. Il faut quelquefois des mois entiers pour que cette éruption, qui se succède très lentement, arrive à envahir l’étendue de la racine des cheveux et à couvrir le front. Si les boutons affectent cette partie, c’est de préférence aux tempes sous les bandeaux que portent les femmes et le long des cheveux, que l’éruption est plus confluente. D’ailleurs fermes, durs au toucher et peu douloureux à la pression, ils sont beaucoup plus discrets sur la poitrine et sur le pubis; mais ils y suivent la même marche de développement et ils y observent la même forme morbide. — Comme on le voit encore, il n’existe dans cette variété de sycosis pilaris aucune analogie avec l’acné.
Voila donc trois formes morbides bien tranchées de sycosis. Deux appartiennent au sycosis menti, et la troisième au sycosis que j’appelle pilaris ou pilosum, parce que je généralise le sycosis capillitii que Bateman a décrit avec beaucoup de raison, mais qu’il n’avait su reconnaître qu’à la tête. Indiquons maintenant la marche que suivent ces diverses affections. Si les deux premières formes de mentagre que nous avons décrites ont une invasion généralement aiguë, si leur début est accompagné de phénomènes inflammatoires locaux très intenses, il faut dire que cet état s’arrête en général dans les quinze premiers jours, mais pour rester stationnaire durant un mois, six semaines; état indolent, quoique toujours inflammatoire, sans diminution bien sensible dans le volurqe du menton, et qui va
SYCOSIS.
perdre avec le temps de son intensité pour entrer dans la voie de la résolution. Mais combien celle-ci est lente à s'effectuer! Le moindre écart de régime, le moindre excès en liqueurs spiritueuses, suffit pour ramener une éruption nouvelle ; durant ce laps de temps le menton conserve cette hypertrophie si caractéristique que nous avons décrite et qui lui donne un aspect si hideux. Enfin peu à peu les tubercules ou les grosses pustules diminuent pour ne plus laisser que des engorgements partiels qui peuvent encore ne pas être très appréciables à la vue, mais qui le sont au toucher, et qui sont disséminés dans l’épaisseur du menton pour se terminer après plusieurs mois par résolution, ou pour persister pendant longtemps sous la forme chronique. Je suppose la maladie non traitée et abandonnée à elle-même.
La maladie n’a pas toujours l’acuité que nons venons de peindre. Elle peut se présenter d’une manière. discrète, partielle; elle peut même s’offrir sous la forme de quelques faibles noyaux d’engorgement disséminés çà et là et se succédant sans amener d’augmentation de volume, de sorte que l’on peut observer toutes les nuances depuis le cas le plus simple jusqu’au cas le plus grave.
Le sycosis pilaris ou copUlitii peut être amsi très discret et ne consister que dans quelques boutons épars, mais il a la même ténacité. J’ai donné des soins à une dame de quarante-cinq ans qui depuis quatre mois était atteinte de cette maladie. L’affection avait débuté par des boutons ou papules à évolution éloignée qui se sont successivement montrés au voisinage des tempes, et dont la marche avait été si lente, qu’on n’en comptait encore que dix à douze tant d’un côté que de l’autre. Elle en était la lorsqu’elle fut prise de céphalalgie, de malaise général causé par une exposition au froid . 11 est survenu un léger mouvement fébrile qui cependant ne lui a pas enlevé l’appétit, et cette indisposition passagère a suffi pour développer à la racine des cheveux, sur la totalité du front, au cuir chevelu, des boutons ou pustules très nombreuses, confluentes, dont le sommet est devenu légèrement sécrétant; l’engorgement persistait malgré la secrétion. Ainsi il y a, comme on le voit, analogie de marche, de duree, d âge, de développement dans ces formes de sycosis.
Dans notre statistique nous trouvons 21 cas de sycosis sur 1800 malades ; il n’y en a pas un qui affecte la femme. Il est vrai de dire que la forme du sycosis pi/aris n’a pas été comprise dans ce nombre. On compte 1 sycosis de 15 à 25 ans; 5 de 25 à 35 ; 6 de 35 à 45. Au delà de cet âge on n’en observe plus. 14 cas se rattachent au tempérament sanguin et lymphatico-sanguin ; 11 datent de 1 mois à 1 an; 5 ont plus d’une année d’invasion; 13 se sont développés soit en été, soit en hiver, 2 au printemps, 1 en automne. C’est donc encore une maladie d’été et d’hiver.
L’examen microscopique des produits sécrétés, et surtout des poils, démontre dans la généralité des cas l’existence d’un cryptogame semblable à celui de l’herpès tonsurant, et dont nous donnerons la description dans le groupe des maladies à parasites végétaux. Il entoure le poil, s’étend à son bulbe ; celui-ci d’ailleurs est toujours plus ou moins tuméfié, et présente sur sa longueur des étranglements qui en détruisent souvent la forme; probablement ces étranglements sont dus à la constriction exercée par des lames de tissu cellulaire dermique, car dans cette maladie toute la peau et le tissu cellulaire ambiant sont malades. Aussi arrive-t-il souvent une alopécie partielle de la barbe par suite de la phlegmasie profonde qui a envahi tous les éléments des poils. Le plus souvent cette alopécie n’est que temporaire ; mais quand le malade est resté fort longtemps sans recevoir de soins, elle peut devenir définitive. M. Cazenave place le siège de cette affection dans le conduit pilifère; il en fait une phlegmasie de ce conduit, et il explique par l’oblitération consécutive de ce conduit l'atrophie et la chute des poils. M. Bazin , adopte entièrement les idées de M. Gruby, qui a découvert dans la mentagre un cryptogame qu’il a désigné sous le nom de microsporon mentagrophyte ; il a de plus reconnu dans certaines mentagres un cryptogame autre que celui découvert par M Gruby, c’est-à-dire le tricopkyton tonsurans. M. Bazin, dis-je, fait jouer à ces cryptogames le rôle qu’il assigne à celui que l’on trouve dans la teigne; de là ce qu’il appelle la teigne mentagre. Mais, indépendamment de celle-ci, il admet l’existence d’une mentagre d’irritation locale, d’une mentagre scrofuleuse, d’une mentagre syphilitique.
SYCOSIS.
Pour nous, clans la monta gre, tout le tissu de la peau et tous les organes contenus clans ce tissu sont malades. On observe bien dans certains cas l’existence d’un cryptogame, le tricophyton tonsurant , que nous avons vu, mais qui est loin d’être constant. Dans la plupart des cas, il s’arrête au bulbe pileux et ne va pas au delà. Celuici comme nous l’avons dit, est enflammé, déformé et malade.
Formes composées. — - Impétigo sycosi forme (vov. p. 330).
Herpès sycosiforme . — Cette variété n’a pas été décrite ; nous ne l’avons observée qu’une seule fois, mais elle était tellement caractérisée, que nous en avons fait faire le dessin. Nous en joignons ici l’observation. La maladie remontait à cinq ans, elle avait une forme circinée des mieux caractérisées. La surface malade, large d’une pièce de 1 franc, était circonscrite par un bourrelet épaissi, pustuleux, induré, qui s’étendait lentement par sa circonférence, laissant tout son centre dépourvu de poils au milieu d’une barbe épaisse et noire. Les cataplasmes, les douches de vapeur, les pommades, les cautérisations superficielles, ne firent rien pour le malade. Nous ne parvînmes à détruire cette affection qu’à l’aide de trois applications légères du caustique de Canquoin, faites par tiers sur la surface du bourrelet.
Le nommé Riere (Guillaume), quarante-trois ans, menuisier, demeurant rue du Faubourg-Saint-Martin, entre à Saint-Louis le 19 septembre 1850 et occupe le lit n° 25 de la salle Saint-Louis.
Antécédents. — D’un tempérament bilioso-sanguin et d’une bonne constitution, il a eu en 1832, époque où il faisait partie de l’expédition d’Anvers, des ulcérations à la verge et un bubon. Ces accidents se sont montrés successivement et ont été traités à l’hôpital militaire de Lille par de simples émollients qui auraient suffi pour les faire disparaître dans l’espace de quinze jours, le bubon n’ayant pas suppuré. Interrogé et examiné avec soin, le malade ne paraît pas avoir éprouvé depuis celte époque des accidents syphilitiques secondaires ni tertiaires. Il n'aurait jamais pris de mercure. Quant à l’affection qui Ramène aujourd’hui à l’hôpital, son début daterait de cinq ans. U aurait, à celte époque, vu survenir à sa lèvre supérieure une éruption qui, après avoir duré une année, aurait disparu au moment même où quelques boutons paraissaient sur le côté gauche du menton. Ces derniers boutons auraient ensuite persisté en se succédant dans le même lieu et en gagnant un peu, mais très
lentement, en surface. Entré pour des fièvres d’accès à l’hôpital de la Charité, à une époque où son affection du menton avait une étendue moindre de moitié que celle qu’elle offre aujourd’hui, on aurait cautérisé la surface malade avec du nitrate d’argent fondu. — Postérieurement à sa sortie de la Charité, il serait entré deux fois dans le service de M. Devergie à Saint-Louis, pour ses boutons de la lèvre ; mais obligé chaque fois, pour des affaires d’intérêt, de quitter l’hôpital avant d’avoir vu disparaître cette maladie, il revient une troisième fois dans l’espoir d’obtenir une guérison complète.
Examen du malade le l2L i octobre 1850. — f/affection siège principalement sur le côté gauche du menton et présente deux aspects différents, savoir: 1° une portion centrale qui est rougeâtre et complètement glabre ; elle est arrondie, large comme une pièce de 50 centimes et un peu déprimée ; 2° une portion périphérique, hérissée de poils et présentant une série circulaire de petites croûtes ; celles-ci sèches, brunâtres, isolées les unes des autres, forment un anneau qui encadre exactement la portion centrale. Chacune de ces petites croûtes repose sur une petite saillie rougeâtre, enflammée, du volume d’une grosse tête d’épingle, un peu acuminée, et excoriée à son sommet, lequel donne issue à des poils et à un léger suintement qui, en se concrétanl sur place et en se mêlant à quelques particules épidermiques, constitue les croûtes isolées. Sous ces petites saillies enflammées qui paraissent avoir pour siège les follicules pileux, la peau est assez tuméfiée pour former un léger relief. La portion centrale, véritable cicatrice d’une affection éteinte, est lisse et le siège d’une exfoliation épidermique. Elle n’est point sensible à la pression. La portion périphérique au contraire montre la maladie dans son état ; elle est sensible à la pression et le siège, par moments, d’une douleur chaude spontanée. Les deux portions réunies constituent une plaque ayant à peu près les dimensions d’une pièce de 1 franc. En dehors de cette plaque les parties sont saines. Quelques autres pustules isolées, semblables aux précédentes, sont disséminées sur le côté droit du menton et dans le sillon mentolabial ; mais, dissimulées par une barbe épaisse elles sont beaucoup moins apparentes.
Traitement . — Je ne connais aucun traitement interne qui puisse être dirigé avec avantage contre le sycosis, à moins que cette affection ne soit liée avec un état morbide de quelque organe, et lorsque l’on prescrivait riiydrochlorate d’or ou l’arséniate de fer comme agent thérapeutique, du temps de Biett, on y ajoutait le remède le plus efficace, les douches de vapeur. Mais à cette époque l’arsenic était une espèce de panacée. Or, aujourd’hui, les malades affectés de sycosis guérissent au moins aussi promptement sans cet agent si puissant d’ailleurs pour d’autres cas, Aussi nous bornons-nous a
SYCOSIS.
conseiller l’usage des moyens suivants : Saignée générale au débul pour arrêter les progrès delà maladie; cataplasmes sur les surfaces malades : c’est l’émollient, le sédatif par excellence de cette affection ; lotions d’eau de sureau, d’eau chlorurée ; purgatifs répétés ; douches de vapeur tous les deux jours sur les parties affectées, lorsque l’état de surexcitation a été un peu calmé. On ne saurait croire le bon effet de ces douches dont l’emploi répugne au premier abord en raison du développement inflammatoire des parties molles. L’onguent mercuriel simple sous les cataplasmes est très efficace. Puis, lorsque les tubercules sont sensiblement affaissés ou lorsque les pustules sont ramenées à l’état d’engorgement subaigu, passer çà et là le crayon de nitrate d’argent, et répéter cette opération tous les jours en agissant sur des points différents, ce qui n’empêche pas la continuation des cataplasmes. Ces cautérisations légères superficielles résolvent les noyaux d’engorgement comme par enchantement. Le tout est de saisir le moment opportun pour les opérer. La durée moyenne d’un traitement est de cinq semaines à deux mois.
M. Bazin, se fondant sur l’existence d’un cryptogame dans la mentagre, conseille, comme dans la teigne, l’épilation; il ajoute qu’il a guéri par ce moyen des maladies qui pendant six ou huit mois étaient en traitement. Je dois consciencieusement réfuter cette assertion. Le sycosis amène tout naturellement l’épilation, si l’épilation doit avoir heu. Il n’est, à mon avis, jamais nécessaire de l’opérer; elle est au moins inutile. Dans la presque totalité des cas, cette opération spontanée n’est que temporaire, l’épilation artificielle 11e devient nécessaire que dans quelques cas exceptionnels.
Le traitement du sycosis piloris ou capillitii est beaucoup moins net, beaucoup moins franc. L’affection a cependant des formes morbides bien disproportionnées. Dans cette variété j’ai quelquefois donné l iodure de soufre à l’intérieur avec avantage ; dans quelques cas, les sudorifiques et l’iodure de potassium, quoique la maladie ne reconnût pas de cause syphilitique. C’est aux cataplasmes, aux bains de vapeur et même aux douches, aidés des purgatifs, que j’ai le plus souvent recours. Des lotions d’eaux sulfureuses réussissent également. Les pommades sont sans succès. Quant aux eaux
minérales, celles de nature sulfureuse sont indiquées dans le traitement de tous les sy cosis à forme chronique.
Acné ouvyj des Grecs ; varus ou vari des Latins ; varus d’Àiibert, ou
dartre pustuleuse; gutta rosacea ; couperose; acné rosacea .
Il est peu de maladies à l’égard desquelles il ait été fait des descriptions plus variées suivant les auteurs qui en ont traité. Tous tendent à ne faire qu’une seule maladie de l’acné, de la couperose et de la mentagre. Plus récemment encore on a rapproché, avec raison d’ailleurs, une variété de molluscum que M. Bazin a désignée sous le nom d'acné varioloïde. Déjà nous avons isolé le sycosis ou mentagre de la catégorie des acnés, parce que ce n’est pas une maladie des follicules sébacés. Nous en ferons autant de la couperose dans laquelle les follicules sébacés ne deviennent malades qu’accidentellement ou successivement. Nousréservons exclusivement le nom d'acné à l’affection des follicules sébacés de la peau. La couperose est au contraire une dilatation active des vaisseaux capillaires des joues et du nez, qui peut aller jusqu’à l’hypertrophie tuberculeuse de la peau de ces parties. La mentagree st une inflammation tuberculeuse ou pustuleuse de la peau du menton ou des parties recouvertes de poils. Ces trois affections diffèrent donc essentiellement entre elles, non-seulement par la forme morbide, mais surtout par la nature des parties affectées. Voici les divisions que nous adoptons pour l’ec^cdans les diverses espèces sous lesquelles il peut se présenter :
Sans hypertrophie des follicules :
Simplex ou rosacea.
lndurata.
Miliaris.
Punctata .
Sebacea.
Avec hypertrophie des follicules:
Acné sebacea hypertrophique .
Acné tuberculoïde.
La dénomination d' acné simplex est mauvaise, car il faudrait qu’j, existât par opposition un acné composita. Nous préférerions qu’il fût appelé rosacea , de préférence à la couperose, maladie dont le nom dériverait de gutta rosa , d’où l’on aurait fait par corruption couperose. L’expression rosacea suppose une efflorescence, unemala-
ACNE.
die ou éruption avec des phénomènes inflammatoires printaniers ; c’est en effet ce qui a lieu dans l 'acné simplex , que nous proposons d’appeler rosacea par opposition à Y acné indurata qui offre le cachet d’une éruption à forme tout à fait chronique. Nous avons de plus créé une espèce particulière sous la dénomination d 'acné miliaris , forme toute spéciale en raison de la petite dimension des pustules, de leur confluence et de leur ténacité. Enfin nous divisons l’acné sébacée en deux espèces : l’une est sans hypertrophie de follicules, c’est l’acné de Biett ; l’autre, avec hypertrophie des follicules, comprend : 1° une espèce non décrite, que nous avons observée et qui exhale la matière sébacée comme dans l’acné de Biett ; 2° la variété de molluscum que quelques auteurs ont décrite à tort comme une affection tuberculeuse, que M. Bazin a nommée acné varioloïde , et que M. Piogey propose de dénommer acné tuberculeux ombiliqué ; mais nous n’acceptons aucune de ces dénominations. Le molluscum n’est pas une affection tuberculeuse de sa nature, il faut donc rejeter ce nom. L’affection ne saurait être appelée acné varioloïde , parce qu’elle n’affecte cette forme que lorsque le sac qui contient la matière sébacée est ouvert, que l’ouverture se déprime et forme un point noir comme dans la pustule de la variole. Ces motifs nous font donc aussi rejeter la dénomination de M. Piogey, qui, pour améliorer cette dénomination, y a ajouté la qualification de tuberculeux Un acné tuberculeux indique évidemment tout autre chose. Nous nous bornons donc à dire acné sébacé à forme tuberculeuse , afin de faire pressentir seulement l’état et l’aspect sous lesquels il se présente à l’observation, ou acné tuberculoïde. Voilà les diffiêtdtés qui surgissent sans cesse quand on cherche à donner un sens à une dénomination de maladie. La dénomination est bonne aujourd’hui que l’on croit bien connaître la nature de l’affection, elle est mauvaise demain quand la nature en est mieux connue.
Toutes les variétés d’acnés naissent et se montrent presque toujours sur une peau organisée d’une manière toute particulière : cette peau est épaisse, plus ou moins blafarde, à sécrétion grasse, huileuse; en l’examinant de près et notamment au visage, sur le nez surtout, on la voit criblée de petits points évasés, incolores, qui ne sont autres que les orifices des canaux des follicules sébacés qui ont
subi une certaine dilatation, et entremêlés de petits points noirs produits par la matière sébacée salie qui remplit les canaux de quelques follicules (acné punctata). En été, ces sortes de peaux transpirent et graissent les vêtements qui les recouvrent.
Acné rosacea [simplex). — Cette affection se montre surtout au printemps et en été. Elle apparaît chez les jeunes gens de douze à dix-huit ans par une série de boutons de volume divers qui se montrent principalement sur le visage à l’état disséminé, affectant surtout les joues et le front. Leur nombre est d’ailleurs très variable.
Ils se manifestent par une élevure rouge, de forme pyramidale, avec état inflammatoire assez prononcé pour que leur base soit souvent accompagnée d’un état érythémateux très circonscrit. Mais ce qui le distingue de toute autre variété d’acné, c’est cette teinte rosée efflorescente qui est propre aux exanthèmes en général. Dans les premières ou secondes vingt-quatre heures au plus tard, le sommet de chaque bouton devient vésiculeux, purulent, et vers le troisième ou le quatrième jour ces boutons s’ouvrent spontanément pour donner issue à un pus lié. Alors l’engorgement pustuleux diminue peu à peu et disparaît pour laisser une petite cicatrice inappréciable au visage. Le tout se passe sans autre sensation qu’une légère chaleur. L’éruption s’opère en totalité dans l’espace de huit jours et se guérit par des moyens simples dans les deux ou trois septénaires de l’éruption, si les pustules ne sont pas irritées par les grattages ou par des applications intempestives de nature irritante. Mais la figure n’est pas le seul siège de cette affection, quoiqu’elle en soit le plus commun: elle apparaît aussi sur la peau du sternum et sur le dos; elle peut naître d’ailleurs sur tous les points du corps. Dans le dos elle y suit une marche plus lente, plus discrète, mais sous une forme tellement soutenue, qu’avec le temps le nombre des boutons est devenu considérable. Dans cette région aussi les pustules sont généralement plus volumineuses; elles n’amènent qu’une sensation de démangeaison au moment où le pus de la pustule va se faire jour au dehors. Si alors on comprime le bouton, on en fait sortir une sorte de bourbillon comme dans le furoncle. Enfin, lors de la guérison de la pustule, il se produit une * cicatrice oblongue indélébile. Il en résulte que l’éruption revenant
ACNÉ ET COUPEROSE.
pendant quatre ou cinq ans à chaque printemps, l’individu finit par avoir les épaules et le dos couverts de ces cicatrices. C’est ce que l’on est à même d’observer sur beaucoup de baigneurs dans les bains froids de rivière où sont rassemblés un grand nombre de jeunes gens.
Alors aussi il est rare que Y acné rosacea du dos ne soit pas accompagné d’une part d’acne punctata, d’une autre part d’hypertrophie à divers degrés de follicules sébacés qui font saillie à la peau en formant une petite surface, arrondie, pâle, décolorée, et que l’on sent très distinctement en passant le doigt sur la peau. Tel est Y acné rosacea , qui se guérit à l’aide des moyens les plus simples, lorsqu’il se montre sous une forme aiguë à la figure; mais qui, naissant au printemps , disparaissant peu à peu en été lorsqu’il affecte le dos, se reproduit à chaque saison pendant quelques années pour diminuer de plus en plus et cesser tout à fait; beaucoup plus commun d’ailleurs chez les jeunes gens que chez les jeunes filles, quoiqu’on puisse aussi bien le rencontrer dans les deux sexes. L’état de la peau que nous avons décrit fait assez présumer qu’il se lie au tempérament lymphatique ou lymphatico-sanguin, mais il y a de plus dans cette peau, et indépendamment du tempérament, une organisation toute spéciale avec prédominance de développement des follicules sébacés.
Acné indur ata. — Tous les auteurs s’accordent à donner les mêmes caractères à cette affection. Elle se montre sous une forme chronique, et débute par des pustules sucessives, disséminées çà et là sur la figure de préférence. Ces pustules sont lentes à se produire ; elles sont assez volumineuses, elles n’ont pas cette teinte rosée inflammatoire qui est propre à Y acné simplex , que nous nommons justement à cause de cela acné rosacea; cette teinte est d’un rouge violacé. Les pustules s’arrêtent dans leur développement et restent à l’état d’induration pendant un temps plus ou moins long avant d’arriver à suppuration, de sorte que dans l’espace d’un mois à six semaines la figure, généralement pâle, est parsemée de boutons à diverses phases de leur développement. Toutes ces pustules d 'acné indurata , c’est-à-dire à base dure, engorgée, entrant difficilement dans la voie de la résolution, ont d’ailleurs le caractère tranché que
376 l'ATHOLOGlE ET THEHAPEUT1QUE SPECIALES.
nous avons assigné à ce second ordre de pustules (celles de l’acné et du sycosis, contrairement aux pustules d’impétigo et d’ecthyma), c’est-à-dire d’être formées dans les neufs dixièmes de leur volume par un engorgement inflammatoire, et d’avoir seulement un sommet vésiculeux rempli de pus ; quand on les comprime, on en fait sortir une sorte de bourbillon. Ce n’est pas seulement à la figure qu’on peut les observer, car on les rencontre fréquemment au dos, à la poitrine et même sur les membres ; mais la figure en est le siège le plus général. Cette description fait assez pressentir que Y acné indur ata se présentera presque toujours aux médecins à l’état de maladie chronique datant de plusieurs mois et souvent de plusieurs années; qu’elle est essentiellement liée à l’organisation de la peau que nous signalions précédemment ; qu’elle reflète un tempérament lymphatique, mais surtout une peau lymphatique: aussi son traitement principal consiste-t-il surtout dans des moyens qui redonnent à la peau cette énergie qui lui manque ; aussi l’âge, en modifiant tout l’organisme et la peau elle-même, fait-il peu à peu disparaître cette maladie. C’est de quinze à ving-cinq ans surtout qu’elle se montre, et à partir de cette dernière époque elle tend à se guérir ; mais elle a laissé des traces de son passage, et la partie qui a été le siège de l’affection se trouve, au bout de quelques années, couverte de cicatrices très petites, il est vrai, cependant très appréciables. Ajoutons que chaque pustule qui se guérit laisse à sa place une tache de longue durée et des petits noyaux d’engorgement longs à se résoudre.
Acné miliaris. — Voici une variété d’acné dont je forme une espèce particulière et dont les dermatologistesne se sont pas occupés, quoiqu’elle mérite de fixer toute leur attention. On la trouve surtout chez la femme, de vingt à trente ans ; elle apparaît par une série de petites pustules acuminées confluentes, quoique successives, ayant leur siège au voisinage du menton et du nez, au pourtour des ouvertures naturelles, à l’instar des syphilides : or, dans les variétés à' acné simplex et indurata , c’est principalement les joues dans toute leur surface et le front qui sont atteints. Il résulte de là que tout d abord, à la vue de cette affection, la pensée d’une cause syphilitique surgit dans l’esprit du médecin ; mais tandis que dans les
ACNE.
syphilides les pustules 'sont beaucoup plus volumineuses, plus discrètes, plus ramassées aux angles des ouvertures naturelles, là au contraire elles sont plus nombreuses, plus disséminées, du volume d’un grain de millet, toutes d’ailleurs à peu près égales entre elles. Enfin elles se distinguent surtout des syphilides par la coloration rosée des pustules, qui n’ont pas cette teinte cuivrée qui est propre à ces sortes d’affections. D’ailleurs marche chronique, durée persistante pendant des mois entiers, et puis ces pustules se guérissent incomplètement et laissent pendant longtemps de petits engorgements papuleux ; jamais cette forme ne change, toujours la même disposition. Chose remarquable, cette sorte d’acné ne siège plus sur ces peaux blafardes, épaisses, opalines, comme dans les espèces précédentes, mais bien sur des peaux fines que l’on croirait devoir être exemptes de cette affection.
Acné punctata , tannes. — On appelle ainsi une variété d’acné qui existe quelquefois à l’état de maladie, mais qui le plus souvent n’a pas assez d’importance pour nécessiter un traitement. Dans cette affection il y a hypersécrétion de la matière sébacée, mais dans une proportion assez faible pour ne pas développer une affection inflammatoire. Cette hypersécrétion est fort lente d’ailleurs à se produire dans un tissu sans réaction sur la matière sécrétée, qui se laisse distendre peu à peu et ne la rejette pas suffisamment au dehors. Or le canal excréteur des follicules sébacés ayant une certaine longueur, la matière sébacée s’y accumule, le dilate graduellement, y séjourne, s’y concrète et s’y solidifie. Cette concrétion est d’autant plus com¬
plète que la matière avoisine l’extrémité du canal qui s’ouvre à la surface de la peau, de sorte qu’elle y forme une substance adhérente qui oblitère cette ouverture. La matière sébacée, ayant le contact de l’air, s’y noircit, et l’on voit au bout de quelque temps cette matière se dessiner par un petit point noir situé à l’orifice du conduit sébacé. De là le nom d 'acné punctata. La maladie se dessine donc par un, plusieurs ou une multitude de petits points noirs qui s’observent à la surface de la peau, à l’extrémité de l’orifice des canaux excréteurs des follicules sébacés. Les détails dans lesquels nous venons d’entrer rendent parfaitement raison de cette circonstance, qu’en comprimant la peau de chaque côté de ces acné punctata, on
fait sortir la matière sébacée sous la forme d’un petit ver ; mais la coloration noire n’existe qu’à l’extrémité de cette matière, parce que cette extrémité seule était exposée au contact de l’air. Cette circonstance déformé a fait penser qu’il y avait dans cette production un insecte, et M. le docteur Simon, de Berlin, examinant ce produit sécrété, affirme v avoir rencontré un insecte assez voisin de
l’acarus de la gale. Erasmus Wilson de Londres, Vogt de Munich, Henle, ont reconnu le même fait. Suivant M. Gruby, cet animalcule siégerait à tous les âges de la vie dans les follicules malades ; il en occuperait le canal excréteur, la tête toujours dirigée vers la glande. 11 l’a retrouvé quarante fois sur soixante personnes atteintes.
Il suffit de faire sortir le petit ver ou tanne par pression, de le diviser dans de l’huile d’amande douce et de chauffer à 30 degrés, pour observer l’insecte sous le microscope. Alors on trouve la tête avec deux papilles contractiles, organes du toucher ; une prolongation cannelée entre ces papilles, organe de succion; un peu en arrière, deux petites surfaces bombées avec un globule au centre, ce sont les yeux. La face supérieure du thorax est convexe, la face inférieure est plate, avec trois lignes apparentes, une au centre et une de chaque côté. Les membres sont situés entre les lignes moyennes et les lignes latérales ; quatre membres à quatre articles de chaque côté. Abdomen conique, cylindrique, deux à quatre fois plus long que le tronc, avec stries ou raies transversales comme dans les ascarides lombricoïdes ; organes génitaux mâles et femelles. On voit dans les follicules sébacés des granules qui bientôt prennent la forme d’une chrysalide qui poursuit peu à peu sou développement. Ces animalcules marchent comme les écrevisses en avant et en arrière, leurs mouvements sont très lents. On les retrouve chez les chiens dont la peau est malade d’impétigo ou d’herpès tonsurant ; il y en a 80,000 sur une surface d’un centimètre. Telle est la description donnée par M. Gruby, qui émet la crainte d’une transmission à l’homme par cet insecte.
Quelque recherche que nous ayons faite à cet égard, nous n’avons pu l’apercevoir. Après la sortie de cette matière, le canal se resserre, mais il ne revient jamais à l’état naturel, son ouverture extérieure reste béante et très apparente à l’œil nu.
ACNE.
L 'acné punctata peut présenter une forme aiguë comme une forme chronique ; alors on voit apparaître ordinairement sur les joues, au voisinage du nez ou sur le front, des centaines de ces petits points noirs extrêmement rapprochés qui criblent la peau ; d’ailleurs nulle trace d’inflammation et pas d’autre sensation qu’un fourmillement, ce qui fait supposer aux malades l’existence d’un insecte. Nous avons vu plusieurs cas de ce dernier genre tout à fait exempts de pustules ou autres boutons d’acné, et c’est avec surprise que nous lisons dans le Traité des maladies de la peau de M. Cazenave, que Y acné punctata est plutôt une complication qu’une espèce; il est vrai que Y acné punctata discret coïncide souvent avec Y acné simplex ou indurata , mais il peut être tout à fait indépendant de lui et sous une forme confluente; si cette dernière forme est l’exception, elle n’en existe pas moins comme maladie indépendante.
Acné sebacea sans hypertrophie des follicules. — Biett a fait connaître cette variété: c’est, comme la précédente, une hypersécrétion de la matière sébacée, mais dans une proportion et dans un état de diffluence tels, que la matière s’échappe immédiatement des canaux sébacés pour se répandre à la surface de la peau. Cette matière sécrétée, plus liquide que dans l’espèce précédente, a comme elle l’a propriété de se concréter et de brunir à l’air ; aussi, sans que la peau soit essentiellement malade, sans qu’elle soit le siège de sensibilité et de chaleur notables, on voit dans la forme aiguë de cette affection surgir une sécrétion grasse qui s’étale a la surface de la peau, s’v concrète au contact de l’air, y devient dense, d’un gris jaunâtre sale, et se dessèche de plus en plus. Le frottement ne l’enlève pas, non plus que le linge, mais un léger grattage à l’ongle enlève cet enduit sans faire souffrir le malade. Quelquefois l’enduit gras sébacé est tellement desséché, qu’il faut du saindoux sous un cataplasme ou une pommade au carbonate de potasse pour le faire tomber. Chose remarquable, l’affection ainsi développée au fronton aux joues envahit très rapidement la figure, la recouvre d’un masque sale et hideux, qui reste et persiste pendant fort longtemps. On voit aussi la maladie se manifester avec beaucoup d’intensité dans quelques cas, et telle est sa tendance à se généraliser qu’elle a pu
PATHOLOGIE El’ THERAPEUTIQUE SPECIALES.
envahir toute la surface du corps chez certains enfants. On l’observe principalement dans le jeune âge, mais elle peut aussi se développer au delà de trente ans ; elle tend à devenir chronique et à durer plusieurs mois.
On juge du désespoir d’une jeune femme qui, dans l’espace de quelques jours, se voit la figure couverte d’une crasse sale qu’elle ne peut enlever par les lavages ou par les corps gras et qu’elle est destinée à conserver pendant un laps de temps plus ou moins long. Chose remarquable, cette forme d’acné est, comme les autres affections aiguës, souvent accompagnée de poussées, c’est-à-dire d’une éruption nouvelle sur le lieu même où on la croyait guérie. Lorsque la peau est très blanche et très fine, on peut apercevoir toutes les phases de cette éruption à forme aiguë. Le premier jour, sensation de chaleur à la figure avec état comme érythémateux très léger de la peau ; mais cette rougeur, au lieu d’être lisse, unie, douce au toucher comme dans l’érythème, est à surface hérissée d’aspérités très fines : ce sont évidemment les follicules sébacés qui ont pris du volume ; la circonférence de ces plaques enflammées se perd insensiblement avec la peau saine, de manière que la coloration et le sentiment de granulation qui existe sous le doigt finissent par se confondre avec elle en se décolorant. Puis le lendemain apparaît la sécrétion, qui s’accroît le jour suivant alors qu’elle a atteint son maximum d’intensité. Là elle reste stationnaire ou n’augmente plus que d’une manière tout à fait insensibble. J’ai donné des soins à une dame, jeune et jolie, qui depuis deux ans était atteinte de cette maladie et qui avait mis en usage de nombreux traitements. Tous les mois à chaque époque menstruelle, il se produisait sur les deux côtés du nez une traînée inflammatoire de ce genre et qui disparaissait plus ou moins complètement dans l’espace de quinze jours. Dans quelques cas c’était un masque complet sur la figure. On conçoit la désolation d’une jeune et belle femme habituée à vivre dans le grand monde et obligée pendant si longtemps de se sevrer de ses rapports avec les personnes les plus proches, mari, enfants, mère, etc. On comprend la désolation d’une mère qui ne peut embrasser son enfant, soit qu’elle se trouve elle-même alfectée, soit que la maladie ait pris siège sur l’enfant; et, remarque digne d’at-
ACNÉ. 381
tention, c’est presque toujours la figure qui est atteinte, parce que les follicules sébacés v sont très nombreux.
Acné sebacea avec hypertrophie des follicules. — L’observation suivante peint aussi bien qu’il est possible de le faire la première forme de cette maladie dont j’ai vu plusieurs exemples, et qui se reproduira probablement à l’observation, aujourd’hui que l’attention va être fixée sur elle.
Le 11 juin 1852, est entré à fhôpital Saint-Louis, dans la salle Saint-Louis, lit n° 33, le nommé Gravet (François), âgé de soixante ans, journalier. Cet homme, d’un tempérament lymphatique nerveux, est ordinairement logé et nourri d’une manière convenable. Ses parents n’ont jamais eu de maladie de peau, et lui-même n’a été atteint d’aucune affection cutanée avant celle pour laquelle il est soumis aujourd’hui à l’observation.
Il y a quatorze mois environ, il vit apparaître, au niveau de l’articulation métacarpo-phalangienne de l’index et du médius gauche, deux poireaux qu’un médecin brûla avec l’acide chlorhydrique, après les avoir préalablement coupés. Mais à la suite de ce traitement, l’affection, loin de diminuer, changea de caractère, et augmenta d’étendue, de sorte qu’il y a dix mois, la moitié du dos de la main était envahie par une sécrétion de couleur grisâtre, qui se concrélait peu à peu, et formait ainsi une sorte d’enduit gras. Des frictions avec de l’eau-de-vie camphrée et une pommade dont il ne peut préciser la nature lui furent ordonnées ; mais la maladie ne céda pas à cette médication.
Enfin, le 11 juin, neuf mois après l’invasion de la maladie, cet homme se décida à entrer à l’hôpital.
A son arrivée, voici l’état où il se trouvait : tout le dos de la main gauche et celui de la première phalange des deuxième et quatrième doigts étaient couverts d’un enduit gras, grisâtre, à surface inégale, fendillé par places, durci et très adhérent à la peau. Cet enduit était épais de plusieurs millimètres à sa partie moyenne ; cette épaisseur allait en diminuant vers la circonférence, irrégulièrement découpée, qui cependant offrait une sorte de bourrelet, et était ainsi plus élevée que la peau saine. La matière morbide avait assez l’apparence de couches de pommade accumulée pour que l’on pût croire à des applications réitérées de corps gras et au défaut de soin que prenait le malade pour tenir sa main dans un état de propreté. Aussi des injonctions lui furent souvent faites à cet égard, mais l’adhérence de l’enduit était telle qu’il lui fut impossible de l’enlever. La sécrétion se faisait toujours avec abondance, et le malade souffrait beaucoup ; il éprouvait des cuissons très vives: c’était comme un feu, dit-il. Des cataplasmes, des bains alcalins, la pommade de tannin camphrée furent ordonnés, et l’usage en fui continué pendant un mois, sans résultat apparent. Vers le 15 juillet, cette médication fut
remplacée par des douches de vapeur, et à l’inlérieur par l’huile de foie de morue ei le sirop d'iodure de fer. Les deux derniers remèdes furent supprimés au bout d’un mois, parce que l’estomac du malade était fatigué. Les douches seules furent continuées. Ce ne fut que sous J’influence de ce moyen que cet enduit huit par disparaître ; la sécrétion cessa en même temps, ainsi que les douleurs. Ce résuliat fut obtenu vers le 20 septembre.
Alors on put voir la peau boursouflée, épaisse, rouge, champignonnée, et ulcérée même dans quelques points, mais sans régularité, formant un bourrelet général autour d’une surface centrale beaucoup plus étendue, où la peau était déprimée, comme amincie, quoique très douce et très grasse au toucher. Peu à peu ces quelques érosions de la circonférence disparurent, la peau reprit son niveau, et aujourd’hui, 10 novembre, on voit une surface malade dont la peau est blanche opaline, grasse, douce, comme par le passé. Elle offre d’ailleurs encore dans quelques points de la circonférence un léger engorgement rougeâtre correspondant aux espèces de tubercules qui existaient; mais on reconnaît aussi le signe caractéristique de l’affection, car on voit disséminée sur la totalité de sa surface une série de petites éminences coniques d’un rose violet, qui sont évidemment des follicules sébacés développés outre mesure, offrant l’image des follicules nombreux qui ont donné lieu à cette sécrétion. Quant à la sécrétion elle-même, elle est complètement nulle sur le dos de la main, à part le voisinage du poignet, où deux plaques arrondies, comme érodées à leur centre, champignonnées, donnent encore une certaine sécrétion ; plusieurs cautérisations ont été faites avec le nitrate d’argent ; des douches sulfureuses ont été mises en usage. Le malade, dont l’affection a été guérie dans les sept huitièmes de son étendue, n’est donc pas encore débarrassé de cette singulière maladie qui n’est ni un lupus, ni un rupia, et qui a entraîné une hypertrophie considérable de tous les follicules sébacés.
Deuxième forme d'acné avec hypertrophie [acné tuberculoïde ; mol luscum de quelques auteurs; tumeurs folliculaires de M. Rayer; ecdermoptosis de M. Huguier ; acné varioli forme de M. Bazin; acné tuberculeux ombiliqué de M. Piogey). — Cette maladie, observée de longue date, n’a jamais suffisamment fixé l’attention des dermatologistes. En 1850, le docteur Cailla ut, alors interne de l’hôpital des Enfants, y a observé 31 cas de cette maladie. En 1851, M. Bazin l’a décrite sous le nom d 'acné varioli forme. Cette dénomination est tellement mauvaise, que dans cette maladie il y a des tumeurs follicuieuses qui atteignent le volume des plus grosses noix, et par conséquent toutes les nuances intermédiaires de grosseur. Évidemment M. Bazin a déduit ce nom de l’aspect d’un cas de ce genre a forme aiguë, dont nous rapporterons plus loin une observation analogue,
ACNÉ.
Nous allons nous attacher à en reproduire ici les principaux traits. Elle se montre le plus souvent dans les premières années de la vie, mais elle peut se développer à un âge beaucoup plus avancé. Elle n’a pas de siège bien précis, elle affecte de préférence le dos, la poitrine, le ventre, le cou et la ligure. Elle apparaît d’une manière discrète ou confluente sous forme de très petites tumeurs arrondies, pisiformes, quelquefois pédiculées, quelquefois adhérentes a la peau par une large surface. Ces petites tumeurs, dont le volume le plus ordinaire égale celui d’un gros pois, ont la couleur de la peau ; mais quand elles sont très volumineuses, il n’est pas rare de leur voir une teinte plus blafarde, jaunâtre, qui tient probablement au peu d’épaisseur de la cuticule qui sert d’enveloppe à la matière sébacée et qui lui donne ainsi une certaine transparence. Cette maladie a dans son développement deux marches distinctes : ou elle apparaît d’une manière lente et graduée, quelques mois après la naissance, et suit une marche chronique qui se prolonge des années pour devenir à peu près stationnaire pendant toute la vie ; ou au contraire son développement présente une marche aiguë, comme dans l’observation ci-après. Un fait, mais un seul fait, que j’ai observé, tendrait à faire admettre la contagion de cette maladie : c’est celui d’une mère qui, après avoir pris l’avis de M. Rayer, voulut avoir aussi le mien. Son enfant, âgé de dix-huit mois, avait sur le côté droit du ventre et de la poitrine une douzaine de ces petites tumeurs, et la mère depuis peu de temps avait vu naître à sa figure et sur ses avant-bras quelques petites éievures du même genre. Je pose ici un point d’interrogation et ne présente cette circonstance que sous la forme d'un doute.
Quoi qu’il en soit, la maladie reste fort longtemps stationnaire; elle peut même décroître spontanément et disparaître. Mais on peut aussi la voir faire des progrès, et alors deux choses se passent : ou les tumeurs folliculeuses s’élargissent, se distendent, se rompent, donnent évacuation à la matière sébacée, et un point central, le pertuis de l’ouverture, s’ombilique à la manière de la pustule de la variole pour se guérir ensuite ; de là la dénomination donnée par M. Bazin; ou les tumeurs restent constamment indolentes. et sans augmenter de volume ; ou entin les tumeurs se pédiculisent après
avoir acquis le volume d’un haricot, d’une noisette, et même d’une noix de gros volume et finissent par se détacher en laissant une cicatricule au point d’insertion à la peau : il semble qu’il s’opère là une sorte de mortification du pédoncule, car les petites tumeurs deviennent violettes, saignantes au moindre attouchement et tombent. Telle est cette affection qui ne porte d’ailleurs aucune atteinte à la santé générale et qui paraît plutôt refléter un état morbide local que général.
Acné tuberculoïde. — Genet, trente-neuf ans, conducteur au chemin de fer du Nord. Tempérament lymphatique sanguin. Il y a quatre mois il éprouve des démangeaisons pendant plusieurs jours, et bientôt il est averti par sa femme qu’il a le dos couvert de boutons qui avaient le volume d’une tête d’épingle au plus. Peu de jours après, quelques boutons avaient atteint le volume d’une lentille. Les démangeaisons diminuèrent ensuite, mais le malade souffrait beaucoup après être resté quelques moments en décubilus dorsal. — A son entrée à l’hôpital, tout le dos présente de petits tubercules aplatis, adhérents à la peau par toute leur étendue, lenticulaires; quelquesuns cependant sont moindres en volume, et ne dépassent pas une grosse tête d’épingle. Leur couleur jaunâtre tranche sur la peau, qui est épaisse, d’un blanc mat. Elles sont disséminées sur toute l’étendue du dos, espacées sous forme de lignes droites. Elles forment en cinq ou six points des groupes ou îles de huit à quinze, que relient entre eux de petits tubercules isolés marchant en ligne droite de l’un à l’autre. A la région scapulaire, de droite à gauche, existe un groupe de vingt ou vingt-cinq tubercules irrégulièrement disposés. Quelques-unes de ces tumeurs, un peu pédiculées, molles, charnues, injectées à leur base, représentent assez bien l’aspect de ces signes de naissance que l’on trouve à la peau. — Quelques-unes se sont vidées en partie; elles présentent un point noir central déprimé, un peu ombiliqué; quelques autres, complètement vides et guéries , laissent une trace rouge au centre de laquelle se trouve une cicatrice ; mais ces deux cas ne sont que l’exception, la généralité est intacte. Ces tumeurs indolentes au toucher ; ne sont à l’entrée du malade le siège d’aucune sensation. Sous l’influence du traitement suivant, et pendant les vingt jours d’hôpital, un grand nombre de ces tubercules se sont élargis, distendus, rompus, et ont laissé sortir un liquide granuleux blanc grisâtre, et sont remplacés aujourd’hui par une série de taches. — Le 27 juillet, le malade sort complètement guéri de son acné.
Traitement. — Tisane de fumeterre, sirop sulfureux, tablettes soufrées; bains sulfureux ; application de pommade sulfo-alcaline et même épispalique mitigée; Inflammation des tumeurs, ouvertures spontanées; la matière foliiculeuse s’échappe, et la cicatrisation s’opère successivement.
ACNÉ.
Traitement des diverses sortes d'acnés. — Tout acné simplex ou rosacea , comme je l’appelle, exige un traitement émollient ordinaire, à cause de sa forme aiguë. La poudre d’amidon surtout, puis la poudre de tan de préférence aux corps gras ; des bains simples et une tisane rafraîchissante tant que dure l’éruption à l’état croissant. Lorsqu’il ne se rencontre plus de nouveaux boutons, il faut entrer dans la voie des résolutifs légers; les lotions alunées, une pommade' très légèrement sulfureuse et très légèrement alcaline (voy. Formulaire), les bains sulfureux, quelques lotions d’eau de Baréges artificielle, des douches sulfureuses (voy. Formulaire ), suffisent au traitement. À l’intérieur quelques amers, quelques sulfureux. — Si cet acné est passé à l’état chronique, il demande une médication toute différente, qui est celle de Y acné indur ata. A cet égard, rien ne réussit mieux en fait de médication naturelle que les eaux des Pyrénées en boisson, en bains, en douches. A défaut de l’usage de ces eaux, on prescrit à l’intérieur une tisane amère, du sirop antiscorbutique, du vin de gentiane, cinq ou six tablettes soufrées dans le cours de la journée, et à l’extérieur l’usage de douches de Baréges en arrosoir tous les deux jours pendant vingt minutes, sur la partie affectée ; une pommade soufrée, faible d’abord, plus forte ensuite ; des lotions d’alun quatre ou cinq fois dans les vingt-quatre heures, et plus tard, vers la fin du traitement, des lotions de sublimé; mais il faut alors que le malade ne prenne plus de douches sulfureuses. Les bains de mer, les lotions d’eau salée, conviennent parfaitement dans cette affection, comme aussi dans l’acné qui se montre sur le dos des jeunes gens. S’il restait quelques noyaux d’engorgement qui ne pussent passe résoudre par ces moyens, on pourrait les toucher avec la pierre infernale.
L’acné miliaris est beaucoup pics rebelle aux traitements. Le corps gras, quels qu’ils soient, réussissent peu. L’amidon, la poudre de tan et les douches sulfureuses très faibles avec un arrosoir très fin m’ont donné à cet égard les résultats les plus favorables ; mais que de soins et de persévérance cette forme d’acné exige, sous le rapport du régime surtout ! 11 faut proscrire tout excitant, toute nourriture forte, insister d’ailleurs sur les lotions résolutives, et terminer la guérison en touchant quatre ou cinq fois les surfaces
malades avec une solution de nitrate d’argent au dixième. C’est assez dire que pendant un certain temps la femme qui en est atteinte est condamnée à une réclusion presque complète.
U acné punctata peut être attaqué avec plus de vigueur, mais toujours au moyen des douches sulfureuses, des pommades de même nature et des lotions résolutives, excepté le cas où il fait brusquement éruption. Ces diverses maladies ne tiennent pas à un état général de l’économie, mais plutôt à une organisation spéciale de la peau.
Il n’en est plus de même de l’acné sébacé. Il faut distinguer la forme aiguë de la forme chronique. Ce n’est que par l’emploi du saindoux, du cokl-creain, des bains émollients et des tisanes rafraîchissantes que l’on doit arrêter les progrès de cette maladie. Devenu stationnaire, il faut mettre en usage les pommades alcalines légères, ce sont les seules qui nettoient la peau et dissolvent la matière concrète qui la recouvre; on y joint les bains alcalins ; et plus tard les bains sulfo-alcalins ; à l’intérieur les amers , les sulfureux. Les eaux minérales sulfureuses guérissent aussi cette maladie quand elle est arrivée à l’état chronique ; mais il faut craindre la prolongation de leur emploi, car elles peuvent amener une surexcitation en vertu de laquelle il suinte continuellement des ouvertures des follicules sébacés une huile non concrescible qui graisse la peau, les poils, et les cheveux au point de rendre ceux-ci tellement luisants et gras, qu’il suffit de les passer dans la main pour laisser des traces de cette matière après les doigts et pour graisser tous les linges avec lesquels on les frotte. C’est un effet que nous avons souvent remarqué pour la chevelure.
Dans la forme chronique de cette affection avec récidives successives, j’ai employé avec succès la solution de Fowler portée à la dose de 12, lù et 16 gouttes par jour et continuée pendant six semaines à deux mois. Les bains de vapeur, les douches sulfureuses ou sulfo-alcalines sur les parties malades, les pommades alcalines et soufrées, tels «ont les moyens qui m’ont amené les meilleurs résultats. Mais dans cette forme aussi il y a lieu de modifier la vitalité de la peau, qui a été longtemps affectée, au moyen de lotions à l’alun, au bichlorure de mercure et au nitrate d’argent,
ACNE .
et d’envoyer les malades aux bains de mer, pour assurer la guérison.
En résumé, il ne faut pas perdre de vue que dans toutes ces formes d’acné le développement anormal des follicules sébacés est la cause prédisposante de ces affections ; qu’il en résulte aussi une condition toute spéciale d’organisation locale qu’il faut chercher à combattre ; que la peau qui coïncide avec ce développement de follicules est lâche, plus ou moins molle, jouissant de peu de tonicité, et qu’il y a lieu de chercher à lui rendre de l’énergie par des bains appropriés ; que cette peau, enfin, reflète par son organisation un tempérament plus ou moins lymphatique qui doit diriger le médecin dans le choix de la médication interne.
Reste à indiquer le traitement de Y acné sébacé à forme tuberculeuse, , molluscum des auteurs. 11 n’y a rien à faire lorsque l’acné sébacé, remonte à la naissance ou lorsqu’il est ancien, sauf à lier avec de la soie le pédicule des tumeurs les plus grosses, pour en déterminer la chute. Mais il faut, au contraire, profiter du développement sous forme aiguë de cette maladie pour en accélérer la marche, déterminer l’inflammation des tumeurs et amener leur ouverture, ainsi que nous l’avons fait dans l’exemple que nous avons cité (page. 290) en employant une pommade sulfo-alcaline et même épispastique mitigée, ainsi que des bains sulfureux. Chaque petite tumeur suppure , se vide et se cicatrise ; c’est là le résultat que le médecin peut envier, la sortie de la matière sébacée accumulée dans l’épaisseur de la peau: aussi quelques praticiens, voyant la nature opérer cette ouverture, ont conçu la pensée de pratiquer une petite incision sur chaque tumeur. Ce moyen nous paraît presque ridicule pour certains cas : ce sont ceux où l’affection est confluente. Tout au plus pourrait-on autoriser une pratique semblable quand l’affection consiste seulement dans une ou deux petites tumeurs. Tel était le cas d’un malade de vingt-cinq ans qui, après avoir séjourné dans un autre service de l’hôpital, vint réclamer nos soins. On voyait, juste au centre de la lèvre supérieure et au voisinage du bord de jonction de la peau avec Y épithélium de la lèvre, deux tumeurs arrondies du volume d’un gros pois, se touchant par un point de leur circonférence et ayant un centre légère-
ment saillant et blanchâtre, de manière que la peau, un peu amincie, permettait par sa transparence d’apercevoir la matière sébacée. Cependant nous ne mîmes pas l’incision en pratique, nous cherchâmes cl’abord à amollir la peau par des cataplasmes, puis à l’aide de douches vivement administrées nous excitâmes la peau ; nous parvînmes à déterminer une inflammation, et plus tard une ouverture spontanée des tumeurs qui se vidèrent ainsi tout naturellement de la matière accumulée. Nous cautérisâmes alors les parois de ces petites poches avec la pierre infernale ; peu à peu elles revinrent sur elles-mêmes et le malade sortit guéri. Telle serait, je crois, la conduite â tenir en pareil cas. Mais quand on a affaire à huit ou dix petites tumeurs d’acné tuberculoïde espacées les unes des autres, ou à des centaines de ces tumeurs réunies sur une surface plus ou moins étendue et confluentes par rapport à l’espace, que ferait l’incision ! Evidemment il faut suivre la marche que nous avons prise pour le malade dont nous avons retracé l’histoire (pag. 290) : c’est-à-dire surexciter toutes les petites tumeurs , les enflammer et déterminer ainsi spontanément l’évacuation de la matière sébacée .
Couperose, gutta rosea , cuperosea par corruption ; goutte rose ou
couperose.
La couperose est une maladie des vaisseaux capillaires de la peau. Si les follicules sébacés sont quelquefois affectés, ce n’est qu’accidentellement, et c’est là ce qui me fait isoler la couperose de l’acné, que la généralité des auteurs a confondu avec cette maladie. Mais si l’on observe la couperose à son début, si on la suit dans ses progrès, dans sa marche et sa terminaison, on conviendra avec nous que la distinction que nous établissons est fondée. C’est généralement sur les côtés du nez , ou plutôt entre le nez et les joues, en un mot, de l’angle des yeux, aux pommettes, que débute la couperose sous la forme d’une traînée d’un rose rouge peu étendue, sans sensation aucune, augmentant décoloration après les repas on par l’exposition de la figure à la chaleur. Vue de près,