CINQUIÈME GROUPE
Maladies papuleuses.
Ce groupe comprend trois maladies qui ont entre elles de l’analogie dans la forme morbide et dans les phénomènes qu’elles développent. Toutes trois, en effet, ont pour élément des éruptions papuleuses. Dans ces trois affections le système nerveux paraît jouer un certain rôle soit secondairement, soit primitivement; il est généralement surexcité, et dans l’une de ces maladies il semble seul malade, car l’état cutané est loin d’être en rapport , quant à son intensité, avec les accidents généraux qui l’accompagnent. Deux de ces affections atteignent un âge peu avancé de la vie, la troisième est propre, au contraire, à la vieillesse. On a considéré ces maladies comme étant essentiellement nerveuses; M. Casenave professe
cette opinion; ii en place le siège dans des papilles de la peau; et dans cette hypothèse les symptômes généraux viennent naturellement se grouper autour de l’état local. Déjà nous avons exposé (pag. 43 et 44) les motifs qui nous empêchent d’adopter cette manière de voir ; nous ajouterons que Tune de ces trois maladies exige un traitement stimulant, l’emploi des sulfureux par exemple, ce qui constitue encore une circonstance peu favorable aune pareille opinion.
Lichen, lichen (Hippocrate), prurigo lichénoïde ou furfurant
d’Âlibert.
Simplex.
Di/fusus.
Circumscriplus.
Perpendicularis.
Pilaris.
Lividus.
Agrius.
Diffusus.
Circumscriptus .
Gyratus.
Compositus.
Ortié ou urticans.
Eczémateux.
Herpétiforme.
Aigu.
Chronique,
Cette affection est définie par les auteurs une maladie non contagieuse , caractérisée par l’existence de papides à la surface de la peau. Nous avons fait connaître ce qu’il fallait entendre sous le nom de papules , et nous avons établi que la papule était une production pathologique qui n’avait aucun rapport avec la papille : nous ne reviendrons pas sur ce point (voy. p. 44); mais ce qu’il faut attaquer de front, c’est la définition des auteurs en vertu de laquelle ils considèrent le lichen comme n’étant pas de nature contagieuse. Et d’abord il y a plusieurs sortes de contagion, et nous restreignons cette expression, en ce qui concerne cette maladie, à celle qui s’entend de la transmission de l’affection au moyen d’un contact plus ou moins prolongé. Sous ce rapport j’ai par-devers moi un certain nombre de faits dont je puis citer quelques exemples, et qui ne sauraient laisser subsister de doute dans mon esprit. — Une femme, dont le mari avait un atelier d’orfévrerie, m’amena à la consultation de l’hôpital cinq apprentis qui dans l’espace de deux mois ont été successivement atteints, l’un d’eux ayant été primitivement affecté ; tous avec lichen diffus tant
LICHEN
à la figure que sur les membres. Cette femme les croyait atteints de la gale ; l’usage de bains alcalins a suffi pour les guérir : aucun autre ouvrier d’ailleurs n’avait contracté cette maladie. Ces apprentis couchaient ensemble dans la même salle. — Une cuisinière affectée d’une plaque de lichen au dos de la main gauche avait l’habitude de porter un enfant de trois ans sur les bras et de le promener. L’enfant fut pris de lichen diffus aux fesses, qui s’étendit ensuite à la figure et sur les membres. Bientôt la mère de l’enfant fut atteinte, et plus tard le père. En cet état le médecin de la maison crut à l’existence de la gale et institua dans cette famille un traitement par les sulfureux. L’affection fut exaspérée par ce traitement, et c’est dans ces circonstances que je fus consulté. Inutile de dire qu’il n’existait pas de gale et qu’une médication alcaline intérieure et extérieure fit justice d’une maladie qui persistait depuis plusieurs mois. Voici un troisième exemple qui a été recueilli par un de mes meilleurs élèves internes, M. le docteur Faget, médecin distingué de la Nouvelle-Orléans. Le 24 janvier 1844 est reçu dans mon service de l’hôpital un jeune homme de seize ans qui a eu la gale à l’âge de trois ans et à l’âge de sept à huit ans. Depuis son arrivée à Paris il y a cinq ans, il a eu tous les printemps une éruption papuleuse qui se dissipait seule. Il y a deux mois cette éruption se montra avec une certaine intensité et devint confluente, mais sous forme de plaques de lichen. 11 couche avec son frère âgé de douze ans, qui a bientôt été atteint de la même maladie et qui est allé se faire soigner à l’hôpital des Enfants. Ces trois exemples me paraissent suffisants pour justifier l’assertion que je viens d’émettre, et dire que le lichen est contagieux dans certaines conditions de contact prolongé, et qu’il se transmet d’autant plus facilement que les contacts ont lieu avec des enfants.
Quoi qu’il en soit, le lichen est au nombre des affections non sécrétantes de la peau; il s’y montre par des élevures papuleuses discrètes ou confluentes, ramassées ou diffuses, et qui sont toujours accompagnées d’une démangeaison plus ou moins vive. Cette maladie siège ordinairement, surtout quand elle est diffuse, à la partie interne des membres, au cou ou à la figure; mais quand elle est ramassée, circonscrite, figurée, c’est-à-dire sous forme de plaques,
elle occupe presque toujours les surfaces externes. Qu’on se figure donc, à l’état aigu, une série plus ou moins considérable de petites papules rosées, de forme pyramidale, acuminées, diffuses ou ramassées à la surface de la peau, amenant constamment de la démangeaison, surtout la nuit, et l’on aura une idée du lichen. Cependant cette affection sécrète quelquefois; c’est accidentellement, ainsique le disent les malades, et lorsqu’ils ont opéré des grattages. Alors il se fait à l’extrémité de chaque papule un petit suintement séreux à peine perceptible, suintement d’une sérosité qui se concrète aussitôt et se transforme en une petite pellicule ou écaille adhérente, très mince, mais très roide au toucher ; de sorte que si la maladie est ancienne, si le lichen a envahi toute la surface de la peau, si les grattages sont incessants, la sécrétion est devenue plus marquée, les écailles ou concrétions plus nombreuses et l’état rugeux plus dessiné, en même temps que la forme aiguë a disparu. Cet aspect écailleux est assez prononcé dans quelques cas pour représenter les lichens qui enveloppent les arbres et qui s’y multiplient ; de là la dénomination donnée à cette maladie et dont l’état exagéré a constitué le type ou le cachet qui ne se fait observer qu’accidentellement. Le nom est donc mauvais pour la généralité des cas ; mais il remonte à Hippocrate, il faut le respecter.
Ceci posé, disons que le lichen peut se rencontrer sous trois dispositions différentes, lichen diffus , lichen circonscrit , lichen perpendiculaire ou en ruban. On entend par lichen diffus , celui qui se montre sur une partie quelconque du corps, une jambe, un avant-bras, la poitrine, sous forme de petites papules disséminées, espacées les unes des autres sans affecter aucun état groupé régulier. Dans le lichen circonscrit , au contraire, il se développe un nombre plus ou moins considérable de papules confluentes, se touchant à leur base et ramassées sous forme d’une plaque arrondie, quia généralement un autre siège. Au heu d’occuper les régions flexueuses du corps et la partie interne des membres, cette affection se développe sur le dos des mains, sur la longueur des membres et plus souvent en dehors qu’en dedans. Cette variété, qui amène d’ailleurs les mêmes démangeaisons, est beaucoup plus sujette que la précédente à la sécrétion et surtout à passer à l’état de lichen eczémateux. Quant au lichen
LICHEN
gyratus , c’est une forme fort rare qui a été signalée pour la première fois par Biett, et que nous avons été à même d’observer, tant à l’état de lichen simplex qu’à celui de lichen agrius. M. Cazenave retrace ainsi cette variété d’après Biett ( Abrégé pratique des maladies de la peau ) : « Les papules, disposées en petits groupes, formaient une espèce de ruban qui , partant de la partie antérieure de la poitrine, gagnait la partie interne du bras, dont il longeait en se contournant tout le bord externe jusqu’à l’extrémité du petit doigt, en suivant exactement le trajet du nerf cubital. » Voici une observation recueillie par M. le docteur Faget en 18Ô3, dans notre service, et qui donne une idée exacte de cette affection :
Le nommé Loddet, âgé de trente-sept ans, d’un tempérament nerveux, bijoutier, sans antécédents maladifs, entre à l’hôpital Saint-Louis dans le service de M. Devergie le 3 mars. Il y a dix mois, à la suite d’un travail assidu pendant quinze à dix-huit heures chaque jour, il est pris de démangeaisons à l’anus; trois semaines plus tard, petits boutons à la partie interne et supérieure de la cuisse qui s’étendirent très rapidement à toute la longueur du membre. Il garde cette affection sans y apporter de remède, et à son entrée on aperçoit une disposition méthodique de papules sous la forme d’un ruban très étroit qui, partant du pli des fesses, se contourne à la partie interne de la cuisse, gagne le creux poplité et la face postérieure de la jambe et du talon pour venir s’éteindre sur le bord externe du pied en descendant ainsi sous la forme d’un ruban très étroit, de la largeur d’un centimètre au plus; ce ruban est à peine interrompu dans toute la longueur de son trajet. Ce malade reste trois mois à l’hôpital ; il est mis à l’usage de la teinture de cantharides à l’intérieur, des pommades au proto-iodure de mercure, des applications d’iode caustique, de nitrate d’argent, d’emplâtre de Vigo: les cautérisations argentiques ont seules déterminé la résolution.
Mais, sons quelque forme que se présente le lichen, il peut être discret ou confluent, aigu ou chronique. Il est rare qu’il affecte la forme confluente et étendue lorsqu’il se montre à l’état aigu ; presque toujours son extension se fait graduellement, insensiblement, sous l’influence de traitements mal dirigés, de grattages, ou d’un défaut de soins. Chez les enfants, il présente un caractère aigu très dessiné. Se manifestant à l’époque du printemps, dans l’adolescence ou dans l’âge adulte, on y porte peu d’attention, à cause du peu d’importance de l’affection, qui se montre à la peau par quelques éle-
vures papuleuses et cède aux grattages ; c’est ainsi que la maladie s’étend et se multiplie. Il peut d’ailleurs, par suite d’excès, de fatigue, de veilles, avoir de nouvelles recrudescences qui viennent s’ajouter successivement aux premières apparitions, et il arrive alors un moment où, après des aimées de l’existence de cette maladie, on la voit envahir toute la surface de la peau, particulièrement les membres et la figure. C’est alors que toutes ces papules, qui sont à divers instants de la nuit et du jour le siège de grattages, amènent l’épaississement du tissu de la peau, donnent lieu à des suintements séreux qui se transforment en écailles sèches, très fines, se détachant par le frottement et par petits points isolés de la surface malade; ces écailles, libres dans la majeure partie de leur surface, adhèrent seulement par un point aux papules ou à la peau, de manière à représenter le lichen des arbres.
En cet état, il faut le dire, c’est le lichen confluent et chronique ; c’est la maladie la plus cruelle par la démangeaison qu’elle cause, et c’est à cette forme qu’il faudrait donner le nom de l ichen agrius , ferox. En effet, les démangeaisons ont d’abord lieu à toute heure du jour, si le malade s’expose à la chaleur, s’il fait une course, s’il s’échauffe de quelque manière que ce soit. Mais c’est surtout le soir, quelque temps après être au lit, qu’il s’éveille après un premier sommeil d’une heure ou une heure et demie, et qu’alors il se gratte, se frotte, de toute manière et dans tous les sens, quitte le lit, se promène en chemise, prend le frais ; et quand la chaleur qu’il a acquise dans le lit a cédé, quand les démangeaisons sont calmées parle froid, il se couche, se lève une heure après pour se rafraîchir et recommencer les mêmes manœuvres jusqu’à l’aube du jour. Quelques malades sont même obligés de s’étendre nus sur le carreau pour y trouver le calme qu’ils recherchent. Chose remarquable, les grattages sont agréables, comme dans la gale ; iis apaisent momentanément la démangeaison, parce qu’ils font place à un sentiment de cuisson moins excitant, moins provoquant. Mais ce n’est réellement qu’à l’aube du jour que les démangeaisons cessent et que le malade, épuisé de fatigue, goûte pendant quelques heures un sommeil calme et réparateur. Le lichen arrivé à cet état est réellement de toutes les maladies de la peau la plus tenace, la plus cruelle et
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la plus difficile à guérir, surtout en été; à cette époque de l’année, elle devient le siège de démangeaisons plus vives, et, sous l’influence de ces surexcitations répétées, d’un développement de furoncles plus ou moins nombreux à la surface de la peau. Les variations de température, les variations atmosphériques, les temps d’orage, font naîtré des démangeaisons auxquelles le malade ne peut résister. Ainsi, comme on le voit, le lichen chronique, qui peut ainsi envahir toute la peau, l’épaissir, lui faire sécréter de la sérosité ou suinter du sang; qui trouble le sommeil au point d’y mettre quelquefois l’obstacle le plus complet, constitue une affreuse affection à laquelle on pourrait à plus juste titre donner le nom de lichen agrius ou ferox , au lieu de l’appeler lichen simplex. Ne soyons donc pas surpris si cette maladie fait naître chez quelques personnes des idées de suicide.
Il est pende maladies delà peau qui soient plus accompagnées de symtômes nerveux que celle-là. Maiscequ’ilya de remarquable, c’est que cette liaison n’est pas telle que l’excitation nerveuse générale, par exemple, existe en raison de l’étendue et de l’intensité de l’a ffection. S’il en était ainsi, je n’hésiterais pas à considérer avec mon collègue Casenave le lichen comme une maladie du système nerveux; mais souvent, l’excitation nerveuse est tout à fait disproportionnée avec la maladie cutanée. J’ai par exemple, en ce moment, dans mes salles, un homme de cinquante-huit à soixante ans qui a une éruption lichénoïde très discrète et très limitée à la partie interne des jambes. Or vers le soir il se montre chez ce malade une surexcitation nerveuse si considérable, qu’il se plaint, s’agite, dépeint ses souffrances, exprime une grande anxiété, et cet état dure plusieurs heures, pour se calmer peu à peu, sans que l’éruption en reçoive une influence marquée. Or aucune application extérieure n’a calmé cet état, et l’opium seul, à la dose de 20 centigrammes d’extrait, a pu atténuer cette surexcitation, sans exercer d’ailleurs d’influence sur l’éruption. En opposition avec ce malade, je pourrais citer bon nombre d’exemples de lichens généraux confluents qui étaient loin de développer de pareils phénomènes. On verra rapporté un fait fort remarquable du même genre dans l’histoire du prurigo, où il s’agit d’un prurigo aigu sans
papules ; le système nerveux paraissait donc malade encore dans ce cas, indépendamment de l’éruption cutanée.
Il est une forme de lichen très limitée d’ailleurs, et qui a une grande ténacité, c’est celle qui se montre le long des doigts, souvent aussi dans leur intervalle et à leur naissance, de manière à simuler la gale. Ce lichen est diffus, disparaît et reparaît successivement, de manière à se perpétuer aux mains sans plus d’intensité, mais pendant des mois et des années. C’est surtout chez les enfants très jeunes, et chez les jeunes femmes à peau fine et délicate, qu’on le rencontre.
Le lichen est d’ailleurs une maladie assez commune. Sur 1800 maladies de peau, je trouve notés 156 lichens, dont 119 hommes et 37 femmes. Elle naît dans le jeune âge et dans l’adolescence surtout. Je compte 70 cas de lichens développés de 15 à 25 ans, 51 de 25 à 35 ans. A partir de cette époque, décroissance marquée ainsi : de 35 à 45 ans, 23 cas ; et de 45 à 55 ans, 11 seulement. Elle se lie éminemment aux tempéraments nerveux ou sanguins, à tel point que ces tempéraments figurent 109 fois sur 140 dans la statistique de cetle affection. Elle tend à prendre une marche chronique ; car sur 126 cas je n’en trouve que 14 de moins de 1 mois; 8 cas, de 1 à 2 mois ; 32 cas, de 2 mois à 1 an; 54 cas, de plus de 1 an, et 18 cas/ de plus de 10 ans. C’est qu’en effet, cette maladie s’entretient surtout par les grattages, qui développent d’autres papules à côté de celles qui existent, et qui en multiplient ainsi le nombre d’une manière incessante.
Son siège le plus fréquent est aux jambes, 100 fois ; aux avantbras et aux bras, 98 fois; puis viennent les cuisses, 93 fois; les mains, 67 fois ; la poitrine, 50 fois ; la face et le cou, 38 fois. La complication la plus commune est avec le lichen agrius , 28 fois, et l’eczéma 11 fois. Il a été héréditaire 10 fois; contagieux dans un nombre de cas indéterminé.
Toutes les fois qu’une personne atteinte de lichen simplex à forme aiguë et récente est soumise à un régime doux, à des bains aqueux, à de l’amidon et du saindonx à l’extérieur, il est rare que l’affection ne cède pas seule dans l’espace de quinze jours à trois semaines. La maladie ne se perpétue en général que lorsqu’elle est circonscrite,
LICHEN
ou lorsque, diffuse, elle a été exaspérée par des écarts de régime ou des soins mal entendus. 11 n’en est pas de même du lichen circonscrit, et à plus forte raison du lichen gyratus . Le premier est rebelle de sa nature et tend à se perpétuer sous la forme de plaques ; le second est plus rebelle encore; tous deux exigent presque toujours, indépendamment d’un traitement général, l’usage de modificateurs locaux.
Lichen pilaris. — Cette variété de lichen simplex est toute spéciale. Elle affecte surtout les jambes là où existent des poils. Elle offre cela de remarquable, que les papules de lichen sont plus fortes, et que chacune d’elles est traversée par un poil, la papule naissant à la base même du poil. La coloration des papules est aussi plus foncée, d’un aspect plus sombre ; les démangeaisons sont peut-être moins vives. C’est toujours à l’état diffus que se montre cette variété de lichen.
Lichen lividus. — On donne ce nom à une variété de lichen qui se montre chez les personnes âgées, surtout aux jambes, et qui se distingue des précédents par la couleur sombre de ses papules et par leur coïncidence avec des taches de purpura. Cette variété amène aussi beaucoup moins de démangeaison.
Lichen agrius. — Voici une espèce très commune et qui mérite de fixer toute l’attention des praticiens. Elle a pour cachet le développement de grosses papules dont la majeure partie donne lieu, avec le temps, à une sécrétion purulente à son sommet comme les pustules ; leur volume est d’ailleurs très divers; toutefois la sécrétion au sommet de la papule n’est que momentanée, en sorte que l’état papuleux reste comme caractère prédominant.
Cette maladie, qui se montre principalement à partir de l’âge de douze à quinze ans, peut se présenter sous trois formes différentes : lichen agrius diffusus , circumscriptus et gyratus , c’est-à-dire dans les mêmes conditions que le lichen simplex. Mais dans le lichen agrius circumscriptus les papules sont beaucoup moins disséminées ; elles occupent une surface plus circonscrite, quoique disposées sans ordre. C’est presque toujours à la face interne des cuisses et des jambes que se développe le lichen agrius ; et si l’on examine l’éruption en général, on voit qu’elle a de la tendance à y former des traî-
nées de papules obliquement dirigées de dehors en dedans, et si confluentes, qu’elles amènent l’épaississement de la peau dans l’étendue de leur trajet. Ainsi surface plus ou moins large d’une éruption de grosses papules assez aplaties dont une partie fournit à son sommet une sécrétion purulente, qui parfois se concrète et couronne la papule d’une croûte grisâtre.
Le lichen agrius circumscriptus n’a plus ni la même forme, ni le même siège ; c’est sous la disposition d’une plaque qui occupe une surface plus ou moins grande du pli des jarrets ou du pli des bras qu’il se montre : là la peau est épaissie, rougeâtre, parsemée de quelques écailles ou lamelles épidermiques à son centre, et est bordée d’un nombre plus ou moins considérable de papules confluentes, qui sécrètent surtout de la sérosité. 11 en résulte une peau tendue, douloureuse dans les mouvements, et qui parfois est le siège de cassures saignantes. Mais dans bon nombre de cas l’affection n’est pas aussi dessinée, la peau est moins profondément malade, et l’état papuleux est ce qui frappe le médecin. Ainsi cette variété diffère, comme nous le disions, et par le siège, et par la forme.
Quant au lichen agrius à forme gyratus , il est très rare, et ne se distingue du lichen simplex de même disposition que par le volume des papules qui le constituent.
On serait porté à croire, d’après l’épithète donnée à cette maladie, qu’elle cause des démangeaisons horribles : c’est une erreur. Certes elle en détermine, mais les malades atteints de lichen agrius se plaignent et souffrent beaucoup moins que ceux qui sont affectés d’un lichen simplex confluent.
Le lichen agrius est constamment lié à un tempérament lymphatique nerveux, ce qui explique les succès que l’on obtient, dans cette maladie, d’un médicament plus propre à combattre un ensemble lymphatique qu’un état nerveux général; nous voulons parler de la teinture de cantharides dont nous exposerons le mode d’administration en traçant la thérapeutique du lichen.
Relativement à la marche du lichen agrius , c’est une des affections les plus tenaces, les plus soutenues et à forme la plus chronique. Il est des enfants qui gardent cette maladie durant de Ion-
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gués années. Elle s’améliore 1 été, elle reparaît l’hiver, ce qui est le contraire du lichen simplex ordinaire. A cet égard, la statistique nous démontre que le lichen simplex débute principalement dans deux saisons de l’année, en hiver 3 A en été 31, tandis que l’on ne compte de ce lichen que 9 cas en automne et 11 cas au printemps; ce qui ne détruit en rien l’influence de l’été sur le lichen ogrius , attendu qu’en général toute affection cutanée qui est à son maximum d’intensité en hiver tend à disparaître au printemps. Ce n’est pas que l’on ne puisse arrêter un lichen agrius à son début ; mais sa marche lente, insidieuse, amène de la part des parents de$ démarches tardives auprès des médecins, qui ne connaissent pas toujours l’agent curatif par excellence de cette affection.
Formes composées.
Lichen urticans. — C’est là une espèce toute particulière qui a été signalée par Bateman, et que l’on doit considérer plutôt comme un exanthème que comme un lichen. En effet cette maladie, propre surtout à l’enfance, est ordinairement précédée des symptômes généraux qui constituent les prodromes des exanthèmes ; il est vrai qu’ils sont légers : courbature, céphalalgie, anorexie, quelques nausées et fièvre; puis apparaissent à la peau, soit en dehors, soit en dedans des membres indistinctement, des groupes de rougeurs moins étendues que dans l’urticaire, plus acuminées que dans cette affection, avec un point central papuleux qui semble se confondre à sa base avec l’élevure rosée, moins décolorée d’ailleurs à son centre que dans l’urticaire. L’éruption se fait d’une manière successive, mais au lieu de disparaître dans l’espace de quelques heures, elle persiste pendant vingt-quatre heures, et ce laps de temps écoulé, il reste la papule de lichen qui met encore deux ou trois jours à céder complètement. Dans cette forme de lichen urticans îa sensation n’est plus celle de l’urticaire: dans cette dernière maladie il y a picotement, cuisson ; dans l’autre il y a surtout démangeaison.
Lichen eczémateux ( eczéma lichénoïde). — Cette forme composée, à la fois papuleuse et vésiculeuse, est commune. Elle affecte la partie externe des membres sous la disposition de plaques arrondies
disséminées, sécrétantes, surtout au début de la maladie, et donnant alors de la sérosité roussâtre comme l’eczéma ; puis la sécrétion s’arrête peu à peu et l’état papuleux se montre nettement dessiné. Cette variété d’eczéma lichénoïde est plus facilement curable que le lichen circonscrit ou en plaques nummulaires.
Lichen herpéti forme. — Cette espèce n’est pas très rare ; elle est, comme la précédente, sous forme de plaques, mais qui sont nettement arrondies et terminées par un bourrelet. Parsemées d’ailleurs de papules nombreuses et sans sécrétion appréciable, elles ont une grande ténacité et une grande durée. Elles tendent sans cesse à s’élargir et amènent des démangeaisons très prononcées. La différence principale qui existe entre ces deux variétés, c’est que la première est sécrétante, ce qui la relie au tempérament lymphatique et nerveux ; la seconde sécrète peu et se relie au tempérament bilieux et nerveux. Quant à ce qui différencie surtout le lichen herpétiforme du lichen simplex circumscriplus , c’est l’existence d’un bourrelet à la circonférence du premier, et par lequel s’opèrent les progrès incessants de la maladie, tandis que le lichen circonscrit reste assez stationnaire.
Diagnostic. — Telles sont les variétés assez nombreuses que peut offrir le lichen; ces variétés diverses nous conduisent à tracer les caractères différentiels de chacune d’elles. On voit d’abord deux lichens simples qui diffèrent entre eux par le volume de leurs papules : c’est le lichen simplex et le lichen agrius. Le caractère de la première espèce se déduit de la petitesse des papules, qu’il soit diffusus , circum scriptus ou gyratus , tandis que dans le lichen agrius la papule a un volume double, triple ou quadruple; les papules, dans ce dernier, donnent souvent heu d’ailleurs à une sécrétion que le lichen simplex ne fournit jamais que très accidentellement d’une manière insensible, à la suite de grattages, par exemple. Le lichen pilaris est très facile à distinguer, puisque chaque papule est traversée par un poil, phénomène qui, pour le dire en passant, détruit entièrement l’opinion de ceux qui font résider le siège anatomique du lichen dans les papilles de la peau. Quant au lichen lividus , on comprendra facilement combien la coloration vient ici apporter un cachet tout particulier à cette maladie, lorsqu’on se pénétrera de cette pensée
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que le lichen a généralement, à l’état aigu, une teinte rosée qui tend à le rapprocher des affections exanthémateuses. Mais il est une ma ladie avec laquelle on confond souvent le lichen : c’est la gale. Bon nombre de médecins commettent des erreurs à cet égard, et il faut dire qu’il n’est pas de diagnostic plus difficile dans quelques cas ; c’est qu’en effet le lichen a parfois le même siège que la gale, entre les doigts et à leur naissance. C’est surtout chez les jeunes enfants que l’erreur est commune, parce que le lichen est souvent diffus, existant disséminé sur le ventre , la poitrine, les membres et les doigts, comme la gale. Sous ce rapport cependant il est une circonstance particulière à la gale, et qui ne se rencontre pas dans le lichen : c’est l’absence de boutons à la figure ; tandis que le lichen se rencontre aussi bien à la figure, et même plutôt à la figure que sur les autres parties du corps. Mais c’est surtout par l’absence de vésicules au sommet des papules, par l’absence de sillons ou galeries d’acarus le long des doigts et à la verge, faits pour lesquels nous renvoyons à l’histoire de la gale (article Diagnostic ), que l’on arrive par le secours de la loupe à établir ces différences : c’est une étude toute spéciale à faire.
Causes. — Si nous avons insisté sur la liaison du lichen avec le tempérament nerveux, il ne s’ensuit pas que nous regardions ce tempérament comme la cause unique et essentiellement prédisposante de cette maladie; nous serions d’ailleurs dans l’erreur à l’égard du lichen agrius , dans lequel une certaine prédominance lymphatique existe toujours. Nous devons dire que le lichen simplex est le reflet le plus fréquent de divers états généraux, et notamment d’un état gastralgique ou entéralgique. A cet égard, il est très commun de rencontrer le lichen lié avec la gastralgie qui amène des rapports acides, et souvent aussi avec le pyrosis ou cette sorte d’ardeur épigastrique et œsophagienne qui est assez commune ; on l’observe encore dans les états morbides légers du foie. Ce sont ces circonstances qui viennent justifier les indications que nous donnerons sur le traitement interne du lichen. Enfin le lichen repose toujours sur des peaux fines, délicates, plus ou moins blanches, et l’on verra que le prurigo a des conditions de siège souvent opposées.
Traitement . — Les indications thérapeutiques que réclame le lichen dérivent de divers ordres défaits : 1° de l’état aigu ou chronique du lichen; 2° de sa forme ; 3° delà liaison de cette affection avec un état morbide, soit du système nerveux , soit d’un organe interne , ou de l’indépendance de toute autre maladie de ce genre. Le lichen aigu , quelle qu’en soit l’espèce , réclame essentiellement la médication antiphlogistique, et à cet égard rien ne réussit mieux que les rafraîchissants à l’intérieur, les bains amidonnés, l’amidon en poudre sur les surfaces malades et le repos réuni à une diminution dans les aliments. On voit alors le lichen céder comme par enchantement. Toutefois cette dernière 'assertion ne peut être appliquée qu’au lichen diffus ; car le lichen circonscrit, fût-il aigu, nécessite des soins plus soutenus, quoiqu’il soit beaucoup plus limité et plus discret. Nous en dirons autant du lichen diffus des doigts : ce n’est que par le repos des mains, l’absence de contact avec les agents extérieurs, les cataplasmes de fécule employés toutes les nuits, l’amidon le jour, que l’on parvient à le faire disparaître: encore est-il souvent nécessaire d’avoir recours à des lotions résolutives, et surtout à l’application de nitrate d’argent en dissolution faible (voy. Formulaire , Lotions n° 1).
Mais pour peu qu’un lichen ait été négligé ou mal soigné, il tend à prendre la forme chronique; il n’est d’ailleurs pas de maladie de la peau qui ait plus de tendance à suivre cette marche, et c’est alors qu’il faut employer des médications générales particulières et avoir recours à des soins prolongés. Ici se présentent, en raison du tempérament du sujet, en raison de la prédominance ou de l’absence de la surexcitation nerveuse, ou de la forme du lichen, des médications distinctes: lorsque la surexcitation nerveuse est très prononcée, il faut la combattre par l’opium cà dose progressive et par les antispasmodiques connus. Deux autres médications empiriques peuvent être mises en usage avec beaucoup de succès, eu égard à la forme de l’éruption; l’une a pour base les alcalins, l’autre la teinture de meloe vesicatorius. La première se rattache au lichen simplex, qui est lié surtout au tempérament bilieux ou nerveux ; la seconde a trait au lichen agrius qui coïncide presque toujours avec le t em pér a m en 1 1 ympl î a tique n er veu x . Tou t es les vari étés d e 1 i chen ch ro-
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nique simplex proprement dit se guérissent sous l’influence des alcalins. Les variétés de lichen agrius cèdent à merveille par la teinture de meloe vesicatorius y seulement il faut savoir graduer la dose de cette teinture suivant l’âge du sujet. Je renvoie, pour tout ce qui concerne l’une et l’autre médication, à la médication alcaline ou antinerveuse (voy. page 123) et à la médication par la teinture de cantharides (voy. page 129).
C’est assez dire qu’il doit exister des eaux minérales naturelles plus appropriées au lichen que d’autres, et à cet égard nous citerons celles de Vichy, de Plombières et de Louesche. Ces dernières m’ont procuré des succès fort remarquables, surtout dans les lichens circonscrits que je guérissais difficilement et qui exigeaient des soins prolongés. Entre autres faits je citerai une personne de trente-deux ans qui, depuis deux ans, voyait revenir en hiver un lichen des mains et que je n’avais pu guérir sans récidives. Je l’envoyai à Louesche au mois d’août, il en revint tout à fait débarrassé ; mais vers le milieu de décembre il se manifesta de nouveau quelques papules, et comme son séjour à Louesche lui avait été si utile, il vint me demander s’il ne pouvait pas aller aux bains dans cette saison. Informations prises, le trajet était encore praticable malgré les neiges. Il eut le courage de s’y rendre, et, seul dans l’établissement, il reprit en plein hiver une nouvelle saison d’eaux, qui le débarrassa complètement.
Ce ne serait à aucune de ces eaux qu’il faudrait envoyer un malade atteint de lichen agrius . Cette forme réclame l’emploi d’eaux sulfureuses ou sulfo-alcalines. Les eaux sulfureuses des Pyrénées d’abord, puis après leur usage celles de Bagnères-de-Bigorre pour calmer la surexcitation nerveuse, telle est la marche qu’il faut faire suivre aux malades atteints de cette affection.
Mais c’est dans les lichens chroniques plus ou moins circonscrits, tenaces, rebelles, qu’il est souvent nécessaire de modifier les surfaces malades par des cautérisations superficielles au nitrate d’argent. Je ne connais pas de maladie qui change plus la vitalité du tissu de la peau que celle-là. Si Alibert avait constamment son crayon de nitrate d’argent à la main dans les dernières années de sa pratique, cette méthode, portée chez lui jusqu’à l’abus, était bien
justifiée pour cette affection ; à plus forte raison lorsqu’il s’agit des lichens eczémateux etherpétiforme. Dans ce dernier cas, c’est surtout le bourrelet qu’il faut toucher. Dans le lichen eczémateux rebelle je n’hésite pas à faire suppurer la surface malade à l’aide de pommade
épispastique étendue d’axonge, de manière à modifier la vitalité du
tissu. • — Ces divers moyens que je viens d’énumérer n’excluent pas l’usage préalable des pommades résolutives ordinaires au tannin, à l’oxvde de zinc, celle au nitrate de bismuth associée surtout à des modificateurs du système nerveux, le chloroforme et le camphre.
Quant au lichen urticans , c’est une éruption que l’on peut considérer comme un exanthème, et qui veut être respectée et traitée par
rafraîchissantes, l’amidon en poudre et les bains simples.
Strophulus, feux de dents.
C on fer tus.
Volaticus.
lntertinctus.
Albidus.
Candidus.
d’une forme de lichen qui affecte les enfants à la mamelle, particulièrement à l’âge où s’opère le développement des dents. Cette éruption papuleuse se distingue en général du lichen par le volume plus considérable des papules, qui ont presque toujours un aspect exanthémateux plus ou moins marqué. La dénomination de feux de dents fait assez sentir à quelle cause on rattache généralement le développement de cette maladie. Sans nier l’existence de cette cause, qui joue un rôle très grand dans la naissance des maladies des enfants à la mamelle, M. Rayer fait observer avec raison que l’alimentation de l’enfant, souvent trop forte et amenant une irritation gastrointestinale, doit être pour beaucoup dans son développement.
Quoi qu’il en soit, le strophulus peut se montrer sur toutes les parties du corps, mais principalement au visage, sous forme de grosses papules diffuses avec démangeaison plus ou moins incommodes pour l’enfant. L’éruption, quelquefois accompagnée de lièvre, est souvent successive ; elle se guérit dans un point pour reparaître
STROPHULUS .
clans un autre, et elle n’a guère qu’une durée de sept à huit jours pour chaque papule, et quelquefois moins. Voici maintenant les caractères qui différencient les espèces. Si les papules sont d’un rouge animé , proéminentes , éparses et entremêlées de rougeurs érythémateuses d’une étendue variable, c’est le strophulus inter tinctus , qui disparait souvent le matin pour reparaître le soir, et se terminer en prenant une teinte jaunâtre, avec desquamation. Si les papules sont petites, blanchâtres à leur centre et rouges à leur circonférence, c’est le strophulus albidus , plus proéminent que le précédent et affectant principalement la face, le cou et la poitrine. On le nomme candidus lorsque les papules sont plus larges et uniformément blanches ou espacées les unes des autres, et affectant de préférence les membres. Enfin Willan a fait deux variétés basées sur la confluence des papules, strophulus confertus , et sur l’état successif et de peu de durée de chaque groupe d’éruption, strophulus volaticus. Dans la première de ces deux variétés, c’est surtout le dos et le tronc qui sont le siège de l’éruption ; il existe alors une petite sécrétion séreuse généralement résorbée d’ailleurs, mais que l’on peut faire écouler à l’aide de la piqûre avec une aiguille, et qui est placée plus profondément que sous l’épiderme, ainsi que cela a lieu
pour les vésicules: aussi on le confond souvent avec la gale. Ces
papules sont de plus longue durée et ne se terminent guère que dans l’espace de quinze jours, tandis que dans la seconde variété chaque groupe d’éruption se termine par desquamation dans l’espace de trois ou quatre jours ; les papules sont d’ailleurs beaucoup plus petites.
Quant au traitement, c’est évidemment à une médecine d’observation qu’il faut avoir recours; il y a lieu surtout de surveiller l’alimentation de l’enfant, le lait de la nourrice, d’administrer quelques bains à la fin de l’éruption, et au besoin de saupoudrer d’un peu d’amidon les surfaces malades.
Prurigo. Pruritus , morbus papulosus; scabies papuliformis. Morbus pedicularis ; phthiriasis ; maladie pédiculaire.
Avec papules :
Prurigo mitis.
— formicans.
— senilis.
— pedicularis.
Sans papules :
Prurigo général.
— partiel.
— podicis.
— * pudendi muliebris.
— scroti.
— plantaris.
Tous les auteurs ont dépeint avec raison cette maladie sous les couleurs les plus sombres, sous le rapport de sa ténacité et des démangeaisons qu’elle cause, se rapprochant en cela du lichen chronique arrivé à sa dernière période. C’est qu’en effet, il y a dans cette affection quelque chose de tout particulier et qui diffère de toutes les autres maladies, en ce sens que la lésion locale n’est pas toujours en rapport avec les phénomènes généraux qu’elle développe. Dans certains cas même le phénomène général existe sans lésion locale, et lorsque Alibert a parlé du prurigo latent , qu’il n’a fait qu’indiquer d’ailleurs, il a été dans le vrai, puisqu’il est des malades qui ne présentent à la peau aucune altération , et chez lesquels on observe la démangeaison et la surexcitation nerveuse la plus vive. Aussi n’hésitons-nous pas à admettre l’existence d’un prurigo sans papules, contrairement encore à l’opinion de tous les auteurs qui ont écrit après Alibert. M. Rayer seul reconnaît qu’il est des cas où il n’y a aucune proportion entre la démangeaison et l’éruption. J’ai vu trop d’exemples de prurigos sans papules pour ne pas admettre cette espèce. D’ailleurs, longtemps avant Alibert, Lorry, qui, sous le nom d’intertrigo, a décrit le prurigo pudendi muliebris avec tant de talent , a fait ressortir cette variété de prurigo sans papules en parlant de ce prurigo partiel.
On nous a objecté que dire qu’il existe un prurigo sans papules, c’est dire qu’il existe un prurigo sans prurigo, puisque l’état papuleux est le cachet de l'affection. Cela est vrai pour les médecins qui ne voient dans les maladies de la peau que l’état anatomicopathologique ; mais dans le prurigo, les phénomènes |de démangeaison , dans certaines conditions données toujours les mêmes,
PRURIGO.
caractérisent autant quelquefois la maladie que l’état papuleux ; et puis, dans cette forme de prurigo sans papules, il naîtra accidentellement, et sous l’influence de grattages, quelques papules isolées qui disparaîtront en très peu de temps, et qui ne présenteront pas tout à fait les caractères spéciaux de cette maladie, mais qui s’en rapprocheront assez pour que l’ensemble morbide fasse rattacher cette affection au prurigo; je persiste donc dans la variété que j’ai signalée.
Mais, chose remarquable, le prurigo peut être circonscrit à une surface de quelques centimètres, comme celle que représente le périnée de la femme, où il peut être général ; de là nos deux sousdivisions. Nous attachons d’ailleurs fort peu d’importance à ces variétés de prurigo mitis , formicans , senilis ; la forme morbide est toujours à peu de chose près la même.
11 n’en saurait être ainsi de la distinction entre le prurigo simple et le prurigo pédiculaire, qu’il ne faut pas confondre avec la maladie pédiculaire. Les poux, dans le prurigo pédiculaire, ne sont pour ainsi dire qu’une complication, qu’un accident. La maladie pédiculaire a au contraire son évolution, sa forme morbide toute différente de celle du prurigo. Quoi qu'il en soit, établissons les caractères qui sont propres à cette affection .
Le prurigo est une maladie à forme papuleuse, mais la papule morbide ne ressemble ni à celle du lichen, ni à celle du strophulus ou de la gale. Dans ces trois dernières maladies les papules sontacuminées, plus ou moins rosées ; terminées dans la gale par une très petite vésicule, elles sont consistantes et charnues dans toute leur étendue pour les deux autres affections ; d’ailleurs toujours plus ou moins rosées dans les trois cas et ayant pour siège presque exclusif la partie interne des membres, le devant de la poitrine, et pour deux de ces maladies, le lichen et le strophulus, la figure. Si l’on gratte ces papules, on en fait sortir de la sérosité dans la gale ; et il faut des grattages réitérés coïncidant avec une date ancienne de maladie pour amener ce résultat dans le lichen et le strophulus. Les papules ne s’excorient que difficilement dans ces deux affections : les grattages sont a cause du développement de nouvelles papules à côté des anciennes, mais elles ne sont pas généralement accompagnées d’une sécrétion.
h 10 PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALES.
Le prurigo au contraire affecte exclusivement le dos et la partie externe des membres. Toutes les papules qui le constituent sont extrêmement petites, peu élevées au-dessus du niveau de la peau, presque plates, peu enflammées, s’excorient avec une grande facilité, et fournissent un peu de sang ; de sorte qu’après quelques grattages chaque papule se trouve recouverte d’une petite lamelle de sang coagulé. L’existence de ce sang coagulé, réuni au siège de ces papules, leur donne un aspect tout spécial, et tellement caractéristique qu’il suffit d’avoir vu un prurigo nettement tranché pour ne jamais confondre cette maladie avec aucune autre : d’ailleurs elle est accompagnée d’une vive démangeaison qui, comme le lichen et la gale, augmente par la chaleur, mais qui se montre, comme dans ces affections, de préférence le soir, et souvent lorsque le sujet qui en est atteint se déshabille. Tels sont les principaux traits qui caractérisent cette maladie. Il faut cependant retrancher de ce tableau tout ce qui a trait au prurigo sans papules, et qui offre d’autres caractères que nous spécifierons lorsque nous en traiterons en particulier.
Le prurigo papuleux affecte en général deux âges opposés de la vie, l’enfance et la vieillesse. Cependant on peut aussi le rencontrer dans l’âge adulte. Willan et Alibert lui assignent principalement comme siège une peau blanche plus ou moins épaisse. Cela est exact pour le prurigo de l’enfance ou de l’adolescence, mais il est très commun de le rencontrer sur des peaux épaisses et brunes. Il est vrai que ce second cachet de peau est surtout celui du prurigo sans papules.
Tous les auteurs ont répété avec Willan que le prurigo papuleux pouvait être mitis, formicans et senilis. Ces variétés ne diffèrent que par l’intensité de la maladie et par la sensation différente qu’elle peut faire naître. Nous ajouterons , quant au prurigo senilis , la ténacité du mal et la difficulté d’en débarrasser ceux qui en sont atteints.
Le prurigo mitis , qui est généralement propre à l’enfance et à l’adolescence, se manifeste sur les épaules , les lombes, la partie externe des membres, par une démangeaison incommode avec développement de papules qui ne paraissent pas enflammées, à moins
PRURIGO.
qu’elles ne soient grattées ; ces papules s’excorient par le grattage et se couvrent d’une croûte sanguine : c’est surtout quelque temps après être au lit que se déclarent les démangeaisons qui privent le malade de sommeil pendant un certain temps.
11 n’en est pas tout à fait de même du prurigo formicans qui affecte plutôt l’âge adulte. Dans cette variété la sensation n’est plus celle d’une démangeaison ordinaire, c’est la sensation d’une foule de fourmis qui parcourent la peau ou d’un grand nombre d’insectes qui viendraient à ramper sous la peau. D’ailleurs, ce n’est pas toujours la même sensation : certains malades se sentent la peau traversée par des milliers d’aiguilles brûlantes; tous accusent une ardeur, une àcreté du sang. Mais quelle que soit la sensation, elle est vive, pénible, porte le trouble dans tout le système nerveux , et comme elle apparaît le soir, peu de temps après être au lit, elle empêche tout sommeil, elle force le malade à se lever, à se promener en chemise pour prendre le frais; s’il se recouche, il est obligé de se lever de nouveau et souvent de s’étendre nu sur le sol pour calmer ses démangeaisons; enfin, ce n’est que vers le milieu de la nuit, ou quelquefois à l’aube du jour, qu’il commence à goûter du repos. Inutile de dire qu’il se gratte, qu’il s’écorche la peau, et qu’en dehors des papules 'excoriées on trouve souvent sur la peau des traînées sanguines d’ongles qui se sont promenés avec violence pour satisfaire les démangeaisons.
La maladie semble dans quelques cas héréditaire ; il n’est pas rare de la voir se manifester chez plusieurs membres d’une même famille.
Elle n’a pas dans ces diverses formes la même intensité et la même durée. Ainsi le prurigo mitis est loin de persister et d’être rebelle aux traitements comme le prurigo formicans , et surtout le prurigo senilis. Mais tous les auteurs se sont accordés à regarder cette affection comme étant rebelle ; peut-être ont-ils exagéré cette manière de voir. Pour moi au moins, la ténacité du prurigo est en raison de deux circonstances, son ancienneté d’abord, puis sa localisation. Ainsi il est beaucoup plus facile de guérir un prurigo général qu’un prurigo partiel, même de date récente. Quant au prurigo général, on le guérit assez facilement et assez vite, à moins qu’il ne soit fort ancien.
C’est dans la misère, la malpropreté et les chagrins qu’il, faut chercher les causes de cette affection, pour l’âge adulte et la vieillesse. Ces causes expliquent comment le prurigo est si commun chez les vieillards généralement peu soucieux des soins de propreté. Au surplus voici ce que la statistique nous a appris à cet égard : Sur 59 cas de prurigo recueillis dans mon service, on en trouve 39 chez les hommes et 20 chez les femmes ; 28 se rapportaient au tempérament sanguin ou au tempérament sanguin lymphatique ; 1/t au tempérament lymphatique nerveux; 6 seulement au tempérament nerveux et 2 au tempérament bilieux. Il y a, comme on le voit, une différence marquée entre cette affection papuleuse et le lichen qui se relient essentiellement au tempérament nerveux. La gale, dans 28 cas où l’on avait tenu compte des maladies antérieures, figurait pour 16 fois. Sur ces 59 cas on comptait 4 prurigos de moins de 1 mois; 33 de. 1 mois à 1 an ; 16 de plus de 1 an ; et 6 de plus de 10 ans ; ce qui prouve l’incurie de ceux qui la conservent souvent sans se faire traiter, la difficulté de la guérir dans quelques cas et surtout ses récidives faciles. C’est surtout en été et en hiver qu’elle débute, car sur 34 cas il y en a 12 développés en été et 10 en hiver. On a tenu compte de quelques chiffres par rapport aux récidives, les voici : 5 cas à leur première récidive, 1 à sa deuxième, 9 récidives multiples et 3 récidives annuelles depuis fort longtemps. Si la statistique avait été plus complète, elle eût augmenté ces chiffres dans une grande proportion. 10 fois sur 12 la malpropreté et la misère sont désignées comme cause ; 2 fois sur 12 le chagrin. Enfin, la statistique justifie encore ce que les auteurs ont écrit sur l’àge auquel se développe la maladie. Ainsi sur 51 cas où il est noté, on en trouve 12 développés de 15 à 25 ans; 3 seulement de 25 à 35 ; puis une progression croissante , c’est-à-dire 8 de 35 à 45; 12 de 45 à 55; 11 de 55 à 65, et 5 de 65 à 75. Il faut faire observer que relativement au petit nombre d’individus qui arrivent à un âge avancé, ces derniers chiffres sont considérables quand on les compare surtout à la période de 25 à 35 et à celle de 35 à 45.
Quant au développement de la maladie il est toujours gradué, assez lent, à moins qu’il ne s’agisse du prurigo pédiculaire. Des démangeaisons se font sentir sur les épaules, au cou ; elles s’éten-
PRURIGO.
dent peu à peu aux membres supérieurs, puis aux membres inférieurs. Mais quand il s’agit du prurigo mitis ou de la jeunesse, il n’est pas rare de voir l’affection débuter par les membres, et notamment par les avant-bras et les jambes pour gagner les parties supérieures du corps. Dans cette espèce, les papules à croûtes sanguines se montrent très vite, tandis que dans le prurigo senilis les papules sont beaucoup moins nombreuses et paraissent être précédées dans leur développement par la démangeaison de la peau.
Toutes les parties du corps, la figure même, peuvent être envahies par le prurigo ; mais cette dernière partie n’est qu’exceptionnellement atteinte, puisque nous ne trouvons, sur 59 cas, que trois exemples de ce genre.
Le prurigo papuleux peut d’ailleurs disparaître seul ; il cède à la fin de la saison dans laquelle il s’est montré pour reparaître souvent à la même époque l’année suivante, à moins qu’il ne soit entretenu par des conditions de malpropreté.
Il y a, comme on le voit, une assez grande distinction à faire entre le prurigo papuleux du jeune âge et le prurigo papuleux du déclin de la vie ou de la période avancée de la vie. Le prurigo du jeune âge , qui se montre depuis la naissance jusqu’à vingt ans environ, est une maladie aiguë qui naît sur des sujets lymphatiques et qui peut paraître et disparaître spontanément. Il n’est pas toujours nécessairement lié à la misère et à la malpropreté comme le prurigo d’un âge plus avancé, quoique, même dans cette période de la vie, la malpropreté puisse encore intervenir comme cause; mais il se rattache souvent alors à quelque gastralgie ou altération de fonction des voies digestives. Aussi le traitement doit-il en être modifié en raison de ces circonstances.
Les détails dans lesquels je suis entré à l’égard des caractères du prurigo me dispensent d’en établir le diagnostic général ; ni le lichen, ni la gale, ni le strophulus, qui sont les maladies les plus voisines de cette affection , ne peuvent être confondus avec lui : le siège de chacune de ces maladies est dans les régions antérieures du corps, par rapport à celui du prurigo, qui attaque la partie postérieure du corps et la partie externe des membres ; la forme des papules toutes tapissées dans le prurigo de petites croûtes san-
k\k PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALES.
guines, ne permettent pas de confondre cette maladie avec les précédentes.
Mais ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est, que la gale, le lichen, le prurigo, sont des maladies qui se relient entre elles, que l’on retrouve souvent à la fois sur le même individu, ce qui rend le diagnostic de chacune d’elles beaucoup plus difficile. Ces coïncidences assez communes ont dû être pour quelque chose dans les idées récemment émises sur la gale.
Traitement. — J’isole à dessein le traitement du prurigo papuleux de l’histoire et du traitement du prurigo non papuleux. En effet, autant est facile la guérison d’un prurigo papuleux, autant est difficile le traitement d’un prurigo non papuleux. On peut établir à cet égard, suivant moi, cette proposition, que le prurigo est d’autant plus facile à guérir, qu’il est accompagné du développement d’un plus grand nombre de papules.
Tout prurigo né dans des conditions de jeunesse et développé depuis peu de temps, doit être traité par des émollients, quelquefois même le traitement doit être précédé d’une petite émission sanguine; les bains gélatineux , le saindoux à l’extérieur, quelques médicaments simples ou une hygiène propre à combattre les symptômes de gastralgie quand ils existent; plus tard l’emploi d’une pommade légèrement sulfureuse et alcaline : voilà un ensemble de moyens toujours suffisants pour amener la guérison.
Depuis un grand nombre d’années j’applique au prurigo d’un âge plus avancé de la vie le traitement de la gale, non pas celui en deux heures, mais les bains sulfureux tous les deux jours et des onctions sur le corps avec une pommade sulfo-alcaliile (voyez Formulaire). Ce traitement est si rapide et si complet dans ses résultats, que j’ai toujours été frappé de voir les auteurs parler du prurigo comme d’une maladie presque incurable. Je vais plus loin, et dans beaucoup de cas, je crains de guérir trop vite; ce sont ceux où le prurigo siège sur des individus qui ont, comme on le dit, la respiration un peu courte, ou qui sont un peu asthmatiques. Il faut à cet égard que l’on sache, ainsi que je l’ai dit dans la pathologie générale de cet ouvrage, et ainsi que je le ferai pressentir en parlant de la guérison de la gale en deux heures, que la disparition brusque d’une
PRURIGO.
démangeaison habituelle peut développer tous les accidents que développe la suppression d’une sécrétion de longue date à la peau. La poitrine se prend, s’embarrasse, la respiration devient anxieuse, sibilante, le pouls s’affaiblit et prend de la fréquence, la figure s’altère, tout cela dans l’espace de quelques heures, et l’individu est en
danger de mort, comme si une surface eczémateuse s’était brusquement desséchée. 11 faut donc dans le traitement prendre en grande considération l’état de la poitrine du sujet et guérir d’autant plus lentement que le prurigo est de date plus ancienne. Inutile d’ajouter qu’après la guérison il faut recommander aux malades des soins de propreté et l’usage de bains alcalins ou savonneux. (Voyez Formulaire .)
Prurigo pédiculaire . — Je ne prétends pas décrire la maladie pédiculaire dans l’histoire du prurigo, je la renvoie au groupe des maladies avec parasites animaux ; mais il m’est impossible de séparer le prurigo pédiculaire du prurigo ordinaire, quoique le prurigo pédiculaire soit accompagné d’une production accidentelle de poux. Pour moi, la maladie pédiculaire proprement dite, et dont on retrouve des exemples très tranchés dans ces foyers de poux qui surgissent soit à la surface de la tête, soit à la surface du corps, est autre chose. Dans le prurigo pédiculaire il semble que les poux soient une complication. Ainsi l’on observe à cet égard deux ordres de faits : chez un individu déjà atteint de prurigo général avec papules localisées comme nous les avons décrites, il va se manifester quelques poux, parce que cet individu est couché avec un individu qui a été porteur de poux ; mais alors ils seront rares, disséminés à la surface du corps. Les produits morbides de la peau provenant de la morsure de ces insectes ne seront qu’accidentels, tandis que les papules de prurigo constitueront le cachet principal de l’affection; c’est ce que l’on observe chez beaucoup de vieillards malheureux et malpropres.
Quoi qu’il en soit, voici quel est le cachet du prurigo pédiculaire . Comme dans le prurigo simple, il existe des papules à croûtes sanguines disséminées sur le dos et sur la partie externe des membres ; mais on voit en outre sur le devant et sur le haut de la poitrine, sur le ventre, ainsi qu’entre les papules de prurigo qui occupent la
partie supérieure du dos, une série de petites excoriations de la peau et une foule de petits points enflammés très élevés au-dessus du niveau de la peau, se rapprochant un peu du lichen sans en avoir la forme conique bien tranchée ; çà et là des petites surfaces légèrement suintantes, et d’où s'échappe un peu de matière à la fois séreuse et muqueuse, de sorte qu’au lieu d’avoir un état papuleux à croûte sanguine bien arrêté, bien net, sur une peau saine, on a un mélange de toutes les altérations que nous venons de décrire, reposant sur un fond plus ou moins rouge de la peau. Cet état dans la région antérieure du corps simule la gale du ventre et de la poitrine.
Inutile de dire que le prurigo pédiculaire amène aussi des démangeaisons, mais celles-ci ne sont plus de même nature; elles sont une double conséquence et de l’affection prurigineuse et de l’existence d’une proportion plus ou moins grande d’insectes qui se promènent à la surface de la peau.
Dans la maladie pédiculaire soit de la tête, soit du corps, il n’y a plus du tout le même cachet. L’état papuleux du prurigo proprement dit n’existe pas ; on n’aperçoit à la peau que la trace de grattages. L’altération morbide est donc tout autre. Je sais combien il sera difficile dans certains cas de poser la limite entre les deux affections, mais, sous le rapport scientifique, je crois qu’il est important d’établir la distinction.
Quant à la durée de l’affection, elle est illimitée comme toutes les maladies avec production végétale ou animale ; tant que la source de ces productions n’est pas détruite, la maladie persiste ; mais, il faut le dire, rien de plus facile à guérir qu’un prurigo pédiculaire, les bains sulfureux et la pommade sulfureuse simple (voy. Formulaire) suffisent parfaitement; il n’est même pas besoin d’employer une pommade sulfo-alcaline. Ici un précepte que nous avons déjà établi à l’égard du prurigo trouve plus entièrement encore son application, à savoir, qu’il ne faut pas guérir trop vite la maladie, et surtout ne pas détruire trop rapidement les poux. Au surplus, nous renvoyons à cet égard le lecteur à la description que nous ferons de la maladie pédiculaire. 11 suffit donc d’un bain sulfureux tous les deux jours, puis après trois bains, des onctions avec la pommade
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sulfureuse sans qu’on soit obligé d’employer de frictions comme pour le traitement de la gale.
Prurigo sans papules. — Alibert n’a fait qu’entrevoir cette maladie; c’est en quelques lignes qu’il cite l’exemple d’une jeune religieuse carmélite, qui était tellement tourmentée par cette affection, que dans la nuit elle s’élançait précipitamment de sa couche et trouvait une sorte de soulagement à se placer à nu sur le carreau de sa chambre. Il attribue cette affection à ce que cette religieuse portait par mortification une chemise de laine; c’est là une erreur : combien de personnes qui sont couvertes de laine de la tête aux pieds et qui n’ont pas de prurigo ! 11 cite encore le cas de la fille d’un pâtissier qui eut cette maladie jusqu’à son mariage où, déplacée de 1 habitation de son père et loin de la chaleur continuelle d’un four, elle vit disparaître cette maladie. Alibert a désigné cette variété sous le nom de prurigo latent. J’ai eu occasion de l’observer si souvent, que je n’hésite pas à en faire une variété très distincte, et je rattache à cette espèce les prurigos partiels décrits par les auteurs sous les dénominations de prurigo podicis, pudendi muliebris, scroti et plantaris. Dans tous ces prurigos on retrouve des caractères communs très nets qui les rapprochent : 1° La démangeaison plus vive, plus poignante, plus irrésistible que dans toutes les autres variétés de prurigo papuleux; 2° l’absence absolue de papules ou une disproportion énorme entre la démangeaison et l’existence de quelques rares papules, incapables delà justifier; 3° l’état endurci, presque tanné de la peau, qui, dans certains cas, est porté si loin, qu’un malade atteint de prurigo général de cette espèce se gratte à outrance tous les soirs et qu’il n’en reste pas de traces le lendemain, l’ongle éraillé légèrement l’épiderme, il n’en enlève qu’une cuticule très mince sans amener aucun suintement sanguinolent; et certes ces malades ne ménagent pas les grattages; 4° quand le prurigo sans papules est partiel et qu’il attaque une partie maintenue dans un état de contact constant avec la peau voisine, comme les bourses, le périnée, la marge de l’anus, alors il s’opère accidentellement un suintement, dest muqueux, plastique, et la peau, sans être très sensiblement excoriée, en devient seulement plus épaisse et humide; 5° enfin tout prurigo sans papules est d’une guérison bien
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plus difficile que le prurigo papuleux. C’est au prurigo sans papules qu’il faut rattacher tout ce que disent les auteurs des difficultés que le médecin éprouve à guérir cette maladie. Voilà donc un prurigo bien spécial et qui se différencie nettement du prurigo papuleux. Nous n’avons rien forcé dans les caractères que nous en avons donnés. Ajoutons que, lorsqu’il est général, on le rencontre surtout chez les individus d’un tempérament hilioso-lymphatique, à peau brune ; qu’il s’observe le plus souvent à un âge assez avancé de la vie; qu’il se relie parfois à des lésions chroniques des organes abdominaux, soit des tumeurs du côté du foie, des augmentations de volume ou engorgements de la rate, ou à des tumeurs abdominales de nature diverse II paraîtrait aussi se rattacher à certaines professions, car un boulanger auquel j’ai donné des soins l’a conservé pendant dix-huit à vingt ans, exposé qu’il était continuellement à la chaleur de son four, et à l’instar de la fille de ce pâtissier traitée par Alibert. Il est des individus qui en restent atteints pendant de longues années et pour lesquels la démangeaison devient un besoin de tous les jours. Aussi, quand on les débarrasse trop rapidement ou quand par une cause accidentelle celte démangeaison vient à disparaître, ils sont pris tout à coup d’accidents les plus graves , ordinairement du côté de la poitrine ou du côté des intestins : soit pour la poitrine, l’anxiété de la respiration et tous les phénomènes de l’engorgement séro-sanguinolent des poumons ; soit pour les intestins, d’une diarrhée très abondante ; la vie du malade étant en danger dans les deux cas.
Depuis deux ans ( Journal de médecine et de chirurgie pratiques , avril 1855), mon attention a été appelée sur la coïncidence du prurigo avec des affections du foie chez deux malades, dont l’un est atteint de calculs biliaires, et dont l’autre a une hypertrophie du foie, et, suivant quelques médecins qui ont été à même de le visiter avec moi, aurait aussi des calculs biliaires. Mais, à cet égard, ce ne sont que des présomptions basées sur l’état général du malade et sur une sensation de bruit de frottement qui aurait été perçue. Chose remarquable, le prurigo, chez ces deux malades, précède l’invasion de l’ictère et l’annonce; les bains alcalins l’arrêtent quelquefois, mais ne le font pas céder entièrement, les pom-
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mades sont presque sans succès contre cette affection. Lorsque les accidents déterminés par les calculs biliaires viennent à céder par l’évacuation des calculs dans les garde-robes , alors le prurigo s’éteint peu à peu et disparaît. On comprend que ce n’est là qu’un phénomène de réflexion morbide, et l’on conçoit aussi que la thérapeutique dirigée ordinairement contre le prurigo ne doive produire aucun résultat en présence de la maladie du foie qui en est l’origine. Mais personne n’a signalé cette liaison , et il était bon de la faire connaître. D’ailleurs, malgré les grattages incessants sur toute la surface du corps, il n’y a qu’un simple arrachement pelliculeux de l’épiderme, sans émission de sang ou de liquide séreux,
et sans aucune trace de papules. C’est donc vers le foie que doit être dirigé tout le traitement.
A cet égard, beau de Vichy est le moyen qui, au premier abord, appelle l’attention du médecin, et cependant, je dois le dire, elle est souvent insuffisante, comme on le verra dans une des observations suivantes. Chez ce malade, ce qui m’a le mieux réussi, c’est l’usage du calomel à dose très fractionnée, et employé tous les jours, 5 centigrammes à 1 décigramme.
Le premier des faits que je vais rapporter à l’appui des assertions que je viens d’émettre appartient à ma pratique de la ville.
M. X.., âgé de quarante-huit ans, est. depuis huit ans sujet à des jaunisses qui, rares d’abord, se sont ensuite renouvelées deux et irois fois par an. Elles affectaient primitivement une durée ordinaire. Quelques sangsues à l’anus, des bains, de la tisane et du régime suffisaient pour les faire disparaître. Mais bientôt elles ont pris une durée beaucoup plus longue, jusqu’à persister pendant plusieurs mois; elles ont été rebelles au traitement ordinaire ; les eaux de Vichy et le séjour à Vichy, d’abord utiles, sont devenus infructueux ; enfin M. X. a fini par rendre par les garde-robes des calculs biliaires prismatiques, du genre de ceux qui sont quelquefois si multiples dans la vésicule, et, chaque fois que les calculs ont été rendus, l’ictère a disparu quelque temps après, en même temps que l’estomac et les intestins sont rentrés dans leurs fonctions habituelles. En effet, il y avait presque constamment de l’anorexie parfois même du dégoût pour les aliments, et il existait une constipation opiniâtre avec matières décolorées et ressemblant à de la terre glaise. Des coliques hépatiques extrêmement violentes précédaient constamment l’émission des calculs. Le foie débordait sensiblement le bord des fausses côtes. Inutile d’ajouter qu’une fouie de médications ont été mises en usage, et nous
devons dire que celle qui a eu le plus de succès a consisté dans l’emploi, matin et soir, d’une pilule de calomel à 0,05 centigrammes. Tel est l’état sommaire de ce malade.
Ce qui doit surtout attirer l’attention dans ce fait, c’est que chaque jaunisse a toujours été précédée d’une démangeaison à la peau, qui a persisté pendant toute la durée de chacune d’elles, et qui, par son intensité, réflétait l’intensité et la durée de la jaunisse. Ce n’etait pas une simple démangeaison provenant d’une rougeur accidentelle de la peau, par exemple : c’était un véritable prurigo sans papules. Le malade, à divers instants de la journée, et notamment le soir, lorsque se faisait sentir la chaleur du lit, se grattait tout le corps et même la figure. La peau semblait se tanner et durcir en proportion de l’intensité des démangeaisons, et les grattages ny développaient aucune papule ; ils n’y laissaient que la trace d’excoriations linéaires épidermiques dues à l’action des ongles. Des bains alcalins de deux à trois heures calmaient seuls ces démangeaisons. La diminution du prurit, qu’il y ait eu ou qu’il n’y ait pas eu de calculs rendus, annonçait le retour à la santé avant même la coloration de matières fécales, avant la décoloration des urines et de la sclérotique.
Je puis, à côté de ce fait, en placer un second tout à fait analogue et tiré de mon service à l’hôpital; c’est celui d’un malade qui était couché au n° 13 de la salle Saint-Louis.
Le nommé Mahy (Louis), âgé de trente -huit ans, cordonnier, d’une complexion fort délicate, est habituellement d’une assez bonne santé; sauf les petites indispositions qu’entraînent de temps en temps les excès de fatigue.
11 y a trois mois, à la suite d’un érysipèle de la face, qui fut de courte durée, il fut pris de violentes douleurs siégeant au creux de l’estomac. En même temps l’appétit diminua et se pervertit, au point qu’il survint un dégoût insurmontable pour certains aliments, et notamment pour toutes les choses sucrées. Les douleurs épigastriques devenaient de plus en plus intenses, principalement la nuit, sans qu’il ail jamais été possible de les rattacher à la nature des aliments. Puis, au bout de quelques semaines, se montra une jaunisse qui ne tarda pas à devenir extrêmement prononcée.
Au bout de trois semaines, c’est-à-dire aussitôt que l’ictère fut établi, les coliques héput'ques, car c’en était évidemment, avaient cessé, mais la peau était devenue le siège d’une démangeaison excessivement intense sur toute la
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surface du corps; le contact des vêtements ne pouvait même plus être supporté. Le séjour au lit était devenu impossible, et par conséquent aussi le sommeil ; à peine la chemise pouvait-elle être tolérée : le malheureux patient ne se trouvait bien que complètement nu, assis sur une chaise, ou dans un bain.
Cette effroyable hyperesthésie de la peau pouvait-elle être attribuée à une éruption papuleuse, à un prurigo, dans l’acception ordinaire du mot? Pas du tout. La peau était sèche et lisse et ne présentait que les traces de grattages et de frottements violents.
11 y a maintenant trois mois que la maladie dure en s’atténuant. L’ictère est très prononcé, le bord inférieur du foie déborde les fausses côtes de trois travers de doigt. Quelques papules excoriées font voir çà et là de ces petites croûtes sanguines qui constituent le caractère classique du prurigo. On en peut compter deux ou trois par exemple sur chaque bras et autant sur le tronc. Lorsque, il y a quelques jours, je pressais le malade de me dire si ces papules n’étaient pas plus nombreuses autrefois, alors que la démangeaison était beaucoup plus vive, il m’affirma très explicitement que jamais il n’en avait autant vu qu’à présent, et que pendant bien longtemps même toute la peau était restée complètement dépourvue de ces sortes de boutons. Il y a plus : depuis une quinzaine de jours, bien que l’ictère soit resté stationnaire, la démangeaison a presque entièrement disparu, et les mêmes papules, toujours fort rares, de prurigo ont persisté. Il ne suffisait pas de leur absence pour démontrer qu’elles ne sont pas essentielles au prurigo : leur présence même ajoute actuellement une nouvelle preuve à cette vérité déjà évidente auparavant.
Il faut ajouter que, depuis un mois que ce malade est à l’hôpital, l’usage des alcalins à l’intérieur et sous forme de bains a rétabli les fonctions digestives dans presque toute leur intégrité, et que, malgré la persistance de son ictère, les coliques n’ont pas reparu depuis deux mois; ces bains ont puissamment contribué, cela est probable, à diminuer la démangeaison qui n’est plus que passagère et très supportable.
A ces deux faits si curieux, il me serait possible d’en joindre deux autres tout à fait semblables, dont Lun nous a passé sous les yeux à la consultation publique, et dont l’autre se trouve encore maintenant dans un autre service à l’hôpital. L’un et l’autre sont relatifs à deux femmes âgées atteintes également d’un ictère symptomatique d’une affection ancienne du foie.
Ces faits, qui sont loin d’être rares, ne démontrent pas seulement la liaison du prurigo avec l’ictère : ils établissent encore d'une façon irrécusable l’existence et la ténacité du prurigo sans papules.
Mais le prurigo sans papules et général peut se présenter à l’état aigu comme à l’état chronique. Je ne l’avais pas encore observé
sous cette forme, lorsqu’une personne du monde, homme lettré, vint me consulter dans un état de désordre moral grave résultant des souffrances excessives auxquelles il était en proie depuis peu de temps. Si quelques prodromes avaient précédé cet état, ainsi qu’il le mentionne dans la note qu’il a rédigée lui-même, et que je reproduis ici, il faut dire que tout à coup des souffrances aiguës se sont montrées. Depuis quinze jours il était sous leur influence, et jusque-là il n’avait éprouvé qu’un certain trouble dans le système nerveux, résultant de démangeaisons passagères qu’il éprouvait. Il n’a pas relaté suffisamment ce passage brusque à cet état de souffrance, mais il me l’a nettement dépeint lors de la première consultation que je lui ai donnée. Laissons donc parler le malade.
Prurigo sans papules. — État aigu. —Guérison. — M. G... , âgé de soixanteun ans, résidant à Paris, ressentit dans les derniers jours du mois d’avril 1855, vers la région du périnée, des douleurs lancinâmes très vives , analogues à celles que produisent les clous. Après deux ou trois jours de souffrances et de nuits sans sommeil, il consulta un médecin de province, son ami, accidentellement à Paris, qui déclara, après examen des boutons, que c’était un zona. — Des bains de son, des cataplasmes avec tête de pavot furent prescrits, et le malade n’ayant aucun symptôme de fièvre put prendre une nourriture de légumes et de viandes blanches. Le docteur H..., qui quittait Paris le lendemain, annonça que cette affection cutanée pouvait durer huit ou dix jours; qu’elle serait douloureuse, qu’il y aurait privation de sommeil, besoin de mouvement ; mais qu’elle n’avait aucun caractère inquiétant. 11 engagea à prendre, comme purgatif, quand les boutons commenceraient à sécher, une quantité de sel de Sedlitz, dont il détermina la dose. — M. G... suivit rigoureusement ces prescriptions ; mais les douleurs du zona étaient à peine terminées qu’il éprouva, le 5 ou 6 mai, dans le bas des reins, aux cuisses, aux jambes et aux bras, des démangeaisons intolérables, sans que des boutons ou des rougeurs se manifestassent à la peau. — Le besoin de gratter se faisant sentir, M. G... se servit, pour éviter les déchirures des ongles, d’une brosse à habits un peu rude. U en résultait une espèce de soulagement ; mais à la suite du brossage se montraient, sur certaines parties, des cloches, comme celles que produisent des morsures de puces; d’autres fois, de petites pustules qui rappelaient des piqûres d’orties ; d’autres fois encore, de petits points rouges, comme quand on a la chair de poule. — Les douleurs du prurit étaient insupportables, surtout la nuit, qui se passait toujours sans sommeil. Pendant le jour, la distraction , le mouvement, la promenade éloignaient ou suspendaient la crise des démangeaisons, qui reparaissaient dans le repos. — Pensant qu’elles pouvaient être la suite ou la fin du zona, le malade avait continué l’usage des bains et
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des cataplasmes ; mais le 1 L mai, les démangeaisons lurent si vives, si continues , si générales, qu’il se décida à consulter le docteur B... — Après avoir pris connaissance de l’affection et de ses phases, M. Bergeron ordonna des bains de sous-carbonate de soude et de gélatine, puis des lotions d’eau vinaigrée sur les parties où les démangeaisons se faisaient sentir. L’absence continue du sommeil lui lit aussi prescrire une potion calmante. — Ces moyens amenèrent le jour même de leur emploi un peu de calme et un sommeil de une heure ou deux, quoique lourd et interrompu. Ce soulagement ne fut toutefois que momentané; et malgré la continuation du même régime, les démangeaisons continuèrent aussi violentes que par le passé. — Le malade fit alors connaître à M. Bergeron qu’il était sujet tous les hivers, au moment où il se mettait au lit et où le froid des draps se faisait sentir, à un prurit analogue à celui qu’il éprouvait. Seulement il ne se montrait qu’aux cuisses et dans leur partie interne. Il ajouta, qu’après le frottement avec la brosse, ce prurit, dont la durée était variable, s’apaisait peu à peu, et que le sommeil finissait par revenir. Dès que la saison était plus douce, les démangeaisons qui s’étentendaient quelquefois au delà de la région indiquée disparaissaient. — Il rappela aussi qu’un médecin , consulté l’année précédente , avait conseillé des bains sulfureux dont on n’avait pas encore fait usage, et M. G... demanda s’il pouvait en essayer. - Sans compter sur leur effet, M, Bergeron crut pouvoir les autoriser. Quatre furent pris dans l’espace de huit jours. Ils furent sans résultat. Impatient de souffrir aussi longtemps, M. G... parla d’un purgatif, comme dérivatif. Le doeteur Bergeron, qui reconnaissait une affection nerveuse chez son malade, n’en espérait aucun succès. Toutefois, il prescrivit 15 grammes d’eau-de-vie allemande, mêlée à 10 grammes de sirop de nerprun dans un julep simple. — La médecine fut sans effet sensible. Reprise à même dose le lendemain, elle n’eut guère plus de résultats. L’affection cutanée continua de subsister. — L’état empirait. Le malade était toujours sans fièvre, il est vrai ; mais il maigrissait par suite de la diète à laquelle il s’était volontairement soumis, et s’affaiblissait par la privation continue de sommeil. Ce fut alors que, guidé par un sentiment de bienveillance, M. Bergeron engagea M. G... à se présenter, en son nom, chez son ancien maître, aujourd’hui son collègue, M. Devergie. — Après avoir pris connaissance des faits qui précèdent, M. Devergie reconnut, le 23 mai, à M. G... une affection nerveuse et un prurigo particulier. Il prescrivit, sur les parties du corps où les démangeaisons se faisaient sentir, des lotions d’eau froide, à l’aide d’une éponge largement mouillée, puis des bains de vapeur. Des aspersions d’eau tempérée devaient être faites au milieu de chaque bain. 11 proscrivit l’usage de la brosse. • — Deux ou trois jours de ce régime tirent disparaître les grandes démangeaisons; et chaque nuit le malade put goûter deux ou trois heures de sommeil, quelquefois davantage. Plus tard un bain froid fut pris tous les soirs avant de se mettre au lit. Aujourd’hui, 15 juin, il y a un mieux très sensible. —L’état n’est cependant pas normal. M. G... ressent encore, même pendant le jour, des piqûres peu
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douloureuses sans doute, et d’autres ibis, en marchant, une sensation semblable à celle de pelits boutons froissés ou irrités par le frottement des vêtements. Pendant la nuit, c’est un besoin de mouvement, un malaise indéfinissable, accompagné ou suivi de démangeaisons locales, peu étendues, mais souvent très vives. Elles cèdent à des lotions d’eau froide, à une promenade par la chambre, et peut-être aussi à l’influence des bains de, vapeur que le malade a toujours continués. — Quoique la position soit très supportable aujourd’hui, la guérison n’est pas encore complète, et c’est arrivé à ce point que M. G... s’est rendu de nouveau chez M. Devergie. Cet honorable docteur l’a engagé à se soumettre pendant un mois à un traitement hydropathique.
Ce traitement offrit cela de particulier, que tout emploi d’eau froide par irrigation ou par frottement sur la peau, telles que douches en jet, en arrosoir, en jets circulaires, en bain de siège irrigateur, développait après le bain une surexcitation nerveuse avec chaleur et cuisson à la peau , qui durait une demi-heure, et qui
jetait M . dans un état de malaise inexprimable. On dut s’en tenir
aux sudations et aux immersions dans l’eau froide. La guérison fut ainsi obtenue. Mais tel était l’état du malade, que lorsqu’il vint me consulter, il exprimait des souffrances assez grandes pour que les personnes qui l’entouraient craignissent qu’il se suicidât.
Dans cette variété, la forme aiguë a donc été très distincte, et il nous a fallu nous adresser pour la guérir à un tout autre ordre de moyens. Il n’en est pas de même pour le prurigo général sans papules et chronique. C’est encore aux sulfureux qu’il faut avoir recours dans le traitement de cette maladie. Aussi les eaux thermales de cette nature conviennent-elles parfaitement, mais elles sont souvent insuffisantes; de là l’emploi des alcalins en pommade, en bains, de la pommade au précipité blanc, celui de l’huile de cade (voyez Formulaire), les bains de mer, etc., ceux à l’alun et même au sublimé. C’est assez dire, en présence de modificateurs si variés, combien de médecins échouent souvent.
Prurigo sans papules partiel. — On peut réunir dans la même description les variétés de prurigo podicis , pudendi muliebris , scroti , etc. En effet, c’est la même maladie localisée dans un endroit différent et n’amenant delà variété dans les symptômes qu’en raison même du siège qu’elle occupe. Et d’abord, rappelons comme un fait général que chacun de ces prurigos est plus difficile à guérir
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que le prurigo général. C’est encore une circonstance qui vient confirmer une assertion que j’ai émise clans mes notions de pathologie générale, à savoir que toute maladie de la peau limitée à un seul point du corps est toujours d’une curation plus difficile qu’une maladie disséminée à sa surface.
De ces diverses affections la plus commune est celle de l’anus, prurigo podicis ; elle affecte principalement les hommes. Celle qui lui correspond chez la femme est le prurigo du périnée, qui s’étend peu à peu aux grandes lèvres, mais dans leur partie postérieure seulement, ce qui le distingue du prurigo pudendi muliebris, qui siège au contraire en avant. Le prurigo podicis se montre à tous les âges à partir de l’adolescence et de la jeunesse ; il est cependant plus commun dans l’àge adulte qu’à toute autre époque de la vie. C’est au pourtour de l’anus qu’il naît d’abord; il s’étend peu au delà, mais il se prolonge en arrière le long du raphé qui gagne le coccyx et en avant vers le périnée. Toutefois il n’atteint que lentement ces parties ; il n’est pas rare de le voir se relier, comme la fistule anale, sinon à la phthisie directement, au moins à des poitrines délicates; et alors cette circonstance doit appeler toute l’attention du médecin, car une guérison intempestive peut être suivie des plus graves accidents. J’ai donné des soins à un jeune magistrat qui était atteint de cette maladie depuis plusieurs années : elle en était arrivée à ce point, qu’il ne pouvait plus siéger à l’audience, obligé qu’il était de se déplacer continuellement de droite et de gauche sur son siège. La santé générale était bonne, la poitrine peu forte. Cependant, j’eus beaucoup de peine à guérir ce prurigo, et quoiqu’il ri’v ait eu qu’une extinction graduée de la démangeaison , il survint quelque temps après, çà et là , une expectoration sanguinolente, plus tard deux hémoptysies; à une époque plus avancée, l’hémoptysie et les accidents de la poitrine disparurent pour faire place à des douleurs vésicales, accompagnées bientôt d’un état catarrhal de la membrane muqueuse. La maladie de vessie fut remplacée par une gastralgie, et ce n’est qu’avec le concours de soins empressés et soutenus que la santé générale fut complètement rétablie , sans retour du prurigo. Je me suis toujours demandé, à l’occasion de ce fait et de quelques
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autres plus ou moins analogues, si la guérison, quoique graduée, quoique lente, d'un prurigo devenu insupportable d’ailleurs, n’avait pas été pour quelque chose dans le développement consécutif des accidents.
Je ne saurais trop appeler l’attention des médecins sur la liaison du prurigo du périnée ou de l’anus avec des poitrines tendant à l’hémoptysie. J’ai vu des jeunes gens à poitrine large parfaitement conformée, et ne présentant aucun indice de phthisie, chez lesquels s’observait cette coïncidence. Ainsi durant le traitement externe que j’emploie, et dont les douches forment l’un des agents les plus puissants, je n’hésite jamais à prescrire l’usage de l’huile de foie de morue associée au sirop sulfureux.
Dans cette maladie les démangeaisons sont excessives, et cependant on ne voit rien à la peau : mais lorsque la maladie est de date assez ancienne déjà, on peut, en examinant ce tissu d’un peu près, reconnaître que là où elle siège le plus fortement existent des parties de peau qui, malgré l’absence de toute inflammation, semblent transformées en une sorte de tissu doux au toucher et presque muqueux. Elles sont blanchâtres, lisses, onctueuses au toucher, et cet état de la peau fait contraste avec la peau saine qui reprend alors son aspect sec et ferme. Ceci est très important à connaître pour juger des progrès de la guérison ; tant que la peau n’a pas acquis sa densité, sa sécheresse, elle n’est pas guérie. D’ailleurs çà et là quelques papules rares, et encore souvent il n’en existe pas. Les démangeaisons n’ont pas de moment, d’heure régulière où elles se montrent; cependant, c’est surtout pendant la nuit qu’elles sont plus fortes, et qu’elles causent alors une insomnie de plus ou moins de durée. Le malade fait taire momentanément ces symptômes par le grattage auquel succède une cuisson plus ou moins vive, qui n’est que momentanée, et qui fait place à une démangeaison nouvelle, x Rien de plus pénible que cette maladie chez les jeunes filles quand elle siège au périnée. Quoique le périnée soit très court chez la femme, le prurigo y prend siège pour s’étendre ensuite à la partie postérieure des grandes lèvres. Un sentiment de pudeur bien naturel conduit ces jeunes personnes à cacher même à leurs proches cette affection; mais bientôt l’impossibilité de s’asseoir, parce que le
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moindre frottement, le moindre mouvement dans la situation assise réveille leurs souffrances, les amènent à avouer leur maladie. Les explorations médicales deviennent bientôt nécessaires, et alors, en présence d’un état local qui paraît presque normal, le médecin est conduit à rechercher si l’utérus ne serait pas malade, et si ce ne serait là qu’un reflet d’un état morbide des parties génitales internes. Il est ainsi conduit d’erreurs en erreurs ; il n’apporte aucun soulagement aux souffrances de la jeune personne, et bientôt le moral en est affecté; surviennent la tristesse et le chagrin quelquefois le plus profond ; puis le séjour sur une chaise longue qui prive de tout exercice, de toute promenade, car la marche elle-même réveille les démangeaisons ; puis se montre une altération générale de la santé, consécutive au chagrin et à des fonctions digestives qui s’opèrent mal. C’est ainsi qu’une maladie d’apparence si légère peut être compromettante pour les personnes qui en sont atteintes.
Mais cette même maladie siégeant au pubis, à la partie supérieure des grandes lèvres et au voisinage du clitoris, devient pour la femme une nouvelle source de symptômes des plus pénibles. Le prurigo pudendi , dont les démangeaisons sont agréables, éveille essentiellement les désirs vénériens avec d’autant plus de vivacité que la personne qui en est affectée est plus ou moins portée à les satisfaire. C’est alors chez certaines femmes une lutte sans cesse renaissante qui leur fait fuir jusqu’à leur mari, dont les approches ne font que porter plus loin une première sensation, un premier désir ; lutte de tous les moments, qui se réveille avec plus d’énergie durant le calme et la solitude de la nuit, et que rien ne peut apaiser dans quelques cas, voire même les applications les plus froides, la glace par exemple. Sorte de torture lente pour des religieuses, par exemple, qui ne peuvent trouver de consolations à leurs maux que dans leur foi profonde et leur amour pour Dieu.
La femme n’est pas seule vouée à de pareilles souffrances, le prurigo peut atteindre les bourses et le périnée,' et développer chez l’homme les mêmes sensations. Elles sont quelquefois assez vives et assez insupportables pour inspirer une tristesse profonde qui peut aller jusqu’au suicide.
Voici la narration que' m’adressait un monsieur de Province
atteint de cette maladie, en me demandant un traitement. Elle peint parfaitement l’état dans lequel se trouvent ces sortes de malades.
Observation de M. F..., âgé de quar ante-un ans. — Nature de l’affection. — Prurit aux bourses, principalement au périnée. Rougeur accompagnée de démangeaisons tantôt sur une partie du corps, tantôt sur l’autre.
- — Maladie de la peau avec légère sécrétion, mais sans démangeaisons, entre les doigts de pieds.
Antécédents. — A quinze ans, il a eu des boutons dans le dos, et il en a encore. — A dix-neuf ans, léger écoulement par suite d’un échauffement sans communication de mal vénérien : un traitement rafraîchissant, un régime lacté pendant quelques mois , ont suffi , avec quelques injections astringentes , pour l’arrêter complètement. — De vingt-cinq à trente ans, époque à laquelle l’affection s’est déclarée ou plutôt localisée : emploi sédentaire laborieux, défaut d’exercice. Maîtresse. Désirs lascifs. Inquiétudes. Trouble dans les voies digestives. Marié depuis dix ans, ayant un emploi actif et suivant un ordinaire régulier, son estomac fonctionne mieux, surtout pendant l’été ; mais il y a des choses qu’il ne digère pas.
Le mal se déclare. — A vingt-neuf ans, il ressent souvent des picotements partout, principalement dans les bras et parfois aux bourses. Des bains de rivière y ont mis fin du moins au périnée ; mais l’année suivante, pendant l’été, ces démangeaisons sont devenues plus cuisantes aux bourses, et malgré tout ce qui a été fait, elles n’ont’ jamais entièrement cessé, surtout la nuit. — Le médecin que j’ai consulté a commencé par me saigner deux fois et, depuis, je l’ai été au moins une fois par an, au printemps. Il m’a fait prendre des grands bains, des bains de siège presque froids et simples ou avec addition d’amidon ou de son; il m’arrivait de ressentir la démangeaison dans le bain. Il m'a fait mettre des cataplasmes et fait faire des lotions avec de l’iode ou de l’eau-de-vie camphrée étendue d’eau, des frictions avec une pommade contenant un peucle précipité blanc, avec du suif liquéfié, avec la pommade antidartreuse de Dumont, de Cambrai, pour répercuter, disait-il; mais tout cela ne m’a pas guéri ; ce qui était actif me faisait même du mal et il fallait revenir bien vile aux émollients. — Cependant, après un an de traitement suivi, un mieux s’est manifesté, et c’est pendant la durée de ce mieux que, de l’avis de ce médecin, je me suis marié en m’alliant à une honorable famille. J’ai eu une petite fille après cinq ans de mariage, — Ces démangeaisons aux bourses, principalement au raphé, sont revenues comme par le passé et cuisantes et fréquentes, et chaque fois qu’elles arrivaient, précédées d’une chaleur anormale, la peau blanchissait, c’est-à-dire séchait, se fendillait et j’éprouvais le besoin de frotter pour la faire partir, plusieurs fois par jour, plus souvent la nuit. S’il n’y a pas transpiration, il y a un fourmillement, un picotement qui appelle la compression, le grattage, et lorsqu’on a commencé,
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la démangeaison s’étend et il faut frotter ou gratter partout au risque de s’écorcher par places, lorsqu’on est à moitié endormi. J’ai dit bien des fois en me mettant au lit: voici mon martyre qui commence; cependant, soit parce que l’affection est à l’état chronique, soit par une autre cause que j’indiquerai tout à l’heure, les démangeaisons sont moins fréquentes et la peau ne se sèche pas toujours. — Voyant que les moyens externes étaient sans effet, on m’a conseillé le Rob de Boy veau. J’en ai pris quatre litres qui m’ont fait du mal ; mais je dois dire que ie sirop de salsepareille, le sirop de Larrey, les tisanes de salsepareille, de douce-amère, de chicorée sauvage m’ont soulagé. Inutile d’ajouter que je ne bois que de l’eau légèrement rougie. Je n’ai, d’ailleurs,
jamais fait d’excès en spiritueux. — Le docteur G . , de Vitry-le-François,
que j’ai eu occasion de consulter, m’a rendu un grand service, d’abord en reconnaissant le varicocèle qui nécessite un suspensoir et en me recommandant une lotion prérlable d’eau fraîche qui calme la démangeaison, puis une friction d’huile d’olive. Plus tard, j’ai remplacé l’huile par le cold-cream qui adoucit la peau, lui donne de la souplesse, en sorte qu’elle ne s’écorche plus chaque fois qu’il arrive une cuisson. — Heureux de ce soulagement et fatigué de suivre un traitement produisant peu d’effets, je m’en tiens donc, depuis plusieurs années, à cette lotion d’eau fraîche matin et soir, je m’essuie sans frottement, je fais une friction de cold-cream et je mets le suspensoir renfermant un linge qu’on peut renouveler. Je me fais saigner au printemps, lorsque la démangeaison qui parcourt le corps devient cuisante ou lorsque le prurigo revient à l’état aigu. Je bois des tisanes rafraîchissantes, je prends un grand bain et, de temps en temps, des bains de siège presque froids. Si j’en prenais trop souvent la peau se dessécherait. Je prends aussi des bains de rivière qui amènent une réaction ; mais qnelque temps après je me sens mieux. Enfin, lorsque les démangeaisons ne secalmentpas la nuit avec une friction de cold-cream, je suis obligé de placer sur les parties et au périnée une serviette imbibée d’eau fraîche. Si je la mettais plus de deux ou trois nuits de suite, la peau se dessécherait plus vite. Des bains de siège gélatineux m’ont fait du bien sans dessécher la peau. — M’est-il permis d’espérer une guérison complète ? M’est-il au moins permis d’espérer un plus grand soulagement? Parviendrai-je même toujours à entretenir le prurit à l’état chronique ? Ce n’est, d’ailleurs, pas vivre que de ne pouvoir dormir une nuit sans être reveillé plusieurs fois! Mais ce qui m’inquiète, c’est que la rougeur paraît vouloir s’étendre ou se multiplier ; c’est qu’au commencement je n’avais qu’un ou deux doigts de pieds affectés et maintenant j’en ai plusieurs; cependant la pommade de Dumont, de Cambrai, réussit mieux aux pieds qu’aux bourses; enfin c’est qu’il résulte du prurit et du frottement qu’il nécessite, un frissonnement, un chatouillement qui s’étend le long des jambes jusqu’à l’orteil et à la plante des pieds, et attaque le système nerveux. Souvent la nuit et quelquefois le jour, j’ai des irritations nerveuses.
Voici maintenant un exemple des conséquences affreuses du prurigo sans papules quoique limité.
M. X., âgé de cinquante-six ans, directeur d’un des grands établissements publics de Paris, s’est toujours très bien porté. Il y a quatre ans, sans cause connue, il a été atteint d’une démangeaison très vive, sans aucune lésion apparente de la peau, siégeant en arrière des bourses et en avant de l’anus, c’est-à-dire au périnée.
Tourmenté de plus en plus par ce prurit, dont les exacerbations lui causaient un supplice intolérable, M. X. s’est adressé successivement à un grand nombre de médecins les plus en renom à Paris, et a épuisé toute la liste des agents, soit adoucissants , soit irritants, indiqués par les formulaires. Mais jamais il n’a pu en obtenir autre chose qu’un soulagement momentané. Si bien que lorsqu’on lui présente un formulaire, à peine trouve-t-il une pommade ou un topique dont il n’ait pas encore fait usage, et toujours avec le même insucès.
Souvent il a été en proie à des actes de désespoir qui lui ont inspiré tantôt la pensée du suicide, tantôt le désir d’une mutilation qu’il demandait à grands cris. Décidé enfin à tout entreprendre pour obtenir une guérison sans laquelle la vie lui paraissait insupportable, il voulut entrer comme pensionnaire à l’hôpital Saint- Louis, afin d’y subir tous les traitements que les spécialistes lui conseilleraient; notre honorable collègue M. Hardy lui a donné ses soins.
Depuis quinze jours qu’il est entré ici, la pommade au chloroforme a seule été efficace à calmer pour un instant ses souffrances. On le trouve souvent en larmes et en proie au plus affreux désespoir. La démangeaison a gagné une partie des bourses et le pourtour de l’anus, mais son siège est toujours au périnée. Pas la moindre papule ne révèle l'existence de la maladie. Quelques excoriations, résultat de grattages immodérés, sont la seule altération de la peau.
Pendant les nombreux accès de prurit qui se succèdent sans qu’on puisse en soupçonner la cause, M. X. paraît être sous le coup d’une atteinte d’aliénation mentale. Il pleure, gémit, s’irrite et invoque la mort comme l’unique remède de ses maux.
Le 8 mars, M. X. se brûle la cervelle de désespoir, bien qu’il fût père de famille. Tels sont les renseignements qui nous ont été donnés par l’interne de notre service, et que nous avons cru devoir rapprocher des faits qui précèdent.
Traitement . — Si à côté de ces tristes tableaux nous pouvions tracer une thérapeutique méthodique et surtout efficace, nous aurions au moins la consolation de remédier rapidement à des maux qu’il faut déplorer ; mais malheureusement il n’en est pas toujours ainsi. Cherchons cependant à mettre entre les mains du médecin quelque arme puissante et propre à secourir de pareilles infortunes. Les agents ordinaires tels que bains sulfureux, pommades, sont le
PRURIGO.
plus souvent insuffisants. Il faut, dans ces sortes de cas, modifier franchement la sensibilité nerveuse de la partie affectée. C’est aux douches en arrosoir d’abord, en jets ensuite, qu’il faut s’adresser et à des douches de plus en plus fortes ; elles seront répétées tous les jours ou tous le^ deux jours. Quant à leur nature, on ne saurait la préciser tout d’abord, elle doit varier suivant les sujets; on a le choix entre les douches sulfureuses, alcalines, d’eau salée, d’eau de Plombières, en sorte qu’il ne faut pas adresser ces malades à des eaux naturelles dans la crainte de ne pas tomber juste.
Un autre moyen qui nous a toujours très bien réussi, ce sont les cautérisations tous les trois ou quatre jours avec une solution de nitrate d’argent au dixième ou même au cinquième et même le crayon de pierre infernale, parfois le caustique de Canquoin. Les lotions au sublimé chez quelques malades, l’emploi de corps gras et de pommades au précipité blanc, à l’huile de cade, au goudron, des applications d’iodure rouge de mercure en suspension dans une solution de gomme adragante (voy. Formulaire) . Eviter surtout le contact des chairs entre elles, les frottements et autant que possible les grattages. C’est en dirigeant avec une certaine sagacité l’emploi de ces moyens que l’on parvient à guérir des prurigos partiels très rebelles, et nous comptons à cet égard des succès dans quelques cas invétérés et difficiles qui nous ont été adressés par des confrères. Mais quant à poser des règles précises à cet égard, ce serait à tort ; car elles seraient bientôt déjouées par les résultats. Loin de nous d’ailleurs la pensée que ces moyens soient toujours suffisants : le prurigo latent est au contraire un des écueils des dermatologistes.