COUPEROSE
cette rougeur n’est pas exanthémateuse, c’est-à-dire qu’elle ne colore pas uniformément et complètement la peau; mais on voit qu’elle est formée par des vaisseaux capillaires injectés, distendus, hypertrophiés et gorgés de sang. Souvent même, et avant une rougeur appréciable, on aperçoit la prédisposition à la rougeur par des vascularisations espacées et diffuses. Cependant si l’on exerce une légère pression sur la peau, cette coloration disparaît sous le doigt comme dans Y érythème et contrairement à ce qui se passe dans le purpura: c’est que dans la couperose le sang est encore contenu dans les vaisseaux qui ne sont qu’augmentés de dimension, tandis que dans le purpura il a transsudé à travers les parois vasculaires. Les femmes, si soigneuses de leur figure, connaissent parfaitement le début de cette maladie ; elles s’en préoccupent fortement aussitôt qu’elles voient paraître cette vascularisation. Peu à peu et avec un temps très long, des années, la vascularisation de la superficie de la peau fait des progrès en étendue, car ce ne sont d’abord que les capillaires sous-épidermiques qui sont malades. Alors se montre souvent un troisième point de départ : c’est le dos et le bout du nez ; puis les plaques finissent par se réunir, s’étendre sur les joues pour les colorer aussi. La coloration, qui au début n’était appréciable qu’à certains moments de la journée, devient permanente: c’est un second degré de la couperose; et alors la figure représente celle d’un individu qui fait usage outre mesure du vin et des liqueurs spiritueuses. Enfin, dans un troisième degré, toute la peau s’affecte, et alors elle semble tuméfiée, elle est plus épaisse. Sur quelques points, principalement au bout du nez, elle peut devenir le siège de productions charnues, rugueuses à leur surface, comme tuberculeuses, et vivant assez d’une vie toute spéciale pour se pédiculiser et finir même par se détacher presque entièrement : c’est la couperose tuberculeuse. Ainsi trois degrés : la couperose au premier degré, sans épaississement de la peau, ou couperose érythémateuse; la couperose avec épaississement uniforme de la peau, et enfin la couperose tuberculeuse, ordinairement circonscrite au nez. Ce n’est guère que dans la variété de couperose avec épaississement général delà peau que l’on voit accidentellement surgir des pustules d ’acne, sous la forme de boutons plus ou moins volumineux arrivant à
suppuration ; mais cet état n’est que passager et tout à fait accidentel.
Cette maladie attaque les peaux les plus fines comme les plus épaisses. Elle se montre sans qu’il y ait aucune coïncidence avec trouble quelconque dans les fonctions organiques ; elle est tout à fait indépendante d’une hygiène mal observée, car elle se manifeste très souvent, on pourrait dire le plus souvent, chez lespersonn.es les plus sobres qui n’usent que d’eau pour boisson et qui ne consomment jamais de vin. Aucune liaison d’ailleurs soit avec tel tempérament, soit avec telle constitution. En sorte que la cause de la couperose reste le plus souvent inconnue, et que dans quelques cas on est tenté de la rattacher à certaines conditions d’organisation de la peau de la figure. Aussi est-ce une affection très rebelle, à marche lente, qui ne pardonne guère et qui donne ouverture à un grand nombre de moyens différents que le charlatanisme exploite avec plus ou moins de succès. Et, en effet, quoi «le plus tenace que cette maladie que l’on guérit quelquefois, mais qui souvent aussi échappe aux moyens les plus énergiques? A cet égard, voici les modes de traitement qui réussissent le plus souvent : les purgatifs répétés tous les jours à dose modérée ; les eaux sulfureuses employées de la manière suivante. On fait mettre le malade dans un demi bain assez chaud pour exciter les membres inférieurs, et en même temps on donne une douche fraîche en arrosoir sur la figure, en garantissant la poitrine du malade de ce contraste de l’eau à une température si opposée.
MM. Rochard et Sellier ont fait connaître en 1851 une méthode de traitement qui a pour base l’emploi du sel de M. Boutigny, d’Évreux, c’est-à-dire l’iodure de chlorure mercureux ou liydrargyreux. Cette méthode avait été peu répandue. Depuis cette époque, M. Boinet a conseillé l’usage d’une pommade au proto-iodure de mercure de 1 à 2 grammes pour 30 grammes d’axonge, une onction une fois par jour ( Moniteur des hôpitaux , janvier 1856). Quant à la pommade de MM. Rochard et Sellier, elle est composée de 75 centigrammes d’iodure de chlorure mercureux en poudre , sur 60 grammes d’axonge. 11 faut d’abord savoir que ce sel n’existe pas en proportion définie, c’est-à-dire que sa composition n’est pas tou-
LICHEN
jours la même. Certains chimistes n’admettent l’existence que d’un seul composé, d’autres, et M. Bouchardat est de ce nombre, en admettent deux. Ensuite il est fort peu stable, et se décompose très facilement. Bien préparé, il est très actif.
Le composé de MM. Rochard et Sellier, le sel de M. Boinet, nous paraissent formulés à dose trop forte. Ainsi j’ai vu survenir un érysipèle de la face et du cuir chevelu après une seule application de leur pommade; aussi je ne la formule qu’à la dose de 25 centigrammes pour 30 grammes au début, et souvent je ne suis pas obligé d’augmenter la dose. Ces pommades ne doivent être étendues sur les surfaces malades qu’une seule fois par jour, et en couche légère, pendant trois, quatre ou cinq jours de suite, en un mot, jusqu’à ce que la peau soit surexcitée, qu’il y naisse une certaine rougeur, un état érythémateux même sécrétant, et alors s’arrêter pendant trois ou quatre jours, recommencer de nouveau, et ainsi de suite jusqu’à guérison.
Nous avons mis en usage ce mode de traitement chez un certain nombre de malades, et nous pouvons assurer qu’en général, s’il ne guérit pas , il amène une amélioration assez marquée. Nous le croyons applicable surtout aux acnés chroniques.