‹ Traité pratique des maladies de la peauChapitre 35 sur 69 · SEPTIÈME GROUPE · texte numérisé non relu

SEPTIÈME GROUPE

Maladies à parasites végétaux.

Nous avons cru devoir faire un groupe à part, dans cette seconde édition, des maladies à parasites végétaux, non pas tant à cause de l’affinité qui relie entre elles les affections que comporte ce groupe par l’existence dans chacune d’elles d’un champignon, que pour faire connaître dans son ensemble la micrographie des maladies de la peau. En effet, nous ne saurions partager ni au point de vue de la cause des maladies que ce groupe comporte, ni au point de vue de leur thérapeutique, toutes les idées accréditées aujourd’hui par les micrographes et leurs partisans. Les états lymphatique, scrofuleux, bilieux, syphilitique, ne seraient que des coïncidences ou complications qu’il faudrait combattre secondairement. Suivant eux, la cause de l’affection réside tout entière dans la présence d’un champignon , d’où la conséquence qu’en détruisant le champignon on guérit la maladie.

11 faut bien reconnaître que cette manière de voir a pour elle des apparences assez rationnelles pour captiver beaucoup d’esprits. Mais quand on pénètre plus avant dans les faits, on ne tarde pas à reconnaître que dans ces maladies il y a deux choses: la maladie du tissu, qui souvent est le reflet d’un état morbide général, et en second lieu la production cryptogamique que la maladie engendre, ou qui s’est opérée au moyen de germes transmis, et qui dans tous les cas sert à la propager et à l’étendre. Ainsi, comme on le voit, nous ne nions pas l’existence des cryptogames , nous la constatons au contraire; seulement, au lieu de considérer les cryptogames comme cause absolue, constante, de là maladie, nous la considérons comme pouvant être tantôt effet, tantôt cause de l’affection, ce qui constitue une dissidence très grande d’opinion. On nous reprochait dernièrement, dans un journal de médecine, de n’avoir pas tenu assez compte des études micrographiques et de ne pas être au courant de leurs progrès et de leurs découvertes ; et par contre, il y a quelque six ou sept ans qu’un jeune docteur, élève de M. Casenave, nous

reprochait de ne jamais marcher que le microscope à la main : c’est qu’en effet, nous avons été un des premiers parmi les dermatologistes à suivre pas à pas les travaux des micrographes, et par cela même nous avons appris à nous défier des illusions que peuvent faire naître les lentilles, avec oculaires d’un grossissement plus ou moins fort.

Quoi qu’il en soit, cherchons à faire connaître les raisons qui peuvent justifier notre manière de voir. Et d’abord les productions cryptogamiques sont communes aux végétaux comme aux animaux. Il est constant que pour les végétaux elles se montrent sous une forme presque épidémique, et dans certaines conditions atmosphériques données; ces sortes d’épidémies s’usent et disparaissent quand les causes atmosphériques qui les avaient fait naître disparaissent aussi : or ce fait est contraire à la propagation absolue du cryptogame par des germes ou spores, attendu que plus il y aurait de végétaux atteints, plus il devrait y en avoir, et cela indéfiniment, puisque le nombre des spores s’accroîtrait dans une proportion considérable et propagerait la maladie par leur transmission au moyen des vents, en se multipliant. Or le contraire a lieu, ce que l’expérience a démontré pour la maladie de la vigne, et pour celle de la pomme de terre, maladies qui ont décru ou qui se sont éteintes spontanément. D’une autre part, trois enfants porteront les bonnets de teigneux, et l’un d’eux seulement, ou pas un ne contractera la teigne, quoique ces bonnets contiennent tous des spores. Vous ferez coucher un chien très bien portant avec un chien ayant la gale: vous nourrirez très bien le chien qui n'est pas malade, et il ne contractera pas la gale; vous le nourrirez mal ou vous le nourrirez peu, de manière qu’il ne reste pas dans les bonnes conditions de santé où il était, et il contractera alors la gale. Ce sont ces circonstances, dont nous pourrions multiplier les exemples, qui ont fait dire aux micrographes que les spores ou les ovules ne germent et ne se développent qu’à la condition de trouver un so/, c’est-à-dire un individu, végétal ou animal, dans des conditions favorables à leur développement.

Ainsi une affection cryptogamique est à leurs yeux une maladie qui a nécessairement été transmise par inoculation au moyen de

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spores; et d’une autre part il faut, pour que la transmission soit possible, que la spore trouve un sol favorable à son développement, sans quoi elle restera sans développer aucune affection du même genre. Or, grâce à ces deux conditions de transmission et de germination, les micrographes sont inattaquables dans leurs doctrines. Cite-t-on un fait de non contagion ? C’est, diront-ils, que le sol n’était pas propre à la germination. Cite-t-on un fait de contagion sans contact? Les spores ont été transmises par l’air, par des contacts inaperçus, etc.

Pour nous, en présence de ces grandes phases que l’oïdium a offertes dans sa manifestation, comme dans sa disparition, nous nous demandons si certaines maladies ne peuvent pas faire naître spontanément des cryptogames’, et si en détruisant la maladie par des agents généraux, on ne peut jpas détruire aussi la production cryptogamique? Non-seulement nous posons la question, mais encore nous la résolvons par l’affirmative. J’ai lu ce que l’on a écrit contre la génération dite spontanée , mais en fait de productions végétales qui occupent les derniers échelons du règne, je ne sais si ces motifs peuvent être invoqués d’une manière absolue.

D’ailleurs, lorsque sans l’emploi d’aucun agent extérieur, et uniquement sous l’influence d’une médication intérieure, je vois guérir la maladie et le cryptogame qui l’accompagne, je me demande si mon opinion n’a pas quelque raison d’être : or c’est ce qui a lieu dans Y herpès circiné , dans le sy cosis, et notamment dans le sy cosis syphilitique , ainsique dans les pityriasis alba et versicolor.

Quoi qu’il en soit, je repousse de toutes mes forces cette opinion, qu’il suffît de détruire le champignon pour guérir la maladie. Si cela est vrai pour la teigne, ce n’est plus fondé pour l’herpès tonsurant, pour 1 e porrigo decalvans , pour Y herpès circiné , pour le sycosis , et probablement aussi pour la plique.

J’ai vu dans le service de notre collègue Bazin des enfants affectés d’herpès tonsurant (teigne tondante de M. Bazin), et qui sont là depuis huit et neuf mois avec des herpès pourvus des mêmes cheveux cassés et garnis de trichophytons aussi abondants que le premier jour, malgré les avulsions de poils et les applications de lotions et de pommades parasiticides.

Concilions donc de ces faits qu’en saine pratique, il faut nous préoccuper de deux choses: de la maladie d’une part, du champignon parasitaire qui l’accompagne de l’autre. Laissons aux praticiens à dire leur dernier mot sur l’influence que peut exercer la micrographie sur la thérapeutique, et ne concluons pas trop vite d’un phénomène morbide nouveau à une thérapeutique entièrement nouvelle. Je rejette ces idées trop absolues, et je le fais avec d’autant plus d’insistance, qu’un de nos collègues, M. Bazin, les a entièrement adoptées ; qu’il les propage tous les jours, les étend au point, comme on le verra tout à l’heure, de bouleverser toute l’économie des maladies de la peau sans bénéfice pour la science, et il faut bien ajouter, pour les malades. Il a été conduit, par exemple, à proposer l’avulsion des poils , afin de faciliter la destruction des cryptogames, dans plusieurs cas où elle est parfaitement inutile. Je justifierai tout à l’heure ces assertions, et je rendrai à notre collègue tout ce qu’on lui doit pour sa part de travaux ; mais quand un praticien va trop loin, le médecin qui écrit pour la science doit frapper fort, alors qu’il y a péril. Ainsi dans le porrigo decalmns (teigne achromateuse, Bazin), les cheveux sont complètement tombés; tout au plus l’avulsion de ceux de la circonférence a-t -elle pour but d’empêcher la maladie de s’étendre, si même elle l’arrête II en est de même dans l’herpès tonsurant (teigne tonsurante) : l’avulsion ne peut avoir lieu d’une manière efficace sur la partie la plus malade, attendu l’état cassé des cheveux. Aussi M. Bazin ne fait-il pas opérer cette avulsion, si ce n’est à la circonférence. Dans un grand nombre de cas l’inflammation de la mentagre fait tomber le poil, ou bien on peut les enlever sans peine et avec l’extrémité des doigts. Dans beaucoup d’herpès circinés il n’y a pas de poils apparents, et l’avulsion, quand il existe, est souvent inutile. Il en est de même dans presque tous les cas de pityriasis des cheveux et de la barbe. Le médecin qui, pour guérir un pityriasis général d u cuir chevelu ou un pityriasis général de la barbe, ferait arracher tous les cheveux et tous les poils, se livrerait à une pratique barbare , en ce sens que l’avulsion est très douloureuse, et qu’elle est inutile. Nous croyons même que notre honorable collègue M. Bazin épile beaucoup moins qu’il ne le dit ou que ses élèves ne le lui font dire. Enfin la meilleure raison que

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nous puissions donner à cet égard, c’est que si l’épilation a été recommandée pour la teigne, et cela de tout temps, soit à l’aide de pinces, soit à l’aide de la calotte, jamais on ne l’a préconisée contre les autres maladies ; et cependant jamais dermatologiste n’a déclaré l’incurabilité de ces affections.

Mais il y a plus, un des élèves de M. Bazin vient de soutenir sa thèse sur le trichophyton (thèse sur le doctorat, par M. Cramoisy, 1856), et dans laquelle il prétend traduire toutes les idées de son maître. Suivant M. Bazin, cinq maladies, fort distinctes d’ailleurs, ne formeraient qu’une seule maladie née sous l’influence de ce cryptogame, auquel il reconnaîtrait quatre périodes dévolution. Dans la première, le cryptogame, à l’état le plus simple et sur la peau dépourvue de poils, constituerait Y herpès circiné et V herpès iris , et s’il est sur la tête, Y herpès tonsurant ; dans la barbe, il produirait le sycosis non pustuleux , et aux parties génitales Yintertrigo.

( Il y a ici une erreur commise, et nous ne pensons pas la rapporter à M. Bazin. L’intertrigo des parties génitales, ou plutôt de la partie interne et supérieure des cuisses, n’est pas l’herpès circiné de ces parties. Dans l’herpès, il y a un bourrelet très franchement vésiculeux et très saillant, tandis que dans l’intertrigo il n y en a pas: c’est un érythème par contact de sueur altérée.)

D’ailleurs, ajoute M. Cramoisy, dans cette période le trichophyton se manifeste par la rougeur de l’herpès circiné érythémateux , qui passe bientôt à l’état de vésicules, avec des couleurs plus ou moins vives (herpès iris) ; par des squames succédant à ces vésicules, et le champignon qui pousse sur la peau dépourvue de poils parcourt ses périodes en huit ou quinze jours pour disparaître. Le trichophyton meurt s’il ne trouve pas de poils en suffisante quantité pour se nourrir.

( Que d’erreurs ! L’herpès iris est une maladie qui a son siège le plus ordinaire sur le dos des doigts, là ou se trouvent justement des groupes très abondants de follicules pileux et de poils. Or la maladie guérit seule à la manière d’un érythème. Et puis voilà maintenant le champignon qui ne peut vivre qu’aux dépens des poils ! Mais alors comment naîtrait-il primitivement sur la peau dépourvue de poils? M. Gruby a été bien plus vrai et bien plus con-

50/l PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALES.

séquent avec lui-même lorsqu’il l’a fait naître dans l’intérieur des bulbes des cheveux et des poils.)

Pour les cheveux, dans cette première période d’évolution du tri— chophyton, la maladie érythémateuse et vésiculeuse à forme circinée se transformerait bientôt en petites squames dans lesquelles se trouverait le champignon, qui atteindrait ainsi sa seconde période, une période pityriasique.

Dans cette seconde période, on ne trouverait plus le champignon que sur des parties affectées de poils. « Ici le champignon apparaît dans tout son éclat sur les poils, sous la forme de petites gaines blanches, amiantacées, éclatantes , d’un blanc sale , gris, demi-transparent. » (Bazin.)

A la troisième période de développement du trichophyton, qui a trait à la teigne tonsurante (herpès tonsurant), apparaît un nouveau phénomène : les tonsures deviennent pustuleuses et se couvrent de croûtes; à la face et sur le cou, c’est une succession d’éruptions boutonneuses, où l’on remarque une infinie variété, depuis la papule la plus simple jusqu’à cette induration en plaques formée par l’agglomération des aréoles dermiques enflammées. Les poils y repoussent amaigris, flétris, mais non cassés comme dans la tonsure. (C’est là ce que nous avons appelé impétigo sycosiforme.)

(Voyez les conséquences de ces évolutions, et combien elles sont peu logiques. Dans la première période, le trichophyton était sur la peau ; dans la deuxième, il envahit les poils et les cheveux; il les détruit au point de les casser à quelques millimètres de leur naissance et les transforme en une poussière grisâtre; dans la troisième période, qui devrait comprendre une action plus énergique du trichophyton , les cheveux repoussent amaigris, il est vrai, mais entiers , seulement il y a des papules ou des pustules à leur base ! )

Enfin, dant la quatrième période, l’affection est le [plus souvent située au menton ! (Et pourquoi? ) Elle débute par quelques pustules isolés. (Et pourquoi dès le début serait-ce la troisième période du trichophyton qui paraîtrait en premier?) La maladie semble se calmer. Il n’en est rien. L’éruption pustuleuse se rapproche, se montre en groupes, quoique attaquant isolément chaque poil, et forme des engorgements plus ou moins étendus. (C’est alors le véri-

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table sycosis tuberculeux et pustuleux.) L’inflammation se propage aux dernières couches de la peau, et gagne les aréoles adipeuses du derme. Alors on voit survenir une énorme tuméfaction des parties atteintes, et les saillies arrondies, variables du volume d’un gros pois à celui d’une grosse cerise, désignées sous le nom de sycosis tuberculeux , etc., etc. (Chose remarquable, c’est dans les diverses espèces de sycosis à forme pustuleuse qu’on trouve le moins de production parasitaire.)

J’ai tenu à rapporter presque textuellement ces idées émises dans la thèse toute récente de M. Cramoisy, parce qu’elles m’ont paru reproduire les idées actuelles de notre confrère Bazin, puisque, page 10, il s’exprime ainsi : « Je dois dire que ces assertions ont été tirées en grande partie du travail de M. Bazin sur la nature et le traitement des teignes. » Et il ajoute: « Je dois surtout exprimer toute ma gratitude à M. Bazin, qui a bien voulu m’aider de sa vaste expérience. »

Malgré l’espèce de cachet d’authenticité dont elles semblent revêtues, je n’ose les rattacher d’une manière absolue à notre honorable collègue ; ou il faudrait admettre que, se laissant aller à une idée première, il a sacrifié tous les phénomènes pathologiques, toute la symptomatologie, à cette idée, qui serait devenue dans son esprit une sorte d’idée fixe, autour de laquelle il grouperait un grand nombre d’affections très dissemblables pour arriver à une thérapeutique commune, et fort simple d’ailleurs: épilation, lotions avec une dissolution de sublimé, pommade au turbith minéral. Sous l’influence de cette thérapeutique, se guériraient : 1° les diverses variétés de teignes, ou favus proprement dit : 2° le porrigo decalvans , teigne achromateuse avec ou sans dépression, de M. Bazin, existant soit à la tête, soit à la barbe ou sur toute autre partie revêtue de poils; 3° l’herpès tonsurant; lx» l’herpès circiné de la barbe, du cou ou de toute autre région du corps; 5° le pityriasis du cuir chevelu et de la barbe ; 6° l’impétigo sycosiforme de la lèvre supérieure et du menton ; 7° le sycosis tuberculeux ; 8° le sycosis pustuleux ; 9° l’herpès iris. Liste à laquelle il faudra ajouter le pityriasis versicolor et la plique.

Ce qui est plus grave peut-être, c’est le bouleversement que ces changements de dénomination peuvent apporter dans les idées des

élèves et des médecins, toutes ces maladies étant désignées par M. Bazin sous le nom général de teigne; il admet alors l’existence de teignes des cheveux et de teignes de la barbe ; il n’y a plus de sycosis, d’herpès circiné, d’herpès tonsurant; il n’y a que des teignes laveuse, tonsurante, mentagre, achromateuse et décalvante de la tête ou de la face. De sorte qu’en vertu de cette classification, la plus grande perturbation est jetée dans le diagnostic des maladies; des noms séculaires se trouvent remplacés par d’autres sans utilité ; tout cela pour satisfaire à une idée non sanctionnée encore par l’observation, à savoir, que toutes ces maladies reconnaissent pour cause un cryptogame! Sachons, autant que possible, respecter les dénominations, fussent-elles fausses; c’est la base de notre langage en médecine, et puisqu’à ce langage se rattache une idée, conservons-le pour ne pas amener de confusion dans la science d’hier avec la science d’aujourd’hui, sans quoi nos idées neuves, si elles sont bonnes, ne se propageront que parmi les élèves du jour et non parmi nos confrères en médecine. Et d’ailleurs est-ce que toutes les maladies du menton sont semblables aux maladies du cuir chevelu, et vice versa? Ainsi des deux formes de favus , le favus scutulata est le seul que l’on voie à la figure comme sur le corps ; l’herpès tonsurant ne s’observe jamais a la barbe dans les conditions de celui de la tête; l’herpès circiné ne se voit pas à la tête, et M. Bazin luimême en a fait l’observation. La mentagre, telle que tout le monde la connaît, c’est-à-dire le sycosis tuberculeux et pustuleux, ne se montre jamais à la tête ; il en est de même de l’impétigo sycosiforme. Pourquoi donc faire une seule et même catégorie, et appeler du même nom de teigne les affections des deux régions. Enfin la teigne est une maladie essentiellement contagieuse. Or sur les huit maladies regardées comme des teignes par M. Bazin, il y en a quatre qui 11e sont pas contagieuses. La contagion n’est-elle pas toujours un des caractères principaux de la teigne ? Voyez d’ailleurs les conséquences thérapeutiques de ces idées, qui conduisent aux assertions suivantes. S’il n’y a pas de poil là où la maladie est survenue? Epilez. Ce n’est pas une plaque d’herpès, ce sont cent, deux cents plaques qui se trouvent sur le corps? Épilez, lotionnez. H y a au menton une forme morbide qui fait tomber les poils tout seuls par les frot-

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tements des linges, ou à l’aide seul des doigts? Épilez. 11 existe une inflammation très aiguë du menton qui double et triple son volume, et qui amène la chute des poils que l’on retrouve dans les cataplasmes appliqués dans le but de calmer l’état inflammatoire?

Epilez, lotionnez. Mais la maladie se caractérise essentiellement par la chute des cheveux, au point de laisser des surfaces complètement glabres où il n’y a plus rien à épiler? Épilez. Mais les cheveux sont tellement cassés et courts et friables, qu’on ne peut pas les enlever à la pince? Épilez.

Non, nous ne pouvons pas croire que ce soit là les doctrines vraies de notre collègue Bazin; nous ne pouvons pas penser qu’il rattache toutes ces maladies à une seule et même cause externe ; qu’il ne voie dans aucune de ces maladies le reflet d’une cause générale, qu’il établisse que le trichophyton puisse naître sur un terrain où il ne peut vivre, et où il ne vivra qu’à la condition qu’il trouvera bientôt des poils pour y végéter; que ce cryptogame serait très évident à sa période de développement ou première période, et moins évident à sa quatrième période, là où il produirait des désordres jusque dans la profondeur du tissu de la peau, en y développant des tubercules et des pustules. Quant aux pustules de la seconde ou troisième période dans l’herpès tonsurant, elles sont comme celles de la teigne ; elles en ont imposé comme origine et point de départ de la teigne, elles en imposent comme degré d’évolution du champignon. Dans l’un et l’autre cas, elles sont la conséquence des pommades et des corps irritants que l’on emploie dans le traitement de la maladie. Disons-le donc nettement, comme devant avant tout la vérité à nos confrères, ces idées sont exagérées: elles ne sont pas en rapport avec une saine pratique.

Enfin il est aussi de notre devoir de reporter à M. Baeresprung, et avant lui à M. Lebert, mais qui ne l’avait fait qu’entrevoir, l’honneur d’avoir prouvé que dans l’herpès circiné des parties du corps non recouvertes de cheveux ou de poils il existe souvent un cryptogame, qui n’est autre que le trichophyton de l’herpès tonsurant, et qu’avant eux, que nous sachions, M. Bazin n’avait énoncé aucun fait qui dût lui rattacher cette découverte. M. Bazin regarde l'herpès tonsurant comme une maladie différente de l’herpès circiné, mais

qui peut précéder son développement ou en être indépendant.

Maintenant on nous adressera peut-être le reproche de ne pas avoir donné dans ce chapitre la description complète de toutes les maladies cryptogamiques les unes à la suite des autres; mais par cela même que le cryptogame n’est souvent pour nous qu’un accident , nous n’avons pas voulu séparer de l’histoire générale de l’herpès, par exemple, deux variétés dans lesquelles l’état parasitaire a été constaté. Le sycosis devait rester à côté des affections pustuleuses dont il se rapproche ; le pityriasis versicolor ne doit pas être séparé des affections squameuses : ce sont ces circonstances qui établiront notre justification. A cet égard, partout et toujours le rapprochement étiologique et thérapeutique est et sera notre drapeau.

Il n’est pas besoin d’un microscope à fort grossissement pour constater la présence d’un cryptogame, quelque petit qu’il soit, il suffit d’un grossissement de 200 à 300 diamètres. Ce qui importe, c’est de se procurer des lentilles d’une grande netteté. Il faut de plus une certaine éducation préalable, basée sur l’examen des produits de sécrétion, à l’état sec ou liquide, des cheveux, des poils, de l’épiderme ; en un mot, avant d’examiner des produits morbides ou des végétaux accidentellement développés, il faut avoir fait une étude des produits naturels.

Nous avons fait connaître, page 51 et suivantes, les éléments dont se composent en général les cryptogames que l’on rencontre dans les maladies qui font l’objet de ce groupe ; il ne nous reste donc qu’à faire connaître ici les diverses variétés de cryptogames que l’on peut rencontrer dans ces maladies; mais il est peut-être nécessaire de rappeler à la mémoire l’organisation d’un poil ou d’un cheveu, et c’est ce que nous allons faire.

Organisation des poils. — Un poil se compose de deux parties: 1° le poil proprement dit, extérieur à la peau ; 2° la racine du poil et son bulbe, qui sont compris dans le tissu de la peau. Les poils se composent de deux couches superposées : couche externe, moins foncée en couleur et de nature fibreuse; couche interne, plus sombre et d’aspect grenu. La première en constitue la substance corticale; la seconde, contenue dans le canal que lui forme la première, a été

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considérée comme une sorte de moelle, et désignée sous le nom de substance médullaire. Aussi, à un fort grossissement de loupe, aperçoit-on très bien le canal central des cheveux qui, dans l’état normal, règne dans toute sa longueur, et qui paraît d’un noir d’autant plus foncé que le cheveu est lui-mcme plus foncé en couleur. — Au microscope, la substance corticale paraît formée de deux espèces défibrés; la grande généralité est longitudinale ; mais il en est un certain nombre qui sont obliquement contournées, de manière à paraître relier entre elles les fibres longitudinales. Quant à la substance médullaire, elle est grenue; elle forme quelquefois le tiers du diamètre des cheveux; elle est formée de noyaux de cellules enveloppées d epigmentum qui leur donne leur couleur. (Voy. planche micrographique.)

Partie dermique. — A sa partie inférieure, le poil, ou les cheveux, se renfle et constitue ce que l’on nomme la racine ; celle-ci se relie insensiblement avec une partie plus volumineuse, que l’on appelle le bulbe : de sorte qu’à première vue l’un et l’autre ne semblent former qu’un tout ; mais le bulbe est très mou et la racine présente plus de densité; elle offre d’ailleurs tous les rudiments du poil. Quant au bulbe, il termine inférieurement le poil ; il est arrondi et logé dans le cul-de-sac que forment inférieurement les enveloppes des poils. On voit dans son intérieur une série de houppes noirâtres, qui ne sont autres que des groupes de cellules pigmentaires; il est terminé par les vaisseaux qui le nourrissent et le relient à sa membrane propre. 11 n’est pas toujours arrondi; il peut être presque plan après son avulsion, ainsi que nous l’avons représenté dans la figure 1 .

Enveloppes. — Les enveloppes des poils se composent: 1° d’une tunique fibreuse propre au follicule pileux : c’est la plus extérieure; 2° d’une tunique épidermique, ou reflet du prolongement de l’épiderme, qui pénètre dans toute la profondeur du bulbe, et qui va en s’amincissant de l’extérieur à l’intérieur ; 3° on admet que le cheveu glisse facilement dans cette enveloppe épidermique, au point que l’on suppose qu’il existe entre elle et le poil un espace qui va aussi en se rétrécissant de l’extérieur à la partie la plus profonde du bulbe (voy. planche micrographique). Le bulbe du poil est engendré par la tunique fibreuse ou par des cellules organiques,

qui naissent à la surface du fond de cette tunique , et qui ellesmêmes développent le poil, de sorte que l’on peut avulser le poil et son bulbe, et voir renaître le poil après l’avulsion.

Quand on opère l’avulsion d’un poil, on enlève, en général, le poil avec toutes ses enveloppes prolongées jusqu’à la naissance du bulbe . L’avulsion des cheveux est généralement moins complète. La membrane propre du cheveu se dessine le plus souvent un peu au-dessus de la naissance du bulbe, ainsi que nous l’avons représenté dans la première et les trois autres figures. Si le bulbe reproduit n’a pas sa membrane épidermique, c’est qu’il eût occupé trop de place avec son enveloppe fibreuse ; il faut donc la supposer comme si elle existait.

L’avulsion du poil et des cheveux constitue l’épilation. Pour être bien faite, il faut se servir de pinces à mors plats et faites ad hoc. Il ne faut l’opérer que deux ou trois cheveux à la fois; et de plus, prendre le soin d’avulser les cheveux dans la direction de l’implantation des bulbes dans le tissu de la peau , implantation qui varie suivant les points de la tête et ceux de la barbe ou de toute autre partie où se trouvent situés des poils. Il n’y a d’ailleurs aucune comparaison à établir entre le bulbe d’un cheveu et celui d’un poil : le premier est beaucoup plus long.

Végétaux parasites. — Les végétaux parasitaires que l’on observe dans les maladies cutanées sont des champignons. Ces champignons comportent trois genres différents : 1 etrichophyton, le microsporon et Y ac horion. Les caractères de chacun d’eux sont les suivants :

1° Trichophyton (Malmsten), de 0a£, cheveu, et c^urov, plante, de la tribu des Torulacées (Léveillé), caractérisé par l’absence de réceptacle et par des spores continues.

Caractères. — Végétal formé uniquement de spores rondes ou ovales, transparentes, incolores, à surface lisse. Intérieur homogène; spores d’un diamètre variant entre 0mm,003 et 0mm,008; en moyenne, 0mm ,005. Ces spores apparaissent dans la racine des cheveux sous forme d’un amas arrondi. Elles donnent naissance à des filaments articulés, constitués par des spores enchaînées en filaments moniliformes qui, en se développant, rampent dans l’épaisseur de la substance du cheveu dans la direction de leur longueur.

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(Gruby, Recherches sur les cryptgoames qui constituent la teigne tondante de Mahon, ou Y herpès tonsurant de Cazenave.)

Guensburg aurait découvert un an auparavant, dans la plique polonaise, un végétal tout à fait semblable au précédent, auquel il aurait donné le nom de trichomaphyte. Vogel le considère comme identique avec lui ; mais il nous semble qu’il doit exister entre eux une certaine différence, parce que les effets de ces deux champignons sur les cheveux ne sont pas les mêmes. Tandis que dans l’herpès tonsurant l’abondance de spores détermine l’atrophie et la cassure du cheveu à 2 ou 3 millimètres de sa sortie de la peau, les cheveux de la plique, au contraire, se tuméfient, s’allongent, s’entrecroisent et suintent même, ce qui n’a pas lieu dans l’herpès tonsurant, dont les cheveux sont secs et recouverts d’une espèce de cendre.

MM. Legendre et Bazin considèrent le champignon de la mentagre comme n’étant autre chose qu’un trichophyton, c’est-à-dire un végétal entièrement formé de spores et sans mycélium ; qu’il se développe de la même manière dans le follicule et au dehors ; que ce n’est pas là le microsporon.

Ce serait encore le trichophyton que l’on retrouverait dans le porrigo decalvans (teigne achromateuse) ; de sorte que le microsporon n’existerait plus que dans le pityriasis versicolor. ( Dictionnaire de Nysten, par Robin, article Trichophyton.)

Microsporon (Gruby). — Filaments ondulés , suivant la direction des fibres des cheveux, transparents, larges de ün,n' ,002 à 0mm,003 ; pas de granules à l’intérieur; ils se bifurquent quelquefois sous un angle de 30 à 40 degrés. Les filaments et les branches constituent la couche interne d’une gaine que forme le végétal autour du cheveu ; les sporules forment la couche externe. Ces spores ou sporules couvrent les tiges et quelquefois leurs branches. Elles sont pressées les unes contre les autres. Elles sont ordinairement rondes et quelquefois ovales ; toutes sont transparentes, sans granules à l’intérieur.

Microsporon Aüdouini (Gruby). — Cette espèce a été constatée dans le porrigo decalvans par M. Gruby. On vient de voir plus haut que, suivant MM. Legendre et Bazin, ce serait le trichophyton que l’on rencontrerait dans cette maladie.

Quoi qu’il en soit, il diffère du trichophyton tonsurant par des branches nombreuses, ondulées, par des spores granuleuses plus petites et toujours dépourvues de granulations à l’intérieur, par l’adhérence de celles-ci aux tubes ou filaments et à leurs branches.

Il naît à la surface des cheveux de l’homme, en dehors du follicule , depuis le niveau de la peau jusqu’à une hauteur de 1 à 3 millimètres au-dessus de sa surface, et forme une couche autour du cheveu, épaisse de 0mm, 01 5. Ces cryptogames sont rouges et feutrés, de manière à constituer un tuyau autour de chaque cheveu.

Dans ces deux espèces les filaments ( trichomata ) ont les caractères extérieurs des filaments du mycélium ou système végétatif, c’est-àdire qu’ils sont ramifiés , sans articulations , peu ou point granuleux.

Telle est la description qu’en donne M. Robin dans son ouvrage sur les végétaux parasites et dans son Dictionnaire. Et, sans être micrographe, s’il nous était permis d’émettre une opinion, nous dirions que l’enroulement dont il est ici question, et dont nous avons représenté des dessins dans nos planches, se rencontre: 1° dans le pityriasis du cuir chevelu et de la barbe ; 2° dans le porrigo decalvans et dans beaucoup d’autres affections, dans le lieu même d’élection désigné, c’est-à-dire à la sortie du cheveu ou du poil, et qu’il pourrait peut-être précéder la manifestation des spores. M. Gruby, à qui nous avons montré cet enroulement, a déclaré que ce n’était là qu’un état épidermique que Ton pouvait faire naître artificiellement par le grattage. Il est bien vrai que si l’on vient à couper une portion de l’épaisseur d’un cheveu et à enlever son enveloppe sur la moitié de sa surface, on fait naître, ainsi que l’a opéré plusieurs fois un de nos internes, M. Mauvais, d’après les indications de M. Gruby, un état qui a beaucoup d’analogie avec celui que nous dépeignons, et que nous avons reproduit sous deux formes dans notre planche micrographique. On peut même l’opérer aussi en rebroussant la membrane externe du bulbe sur le corps du cheveu ; mais nous l’avons très souvent observé dans les états morbides, et nous ne l’avons presque jamais vu sur des cheveux sains, parfaitement exempts de pityriasis ou farine. G’est donc là un état maladif. Cet état figure d’ailleurs des ceps de vigne enroulés autour

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d’une tige, et M. Baeresprung les a représentés dans les planches de son mémoire sur l’herpès circiné sous la désignation suivante : pellicule supérieure du cheveu épaissie, fendillée en forme de réseau. Il la considère comme précédant la formation du tricha phyton.

On le rencontre en effet dans cette maladie, et coïncidant avec les spores du trichophyton. C’est, suivant nous, un état morbide d’une réflexion de l’épiderme de la peau sur la membrane extérieure du cheveu, mais ce n’est probablement pas une production végétale. M. Robin ne la regarde pas non plus comme étant de cette nature.

ïl est constant que dans le sycosis tuberculeux et pustuleux, dans l’impétigo sycosiforme, dans le pityriasis de la barbe, dans l’herpès circiné de la barbe, dans le porrigo decalvans de la barbe et du cuir chevelu, on ne trouve souvent pas autre chose, sauf, comme nous le dirons, l’atrophie du poil ou sa tuméfaction dans certains cas. En vain dans un grand nombre de cas de ce genre on y cherche des spores ; et quand celles-ci se sont montrées, c’est que probablement il s’agissait d’affections chroniques, et non exceptionnelles, et non pas d’affections suppurantes ou sécrétantes. Non-seulement j’ai suivi cette année toutes les phases microscopiques de ces affections, mais encore trois internes de l’hôpital les ont poursuivies partout et avec le plus grand soin. Il y a plus, j’ai soumis à M. Robin des cheveux provenant de la circonférence de la limite immédiate d’un porrigo decalvans dont l’origine ne remontait pas à plus de quinze jours ou un mois : c’était des plaques de 1 à 2 centimètres de diamètre. Je ne lui ai pas fait connaître l’origine de ces cheveux, sur lesquels j’avais observé l’enroulement à forme végétante dont je viens de parler, et j’en ai reçu la réponse écrite suivante : Les cheveux que vous ni avez fait remettre sont parfaitement sains ; ce qui veut dire exempts de spores, quoiqu’ils eussent l’enroulement le plus beau. Ainsi, pour le dire en passant, c’était un porrigo decalvans dont les cheveux étaient, au dire d’un de nos micrographes les plus expérimentés , parfaitement sains, et qu’il fallait, suivant M. Bazin, traiter par l’épilation quand même et par les lotions de sublimé. Suivant nous, ces cheveux étaient malades de deux manières : par leur bulbe amaigri, atrophié, sans enveloppes adhé-

rentes extérieures. Plus nous réfléchissons à la cause de cet enroulement, plus nous nous arrêtons à l’hypothèse où l’on admettrait que l’épiderme se réfléchit, dans l’état naturel, de la peau sur le cheveu , ce qui n’est pas nettement formulé par les anatomistes et ce qui est très probable, pour former à la sortie du poil une enveloppe épidermique qui se prolongerait sur la membrane propre du cheveu dans une faible étendue. Du moment où l’on opérerait l’avulsion du poil, on arracherait cette membrane qui, par contractilité de dssu, viendrait former ces enroulements fibrillaires que je signale. L’effet se produirait difficilement et rarement sur le cheveu sain, parce que la gaine épidermique, très adhérente au cheveu, se casserait nettement lors de son arrachement; il serait plus manifeste quand cette lame épidermique serait malade. Tout en donnant cette explication , je trouve quelques objections à y faire. D’abord on distingue très bien en dehors de ces ondulations l’épiderme arraché , il y est en lanières relevées dans divers sens ; en second lieu, on voit d’abord cet enroulement ondulé dans un point, puis, au-dessus de lui, une portion de cheveu saine et sans enroulement, puis un enroulement nouveau. Si cet état provenait delà cause que nous supposons exister un moment, l’enroulement serait continu et décroissant, il n’enverrait pas de prolongements filiformes sur le poil où existe un bulbe, comme je l’ai fait dessiner sur la planche de micrographie; en troisième lieu, on devrait le retrouver sur beaucoup de cheveux sains : or, sur onze personnes sur lesquelles j’avais pris au hasard des cheveux, je n’ai observé ces enroulements que sur tous les cheveux de l’une d’elles, et celle-ci avait un peu de pityriasis, il faut ajouter que la spore est le caractère essentiel du champignon; il est vrai que j’ai observé des filaments allongés, pendant le développement du trichophyton de l’herpès tonsurant, sur les cheveux les moins malades. Au surplus, ces détails ne dussent-ils servir qu’à mettre en garde les praticiens contre l’existence d’un parasite, qu’ils auraient leur côté d’autant plus utile que cet enroulement n’aurait pas encore été signalé.

Michosporon mentagrophyte de Gruby, découvert en 1842, ou cryptogame de la mentagre. — Spores partout en quantités innombrables, adhérentes d’une part à la surface interne de la gaine du

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poil, d’autre part au poil; elles sont tellement fixées à la gaine, qu’on 11e peut les en séparer sans les détacher ; rondes et très petites ; filaments ou tiges granulés à l’intérieur, et se bifurquant sous des angles de 40 à 80 degrés; rameaux striés. Il se montre principalement dans le follicule pileux des poils de la face, et en particulier du menton (mentagre), de la lèvre supérieure et des joues.

Il diffère du Microsporon Audouini par des spores plus volumineuses, des ramifications et des filaments plus grands. Il diffère encore par le siège, attendu qu’il est situé dans la profondeur du bulbe pileux, entre lui et la membrane épidermique, et non pas dans l’épaisseur de la substance de la portion de poil placée dans le bulbe, comme le tricophyton tonsurant, ni autour de la partie aérienne du cheveu, près du derme, comme l’est constamment le microsporon d’Audouin.

M. Gruby nous a fait voir ce cryptogame, mais sur une préparation dont nous ne connaissions pas l’origine. Or il résulterait de la description des effets pathologiques de ce cryptogame « que toutes les parties de poil qui sont envahies par lni se couvrent d’écailles blanches, grises et jaunâtres. Ces écailles auraient de 2 à 6 millimètres sur 3 à 8 ; à bords anguleux, un peu déprimés et traversés de toutes parts par des poils. Ces écailles sont très adhérentes à la peau et aux poils. » (Ch. Robin.)

Je me demande ce que peut être cette maladie dont on dépeint la forme. Je ne vois là aucun des caractères proprement dits de la mentagre, et je crois entrevoir un pityriasis de la barbe. Il faut bien le dire, les micrographes ne sont pas dermatologistes , et pour donner un nom à un champignon, nom qui exprime la maladie à laquelle il imprime un cachet tout particulier, il faut puiser les originaux de ses observations à une source bien authentique, c’est-àdire auprès d’un dermatologiste incapable de commettre une erreur de diagnostic. (On appelle cette mentagre dermophy tique .) (Il est probable que pour bien voir ce champignon il faut di viser le bulbe sur sa longueur.).

Microsporon fürfur de Ch. Robin. [Fungus seu Epîphytus pityriasis versicoloris , de Th. Sluyter, 1847.) — Cellules allongées et ramifiées (/£/«, filamenta, , trichomata ); partie de spores réunies en

groupes ou amas, ayant seulement quelques centaines de millimètre de diamètre. Le champignon est situé dans les squames épithéliales , ne dépassant jamais leur surface. Formées par des cellules fort étroites, allongées, pâles et ramifiées, ces spores ont seulement de 0mm ,004 à 0mm ,006 de diamètre ; elles sont sphériques, réfractent faiblement la lumière; leurs amas adhèrent à l’épiderme ; les plus grandes sont généralement au centre des amas. C’est à ce végétal que les micrographes attribuent la couleur jaune verdâtre du pityriasis versicolor (erreur complète). (Voy. pl. micrographique.)

Genre desOïniÉEs, Léveillé; Achorion, Link etRemak. — Achorion Schœnleinii , Remak. — Micoderme de la teigne, Gruby, ISA! et 1842. — Achorion Schœnleinii , Remak, 18â5. — • Champignon de la teigne scrofuleuse, Vogel, 1847.

Schœnlein est le premier qui ait fait connaître la nature du champignon défia teigne en 1839 ( Archiv fuer Anat.und Physiol ., p. 82, de J. Muelier. )

Le champignon de la teigne se compose d’une enveloppe extérieure, stroma ou gangue amorphe , d’un sixième de millimètre d’épaisseur. Ce n’est pas véritablement une membrane, car on ne peut pas la séparer de la substance centrale. Elle ne dérive ni de l’épiderme, ni d’une exsudation albumineuse. Elle contient: 1° le mycélium, ou système végétatif du champignon; 2° le réceptacle, ou support des organes de reproduction ; 3° ces organes, ou spores. La matière centrale retirée de cette enveloppe représente, au microscope, d’abord un grand nombre de spores libres ou réunies en chapelet, des tubes flexueux, ramifiés, non cloisonnés, vides ou contenant de rares granules, enfin des tubes droits ou courbes, sans être flexueux quelquefois, mais rarement ramifiés. Quant aux spores, elles ont en général une forme ronde ou ovale ; leurs bords sont nets, mais moins accentués que dans le trichophyton ou dans le Microsporon mentagrophyte. Leur volume peut varier de 0mm ,003 à Omm , 007. Ces spores n’ont pas la régularité ordinairement propre à ces organes de germination. 11 en est d’ovoïdes, de sphériques, de presque quadrilatères ou triangulaires. (Voy. pl. micrographique.)

Pour examiner au microscope soit des cheveux sains, soit des cheveux malades, il faut d’abord les avul ser complets, c’est-à-dire

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avec leur bulbe, Jes mettre sur une goutte d’eau étendue sur le support; placer un verre très mince à recouvrement, et procéder à un premier examen. Au bout de dix minutes de macération du poil dans l’eau qui a été mise entre les lames de verre, on saisit fortement les deux verres superposés entre les doigts, on fait frotter le cheveu en divers sens par le verre à recouvrement, et l’on observe de nouveau ; alors les spores se sont séparées du cheveu, celui-ci est devenu plus transparent, et l’on aperçoit les spores en nombre considérable disséminées sur les côtés du cheveu ou du poil.

De la description d’ensemble à laquelle nous venons de nous 1 ivrer, il ressort que notre collègue M. Bazin a appelé de nouveau l’attention sur une complication de plusieurs des maladies des cheveux et de la barbe, que les micrographes avaient fait connaître, mais dont l’autorité en pareille matière n’avait pas été assez grande pour en faire prévaloir les conséquences; que les travaux de M. Bazin sur la teigne et sur ces maladies l’ont conduit à professer une doctrine trop absolue, à savoir, que du moment qu’il existe un cryptogame, ce parasite est la cause du mal, et qu’il suffit de le détruire pour guérir la maladie; qu’on y parvient à l’aide de L’épilation et de lotions de sublimé, agent parasiticide par excellence. Pour nous, tout en rendant justice aux travaux importants de notre honorable collègue, nous dirons qu’il y a toujours lieu, en effet, de se préoccuper de l’existence ou de l’absence d’un cryptogame dans certaines de ces maladies; que la présence d’un cryptogame peut être cause ou effet ; que le cryptogame peut, dans bon nombre de cas, être cause de la permanence de l’affection; qu’il y a toujours lieu de le détruire; mais que, pour le détruire, l’épilation est le moyen exceptionnel; que toutes les préparations mercurielles, sulfureuses, l'huile de cade et une foule d’autres, sont plus ou moins parasiticides, et qu’une fois le champignon détruit, la maladie peut parfaitement persister ; mais que le champignon doit être considéré comme une cause de permanence de l’affection.

Les maladies parasitaires connues aujourd’hui sont au nombre de sept ; ce sont : la teigne et ses deux variétés principales, favosa et scutulata; le porrigo decalvons , Y herpès tonsurant, la plique , Y herpès circiné , \e pityriasis versicolor et le sycosis ou mentagre. — On a pu

voir qu’il n’existe pas de champignon bien défini pour chacune de ces maladies; qu’en fait d’espèces, on n’en connaît que trois: l’achorion ou my coderme de la teigne ; le trichophyton, commun à l’herpès tonsurant, à la mentagre et à la plique, et le microsporon, commun au porrigo decalvans et au pityriasis versicolor. Il est vrai que dans la plique, M. Guenshurge a admis l’existence d’une variété de trichophyton qu’il a appelée trichomaphyte ; mais M. Robin ne la reconnaît pas comme espèce à part. Ces espèces n’ont donc pas encore une existence bien définie, bien arrêtée? Quoi qu’il en soit, nous dirons que l’achorion est le champignon le plus complet de tous : il est composé d’un mycélium, de tubes sporophores et de spores. Les autres sont des champignons plus rudimentaires ou moins complets.

Teigne, Porrigo; Tinea lupinosa , ficosa ; Tinea ver a de Lorry. Porrigo lupinosa , favosa ; faims; teigne faveuse, teigne scutulée.

J’aborde une maladie qui, de tout temps, a été l’écueil des médecins par sa ténacité et sa résistance aux moyens thérapeutiques employés pour combattre les autres affections cutanées. Le mot teigne n’est pas pris ici dans une acception générale ; il désigne une maladie toute particulière, qui se distingue de la généralité des affections cutanées par ce caractère essentiel qu’elle développe des corps organisés végétaux visibles à l’œil nu.

C’est à tort qu’Alibert, et, à son exemple, un grand nombre de médecins, ont compris, sous la dénomination de teigne, toutes les maladies du cuir chevelu qui affectent l'enfance et quelquefois l’adulte, telles que la teigne amiantacée, la teigne muqueuse, l’impétigo granulé, etc., etc.; toutes ces affections n’ont de commun avec la teigne que le siège ; aussi Alibert est-il obligé de désigner lui-même par l’expression de faveuse les variétés de teigne que nous allons décrire et auxquelles doit seulement être appliquée la qualification de teigne. C’est donc aussi avec regret que nous voyons notre honorable collègue M. Bazin comprendre dans la dénomination de teigne toutes les maladies parasitaires du cuir chevelu et de la barbe, en se fondant sur ce fait que, dans ces maladies, il

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existe une production végétale comme dans la teigne. Cette raison de pathogénie a sa valeur, mais il y a, sous le rapport du siège, de la cause, du traitement, de la durée relative de ces maladies et des difficultés qu’elle offrent pour leur guérison , des différences si grandes, que c’est jeter sans nécessité une perturbation dans la science, préjudiciable à ses intérêts et par conséquent aussi à ceux de l’étude et de la pratique médicale, sans bénéfice aucun pour la pathologie et la thérapeutique. Or déjà le diagnostic des maladies de la peau est assez difficile, sans venir jeter une perturbation profonde dans les noms qui les désignent.

Willan et Bateman ont été encore moins exacts qu’Alibert, car sous la dénomination de porrigo , ils admettent des variétés deporrigo larvalis, furfurans, lupinosa , scutulata , decalvans et favosa , maladies qui ne sauraient supporter la description qu’ils en donnent, attendu qu’elle est tout à fait éloignée de la vérité. Il faut même rendre cette justice à Alibert, que, sans le secours du microscope et bien avant les travaux qui ont été faits sur la teigne, il a reconnu la nature toute spéciale de cette affection que tous les auteurs regardaient comme une maladie pustuleuse : cette croyance à une affection pustuleuse était tellement générale qu’elle s’est propagée jusqu’aujoud’hui et que, dans le Traité des maladies de la peau, de M. Cazenave, on la trouve encore reproduite en 18à7. Toutefois, nous voyons par le Traité des maladies de la peau , de M. Chausit, traité rédigé d’après les leçons de M. Cazenave, que ce médecin s’est enfin rendu à l’évidence des faits et qu’il n’admet plus comme autrefois la pustule élémentaire du favus ; mais il rejette la nature végétale du produit et il admet l’existence primitive d’une sécrétion à forme plus ou moins pustuleuse qui plus tard se concrète en croûte ; tant il est vrai qu’on a généralement peine à se dessaisir d’une idée, d’une manière de voir que l’on a soutenue et que l’on tient d’un maître, que Ton vénère avec raison, car Biett professait ces doctrines !

On sait que, de temps immémorial, cette maladie a appelé l’attention des médecins et des empiriques ; aujourd’hui encore elle est restée en partie dans les mains de ces derniers, et nous pourrions citer des villes considérables dans lesquelles l’administration muni-

cipale interdit même aux médecins le traitement de la teigne pour Je confier exclusivement aux sœurs de charité ; Toulouse, par exemple, est dans ce cas : ce sont les sœurs de l’hôpital qui dirigent et soignent tous les enfants affectés de la teigne ; comme si cette maladie était purement locale ; comme si elle n’était pas liée le plus souvent à une constitution qu’il faut modifier en même temps qu’on la traite à l’extérieur. 11 est vrai de dire qu’une méthode banale est employée depuis plusieurs siècles pour combattre cette affection, et qu’on a réduit ainsi à un pansement uniforme et à une opération toute manuelle la thérapeutique de cette maladie. Espérons qu’un jour viendra où l’autorité administrative, “plus éclairée, comprendra qu’il n’est pas, ou qu’il existe fort peu de maladies complètement isolées du reste de l’économie ; qu’alors même que le mal est à son début tout local , il peut se relier d’un moment à l’autre à une affection d’un autre organe, et qu’ainsi il n’est pas une maladie, voire même de cause externe, qui ne nécessite les soins éclairés du médecin.

Schœnlein, en Allemagne, a le premier fait connaître la nature végétale dufavus; et Berg a le premier signalé les sporules qui caractérisent le développement du muguet: de là l’analogie entre les deux productions. M. Gruby a fait des expériences d’inoculation qui expliquent la nature contagieuse du favus, non-seulement de l’homme à l’homme, mais encore de l’homme aux végétaux. Alibert avait, avant eux, cherché à combattre cette opinion de Bateman qui range la teigne dans les maladies pustuleuses. Alibert regardait les godets auxquels cette maladie donne lieu comme une production particulière. Son talent d’observateur si parfait l’avait conduit à cette découverte, dont le microscope a fourni plus tard la démonstration la plus rigoureuse. Quant à nous, nous croyons aussi avoir fait quelque chose d’utile en démontrant la source de l’erreur de l’auteur anglais. En effet, si la teigne ne donne jamais lieu à des pustules lorsqu’elle est abandonnée à elle-même, le cuir chevelu peut en développer par suite des pommades irritantes et des emplâtres que l’on applique sur le cuir chevelu. On a donc pris pour l’origine et la forme du mal ce qui n’est qu’un accident consécutif au traitement employé, accident que l’on peut développer à volonté

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sur toutes les parties du corps et par les mêmes moyens. C’est ce que nous avons constaté avec le plus grand soin, après avoir vérifié par nous-même l’exactitude des descriptions données par MM. Schœnlein et Grubv sur les productions végétales de la teigne. Pourquo1 faut-il, si nous en croyons des doctrines émises par M. Cramoisy dans sa thèse pour le doctorat (1856), et qui ne seraient que celles de M. Bazin son maître, que l’on revienne en partie à ces idées passées en considérant les pustules comme un troisième degré, comme une troisième période d’évolution du trichophyton à l’égard de plusieurs maladies à productions végétales, alors que l’achorion ou cryptogame de la teigne n’engendrerait pas les pustules de cette dernière maladie. Quoi qu’il en soit, cherchons à dépeindre cette affection et à décrire ses productions.

Le premier phénomène que l’on aperçoit au début du mal consiste dans un petit cercle linéaire et jaunâtre à la base de chaque cheveu ; ce qui n’était qu’un simple liséré devient un bourrelet circulaire, traversé par conséquent par le cheveu ; ce bourrelet fait une saillie de plus en plus marquée. C’est une sorte de poche ou capsule qui le constitue; on donne à cette capsule le nom de my coderme. Ces mieodermes ou capsules sont formées d’un myscélium , d’un réceptacle ou tubes sporophores et de spores ou granules. Ces spores sont adhérentes à un tissu filamenteux (tubes sporophores) qui sert de trame et qui, vu au microscope, représente parfaitement des arborisations; de sorte que son image offre la plus grande analogie avec un arbrisseau sans feuilles, pourvu de graines ou fruits, déposés comme des grappes de raisin. (Nous avons représenté dans nos planches ces godets depuis leur état rudimentaire jusqu’à leur entier développement ; mais tous sont isolés et tels qu’ils se reproduisent dans une poussée ou récidive de l’affection sur une ancienne teigne dont la majeure partie des cheveux a été détruite par la maladie. (Voir la planche micrographique pour le cryptogame.)

Quand les mieodermes sont par trop remplis de granules, leur poche ou sac s’ouvre et se détache du cheveu qui le traversait. En même temps, ce bord détaché semble se déprimer sur lui-même au fur et à mesure que la capsule s’élargit, en sorte que l’ensemble du produit organisé prend la forme d’un godet, que

nous comparerons, pour en donner l’image, à un petit lampion, le centre restant toujours traversé par le cheveu. De deux choses l’une: ou chaque godet s’est développé à une certaine distance l’un de l’autre, et alors il s’étale, s’élargit également, et produit une espèce d’écuelle en prenant des dimensions plus ou moins grandes, de là le nom de favus scutulata donné à l’une des variétés de la teigne faveuse ; — ou bien les godets se sont développés d’une manière confluente, et avec de très petites dimensions, et alors ils se sont mutuellement gênés dans leur développement; ils n’ont bientôt plus formé qu’une masse étalée sous forme de croûte sèche, d’une étendue plus ou moins considérable, donnant seulement à sa circonférence l’image de petits godets, mais formant des groupes criblés de creux analogues à la surface d’un gâteau d’abeilles. Un donne à cette seconde variété le nom de favus lupinosa , teigne lupineuse, à cause de son analogie avec les semences du lupin ; telles sont les deux teignes généralement admises par les auteurs. Il en est deux autres espèces dont je reconnais l’existence, et qui offrent des différences assez tranchées. Dans la première, la production granuleuse étant très considérable, elle se détache par petits fragments informes qui suivent le trajet des cheveux en adhérant à ceux-ci, de manière à les recouvrir çà et là de granulations du volume d’un grain de. millet ou de chènevis; j’appelle cette variété teigne faveuse granulée : c’est la variété désignée par M. Bazin sous le nom de teigne squarreuse . Dans la seconde, où la maladie est toujours très circonscrite et en plaques qui croissent d’une manière incessante, mais en s’élargissant peu à peu, la production végétale de la maladie ne s’opère que d’une manière excessivement lente pour produire une croûte informe, sèche, très adhérente, et embrassant à sa base un plus ou moins grand nombre de cheveux; j’appelle cette variété eigne faveuse squameuse , parce que la matière produite a de l’anajogie, surtout à la surface, avec des squames ou écailles filamenteuses, amiantacées; mais en les écartant on distingue parfaitement la matière du favus.

M. Bazin ( Recherches sur la nature et le traitement des teignes , Paris, 1853 ) admet l’existence de cinq espèces de teignes: 1° Teigne faveuse, c’est celle que nous décrivons, qu’il divise en trois va-

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riétés: lupineuse , scùti forme ou en cercles et en anneaux , squar reuse , qui correspond à la variété de teigne granulée que nous avons décrite depuis longtemps. 2° Teigne tonsurante ou tondante de Mahon, qui n’est autre que l’herpès tonsurant. 3° Teigne mentagre , comprenant la mentagre ou sycosis et les formes composées de sycosis. 5° Teigne achromateuse ou avec décoloration, du cuir chevelu , qu’il regarde comme synonyme du porrigo decalvans de Bateman et du vitiligo ; il en admet deux variétés. 5° Teigne decalvante ou alopécie idiopathique, qui rfe nous paraît être autre, d’après la description qui en est donnée, qu’un porrigo decalvans plus ou moins étendu. On voit que M. Bazin a bouleversé toutes les idées reçues ; qu’il comprend sous la dénomination de teigne des maladies qu’on n’a jamais rapprochées les unes des autres. En cela il a suivi les idées de M. Gruby qui regarde l’herpès tonsurant et le sycosis comme étant des maladies semblables à la teigne, parce que dans ces affections il a trouvé une altération des cheveux et des poils qui s'en rapproche et qui aurait pour élément une production végétale. Si cette dernière assertion est vraie dans quelques cas elle ne l’est pas toujours; faut-il donc, sans aucun avantage réel pratique, changer les dénominations de ces affections et bouleverser des noms qui de tout temps ont exprimé pour le médecin une idée plus ou moins nette? En principe, nous n’hésitons pas à le dire, ces bouleversements dans les noms sont mauvais. Aussi toutes les nomenclatures nouvelles ne jouissent-elles d’aucune faveur ; mieux vaut cent fois conserver un mauvais nom que de créer un nom nouveau, si ce nom ancien est consacré par le temps. Vous rendrez l’étude de la science plus difficile et vous bouleversez sans aucun avantage les idées des praticiens du jour. Appelez teigne ce que tout le monde appelle teigne ; dites que ce mot doit nécessairement entraîner avec lui l’idée d’une production morbide végétale d’une' nature particulière , et vous distinguerez ainsi la teigne des autres maladies du cuir chevelu ; mais n’allez pas plus loin, et ne rangez pas sans nécessité sous la dénomination de teigne des affections qui, outre qu’elles siègent ailleurs qu’à la tête, ne nécessitent pas l’emploi des mêmes moyens de guérison, n’ont pas la même ténacité, la même durée de traitement et encore moins le

même aspect. Je sais très bien que ces raisons jouissent de peu de faveur auprès de M. Bazin, car depuis la première édition de notre ouvrage il a publié un mémoire sur la mentagre où il admet, à l’égard des affections du menton, les mêmes maladies qu’au cuir chevelu. Il désigne ces maladies sous le nom de teigne ; il admet l’existence des mêmes espèces; ce sont, suivant lui, les mêmes moyens curatifs; opinion qui n’est partagée par personne.

Quelle que^oit la forme sous laquelle se montre la teigne, elle ne sécrète jamais, et à aucune époque de son existence, ni sérosité, ni pus, ni sanie : toujours elle se montre à l’état de croûte sèche. Si l’on détache cette croûte, on trouve sous le godet une lame épidermique appliquée sur la peau, sans que le tissu cutané soit excorié ou ulcéré.

Des opinions très divergentes ont été émises sur le siège primitif du cryptogame. Suivant M. Letenneur, le cryptogame aurait son siège primitif dans les follicules sébacés qui entourent les cheveux, parce que, suivant lui, les capsules des poils sont toujours parfaitement saines au-dessous des godets faviques. Les cheveux ne sont altérés qu’au-dessus de la croûte, et par le fait de la compression exercée par la tige du poil ; si le cheveu tombe, c’est plus tard, par l’atrophie du bulbe résultant de cette compression. MM. Lebert et Charles Robin n’ont jamais constaté de favus dans les bulbes pileux ; la capsule est en dehors de toute altération. M. Rayer a placé le siège du favus dans les bulbes pileux. Suivant M. Bazin, le favus, à son débuts est toujours sous-épidermique; et plus loin M. Bazin ajoute : «ou plutôt intra-épidermique.» (Et en effet comment, en enlevant le champignon entier, trouverait-on l’épiderme intact immédiatement au-dessous de lui? ) Au moment où le godet se déforme, en s’ouvrant à son centre, l'épiderme se rompt. D’où la conséquence que le godet favique n’aurait pas d’enveloppe propre, comme M. Gruby et d’autres le prétendent. Le champignon s’étendrait peu à peu dans les membranes qui enveloppent les bulbes pileux, dans le bulbe pileux lui-même, de manière à ce que le bulbe du poil, la souche, le prolongement radiculaire, fussent parsemés de spores et de filaments tubuleux ; on retrouverait des sporules et des tubes de mycélium sur les membranes capsulaires des cheveux , principale-

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ment entre la tunique capsulaire et le canal épidermique du bulbe des cheveux. Quant à ceux-ci, le canal central aurait disparu; on

Les fibres longitudinales du cheveu paraîtraient plus larges et plus grosses que dans l’état normal. Les cheveux auraient perdu leur brillant à l’extérieur. Toutes ces altérations peuvent exister d’ailleurs à divers degrés, suivant la durée et la confluence de la maladie ; d’où M. Bazin conclut que non-seulement le champignon croit au pourtour et à la naissance des cheveux sous le prolongement épidermique qui se réfléchit autour du bulbe, mais encore qu’il envahit le bulbe et le cheveu ; d’où la conséquence de l’épilation pour atteindre les spores profondes du favus, et la destruction des cheveux, non par atrophie et par compression des bulbes ou des cheveux, mais par envahissement de ces organes par le cryptogame. Tout cela me paraît parfaitement fondé.

Quant aux caractères micrographiques du favus, voici en quoi ils consistent (voy. planche de micrographie) : Formé par les diverses parties du champignon appelé achorion , il n’existe pas encore, en tant que favus, lorsque les spores du végétal sont encore sèches; celles-ci venant à germer, constituent des filaments de mycélium ; puis naissent des tubes sporophores, les spores se multiplient au point que le toutforme une masse visible à l’œil nu (voy. pl. 111, fig. 3). L’ensemble du champignon est-il enveloppé d’une membrane propre? Sont-ce des lames épidermiques qui lui forment une enveloppe? C’est une question encore controversée. Toujours est-il que jusqu’au moment où l’enveloppe s’ouvre, la surface du godet paraît lisse, ronde, unie ; le godet venant à s’ouvrir, on voit au microscope qu’il est formé : 1° de tubes flexueux , ramifiés, non cloisonnés, vides ou contenant quelques rares granules moléculaires (mycélium) ; 2° de tubes droits ou courbes sans être flexueux, quelquefois, mais rarement, tuméfiés, contenant des granules ou de petites cellules rondes, ou des cellules allongées, placées bout à bout, de manière à représenter des tubes cloisonnés, avec ou sans traces d’articulations étranglées (réceptacles ou tubes sporophores à divers états de développement); 3° enfin de spores de diverses formes, libres ou réunies en chapelets (voy. planche micrographique) (Robin, Diction -

naire de médecine et de chirurgie , etc., 1855). Quant aux spores, elles sont extrêmement petites. Que si l’on examine, suivant M. Bazin, une petite parcelle de matière laveuse en la plaçant dans l’eau entre deux plaques de verre, on voit qu’elle se compose de sporules, de tubes vides (mycélium), de tubes chargés de sporules simples ou complexes (sporidies) ; les unes sont très petites, à peine peut-on les distinguer des granulations noires; les autres ont de ümm,005 à 0mm ,008 de longueur. Les plus grosses paraissent avoir une double enveloppe, dont le centre est composé de granules, ce qui ne se voit qu’à un grossissement de 800 diamètres. Elles sont ovoïdes, triangulaires ou étranglées vers le milieu, réunies bout à bout en chapelets. Les tubes sont flexueux, simples ou ramifiés, vides ou chargés de spores ou de granules; accolés les uns aux autres, ils forment des tiges, et quelquefois comme des arbustes. (Yoy. la planche de micrographie. )

Quant aux cheveux, leur bulbe est d’abord parsemé de spores à sa surface et à sa base ; ces spores se disséminent aussi à la surface des cheveux. Plus tard, le bulbe lui-même s’atrophie et perd peu à peu de son volume, en même temps que les spores et les filaments tubuleux se propagent le long du cheveu ; celui-ci s’amaigrit de plus en plus, devient terne, et puis se décolore. Quant à sa partie médullaire, elle disparaît une des premières.

Démontrons maintenant que le produit morbide est de nature végétale : déjà on a pu voir que l’inspection microscopique donnait des caractères d’organisation dont on ne saurait mettre en doute l’existence. Une expérience de M. Gruby prouve jusqu’à l’évidence, sans le secours d’instrument de grossissement, qu’il en est ainsi. Il a pris un certain nombre de granules contenus dans ces petits sacs ou mycodermes, il les a déposés sur un point de l’écorce d’un chêne en pleine végétation, et, après avoir fait son expérience dans des conditions favorables, il a vu se développer une production teigneuse tout à fait semblable à celle qui naît sur la tête des enfants. Le développement de ce produit végétal a eu lieu à l’instar de celui du lichen. Cette pièce a été montrée à l’Institut, nous l’avons vue nous-même ; les caractères du développement nous ont paru identiques avec ceux du godet de la teigne. Cette inoculation peut

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d’ailleurs s’opérer tous les jours d’individu à individu. Ainsi il doit être évidemment reconnu aujourd’hui que le produit delà teigne est un produit organique de nature végétale, et la démonstration de ce fait rend parfaitement compte de la manière dont la maladie se transmet le plus souvent d’enfant à enfant. On sait que c’est l’une des maladies les plus contagieuses, et que presque toujours elle vient de ce que des bonnets portés par un enfant teigneux l’ont été par d’autres qui gagnent la teigne ; ou bien de ce que des enfants non teigneux ont couché avec d’autres enfants teigneux. La poussière dite granules ou sporules on spores est excessivement fine; elle adhère facilement aux vêtements, elle s’échappe sous forme de poudre quand un enfant se secoue ou se frotte la tête, et l’on conçoit dès lors qu’elle puisse facilement servir de moyen d’inoculation entre deux personnes.

j’ai eu dans mon service à l’hôpital un jeune homme de quinze ans qui y est arrivé avec une teigne des plus étendues, et qui l’a gagnée en portant une casquette qui avait appartenu à une famille de teigneux ; cinq enfants et la mère avaient à la fois cette maladie qui, chez le jeune homme dont il est question, datait de quatre ans seulement.

De ce que la teigne est contagieuse et qu’elle se propage d’enfant à enfant au moyen d’une sorte de semence, s’ensuit-il qu’elle ne puisse se développer spontanément? A cet égard tous les auteurs admettent qu’elle peut naître sous des conditions de misère, de mauvaise alimentation, de malpropreté, etc. Mais aujourd’hui, c’est une manière de voir que beaucoup de modernes et tous les naturalistes rejettent.

Le favus ou teigne est une affection de l’enfance et de l’adolescence. Elle peut cependant se montrer à tous les âges de la vie ; mais il est rare qu’après vingt ans la maladie se développe autrement que par transmission, soit directe et par contact, soit indirecte et par suite d’un bonnet, casquette ou chapeau d’un teigneux porté par un sujet sain, qui devient bientôt malade.

Cette affection peut, dans l’une de ses formes, le favus scutulata , teigne scutulée ou en écuelles, se montrer à toute la surface du corps; mais dans la très grande généralité des cas, elle est bornée à la tête.

Notre collègue M. Bazin rattache essentiellement la teigne à

l’existence des poils, et il va si loin à cet égard qu’il déclare qu’il ne peut pas se montrer de favus là où il n’y a pas de poils. Je concevrais cette opinion si la teigne avait son siège principal et son point de départ dans les bulbes des poils, mais il n’en est pas ainsi ; en admettant même parfaitement exactes les recherches de M. Bazin, on conçoit que l’affection développée à l’ union du bulbe avec le cheveu puisse envahir le bulbe du poil, mais nous ne saurions considérer la présence du favus comme nécessitant celle d’un poil ou d’un cheveu. D’ailleurs M. Lebert a trouvé des godets faviques sur la verge et sur des parties du corps exemptes de poils (Ch. Robin, ouv. cit.). Sans nous appuyer du secours du microscope nous ferons de suite ressortir la différence qu’il y a entre la guérison de la teigne scutulée qui peut atteindre la figure et les autres parties du corps, d’avec la teigne faveuse qui ne se montre jamais qu’à la tête ; Mahon a parfaitement établi cette distinction. On guérit une teigne scutulée de la face et du corps dans l’espace de peu de temps: on guérit même une teigne scutuiée du cuir chevelu dans un temps plus court que pour la teigne lupineuse. Mais malheureusement quand on est conduit à émettre une idée nouvelle, on est porté à tout faire plier à cette idée ; c’est ce qui est arrivé à notre honorable collègue M. Bazin.

Tantôt la teigne alfecte une partie seulement du derme chevelu, tantôt la totalité. Elle peut être bornée à une surface de quelques centimètres de diamètre, et, dans d’autres cas, s’étendre partout où il y a des cheveux, de manière à former une sorte de calotte. — Elle apparaît ou sur un seul point ou sur plusieurs à la fois qui, en s’élargissant peu à peu, se réunissent pour former une plaque unique. Toutes les fois que le favus se montre dans un seul point, il reste toujours plus ou moins limité ; mais il peut survenir des récidives, ou bien la partie, après avoir été traitée, peut redevenir le siège d’une nouvelle poussée ; alors il est rare que d’autres points du cuir chevelu ne deviennent pas malades. Dans tous les cas, si l’on en excepte le favus scutuiata , dont le développement est souvent très rapide, on peut dire que la marche des teignes a lieu d’une manière lente et que la maladie ne fait de progrès très sensibles que dans un espace de temps assez long.

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Ces circonstances d’étendue et de multiplicité des plaques sont soumises à certaines données générales que nous ferons connaître: la teigne lupineuse tend presque toujours à occuper une assez grande surface. Quand elle est spontanée elle se limite le plus souvent à une seule plaque. Quand la teigne est contractée par des bonnets ou casquettes il est assez commun de la trouver en plaques multiples. La teigne squameuse est toujours très circonscrite, mais à plaques multiples. On peut donc avoir à traiter une teigne très limitée comme une teigne très étendue.

Ceci posé, on reconnaîtra la teigne à l’apparition, sur un point ou sur une surface plus ou moins large du derme chevelu, d’une sorte de croûte jaune orangé ou blanc jaunâtre , croûte dont la surface tombe en poussière, sans sécrétion aucune, et répandant une odeur plus ou moins fétide, que l’on a comparée à l’odeur de souris. Jamais comparaison ne fut plus exacte. — • Las de démangeaisons très notables ; chute plus ou moins complète des cheveux, et ceux qui restent encore sur les points malades, très amincis, très chétifs et frisés ainsique le représente la figure que nous avons donnée de cette maladie. La chute des cheveux est, en effet, une conséquence nécessaire de l’existence du favus par la pression que le mycoderme exerce sur le bulbe du poil et par l’extension de la germination du favus à ces bulbes.

Quand on examine ces cheveux à la loupe, on voit qu’ils sont plus ou moins malades. L’altération morbide peut exister à la tige seule, sur laquelle on trouve des fragments de matière faveuse. Parfois on retrouve des tubes de mycélium et la matière faveuse, qui vont se perdre entre la souche du poil et la face interne de la capsule dont la base déchirée répond à l’extrémité supérieure de la tunique capsulaire, ayant devant elle le canal épidermique du cheveu. Le cheveu est terne, il a perdu son brillant; les deux substances, corticale et médullaire, sont confondues sans qu’on puisse les distinguer l’une de l’autre. Dans d’autres cas, il n’existe plus que des débris de capsule. Le bulbe du poil, la souche, le prolongement radiculaire sont parsemés de spores et de filaments tubuleux (Bazin, Mémoire cité). Ce fait est important pour reconnaître dans le cours du traitement les cheveux qui peuvent encore être malades. — Enfin, la croûte du

favus est à surface rugueuse, inégale, plus ou moins élevée audessus du niveau delà peau ; elle adhère fortement, et ce n’est qu’à l’aide de l’extrémité d’une spatule ou d’un couteau qu’on peut l’enlever. Si cette opération est faite avec soin, on voit au-dessous de la croûte le derme chevelu recouvert d’un épiderme lisse et très fin; sa couleur est rosée; il n’y existe pas d’érosion ou de plaie; or si le favus était de nature pustuleuse, ou s’il fournissait une sécrétion quelconque, la surface sécrétante serait plus ou moins érodée. Cette circonstance complète la série de faits que nous avons invoqués pour démontrer la nature du favus.

Maintenant, dans les variétés de favus lupineux , scutulé , granulé , et écailleux , il y a des différences qu’il est difficile de décrire autrement que par les caractères anatomo-pathologiques que nous avons donnés.

Le favus scutulata apparaît quelquefois sur le corps en même temps qu’au cuir chevelu. Il peut s’y montrer sur toutes les parties : le front, la figure, le cou et la poitrine en sont plus fréquemment le siège. Il y est ordinairement sous forme discrète : ainsi on trouve çà et là un, deux ou trois godets réunis. Ces godets prennent un accroissement très grand; ils conservent leur forme parfaitement ronde, à bords relevés en écuelie et à centre fortement déprimé. Leur développement est plus rapide que dans les autres variétés, et ce développement semble s’arrêter lorsqu’il est arrivé à un certain état d’accroissement.

Ce serait être trop absolu que d’avancer que le favus scutulata du corps affecte toujours cette forme discrète. J’ai vu plusieurs malades dont la presque totalité de la peau des membres en était couverte. Chez eux l’affection s’était montrée sous forme confluente. Tous les godets étaient réunis entre eux pour donner naissance à des plaques énormes. L’un de ces malades, âgé de trente-cinq ans, a succombé, dans mon service, aux suites d’une fièvre typhoïde contractée pendant son séjour à l’hôpital. Cet homme, atteint de favus depuis son très jeune âge, avait subi bon nombre de traitements. Il était arrivé de la province, amaigri par une irritation chronique des intestins, qui entraînait à sa suite des garde-robes sans cesse en diarrhée. Cet état était né sous l’influence des chagrins causés par une maladie

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contre laquelle l’art avait échoué, et à laquelle l’âge n’avait apporté aucune amélioration. Les membres décharnés avaient pour enveloppe un favus qui en occupait toute la surface, et qui exhalait cette odeur de souris que nous avons signalée. Cet homme se faisait horreur. Il était taciturne, fuyait le contact des autres malades, restait au lit le plus souvent et s’affaiblissait de jour en jour. Le séjour à l’hôpital , dans de pareilles conditions, devait lui être funeste. 11 fut pris de fièvre typhoïde, et, chose remarquable, le favus se guérit complètement, ainsi que cela a lieu pour toutes les affections cutanées sécrétantes, lorsqu’une maladie aiguë vient à naître en affectant l’économie en général. Nouvelle preuve qu’il existe dans les maladies cryptogamiques autre chose qu’un cryptogame. Nous fûmes assez heureux pour arrêter les progrès de cette fièvre. Le malade se nourrissait alors ; il se remettait peu à peu, imbu qu’il était de la pensée qu’il allait être débarrassé de son favus général, lorsque, ainsi que cela se passe habituellement, il vit reparaître sa cruelle maladie. Cette atteinte portée à un espoir que nous n’avons pas pu heurter de front en présence d’un malade dont la santé était gravement compromise, fit bientôt reparaître les accidents du côté du ventre, et alors cet homme tomba dans un affaiblissement gradué dont il ne put sortir. 11 succomba. Ainsi il s’était opéré pour la teigne ce qui se passe pour la gale et les acarus. Dira-t-on aussi pour ce cas que le mycoderme sommeille, ainsi qu’on la prétendu pour Y acarus, et si celui-ci vit d’une sorte de vie végétative, de quelle vie les productions teigneuses vivent- elles durant ce sommeil soi-disant léthargique? On se retranchera, il est vrai, sur ces deux faits toujours invoqués par les micrographes, à savoir, que le sol de l’individu malade n’était plus propre à la germination des spores ; et pour expliquer des récidives, qu’il était resté des spores à la surface de la peau qui ont germé aussitôt le retour à la santé ! — Le favus squameux est beaucoup plus discret que le favus lupineux. Le favus granulé est le plus confluent et celui qui suit la marche la plus rapide ; mais tous les trois n’attaquent que le cuir chevelu, tandis que le favus scutulata peut affecter le corps.

Le favus n’est pas une de ces maladies qui se guérissent d’une manière spontanée, au moins c’est l’exception. Le plus souvent, il

persiste jusqu’à l’adolescence, et même jusqu’à trente et quelques années. Mais lorsque le sujet a contracté celte maladie pendant le jeune âge, on la voit décroître vers vingt ans et se guérir peu à peu, après avoir entraîné la perte presque totale des cheveux.

La teigne ne paraît pas nécessairement liée avec le tempérament et la constitution du sujet, en ce sens que tout individu peut la contracter; mais quand elle se développe spontanément, c’est principalement chez des enfants lymphatiques où les affections cutanées sécrétantes de la tête sont communes. Cette dernière circonstance conduit le médecin à employer un traitement général en même temps qu’un traitement local pour combattre cette maladie, et les frères Mahon eux-mêmes, tout en employant leurs pansements répétés et faits avec soin, prescrivent l’usage des dépuratifs.

Des faits que nous avons exposés dans cet article sur la teigne, nous croyons devoir tirer les corollaires suivants, comme préliminaires de l’exposition des diverses méthodes de traitement que nous allons faire connaître avec détails.

1° La teigne est une maladie tout à fait différente de la croûte de lait, delà teigne amiantacée, des variétés d’eczéma et d’impétigo de la tête, du porrigo decalvans , de l’herpès tonsurant et du pityriasis du cuir chevelu.

2° Cette maladie, dont la cause première nous est inconnue, a pour cachet essentiel le développement, autour du bulbe des poils, d’une production végétale qui s’étend au bulbe lui-même, l’envahit tout en le comprimant et en s’opposant à sa nutrition, puis le détruit, altère les cheveux et en amène ainsi la chute.

3° Elle est essentiellement contagieuse et se transmet au moyen d’une poussière organisée à l’instar de la graine des végétaux.

ha C’est une maladie de l’enfance et de l’adolescence.

5° Non-seulement elle peut se montrer à la tête, mais encore sur toute autre partie du corps, au moins pour une de ses variétés.

6° Elle ne fournit jamais aucun produit de sécrétion lorsqu’elle est abandonnée à elle-même et qu’elle n’est pas modifiée par des applications de pommades ou d’agents irritants.

7° Elle peut guérir spontanément, mais cette guérison ne s’obtient qu’à un âge déjà assez avancé de là vie. Quoique guérie, la ma-

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ladie laisse des traces de son existence par l’atrophie et la chute des cheveux.

8° Enfin, c’est une des affections cutanées les plus rebelles aux traitements.

Traitement . — La ténacité de cette affection a, de tout temps, appelé sur elle l’attention du médecin. Aussi signale-t-on, dès lepoque la plus reculée, des moyens plus ou moins efficaces pour atteindre ce but. L’énumération rapide que nous allons en faire donnera la preuve de la difficulté que l’on éprouve, dans bon nombre de cas, à guérir la teigne: caron peut dire que la presque totalité des agents connus a été tentée, et souvent en vain.

Après des essais nombreux, on est arrivé à ce résultat que la guérison du favus est d’autant plus prompte et plus assurée, que l’on opère au préalable la chute des cheveux. Aussi, pour atteindre ce but, on s’est arrêté à un moyen violent, la calotte, qui présente l’avantage d’arracher à la fois un grand nombre de cheveux, mais qui offre l’inconvénient grave défaire souffrir les enfants et de leur arracher des cris si violents que quelques-uns ne peuvent supporter cette méthode. MM. Mahon ont même cité un exemple de décès survenu chez un enfant, le second jour de l’enlèvement de la calotte, et à la suite de la perturbation que l’avulsion avait portée sur tout le système nerveux. L’avulsion des cheveux a donc de tout temps été préconisée par les médecins qui se sont occupés de la teigne.

Or, la calotte est encore employée aujourd’hui dans beaucoup de départements, contre la teigne ; non pas, il est vrai, par des médecins, mais par des religieuses, auxquelles on confie le soin de cette maladie. Nous croyons donc utile d’en rappeler et la composition et l’emploi méthodique.

On délaye dans une bassine 125 grammes de farine de seigle avec un litre de vinaigre blanc ; on agite continuellement le mélange lorsqu’il est sur le feu ; on y ajoute, aussitôt la cuisson de la farine, 15 grammes de carbonate de cuivre en poudre; on fait bouillir doucement pendant une heure, après quoi on met 125 grammes de poix noire, 125 grammes de résine et 190 grammes de poix de Bourgogne. Lorsque le tout est mêlé et parfaitement fondu, on jette dans l’emplâtre 190 grammes d’éthiops antimonial en poudre fine ;

on agite le mélange jusqu’à ce qu’il ait pris une consistance convenable. C’est cet emplâtre que l’on étale sur une toile résistante, capable en un mot de supporter des tractions assez fortes.

Pour appliquer la calotte, on commence par couper les cheveux aussi près que possible de la peau, on ramollit les croûtes à l’aide de cataplasmes et on les fait tomber en les lavant avec de l’eau de savon, ce qui a lieu en trois ou quatre jours ; alors on étale la toile empl astique sur la surface de la tête en prenant la précaution de couper l’emplâtre de sa circonférence à son centre pour pouvoir l’enlever par portions et aussi pour qu’il ne fasse pas de plicatures. Au quatrième ou au cinquième jour, on enlève brusquement chaque portion de l’emplâtre, et avec lui une certaine quantité de cheveux qui, en poussant, se sont enchâssés dans sa substance. Cet arrachement se fait à contre-poil, afin d’opérer une ablation plus efficace des cheveux. On applique un nouvel emplâtre que l’on enlève et que l’on réapplique tous les deux jours, en ayant soin de couper les cheveux restants lorsqu'ils ont poussé.

Ce traitement est ainsi continué pendant deux ou trois mois. Quelques enfants s’habituent peu à peu à ces tractions, qui deviennent en général de moins en moins douloureuses au fur et à mesure qu’une plus grande quantité de cheveux est arrachée ; mais beaucoup d’entre eux ne peuvent pas supporter ces souffrances et abandonnent ce traitement.

Il est certain que cette méthode compte des succès assez nombreux, mais quel moyen ! aussi a-t-il été abandonné par les médecins. J’ai vu nombre d’enfants auxquels il avait été appliqué sans succès, et qui sont venus réclamer nos soins à l’hôpital Saint-Louis. Ces exemples se reproduisent journellement.

Cependant quelques praticiens adoptent aujourd’hui cette méthode que suit, par exemple, M. Baumès, de Lyon. Ce praticien a même préconisé un emplâtre moins agglutinatif que le précédent; causant, par conséquent, moins de douleurs, et propre d’ailleurs à conduire au même résultat. La formule de cet emplâtre et son mode d’emploi se trouvent dans l’ouvrage d’Alibert, et Desault en avait vanté les avantages dans ses leçons. Il consiste à faire dissoudre de la gomme ammoniaque dans du vinaigre, jusqu’à consis-

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tance d’emplàtre ; on l’étend sur de la toile et on l’applique par bandelettes. Ces bandelettes sont successivement enlevées après un séjour variable depuis quelques jours jusqu’à quelques semaines.

J’ai essayé ce moyen à l’hôpital Saint-Louis et à la prison des Madelonnettes sur plusieurs teigneux et sans obtenir des succès plus nombreux que par des moyens plus simples et moins douloureux ; en sorte que, s’il est préférable à la calotte, en ce sens qu’il a moins d’inconvénients qu’elle, il en présente encore, et ses avantages ne les compensent pas.

Samuel Plumbe, en vue de l’épilation comme moyen de guérison, a proposé d’arracher les cheveux un à un; on a reculé devant un moyen aussi long ; et c’est ici le heu de nous demander si l’épilation est une condition indispensable du traitement de la teigne, et si seule elle suffit pour amener la guérison de cette maladie. A cet égard, on peut considérer l’épilation comme étant l’un des moyens les plus propres à opérer la guérison de la teigne ou au moins à en favoriser la guérison. Je dis favoriser, car on observe assez souvent de vieux teigneux chez lesquels la généralité des cheveux est tombée et où cependant il existe sur le cuir chevelu des plaques très larges d efavus. On peut, d’une autre part, guérir la teigne sans amener l’épilation. Les frères Mahon, par exemple, n’épilent pas et leur poudre dite épilatoire ne fait pas tomber le bulbe des cheveux. Le point de vue réellement curatif qui doit diriger le médecin, c’est de recourir à un agent qui puisse désorganiser assez complètement la production végétale à son origine, sans attaquer les cheveux. L’avulsion préalable des cheveux favorise singulièrement cet effet, puisque la calotte seule guérit. Mais faisons remarquer à ce sujet que, dans l’emplâtre destiné à la préparation de la calotte, il entre une certaine proportion d’un sel cuivreux et d’un sel antimonial qui doivent agir, ainsi qu’on le verra plus loin, sur les productions laveuses.

« En juillet 1853 est entré au pavillon Saint-Matthieu, à l’hôpital Saint-Louis (service de M. Bazin), un paysan faisant métier dans £on village de guérir la teigne, et probablement il la guérissait mieux et plus vite qu’on ne le fait dans les hôpitaux de Paris; il prati-

quait surtout l’épilation avec une incroyable habileté. » Bazin, Mémoire cité.

Ce fut pour notre collègue l’origine d’un travail raisonné sur la leigne; il se livra à des expériences microscopiques pour vérifier les faits déjà connus sur la nature végétale de la teigne, il rechercha quels étaient les agents chimiques les plus propres à attaquer le mycoderme, et, faisant précéder l’emploi de ces agents de l’épilation, comme l’avait proposé Samuel Plumbe. il est parvenu à guérir la teigne en six semaines ou deux mois ; il hésitait d’abord à opérer l’avulsion des cheveux, dans la crainte qu’ils ne pussent repousser, mais contre son attente, il les vit renaître plus forts et plus beaux qu’auparavant. Quant à l’épilation, il la pratique en enlevant deux à trois cheveux seulement à la fois, ce qui exige, dit-il, environ six heures pour épiler totalement une tête, et ce que l’on peut faire d’ailleurs en plusieurs séances.

On comprend tout de suite le travail de patience qu’exige le préliminaire de cette méthode de traitement, aussi trouvons-nous ce paragraphe dans l’avant-propos du mémoire cité : «d’autres, mieux intentionnés, répéteront nos expériences, je doute qu’ils réussissent. La patience leur fera défaut, et la moindre inobservation des règles thérapeutiques que nous avons posées sera suivie de déceptions. Il y aura des récidives, et ce qui aurait dû être mis sur le compte de l’opérateur, sera mis sur le compte du procédé. »

Je conçois la première idée de cette phrase, celle qui a trait à la patience nécessaire pour exécuter l’épilation ; je ne comprends pas la seconde. L’épilation est longue, mais simple, et un infirmier peut être dressé à la faire, c’est ce qui a eu lieu depuis dans chacun de nos services; et une fois pratiquée, la méthode de traitement est plus simple encore, comme on le verra plus loin. Que signifie donc cet insuccès à craindre? pourquoi le procédé ne réussirait-il que dans les mains de M. Bazin? Nous pensons qu’à cet égard il a trop préjugé du bon vouloir de ses confrères, tout disposés à accepter ce qu’il y a de bon dans une méthode de quelques source qu’elle vienne, et à plus forte raison lorsqu’elle a pour auteur un de nos collègues de l’hôpital Saint-Louis. Serait-ce à cause de son origine qui remonte à son malade, ce brave paysan guérissant la teigne par

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l’épilation? A cet égard, M. Bazin a eu raison de s’emparer de ce lait, et de démontrer par l’observation, la pratique et les recherches microscopiques, comment il pouvait être utile. Toutefois, ce délai de six semaines à un mois nous paraît tout exceptionnel ; nous avons vu de ses malades qui n’avaient pu être guéris qu’après 6 mois et même près d’un an depuis le commencement du traitement externe dirigé par M. Bazin lui-même. Néanmoins, nous n’hésitons pas à le dire, la méthode de M. Bazin est la meilleure et la plus sûre.

Il est une méthode qui compte des succès nombreux et dont l’expérience a sanctionné l’efficacité, c’est celle des frères Malion; mais les moyens nous sont sinon inconnus, au moins assez incomplètement connus pour que l’on puisse la formuler d’une manière certaine.

Dans cette méthode de traitement, les frères Malion emploient deux pommades et une poudre épilatoire. Les pommades sont à deux degrés différents de force. O11 pense généralement que les pommades et la poudre ont pour base du carbonate de potasse ou de soude, et l’on trouve dans plusieurs formulaires la recette de ces trois agents; mais nous doutons que ces formules soient parfaitement exactes.

Quoi qu’il en soit, ce sont les frères Mahon qui pansent euxmêmes les enfants pendant un laps de temps assez long, et voici comment en général ils procèdent. Us s’attachent d’abord à faire tomber les croûtes à l’aide de cataplasmes et de lotions d’eau de savon, puis ils appliquent tous les deux jours sur la tête une pommade au premier degré de force. La tête est peignée les jours où la pommade n’est pas appliquée. Quinze jours écoulés, ils disséminent à la surface du cuir chevelu quelques pincées de leur poudre dite épilatoire, tout en continuant l’emploi de la première pommade ; après six semaines de. traitement, ils arrivent à la pommade au deuxième degré de force, tout en poursuivant l’usage de la poudre.

La durée du traitement, auquel sont joints les soins de la propreté la plus minutieuse, varie entre six et dix-huit mois ; le plus souvent, elle dépasse le premier terme, et parfois aussi le second. Ils près-

crivent aussi pour quelques enfants l’usage de sirops dépuratifs, et parfois l’application d’un exutoire.

L’administration des hôpitaux de Paris confie à MM. Malion le traitement d’une partie des teigneux qui ne sont pas admis à l’hôpital; M. Bazin dirige celui des autres malades qui n’entrent pas à l’hospice, le nombre en est considérable. Des médecins sont chargés de constater l’espèce de favus et l’état de l’enfant avant le traitement, ainsi que la guérison après le traitement. Pour notre compte, nous apportons le plus grand soin à cet examen, et nous avons constaté un grand nombre de guérisons opérées de cette manière.

Nous devons à la vérité de dire qu’il est des cas qui résistent a

ces soins bien dirigés, qu’il en est d’autres où il y a récidive, mais ces

cas sont l’exception. La méthode de M. Bazin est sans contredit supérieure à celle de MM. Mahon.

il est peu de médecins qui, chargés d’un service de maladies cutanées, n’aient fait des essais dans le but de trouver un moyen propre à combattre la teigne avec efficacité: sous ce rapport, j’ai employé moi-même un grand nombre de médications.

Et d’abord, il faut établir une distinction entre les espèces de favus, ainsi que dans l’époque de leur développement. Le favus scutulota , celui qui affecte à la fois le cuir chevelu et la peau, soit de la face, soit des membres ou de toute autre partie du corps, est très facilement curable. Quand il est récent, il suffit de quelques bains, d’applications émollientes et de lotions sulfureuses employées à la fin du traitement, pour en opérer la guérison. Si quelques points résistent, on cautérise la surface malade avec un pinceau imprégné d’une solution de nitrate d’argent au dixième, et il est rare de ne pas voir céder le mal.

Cette espèce de favus est-elle ancienne, elle devient beaucoup plus rebelle. M. Bazin considère le favus scutulata comme plus rebelle que le favus lupinosa; nous ne saurions nous ranger à son opinion. Le favus squameux est plus difficile à guérir encore; et le plus tenace de tous, c’est te favus squameux. Voici au surplus les préceptes généraux que nous croyons devoir formuler relativement à la thérapeutique des favus.

Nous considérons cette maladie comme étant liée à la constitu-

TEIGNE

tion du sujet. Tous ces enfants sont généralement lymphatiques; leur intelligence est obtuse, leur facultés morales en général peu développées. Certes l’état d’isolement dans lequel ils se trouvent placés, l’éloignement et l’espèce de répulsion qu’on leur témoigne, entrent pour quelque chose dans cet état général d’apathie et d’indolence qui fait le cachet de ces enfants ; mais toujours est-il que le tempérament et la constitution qui leur sont propres, réunis à des conditions de misère et de malpropreté, en ont été en général le point de départ.

D’où la conséquence qu’il ne faut pas seulement voir dans la teigne une maladie locale, mais bien une forme morbide derrière laquelle se cachent des conditions de vitalité et d’organisation qu’il faut chercher à modifier avantageusement par les médications toniques, excitantes : soit que l’on ait recours au fer, soit que Ton ait recours au soufre sous des formes diverses, tant en boissons qu’en bains, movens liés d’ailleurs à une alimentation substantielle. C’est là le point de départ de tout traitement.

Une seconde circonstance très importante, c’est que la teigne exige des soins de tous les jours; aussi les cheveux seront d’abord coupés aussi courts que possible. Des cataplasmes de farine de graine de lin seront appliqués tièdes pour faire tomber toutes les croûtes : ils seront mis la nuit ; le jour, la tête sera graissée avec du saindoux très frais et mis en abondance. Le matin, des lotions d’eau de savon seront faites afin de tenir très propre le cuir chevelu.

Lorsque la peau sera parfaitement nette et qu’elle sera devenue lisse et au même niveau, on commencera le traitement : à cet effet, on étendra une couche d’huile de cade trois jours de suite sur toute les surfaces dont on veut avulser les cheveux. Il est constant que, comme l’a indiqué M. Bazin, cette huile prépare une avulsion plus facile et moins douloureuse des cheveux. On procédera à l’épilation, que l’on pratiquera en un seul jour ou en plusieurs fois; mais il faut, après l’avulsion, incomplète ou complète, faire humecter cinq ou six fois le jour la peau dépourvue de cheveux avec une solution de sublimé contenant 5 décigramme de sublimé pour 500 grammes d ’eau, et ce pendant quatre à cinq jours. Ce temps écoulé, on arrive

à l’emploi de liniments ou de pommades matin et soir, et après un mois, lorsque les cheveux repoussent, on les avulse de nouveau , et l’on répète même plus tard cette opération, jusqu’à ce qu’ils repoussent forts, brillants, bien organisés, et non plus grisâtres, amaigris, ternes, comme ils étaient pendant la durée de l’affection. Quant à la pommade, les recherches microscopiques avaient conduit M. Bazin à formuler une pommade ayant pour base l’acétate de cuivre,

1 gramme pour 30 grammes. 11 emploie maintenant une pommade au turbith minéral ( s. deuto-sulfate de mercure) dans les mêmes proportions.

A l’égard du premier de ces agents, l’expérience et la pratique m’avaient conduit à son emploi, car j’avais reconnu depuis longtemps que la pommade qui guérissait le mieux la teigne était une pommade au carbonate de cuivre, que je formulais à raison de 1 à

2 grammes de carbonate pour 30 d’axonge.

J’ai guéri par ce moyen des favus fort anciens; j’ai pu l’employer comparativement à d’autres agents, et voici dans quelles circonstances. Le docteur Huet, alors médecin de la prison des Madelonnettes, vint me prier de voir seize enfants détenus, qui avaient séjourné durant des années dans diverses prisons, sur lesquels il avait mis en usage tous les traitements préconisés contre la teigne, et toujours sans succès. C’était en majeure partie des teignes squameuses, c’est-à-dire des plus rebelles. On n’avait pas négligé l’emploi du traitement dit des frères Mahon.

Ces seize enfants furent divisés en quatre catégories, et nous mîmes en regard quatre traitements différents. Une pommade au sulfhydrate de sulfure de chaux, 10 grammes pour 60 d’axonge, de la pommade au 60e de carbonate de cuivre, les bandelettes de gomme ammoniaque suivant le procédé deM. Eveils (du Hanovre), et le liniment de Jadelot. A part la pommade au carbonate de cuivre, il fallut abandonner les autres traitements; les bandelettes d’emplâtre à la gomme ammoniaque étaient trop douloureuses dans leur avulsion, la pommade au sulfure de chaux et le liniment de Jadelot amenaient une irritation trop vive du cuir chevelu. De sorte que M. Huet s’en tint à celle au carbonate de cuivre, qui lui parut le mieux réussir. Malheureusement la majeure partie de ces enfants

HERPÈS TONSURANT.

fut transférée dans d’autres prisons ou bien ils terminèrent leur temps de détention , mais la guérison fut complète et ultérieurement bien constatée chez trois d’entre eux. Plusieurs autres quittèrent la prison sans qu’il y eut apparence de teigne, mais on n’a pu les revoir plusieurs mois après, afin de vérifier leur curation complète. Le traitement de ce groupe d’enfants donne une idée de l’efficacité des principaux agents qui ont été préconisés dans le traitement de la teigne.

L’expérimentation sur la tête des teigneux nous a donc conduit, comme on le voit, à l’emploi de l’agent qui modifie le plus la structure des sporules ou granules végétatives, c’est-à-dire une préparation cuivreuse, car M. Bazin, en opérant des réactions chimiques sous le microscope, a reconnu que le sublimé et l’acétate de cuivre étaient les deux agents modificateurs les plus puissants sous ce rapport.

L’épilation incomplète peut se pratiquer à l’aide du sulfiiydrate de sulfure de chaux, proposé par MM. Bœttger et Martens. Au moyen de l’application d’une couche de quelques millimètres d’épaisseur, les cheveux sont coupés à leur sortie du cuir chevelu en quelques minutes, cinq à dix au plus, mais ils 11e sont pas avulsés ; en sorte que le fa vus qui tapisse le bulbe n’est pas attaqué. Les cheveux repoussent, et il faut renouveler l’opération quelques jours après; les autres dépilatoires ont le même inconvénient, et celui que nous indiquons, à part son odeur, est préférable. En résumé, depuis que j’ai expérimenté l’épilation dans le traitement de la teigne, je puis dire qu’elle est un moyen puissant d’abréger la durée du traitement de cette maladie, et que cette pratique de Samuel PI umbe, oubliée d’abord, renouvelée depuis par M. Bazin, est appelée à rendre de grands services dans cette affection.

Herpès tonsürant, teigne tondante de Mahon , teigne tonsurante de

M. Bazin.

J’ai décrit, page 274, celte maladie comme 11e pouvant pas encore être complètement isolée de l’herpès. Il y a plus, les recherches microscopiques récentes tendraient à la rapprocher de cette affec-

tion plutôt qu’à \\n éloigner. D’une part, il est constant aujourd’hui que non- seulement l’herpès est contagieux, ainsi que Mahon et M. Cazenave l’ont démontré, en ce sens, que l’herpès tonsurant fait naître un herpès tonsurant sur la tête d’un autre enfant ; mais encore il est établi aujourd’hui par les faits que M. Baeresprung a cités et par d’autres assez nombreux qui ont été recueillis depuis, que, ainsi que l’avait fait entrevoir M. Cazenave, mais sous un autre rapport, sur lequel nous reviendrons tout à l’heure, l’herpès tonsurant peut développer chez un autre individu, et sur des parties dépourvues de cheveux ou de poils, l’herpès circiné. Ainsi nous avons eu l’occasion de voir à notre consultation une femme qui nous présentait un enfant atteint d’herpès tonsurant à la tête, et ayant plusieurs plaques d’herpès circiné au cou ; la maladie, à l’état d’herpès circiné avait été communiquée à son frère, âgé de quatre ans ; cette jeune fille en avait trois. La mère l’avait contractée de ses enfants, mais à l’état d’herpès circiné : elle avait des plaques sur les bras. M. Baeresprung a dessiné des plaques d’herpès tonsurant de diverses grandeurs sur le cou du cuir chevelu d’un enfant, suivi du développement d’herpès circiné, et dont l’une d’elles occupait la partie la plus déclive du cuir chevelu et la partie la plus élevée du cou. M. Cazenave a cité des cas du même genre. Et comme M. Baeresprung a signalé dans l’herpès circiné l’existence du tri— chophyton, cryptogame de l’herpès tonsurant, il résulterait de l’ensemble de ces faits une analogie très complète entre ces deux maladies.

Cependant il nous faut appeler l’attention des médecins sur une différence capitale entre les deux affections au point de vue de la forme pathologique. Il est constant, et tous les auteurs sont d’accord à cet égard, qu’il n’y a pas d’herpès circiné sans l’existence d’un bourrelet circulaire à vésicules extrêmement ténues. Or l’observation apprend que dans la presque totalité, si ce n’est dans la totalité, des cas d’herpès tonsurant, le bourrelet vésiculeux manque. Aussi M. Bazin s’est demandé si l’herpès circiné ne précéderait pas le développement de l’herpès tonsurant. Nous ne pouvons admettre sans une observation ultérieure bien exacte cette supposition, qui nous paraît un peu établie pour le besoin de la cause. Nous n’avons

HERPÈS TONSURANT.

jamais observé de bourrelet dans l’herpès tonsurant; M. Bazin n’en a pas vu non plus. Ce sont donc des recherches ultérieures à faire pour bien préciser ce point de pathologie.

Bornons-nous donc à établir les propositions suivantes comme étant des faits acquis aujourd’hui, à savoir: que l’herpès tonsurant, contagieux de sa nature, développe sur la tête d’autres enfants, et par contagion, des plaques d’herpès tonsurant; que sur les enfants qui en sont atteints, il peut développer ou il peut se développer des plaques d’herpès circiné sur le cou, les bras, la poitrine, qui coïncident avec l’herpès tonsurant ; que l’herpès tonsurant peut faire naître de l’herpès circiné sur des parties autres que le cuir chevelu chez des enfants ou chez des adultes, et qu’alors ces sortes d’herpès circinés coïncident avec l’existence du même cryptogame que celui qui existe sur les plaques d’herpès tonsurant, c’est-à-dire le trichophyton ; ce qui n’empêche pas qu’il puisse exister des herpès circinés développés spontanément, et qui soient exempts de toute production végétale, contrairement aux opinions émises dernièrement par M. Baeresprung; qu’il est très douteux jusqu’alors que l’herpès tonsurant soit précédé ou accompagné d’un bourrelet vésiculeux comme l’herpès circiné; enfin que l’herpès tonsurant est une maladie essentiellement parasitaire. M. Baeresprung a déplus signalé l’existence d’un cryptogame dans l’herpès circiné.

Or le champignon qui coïncide avec lui, et que l’on désigne sous le nom de trichophyton Malmsten , ou trichophyton tonsurant, que nous avons décrit dans les préliminaires des maladies parasitaires, page 510, prend naissance dans le bulbe des cheveux; mais il est probable que s’il s’est développé après, et par suite de la contagion, il doit naître et végéter sur le cheveu lui-même où il est déposé tout d’abord, pour s’étendre au bulbe ensuite ; qu’il pénètre dans les enveloppes du cheveu, végète dans son bulbe et dans le canal médullaire , et y trace des chapelets de spores tant au dedans qu’au dehors. Je dis au dehors, car si l’on examine le cheveu malade au microscope et que l’on prenne surtout un des cheveux cassés du centre de la plaque, on voit que toute sa surface est tracée de sinuosités linéaires avec ou sans spores, qui lui donnent l’aspect d’une écorce de chêne ; c’est ce que représente la gravure que nous

5ilk PATHOLOGIE' ET THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALES.

avons fait faire. Il faut bien le dire, en effet, il n’existe pas encore de dessin bien exact des cheveux atteints de tricliophyton, et cette opinion n’est pas seulement la nôtre, c’est celle de M. Robin. Celui que nous avons fait dessiner est très fidèle ; il comblera, je l’espère, la lacune que je viens de signaler.

Quant on recherche au microscope l’image des planches qui ont été faites, on est tout surpris de ne rien voir de semblable. Voici donc ce que le praticien trouvera : un cheveu dépourvu de fibres transversales et de fibres longitudinales; celles-ci remplacées par des sillons ou rainures produites par les traînées de spores en chapelets qui semblent avoir creusé la surface du cheveu. Çà et là des paquets noirâtres ondulés traversant le cheveu, ou plutôt l’enroulant, et se prolongeant sur leurs bords, où, en faisant mouvoir la lentille au point d’observation, on aperçoit des masses de spores très petites à circonférence très nette et très arretée, placées les unes à côté des autres ; les points noirs ou ombrés sont formés par des paquets de spores; aussi, si l’on vient à comprimer le cheveu et à faire mouvoir le verre à recouvrement dans un sens donné, de manière à étaler toutes les spores dans la couche d’eau qui sépare les deux verres, on a un cheveu dépourvu de ces amas de spores. Alors, en examinant avec beaucoup de soin, en approchant lentement la lentille au point visuel le plus lumineux, on voit des spores sur le cheveu disséminées d’une manière innombrable, dont la généralité est disposée sous forme de chapelets. La surface du cheveu a quelque ressemblance avec l’écorce d’un chêne par les stries ou rainures qui y sont creusées. Mais il y a loin de ces chapelets à ces chapelets représentés en lignes droites bien régulièrement espacées, comme le reproduit les figures tracées par les micrographes. Chose remarquable , on a donné aux spores qui composent ces chapelets des diamètres qui représentent un grossissement de 700 à 800 diamètres. De sorte que l’observateur cherche en vain ces spores volumineuses. Il en a été de même pour toutes les figures de parasites végétaux ; pour la teigne, pour le microsporon fur fur , etc. Pour nous, nous avons donné à peu près le même grossissement à nos dessins, soit 200 diamètres; on y voit les spores moins bien à l’œil nu, il faut même peut-être s’aider du secours de la loupe,

HERPES TONSURANT.

mais au moins ces dessins sont tels qu’ils se montrent à l’observateur avec le microscope. (Voir la planche de micrographie et les explications de la planche.)

Lorsque le champignon a pullulé à la surface et surtout à l’intérieur du cheveu de manière à détruire sa substance et à la remplacer même ultérieurement, il arrive un moment où il le remplit trop ; alors il le casse inégalement à quelques millimètres de sa naissance. Sa cassure, vue au microscope, ressemble à une poutre rompue en éclats, et l’on voit une série de spores qui s’échappent de l’intérieur, à l’endroit de cette cassure. Dans d’autres cas, il renfle le cheveu; dans d’autres, un point du cheveu ne présentant plus assez de résistance, il se fait une ouverture latérale, une sorte de crevasse par où s’échappent les spores.

Quant au bulbe, toutes les enveloppes en sont détruites, et l’on arrache le bulbe dépourvu de ses membranes. Le volume du bulbe a peu diminué, quoiqu’il finisse par perdre un peu de ses dimensions ; mais il est presque entièrement formé de spores. M. Baeresprung suppose qu’il se renfle et s’arrondit au début de la maladie.

Cette friabilité qu’acquiert le cheveu rend compte des difficultés, je dirai même de l’impossibilité d’opérer l’épilation; et l’abondance des spores explique la formation de cette poussière grise adhérente à la peau du centre de la plaque d’herpès tonsurant.

Mais c’est surtout sur les poils de la circonférence que l’on peut suivre le trichophyton depuis son développement. Là les cheveux sont de moins en moins malades au fur et à mesure que l’on s’éloigne à quelques millimètres de la plaque décal vante. On peut avulser les cheveux avec leurs bulbes. J’ai vu sur quelques cheveux des filaments longitudinaux avec quelques expansions contournées qui pourraient bien être l’origine du trichophyton ; çà et là des spores disséminées sur le cheveu, et de moins en moins abondantes au fur et à mesure que l’on s’éloigne du bulbe; quant à celui-ci, il est toujours et primitivement plus chargé de spores. Quand on examinera des cheveux plus ou moins voisins du centre de la plaque et avulsés avec leur bulbe, on rencontrera souvent un enroulement d’apparence végétale peu après la sortie du bulbe de la peau; ce n’est pas là le champignon , c’est probablement, comme nous l’avons

dit dans nos préliminaires sur les parasites végétaux, l’enveloppe malade épidermique du cheveu, qui par l’arrachement s’est contractée et s’est relevée sur le cheveu même.

Tels sont les principaux phénomènes que nous avons observés. Ils nous paraissent suffisants pour édifier le médecin. Seulement, le caractère principal et essentiel du cryptogame, c’est la spore. Il faut trouver des spores pour affirmer l’existence du champignon, et ce ne sera pas une spore qui suffira pour le caractériser, ce sera toujours une agglomération de 10, 20, 100 spores qui établiront ce caractère.

A sa naissance, l’herpès tonsurant présente un certain état inflammatoire ; il est accompagné d’un peu de rougeur et de démangeaison , mais cet état n’est que très passager. La plaque, de quelques millimètres d’abord, s’étend peu à peu en prenant une forme ovoïde pour gagner une surface qui se limite à 1, 3, 5 ou 6 centimètres de diamètre en général. Les plaques sont le plus souvent multiples. Elles arrivent en un mois ou six semaines à un état stationnaire, qui reste ainsi permanent pendant des mois entiers ; la peau sans tuméfaction aucune et ne développant que quelques rares phénomènes de démangeaison ; puis les plaques se débarrassent peu à peu de leur poussière grise; les cheveux repoussent, grêles d’abord, puis un peu moins friables, pour être remplacés par des cheveux plus forts, et se terminer par la guérison sans alopécie.

Le diagnostic de l’affection est très facile. La dénudation d’un ou plusieurs points de la tête sur une surface grisâtre ou légèrement squameuse couverte de cheveux de 3 à 4 millimètres, grisâtres euxmêmes ; la forme ovoïde de la plaque, l’aspect de tonsure qu’elle représente, forment autant de caractères , en dehors des notions microscopiques que l’on peut acquérir, qui en général sont inutiles, pour reconnaître la maladie.

J’ai indiqué, page 289, le traitement de l’herpès tonsurant ; j’y ajouterai peu de chose, si ce n’est que l’onguent citrin, l’huile de cade, me paraissent préférables aux lotions de sublimé indiquées par M. Bazin, et qu’il y a avantage dans cette maladie à provoquer un autre mode de vitalité de tissu, en excitant, irritant la peau, de manière à l’enflammer à un faible degré, sauf à la traiter par les émoi-

PORRIGO DECALVANS. 547

lients ensuite. Toutes les préparations mercurielles étant parasiticides, l’onguent citrin atteindra parfaitement le but.

Porrigo decalvans, teigne achromateuse de M. Bazin.

Il faut clairement rattacher cette dénomination à une maladie de la peau, qui a pour caractères : 1° d’amener immédiatement la chute des cheveux, de manière à en faire disparaître toute trace et à laisser une peau aussi lisse, aussi douce que la peau la plus fine ; 2° de produire au début une turgescence de la peau en vertu de laquelle elle parait comme légèrement œdématiée ; 3° d’amener dans les premiers temps de son développement une teinte rosée très légèrement inflammatoire. Premier phénomène. C’est une chose remarquable que de voir tomber, d’une manière assez rapide, dans un ou plusieurs points du cuir chevelu à la fois, la totalité des cheveux qui recouvrent une surface donnée, et de trouver la peau absolument dénudée, lisse, sans pellicules, furfures, sécrétion, et à peine avec le sentiment d’une légère démangeaison , ou plutôt d’une légère chaleur ou tension. Cette épilation va en augmentant, en se multipliant par plaques qui s’élargissent, se confondent bientôt au point d’amener des dénudations de 8, 10, 12 centimètres en surface, toujours arrondies ; et plus tard au point de produire la chute totale non-seulement des cheveux , mais encore des sourcils, des cils et des poils de tout le corps. Ce dernier cas est beaucoup plus rare, mais nous en avions un exemple dans nos salles il y a quelques années. Aussi la plupart des auteurs ont-ils pris cette maladie pour le vitiligo. Mais il existe à cet égard des différences très grandes; le vitiligo est une simple décoloration de la peau, capable, il est vrai, quand il se montre à la tête, de faire blanchir les cheveux ou d’amener la canitie , mais le vitiligo n’amène que très secondairement la chute des cheveux et des poils. D’ailleurs, dans le vitiligo la peau est décolorée sans être malade, en apparence au moins, et nous allons démontrer que dans le porrigo decalvans la peau est évidemment malade. C’est d’ailleurs ce qui constitue le second phénomène sur lequel nous appelons l’attention . — Le cuir chevelu n’a pas, dans l’état normal et dans la généralité des cas, la couleur de

5/l8 PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE SPÉCIALES.

la peau du reste du corps. Il est ferme, dur, consistant, adhérent aux os par un tissu cellulaire très serré; sa couleur tire un peu sur le gris . Dans leporr^o decalvans la peau prend au début une teinte d’un blanc très légèrement rosé; si l’on compare alors sa couleur à la peau du reste du corps, au lieu de la comparer à celle du cuir chevelu avoisinant, on ne s’aperçoit pas du changement qui s’est opéré, il y a plus, et c’est donner lieu au troisième phénomène qui est propre au porrigo récent, si l’on touche cette peau avec l’extrémité des doigts, au lieu d’avoir un tissu serré adhérent aux os, on a une sensation d’un tissu empâté, comme infiltré, comme œdémateux, qui est tellement prononcé que ce tissu cutané semble avoir dans quelques cas 12 à 15 millimètres d’épaisseur, y compris le tissu cellulaire, qui participe certainement à l’état de la peau. Ces divers phénomènes qui distinguent cette maladie de toute autre affection, ont pour la plupart été méconnus. Or, ils apparaissent tous les trois au début de l’affection, et ils persistent tant que la maladie fait des progrès. Ceux-ci sont tels que, dans certaines circonstances, il ne reste plus trace de cheveux sur la tête. Lorsque la maladie s’arrête, la peau commence à pâlir pour devenir ensuite d’un blanc mat; mais elle reste molle, empâtée, pendant longtemps encore; puis elle reprend de la consistance et s’accole aux os; enfin, lorsque la maladie commence à se guérir, la peau perd de sa pâleur en même temps qu’il y repousse un duvet, qui se transforme peu à peu en cheveux tout aussi consistants qu’auparavant. Mais, disons de tout de suite, il faut du temps et beaucoup de temps. 11 faut surtout prendre la maladie à son début, car lorsque plusieurs mois ou des années se sont écoulés depuis son invasion l’affection devient incurable, en ce sens que les cheveux ne repoussent jamais, quoi qu’on fasse. C’est pour ne pas avoir observé des porrigo récents que la plupart des auteurs, et même des modernes, ne parlent que de l’épilation produite par cette maladie, de la pâleur de la peau et de l’adhérence de celle-ci aux os.

Il y a donc, d’après cette description, une différence essentielle entre 1 q porrigo decalvans et le vitiligo : dans cette dernière maladie, la peau a perdu sa couleur, mais elle est restée saine; dans le porrigo decalvans , la peau est malade, ainsi que le tissu cellulaire sous-

l’ÜRRIGO DEC AL VANS.

cutané, qui n’est affecté que d’une manière secondaire, il est vrai, par ce dernier. Le porrigo decalvans ne peut se montrer que là où il y a des cheveux et clés poils ; le vitiligo se produit sur un point quelconque de la surface du corps. Quoi qu’il en soit, c’est une maladie fort curieuse et fort rebelle. Elle apparaît par une petite plaque dénudée sur un point quelconque du cuir chevelu ou de la barbe, puis une deuxième, une troisième un peu plus loin , et ainsi de suite, en nombre indéterminé. Quelquefois cependant la maladie se borne à une ou deux plaques. Ce n’est pas là l’herpès tonsurant, car dans celui-ci il y a des traces de cheveux comme dans la tonsure, tandis que la peau est glabre dans le porrigo decalvans . Elle parcourt ses périodes d’accroissement pendant un mois environ, puis elle s’arrête et elle reste stationnaire pendant des mois entiers, et parfois elle passe à l’état d’incurabilité, n’amenant d’ailleurs pas de démangeaison, pas de sécrétion. M. Bazin a décrit une forme serpigineuse que je n’ai jamais vue. C’est surtout dans l’adolescence, et souvent même plus tard, qu’elle se montre. En dehors de ces caractères d’aspect, de forme et d’état morbide local, M. Gruby a signalé dans cette affection l’existence d’une production de nature végétale, c’est le Microsporon Audouini , dont nous avons exposé les caractères dans nos préliminaires sur les parasites végétaux. M. Bazin a décrit cette maladie comme une teigne. 11 a décrit aussi , sous le nom de teigne achromateuse , deux faits qu’il a publiés en 1853 dans la Gazette des hôpitaux , et qui ne nous paraissent être autres que des porrigo decalvans. Mais il en admet une variété que nous devons signaler, et dans laquelle les plaques seraient accompagnées d’une dépression semblable à celle que produit le doigt sur une partie œdématiée. Nous croyons qu’il n’y a pas, en fait de teigne achromateuse, d’autre maladie que le porrigo decalvans, et nous pensons que dans l’espèce, c’était un porrigo ancien dont la peau était déprimée et à la période stationnaire.

Quelque soin que nous ayons mis à examiner les cheveux de deux porrigo decalvans, l’un ancien, en traitement depuis cinq à six mois dans le service de notre collègue M. Bazin; l’autre, d’un mois de date, au plus, dans notre service, nous n’y avons reconnu que l’enroulement morbide épidermique, sur lequel nous avons appelé

l’attention dans nos préliminaires sur les parasites végétaux. M. Robin ayant examiné des cheveux pris à la limite de la partie dénudée, et à un demi-centimètre de la dénudation, nous a déclaré que ces cheveux étaient parfaitement exempts de champignons à cette époque de la maladie le champignon avait donc disparu sans aucun traitement.

Mais si nous n’avons pas trouvé de champignon, nous pouvons faire connaître une altération qui n’a pas encore été signalée par les auteurs ; elle consiste dans les faits suivants : 1° le bulbe du poil qui limite la plaque dénudée s’enlève le plus souvent sans ses membranes ; 2° le bulbe du cheveu ou du poil, au lieu d’être renflé comme de coutume, est atrophié très sensiblement, au point de former un très grand contraste avec l’état normal. Cette atrophie du bulbe doit évidemment jouer un rôle particulier dans la maladie; et si elle en constituait le caractère principal, si elle était primitive, elle expliquerait parfaitement la chute des cheveux. Ceux-ci sont d’ailleurs légèrement décolorés à leur sortie de la peau, ce que nous avons observé chez un jeune homme qui était très brun ; les cheveux avaient une couleur fauve dans une étendue de 3 ou h millimètres. Enfin le canal central est surtout complètement effacé, même chez les jeunes enfants qui sont atteints de cette maladie. Ces divers phénomènes ne peuvent être aperçus qu’au microscope, sauf la décoloration partielle que je viens de signaler.

Envisagé au point de vue du pronostic, le porrigo decalvans est une maladie de peau, sinon grave, au moins compromettante pour les cheveux. On la considère, d’ailleurs, comme étant contagieuse, et, en effet, il n’est pas rare de la voir se propager d’enfant à enfant, ou d’enfants à adultes dans la même maison.

Traitement. — Lorsque le porrigo decalvans est lié à un tempérament lymphatique, à une constitution molle, il y a toujours grand avantage à prescrire un traitement antiscrofuleux. Mais cette maladie est souvent indépendante de toute lésion générale. Je me suis toujours bien trouvé, au début du traitement, de l’usage de bains de vapeurs tous les trois jours : je fais appliquer des cataplasmes de fécule de pomme de terre tous les soirs sur les surfaces malades, et un corps gras dans le jour. Je poursuis l’emploi de ces

S Y COSIS.

moyens jusqu’à ce que l’état aigu soit arrêté et que la peau ait perdu en partie sa teinte rosée et son état semi-œdémateux ; alors je mets en usage les pommades résolutives au tannin, à l’oxyde de zinc, j’emploie l’huile du cade tous les deux jours, et même tous les jours; je termine la maladie par la pommade au carbonate de cuivre et par des applications successives d’une solution de nitrate d’argent (voy. Formulaire). Ce qu’il faut surtout recommander, ce sont des soins de propreté très grands, des lotions savonneuses tous les jours dans la période de résolution. Ce n’est guère que dans l’espace de plusieurs mois que l’on peut espérer une guérison quand la maladie est ancienne, mais elle guérit en six semaines lorsqu’elle est récente. On entretient la poussée des cheveux par l’emploi de liqueurs alcooliques ou de pommades et de poudres toniques. M. Bazin propose, comme pour la teigne, l’épilation et les lotions de sublimé; nous la concevons dans le but d’empêcher peut-être l’extension de la maladie, car pour la maladie elle-même il n’y existe pas vestige de duvet: il n’y a rien à épiler. Aussi dans les deux observations qu’il a publiées voit-on l’épilation jouer un rôle fort secondaire.

Sy cosis, mentagre.

Nous avons peu de chose à dire du sycosis après la description que nous avons donnée de cette affection dans l’histoire des maladies pustuleuses (voy. page 362) ; ce n’est guère que sous le rapport microscopique que nous pouvons l’envisager ici. Nous rappellerons seulement que la dénomination de sycosis n’est applicable qu’à deux formes morbides qui affectent le menton ; nous rejetons la dénomination de teigne mentagre, parce qu’il existe bon nombre de sycosis sans production cryptogamique ; nous rejetons aussi la dénomination de mentagre , parce qu’elle comprend toutes les maladies du menton , l’eczéma, l’impétigo aussi bien que le sycosis, et qu’il est très important, pour ne pas avoir de confusion dans les maladies, de conserver la dénomination grecque qui indique une maladie spéciale. Ceci posé, si l’on se reporte à ce que nous avons dit en décrivant succinctement les principaux parasites végétaux, on verra

que les micrographes ne sont pas cl’accord sur les champignons de ce qu’ils appellent lamentagre; que M. Bazin n’a trouvé dans le sycosis que le trichophyton, ainsi que nous; qu’il n’v a pas vu le microsporon mentcigrophytc . Toutefois , comme M. Gruby nous a fait voir ce parasite végétal sur une préparation dont l’origine ne nous était pas connue, nous sommes loin de clouter de son existence, mais nous ne saurions dire dans quelle espèce de mentagre ou de maladie du menton on la rencontre; M. Robin a fait plus, il a mis en doute son existence. On voit donc que sous tous ces rapports il y a, quant à présent, doute et incertitude, et qu’il faut de nouvelles observations pour faire connaître quelque chose de positif à cet égard. Ce que nous pouvons affirmer, c’est que dans la généralité des cas d’impétigo sycosiforme, d’eczéma, d’impétigo, de sycosis tuberculeux ou pustuleux, il n’v a pas de champignon; que la chute des poils dans cette maladie est moins une conséquence du champignon parasitaire que de l’inflammation pustuleuse ou tuberculeuse de la peau, à laquelle vient se joindre l’inflammation du bulbe du poil; que dans les sycosis, l’épilation se fait naturellement, et qu’il n’est presque jamais, pour ne pas dire jamais, nécessaire de l’opérer artificiellement.

Je joins ici une observation d’impétigo sycosiforme où Ton verra le rôle insignifiant qu’a joué l’épilation, malgré ses nombreuses répétitions.

Impétigo sycosiforme. — Lèvre supérieure. — Mcot (Jean), vingt-huit ans, entré le 8 juin 185û salle Saint-Louis, n° 6. Tempérament lymphatique sanguin. Chancre contracté au mois d’août 1850. Traité à l’hôpital de Lyon. Quatre bois sudorifiques, liqueur de Van Swieten. Sorti guéri fin septembre. En décembre, il contracte la gale ; il en est guéri en quinze jours par un vieux médecin des environs de Lyon, qui le fait frotter avec du savon sulfo-alcalin. En janvier 1851, syphilidc papuleuse : point de traitement. 15 janvier 1855, ulcérations syphilitiques de la verge. Traité à l’hôpital de Dijon, il prend des pilules de proto-iodure ; bains de sublimé. Apparition de Y impétigo sycosi forme ; cataplasmes de fécule, pommade soufrée. ïl sort guéri le 15 avril 1851. Quinze jours après apparaissent des plaques muqueuses à l’anus : il reste neuf mois sans traitement. En février, il rentre à l’hôpital de Dijon: il prend pendant deux mois de la liqueur de Van Swieten ; les plaques sont cautérisées au nitrate d’argent. Sort guéri en mai. En juillet 1852 il rentre à l’hôpital de Dijon pour son impétigo; cataplasmes, chicorée, pommade au calomel. En

HEUFÈS CIRCINE.

septembre, il sort non guéri. Il rentre à l’hôpital de Lyon, reprend de la liqueur de Van Swieten et tous les deux jours un verre d’eau de Sedlitz et une pilule d’aloès, des bains sulfureux, puis il se graisse successivement avec la pommade soufrée et ultérieurement à l’huile de cade. Ressort en mars 1853, non guéri. En février 1854, M. Ricord lui fait prendre des pilules de Plumer, bains de vapeur, cataplasmes de fécule, lotions de sublimé, puis teinture de Fowler. En juin 1854, il entre à Saint-Louis. Pustules ayant leur siège sous la cloison nasale, petites, acuminées, recouvertes par une croûte gris jaunâtre sale. La maladie date de trois ans. Quelques pustules se sont développées dans les narines et sont traversées par des poils. — Chaleur, douleur, démangeaison, coryza ancien et chronique. — Quelques pustules se sont développées plus loin; elles ont le caractère de celles de l’impétigo. Lèvre rouge, gonflée; sous la croûte se trouve une surface rouge mamelonnée. - — Pour traitement: chicorée, pilules de sublimé, iodure de potassium, cataplasmes de fécule, poudre de calomélas, puis pommade au sulfate de fer. — Jusqu’au 22 septembre, amélioration sensible; diminution dans le nombre et le volume des pustules se rapprochant de celles de l’impétigo. — 8 octobre. Première épilation complète. — 12. Apparition de pustules nouvelles, mais fugaces. — 23. Épilation nouvelle. — 27. Apparition de deux pustules nouvelles et fugaces. — 17. Nouvelle épilation. — 3, 4, 5 novembre. Nouvelles pustules toujours de peu de durée. — 15. Deux pustules nouvelles près du bord libre de la lèvre supérieure droite. — 18, 24. Apparition d’une pustule. — 24 novembre au 16 décembre. La maladie, abandonnée à elle-même, sauf l’usage de la pommade, s’est reproduite principalement du côté droit; d’abord ce furent des pustules rares et fugaces, puis ultérieurement permanentes, surtout sous la cloison. — 16 décembre. Nouvelle épilation partielle. — 19. Les pustules reviennent avec abondance. — 21. Epilation totale de la moustache. Inutile de dire que les épilations étaient chaque fois suivies de lotions de sublimé et de l’emploi de la pommade au turbith minéral. — 26. Depuis l’épilation , tout a cédé et s’est complètement amendé. — 17 janvier. La rougeur n’a jamais disparu complètement, et depuis le 26 décembre, malgré un mieux soutenu, il est survenu quelques pustules beaucoup plus rares, il est vrai. Aujourd’hui, cautérisation avec la dissolution concentrée d’hydrochlorate d’or.

Herpès circiné.

M. Baeresprung, dans un mémoire publié en 1855 à Berlin (. Annal en des Charité Krankenhauses ), a fait connaître dans l’herpès circiné annulaire ou à centre dégagé l’existence d’un champignon qui ne serait autre que le trichophyton tonsurans. Il a fait voir que l’herpès tonsurant pouvait le développer sur d’autres parties dé-

pourvues de poils , ce qui n’avait pas été aussi nettement indiqué par M. Gasenave, et ce que nous avons constaté depuis de la manière la plus évidente. Nous en avons donné des preuves dans l’histoire pathologique que nous avons tracée (pages 269 et suivantes).

Nous nous sommes élevé dans cet article contre l’opinion qui attribuerait toute la maladie à l’existence du trichophyton, et nous avons combattu à cet égard l’opinion de notre collègue M. Bazin, qui prétend opérer la guérison des herpès de ce genre par l’épilation, quand il y a des poils, et les lotions de sublimé. Or, de son propre aveu, le cryptogame peut naître et mourir sur la peau, s’il ne trouve pas de poil pour végéter. Eh bien, il est un grand nombre de cas où après avoir détruit le parasite, ce qui revient au même que dans les circonstances où il meurt parce qu’il ne trouve pas, soi-disant, de poil pour végéter, la maladie n’en subsiste pas moins, et le fait suivant, dont j’ai tenu à donner l’observation avec détail, le prouve de la manière la plus évidente.

Quoi qu’il en soit, il n’en résulte pas moins des recherches de M. Baeresprung qu’il y a lieu, dans les cas où la maladie se montre et devient surtout rebelle au traitement ordinaire, de voir si les difficultés du traitement ne pourraient pas provenir du parasite végétal, et de le détruire par les pommades mercurielles, les lotions ou les bains de sublimé. (Voy. pour le trichophyton la page 510 et les planches de micrographie.) M. Baeresprung a de plus signalé dans l’herpès circiné inguinal un champignon particulier que nous avons eu occasion de voir.

Observation d’herpès persistant malgré la destruction du cryptogame. — M. X... est né de parents sains et très bien portants. A l’âge de dix-huit ans, survint au menton une éruption boutonneuse , qui dura trois mois, et se termina seule. De vingt à vingt et un ans, affection syphilitique. En 1824, écoulement. A partir de 1827, périostose du fémur avec inflammation; abcès. Séjour de trois ans au lit.

En 1831, apparition de quelques plaques morbides au cuir chevelu, si légères d’ailleurs qu’Alibert ne prescrivit aucun traitement.

1834, la cuisse redevient malade et conduit à un repos de cinq années : c’était à la suite de larges plaisirs de la chasse et d’une vie aristocratique en Angleterre. Douleurs nocturnes, insomnie,, Guérison par les moxas de Larrey.

1838, séjour à Baréges; sortie d’une esquille à travers la plaie de la cuisse.

HERPÈS CIRCINÉ. 555

1839, mariage. Nouvelle saison à Baréges. Cinq mois après, réouverture du trajet fistuleux.

Depuis 1831, l’affection cutanée a toujours existé sur le cuir chevelu ; elle s’y est même généralisée. A plusieurs reprises, les aisselles ont été atteintes.

Appelé en février 1856. M. X... était depuis six mois à un traitement homœopathique, mais auquel on avait ajouté en abondance de la pommade au goudron , très forte, et des bains alcalins. Inutile de dire que M. X... avait consulté de nombreux médecins avant d’arriver à cette médecine.

Je trouvai M. X... dans un état moral assez grave pour l’avoir fait réfléchir sur le suicide. Il existait sur tout le corps, la poitrine et la partie supérieur du dos exceptées, des plaques nombreuses de psoriasis herpétiforme, herpès circiné squameux, représentant une série de cercles uniques ou confondus, qui laissaient des espaces à peau épaisse non dégagée, écailleuse, mais à bords plus épais, boursouflés, très arrêtés, les unes assez petites, les autres très larges (15 centimètres de diamètre), ayant d’ailleurs gagné le cou, le menton, le dos des mains, les pieds, mais siégeant surtout en dehors des membres et sur le dos de préférence aux parties antérieures.

Sur bon nombre de ces plaques existaient de grosses papules ressemblant à celles que j’ai signalées comme étant le résultat de l’emploi exagéré de pommades. On peut dire que le corps du malade représentait assez bien la peau d’un zèbre, tant les plaques de psoriasis herpétiforme étaient multipliées.

Je fis cesser toute pommade. Je prescrivis au malade des bains de vapeur tous les trois jours et le mis à l’usage de la solution de Fowler, et de celle du sirop d’iodure de fer à 2 grammes dans une tasse de tisane de pensée sauvage. Le traitement fut commencé le 18 février 1856. Quelques bains alcalins furent alternés avec les bains de vapeur ; au Zi avril, tout le centre des plaques était complètement dégagé; il ne restait plus de ces plaques nombreuses que quelques légers segments de cercle ; la solution de Fowler avait donc amené une guérison presque complète.

Cependant, vers le 15 avril, reparurent, sous l’influence ou après l’usage des bains de vapeur, une série de grosses papules disposées symétriquement en dehors et à l’extérieur de quelques plaques, mais notamment sur le dos. En présence des antécédents du malade, je joins à la solution de Fowler l’usage d’un sirop dans lequel entrent l’iodure de potassium à 10 grammes pour 1000 grammes de sirop, et 15 centigrammes de bichlorure de mercure. M. X... étant fort et d’une excellente santé, d’un tempérament lymphatique sanguin , supporte ces médicaments sans en être incommodé. La solution de Fowler avait été donnée à 15 gouttes par jour, à partir du treizième jour du premier traitement. Je cautérise à la solution du nitrate d’argent au cinquième les portions restantes de bourrelet, qui diminuent peu à peu d’étendue. Les grosses papules disparaissent, et le 29 juillet la maladie est. très voisine d’une guérison complète, sauf quelques portions de bourrelet de 3 à 6 centimètres d’étendue, qui sont toujours recouvertes de petites

écailles, lorsque l’on n’y applique aucun corps gras. Inutile d’ajouter que quelques interruptions de sepî à huit jours de traitement ont eu lieu par des congestions cérébrales, qui ont nécessité une application de sangsues à l’anus.

En cet état, et en présence d’une guérison si certaine ; devant un résultat remarquable de traitement, effet que nul n’avait jamais obtenu; eu égard surtout à une médication générale si prolongée, je lis suspendre la médication arsenicale pour ne m’occuper que de compléter la médication anlisvphilitique, et j’envoyai M. X... aux eaux de 1 lombières, où il continua concurremment ce dernier traitement. Il y prit quarante bains, y but de l’eau, sans aucun bénéfice pour l’affection cutanée contre laquelle plusieurs saisons de Vichy et de Baréges avaient été sans effet. La maladie avait progressé, et quelques-unes de ces papules signalées auparavant s’étaient transformées en cercles herpétiques, et venaient s’ajouter à ce qui restait de la maladie ancienne.

Les choses en étaient à ce point, lorsque parut le mémoire de M. Baeresprung sur l’herpès circiné dans la Gazette hebdomadaire. Je m’empressai d’examiner au microscope les petites écailles qui recouvraient les segments de cercles qui étaient restés, et j’y constatai la présence du trichophyton Malmsten . Je n’hésitai pas à conseiller l’usage, en s aison de la multiplicité des points affectés, d’onguent citrin étendu de son poids d’axonge ; et en effet, dans l’espace de trois semaines, il était survenu une très grande amélioration, et même une disparition d’un grand nombre des plaques récentes ; craignant une absorption mercurielle, j’avais fait remplacer l’onguent citrin par la pommade au turbith minéral ; son emploi dura huit jours. Alors M. X..., se trouvant beaucoup mieux, se relâcha entièrement du traitement ; c’était en septembre, et vers le 8 octobre une nouvelle poussée aiguë, inflammatoire, se déclara. Il reprit sans me consulter Longuent citrin, qui en huit jours d’usage augmenta naturellement tous les cercles d’herpès. C’est alors qu’il fut mis aux émollients sous toutes les formes. Mais durant ces huit jours où la pommade avait été prodiguée, il survint un commencement d’inflammation des gencives avec déchaussement de quelques dents.

L’irritation de la peau calmée, et l’état général de santé étant d’ailleurs très bon, je fis prendre des bains de guano, 1 kilogramme par bain, et fis faire des lotions sur tous les bourrelets avec une dissolution de sublimé à l gramme pour 500 grammes d’eau. Quatre fois par jour un domestique intelligent promenait sur les bourrelets d’une centaine de plaques au moins, disséminées çà et là, une petite éponge imbibée de cette solution, qui séchait sur la peau. Il est résulté de ce moyen un effet particulier consistant : 1° en ce que les squames, au lieu d’être chagrinées, devinrent lamelleuses et prirent un autre aspect ; T en ce que l’épaississement de la peau diminua. Mais soit que les soins fussent trop bien exécutés, soit que la lotion fut trop forte, la peau s’irrita légèrement; des onctions de saindoux ramenèrent la peau à l’amél ioration obtenue ; et quatre jours plus tard, c’est-à-dire le 2 ù novembre,

PITYRIASIS VERSICOLOR ET PLIQUE. 557

on reprit les lotions de sublimé à 5 décigrammes pour 500 grammes d’eau, ou au millième.

Les lotions nouvelles ont été continuées pendant huit jours. Un repos de quelques jours a eu lieu. Les productions épidermiques et quelques poils pris aux memes places ont été vus au microscope parfaitement dépourvus de spores ; mais la maladie n’a pas changé pour cela d’aspect ; elle est restée stationnaire ; la peau même avait été un peu irritée : elle a été ramenée à cet état chronique par les émollients et le saindoux. Aujourd’hui, après quelques jours de l’usage de ces moyens, la maladie est dans le même état qu’aupara van t !

Pityriasis versicolor .

Nous avons cru devoir décrire cette maladie à l’occasion des affections squameuses ; mais on a reconnu dans le pityriasis versicolor l’existence d’un cryptogame que nous n’avons encore pu observer qu’une seule fois, quoique les furfurs de divers malades aient été pris pour les soumettre à l’inspection microscopique. Ce végétal est le microsporon fur fur, dont nous avons donné les caractères dans nos préliminaires sur les parasites végétaux. Il ne se montrerait d’ailleurs jamais sur les parties du corps à découvert, la figure et les mains, mais bien sur la poitrine et le ventre. (Mais alors il y aurait donc deux espèces de pityriasis, l’un avec champignon, l’autre sans champignon, car il existe un pityriasis très marqué et très difficilement curable du front et de la figure ; nous l’avons décrit. Comment admettre de pareilles conditions? ) Nous nous sommes élevé contre deux prétentions des micrographes, à savoir: qu’il suffit de détruire le champignon pour guérir le pityriasis, et que ce champignon est la cause de la matière colorante jaune verdâtre qui caractérise cette maladie. Nous n’avons donc rien à ajouter dans cet article ; nous nous bornons à renvoyer le lecteur à notre planche micrographique ainsi qu’à l’explication qui la concerne, dans laquelle on retrouvera le détail du dessin qu’il représente, et que nous devons à l’obligeance de M. Ch. Robin.

Plique, trie /wma.

On a donné ce nom à une maladie des cheveux et des poils qui est endémique en Pologne, et qui s’y est montrée vers l’année 1285.

Cette affection, très commune à cette époque, est devenue de plus en plus rare; aujourd’hui elle réaffecte guère que les gens malheureux et malpropres.

Elle est précédée de prodromes ou symptômes généraux, qui consistent dans du malaise, de l’anorexie, de la fièvre, céphalalgie et douleurs du cuir chevelu , vertiges , envies invincibles de dormir, douleurs dans les orbites, ophthalmie, fièvre; puis se déclare alors une sécrétion gluante au cuir chevelu, qui se déclare plus tard aux cheveux mêmes; ceux-ci deviennent douloureux à un tel point, que le moindre mouvement qu’on leur imprime suffit pour causer de la douleur. Alors les cheveux peuvent se disposer de trois manières différentes : 1° en mèches de cheveux agglutinées et pendantes, plus ou moins longues et flexibles ; c’est la plique mâle ou multiforme; 2° s’intriquer les uns dans les autres sans disposition spéciale : c’est la plique femelle ou vulgaire, plique en masse ; 3° acquérir une croissance et un allongement tout à fait disproportionnés, au point de ressembler à une queue de cheval : c’est la plique à queue. Mais ce ne sont pas seulement les cheveux qui peuvent être atteints, les poils de la barbe, ceux des aisselles, du pubis, prennent quelquefois une croissance hors de toute proportion, puisque le professeur Kaltschmidt, à léna, conservait dans son cabinet une pièce anatomique représentant le pubis d’une femme dont les poils avaient pris un assez grand accroissement pour pouvoir faire le tour du corps. En même temps les ongles s’épaississent et noircissent.

La maladie dure ainsi plusieurs mois ou plusieurs années. Dans la généralité des cas, elle s’éteint peu à peu, et des cheveux à letat normal remplacent la chevelure malade ; c’est alors qu’d suffit de couper tous ceux qui sont atteints de la maladie, pour en être tout à fait débarrassé.

M. Guensburg ( Découverte d'un my coderme qui paraît constituer la maladie connue sous le nom de plique . — Comptes rendus de l'Académie des sciences de Paris , 1843, t. XY11, p. 250) a reconnu dans cette maladie un champignon, qui ne parait autre que le trichophyton tonsurant de Gruby; mais M. Guensburg en avait donné les caractères une année auparavant : il l’a désigné sous le nom de tri-

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