‹ Traité pratique des maladies de la peauChapitre 34 sur 69 · IC HT H Y OSE · texte numérisé non relu

IC HT H Y OSE

en plaques îmmmulaires sans dégagement de peau saine au centre, mais terminée à la circonférence par un bourrelet; l’herpès psoriasiforme en plaques arrondies terminées par un bourrelet, mais avec la peau saine au centre ; et enfin le lepra vulgaris a plaques ovales, dégagées à leur centre, où la peau est saine, mais ayant un segment de leur circonférence qui manque, de manière à figurer un fer à cheval.

La marche de l’affection est la même que celle du psoriasis . Sa durée est moins longue ; il n’est pas rare de voir le lepra vulgaris guérir seul, et les agents modificateurs du psoriasis en font justice avec beaucoup plus de facilité. Nous n’avons donc rien à dire sous le rapport thérapeutique ; ce sont les mêmes moyens à conseiller, mais il faut donner aux parents beaucoup plus d’espoir de guérison, cette affection étant plus facilement curable et moins sujette à récidive.

Elle n’est d’ailleurs pas très commune, et c’est à cette cause qu’il faut attribuer les variations dans les opinions émises par les dermatologistes à son sujet.

Blanche.

Farineuse.

Écailleuse.

Nacrée serpentine.

Nacrée cyprine.

ICHTHYOSE.

Brune.

Porc-épic.

Cette dénomination a été employée par les anciens pour désigner une maladie squameuse qui, à un degré très avancé, peut donner à la peau une physionomie toute particulière et plus ou moins analogue à la peau des poissons.

L’affection, essentiellement héréditaire, est généralement incurable, pour ne pas dire absolument incurable. Certains auteurs ont rapporté quelques faits de guérison d’ichthyose locale ou même d’ichthyose générale. Mais d’abord, dans l’état actuel de la science, on ne saurait admettre 1 existence d’ichthyoses locales ; ensuite il est très probable, et c’est aussi l’opinion des dermatologistes modernes, que les cas d’ichthyose générale qui ont été guéris n étaient pas des ichthyoses.

Alibert, qui s’est beaucoup occupé de cette maladie, a admis des variétés sans aucun intérêt, car elles sont fondées sur une ressemblance plus ou moins éloignée avec tel poisson, telle ou telle espèce d’écorce d’arbres. Rien de plus inutile que ces distinctions, à moins qu’elles ne rappellent une ressemblance très frappante avec un objet connu, de manière à faciliter le diagnostic de la maladie. Mais il n’en saurait être ainsi qu’à l’égard de l’ichthyose porc-épic dont la dénomination fondée indique tout de suite le genre d’altération qui existe à la peau. Le mot ichthyose exprime d’ailleurs suffisamment les autres variétés de cette maladie pour lesquelles il n’est pas nécessaire d’établir des divisions.

Pour nous, nous en distinguons trois espèces principales: l’iclitliyose blanche, l’ichthyose brune et l’ichthyose porc-épic. — L’ichthyose blanche se présente sous trois formes distinctes: dans la première, qui n’est pas appréciable à première vue, la peau est seulement farineuse ; frottée en divers sens, il s’en détache une poussière beaucoup plus appréciable quand on promène du drap foncé sur ce tissu. Il faut graisser la peau pour qu’elle devienne lisse. Dans une seconde espèce d’ichthyose blanche, la peau est recouverte d’écailles ou lames épidermiques nacrées tellement larges et rapprochées que cette peau a quelque analogie avec celle des poissons; mais il faut bien le dire, il est extrêmement rare qu’elle présente cet aspect sur toute la surface du corps; on ne la trouve ainsi que sur les avant-bras, les jambes et quelquefois les bras et les cuisses. Cependant il existe dans le musée anatomique de Berlin un fœtus monstrueux dont toute la surface du corps est recouverte d’une couche épaisse d’épiderme. La troisième espèce tient le milieu entre les deux précédentes, en ce sens qu’il existe des nuances intermédiaires très variées. De là les dénominations d’iclithyoses nacrée serpentine, nacrée cyprine. Le cachet de ces trois états a des degrés différents ; c’est l’aspect incolore des productions épidermiques. Ajoutons enfin que, dans ces diverses sortes d’ichthyoses, toute la surface de la peau est plus ou moins habituellement atteinte, voire même la figure, Je n’admets pas l’existence de ce que les auteurs ont appelé ichthyose locale. L’ichthyose est toujours une maladie générale de la peau; elle ne se montre jamais par plaques limitées,

ICHTHYOSE.

circonscrites, comine le psoriasis ou la lèpre vulgaire; elle est toujours diffuse, et quand un membre ou une étendue plus ou moins considérable d’un membre en est affectée, les trois autres membres le sont à peu près au même degré. On serait porté a croire, d’après la description qui a été faite de cette ichthyose locale, que l’on pourra trouver une plaque d’ichthyose sur un point donné de la surface du corps comme on trouve une plaque de psoriasis ; c’est là une erreur qu’il fallait détruire.

L’ichthyose brune n’a aucune ressemblance avec Fichthyose blanche. Elle représente une production épidermique de couleur gris brun qu’au premier abord on pourrait prendre pour de la malpropreté; mais en passant la main sur cette surface, on sent qu’il s’y est produit un épiderme dur comme de la corne, cassé, fendillé régulièrement, ce qui tient à des conditions particulières que nous signalerons tout à l’heure.

Cette affection, contrairement à Fichthyose blanche, ne siège en général qu’autour des genoux, au creux des jarrets, au pli de flexion de la jambe avec le pied, aux coudes et aux poignets; mais ce sont surtout les genoux et les jarrets qui sont atteints. Elle peut, comme Fichthyose blanche, remonter aux premiers mois de la vie, mais en général elle se développe un peu plus tard.

Voici donc ce que l’on observe à cet égard, en supposant que l’enfant soit arrivé à douze ou quinze ans, c’est-à-dire où la forme morbide a acquis tout son développement. Toute la peau de la partie antérieure du genou, la rotule comprise, jusqu’au quart inférieur de la cuisse en haut, et au quart supérieur de la jambe en bas, est tapissée de cette matière cornée gris brunâtre que nous avons indiquée. Elle est divisée en un nombre plus ou moins considérable de petites lamelles quadrilatères placées les unes à côté des autres, et disposées symétriquement sous des zones plus ou moins courbes et concentriques à la rotule. Ces lamelles juxtaposées ont de 1 à 3 millimètres au plus de diamètre. Elles vont en diminuant d’épaisseur vers la cuisse et la jambe ; même disposition au creux du jarret, et là où elles se perdent avec la peau saine, celle-ci devient rugueuse comme dans Fichthyose tarineuse.

La disposition en ligne courbe est une conséquence des mouve-

ments d’extension et de flexion que l’articulation éprouve et qu’elle fait subir à la peau, en sorte que, si l’on vient à faire tomber par des corps gras toute la production épidermique, on trouve la surface de la peau sillonnée de plicatures correspondant à la disposition linéaire des écailles. Cet état dure toute la vie et il ne peut devenir que plus prononcé avec l’âge.

Quelques dermatologistes, M. Rayer notamment, voient dans ces ichthyoses une maladie des papilles de la peau et un développement exagéré de ces papilles. Nous ne saurions partager cette opinion, et nous croyons que les organes sécréteurs de l’épiderme sont seuls malades.

Quant à l’ichthyose porc-épic , les faits suivants en fournissent le type le plus prononcé. En 1710 naquit dans le comté de Suffolk, en Angleterre, un homme auquel on donna le nom d homme porc-épic. Toute la surface de son corps était chargée d’excroissances en forme de piquants; le visage, la paume des mains et la plante des pieds étaient les seules parties qui en fussent exemptes. Ces appendices, d’un brun rougeâtre, étaient durs et élastiques, au point de faire du bruit lorsqu’on promenait la main à leur surface. Ces piquants, développés deux mois après la naissance, tombaient chaque hiver pour reparaître au printemps. Cet homme, au reste, se portait très bien ; il a eu six enfants qui ont tous été couverts des mêmes excroissances. Deux frères d’une famille du nom de Lambert ont été observés par Geoffroy Saint-Hilaire ; l’un était âgé de vingt-deux ans, l’autre de quatorze. L’aîné avait le corps entièrement épineux, si l’on en exceptait la tête et le dedans des mains et des pieds. Le cadet était nu dans quelques endroits, particulièrement à la poitrine; mais des taches brunes indiquaient assez qu’il deviendrait avec l’âge aussi couvert d’épines que son frère. Les épines sur le dessus de la main étaient très larges et pouvaient être comparées pour leur diamètre aux tuyaux des porcs-épics ; celles qui entouraient les mamelles ressemblaient davantage à des écailles. C’étaient de petites lames longues, très nombreuses, extrêmement rapprochées, et qui étaient verticalement implantées dans la peau. Cet épaississement de V épiderme était l’effet d’une maladie qui s’était transmise par voie d’hérédité, mais seulement de mâle en mâle. On comptait déjà

ICHTHYOSE.

cinq générations atteintes de ce vice de conformation ( Hui le tin des sciences de la Société philomatique , n° 67, an n de la république).

Tels sont les caractères des diverses espèces d’ichthyose qui ne pourraient être confondues qu’avec les variétés de psoriasis ou avec le lepra vulgaris. Mais il est deux signes particuliers qui servent toujours à les en distinguer. 1° L’ichthyose est toujours diffuse ; elle ne se présente jamais par plaques isolées ; la maladie n’a pas de limite arrêtée ; elle se perd avec la peau saine par une décroissance insensible. 2° Faites tomber la production épidermique quelle qu’elle soit, et vous trouverez au-dessous la peau saine. Dans les autres affections squameuses, au contraire, la peau est toujours malade et plus ou moins rouge. C’est pour cela que nous avons reproduit dans nos planches deux exemples de psoriasis, l’un avec son épiderme, l’autre avec sa peau rouge dépourvue d’épiderme. L’absence de toute inflammation de la peau est donc un caractère distinctif très puissant pour éviter de confondre l’ichthyose avec une maladie du même genre.

Nous avons dit que cette affection était essentiellement héréditaire et transmissible de génération en génération, sautant quelquefois par-dessus une génération pour se reproduire dans la suivante. Nous ajouterons que l’ichthyose est généralement une maladie incurable. Les exemples de curabilité de cette maladie rapportés par les auteurs ne présentent rien de certain, surtout à l’aide des moyens externes ou internes de fort peu d’énergie qui ont été employés.

Cette circonstance, admise et reconnue par tous les dermatologistes de nos jours, doit conduire le médecin à édifier les parents à cet égard. L’avenir des enfants y est attaché. Il faut qu’une famille sache qu’une jeune personne est vouée à une infirmité ; qu’en la mariant il y a tout lieu de craindre qu’elle ne transmette à ses enfants la maladie dont elle est atteinte. Qu’il en est de même d’un enfant du sexe masculin; qu’à l’égard de celui-ci comme de cellelà, il y a peut-être lieu de diriger leur éducation en vue d’un avenir tout spécial qui leur est naturellement réservé. C’est donc là une question de moralité pour le médecin ; nous n’avons jamais manqué

de remplir ce pénible devoir toutes les fois que nous avons été consulté pour des cas de ce genre. 11 est entendu qu’il s’agit ici d’ichthyose bien dessinée et très étendue.

Cependant divers praticiens ont préconisé des traitements tant internes qu’externes, tous puisés dans l’usage des pommades de tout genre, qui peuvent être employées contre les affections de la peau. On a notamment insisté sur le goudron à l’intérieur et à l’extérieur, sur les préparations mercurielles, alcalines, etc. 11 faut bien le dire, on s’est fait illusion. Si quelque chose pouvait réussir, ce serait l’arsenic, or l’arsenic échoue dans la presque totalité des cas.

Mais il est des palliatifs à ces affections qui en font disparaître les inconvénients, à la condition de les employer toujours. Il faut excepter l’ichthyose porc-épic de ce que nous allons conseiller. Il suffit de graisser la peau ichthyosée avec une pommade alcaline (voy. Formulaire ), et de faire prendre quelques bains alcalins, pour voir disparaître toute écaille et. obtenir une peau lisse qui, à l’aide d’onctions simplement graisseuses répétées tous les deux jours, conserve sa souplesse et sa douceur ; du moment que l’on cesse l’usage de ces moyens, que l’on rend moins incommodes en ne faisant l’application graisseuse que tous les six ou huit jours, on perd le bénéfice des soins primitivement donnés à la peau. Ces agents doivent être mis en usage dès l’enfance, car si on laisse s’accumuler les années, les écailles d’ichthyose blanche ou brune laissent leurs empreintes sur la peau, et il n’est plus possible de les faire disparaître. Dans plusieurs circonstances je me suis très bien trouvé, pour les enfants, de l’usage d’une lotion froide de tout le corps tous les matins, notamment dans richthyose farineuse, celle qui est la plus légère; ce moyen a suffi pour faire disparaître, tant qu’il a été employé, toute trace de maladie. Ce sont là les seuls conseils que je donne en général. J’ai quelquefois employé la solution de Fowler avec succès, m’a-t-on dit ; mais j’ai perdu de vue ces enfants, et je ne saurais dire si la guérison a été durable.

TEIGNE

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